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Professionnalisation et développement professionnel

De
189 pages
Parmi les questions vives qui traversent les milieux du travail et de la formation, celle de la professionnalisation tient une place importante. Cet ouvrage s'intéresse particulièrement à l'étude à la fois de l'offre de professionnalisation (c'est-à-dire les dispositifs proposés aux individus) et aux mécanismes du développement professionnel des sujets dans les situations de travail-formation.
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Professionnalisation et développement professionnel

Action et savoir

-

RECHERCHES

ACTION ET SA VOIR RECHERCHES est une collection d'ouvrages de recherche s'adressant particulièrement à des professionnels et à des chercheurs intéressés par la théorisation de l'action dans les champs de pratiques, et par les rapports entre constructions des activités et constructions des sujets. Elle est fÔndée sur l'hypothèse de liens étroits et réciproques entre engagement de l'action et production de savoir. Elle est dirigée par J.-M. Barbier. P. Caspar. O. Galatanu et G. Vergnaud.

Dcrnières

parutions

J.-M. BARBIER, E. BOURGEOIS, G. de VILLERS, M. KADDOU RI (Eds), Construct iollS ident ifaires et mohilisat ion des sujets enFmnation, 2006. Françoise CROS (Ed.), Ecrire sur sa pratique pour développer des compétence.1 prolessionnelle,l, 2006. Maryvonne SOREL et Richard WITTORSKI (Coord.), ra pro/essionnalisation en actes et en questions, 2005. J.-M. BARBIER et O. GALA TANU (coord. par), Les savoirs d 'action : une mise en mot des compétences?, 2004. Jean-Marie BARBIER (diL), Valeurs et act ivité.1 pro/es.lionnelles, 2003. M.-P. MACKIEWICZ (coordonné par), Praticien et chercheur, 2001. B. MAGGI (SOLISla direction de), L'atelier de l'Organisation. Un ohservatoire sur les changements dans les entreprises, 2001. G. RACINE, La production de savoirs d'expérience che:: les intervenants sociaux, 2000. J.-M. SALANSKIS, ll,/fodèles et pensées de l'action, 2000. E. BOURGEOIS et Jean NIZET, Regan/I croisés sur I 'expérience dejimnation, 1999. F. CROS, I"e mémoire pro/essi0l7l7el en /iJ/'mation des enseignants, 1998. J.-F. BLIN. Représentatio!1.\. pratiques et identité.1 proji!ssionnelle.l, 1997.

Richard WITTORSKI

Professionnalisation

et développement professionnel

Autres ouvrages publiés par l'auteur:

Analyse du travail et production de compétences collectives, 1997, L'Harmattan - (direction) Formation. travail et professionnalisation, 2005, L'Harmattan - (direction avec M. Sorel) La professionnalisation en actes et en questions, 2005, L'Harmattan

-

@ L'HARMATTAN,

2007

5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.Iibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-03735-9 K\N : 9782296037359

Sommaire
Introduction 1Les enjeux sociaux et théoriques ........... de la 13 9

professionnalisation.

. . .. . .. . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

1.1- Les enjeux sociaux de la professionnalisation. .. .. .. 15 1.1.1- Les enjeux politiques et sociaux.................. 16 1.1.2- Les enjeux pour les groupes sociaux............. 17 1.1.3- Les enjeux pour les organisations................. 18 1.1.4- Les enjeux pour les personnes.. .. .. ... .. . .. ... 20 1.2- Les travaux portant sur les dispositifs de professionnalisation 23 1.2.1- Dans l'espace du travail .. ... .. .. ... ... 24 1.2.2- Dans l'espace de la formation 27 1.2.3- A l'articulation du travail et de la formation 28 1.3- Les enjeux théoriques de la professionnalisation... 1.3.1- Comprendre la transformation des personnes dans l'action... ... ... ... ... ... ... ... '" 1.3.2- Penser le statut des concepts utilisés dans les actions de professionnalisation 1.3.3- Ces travaux suscitent des débats épistémologiques, méthodologiques et théoriques 32 32 50 64

1.4Les notions de profession et de professionnalisation dans la littérature scientifique 69 1.4.1- Les travaux anglo-saxons: une sociologie des professions libérales 71 1.4.2- Les travaux francophones: une étude de la professionnalisation 76

2Analyser conjointement l'offre professionnalisation et les dynamiques développement professionnel des sujets..

de de ... 87 93 93 95 100 105

2.1- L'offre de professionnalisation ... 2.1.1- Les évolutions conjointes des contextes organisationnels et fonnatifs 2.1.2- Des dispositifs de professionnalisation variés... 2.1.3- Les enjeux et fonctions des dispositifs pour les organisations 2.1.4- Le développement individuel et collectif dans ces dispositifs

2.2Un outil d'analyse de l'offre de professionnalisation et des dynamiques de développement professionnel des sujets................... 112 2.2.1- Les voies de la professionnalisation et du développement professionneL ............ 113 2.2.2- Quelques exemples d'usage de ces voies........ 138 2.3- La professionnalisation: une transaction sujetenvironnement 146 2.3.1- La professionnalisation comme attribution de compétences à des sujets à partir des process d'action
qu'ils développent. . . . . . . .. .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . 147

2.3.2- La professionnalisation identitaire

comme négociation 153 159

Conclusion: retombées et perspectives

Références bibliographiques

177

8

INTRODUCTION

Panni les questions vives qui traversent les milieux du travail et de la fonnation, celle de la professionnalisation tient une place importante. Quel est le dispositif de fonnation qui, aujourd'hui, ne se réclame pas d'une visée professionnalisante? A la fois portée par les orientations nationales et européennes s'agissant de l'organisation de la fonnation initiale et continue et prônée par les secteurs privés, la professionnalisation a d'évidence « le vent en poupe. Pour autant, la recherche semble ici « à la remorque» de ce mouvement social. En effet, peu de travaux s'y sont réellement intéressés alors même qu'il pose, de façon renouvelée, la question des rapports entre fonnation et travail, entre théorie et pratique, entre savoir et action... L'intention de professionnalisation introduit probablement des changements majeurs dans la façon de concevoir ce qui est de l'ordre des moments, des occasions et des dynamiques participant au développement des personnes. Pour autant, il ne s'agit pas d'oublier les conditions particulières qui entourent la promotion de ce nouveau « modèle»: on le sait, les évolutions importantes du travail ces 30 dernières années ont conduit à valoriser le modèle de la compétence qui devient aujourd'hui inséparable de celui de la professionnalisation. D'aucuns diraient que ce mouvement s'inscrit dans une tentative de transfonnation du rapport à l'activité humaine et fait écho à des intentions qui servent d'abord les organisations avant même de servir les individus (une analyse critique est donc nécessaire à cet endroit). C'est dans ce contexte bien particulier que nous nous intéressons à l'étude à la fois de l'offre de professionnalisation (c'est à dire les dispositifs proposés aux individus) et aux mécanismes du développement professionnel des sujets dans les situations de travail-fonnation qui leur sont offertes. Il ne s'agit pas pour nous de faire la promotion du modèle de la professionnalisation mais de mieux le comprendre. De ce point de vue, nous sommes convaincus que les produits de la recherche ne doivent pas d'abord être des outils prescriptifs mais des grilles de lecture que les individus peuvent Il

s'approprier pour penser différemment leurs pratiques: il n'y a pas de « théorie vraie ou fausse» en sciences humaines, il y a une validité locale des théories proposées, celles-ci étant plus ou moins utiles selon l'usage que veut en faire l'acteur social. Cet ouvrage est composé de deux parties. La première sera consacrée à la présentation des enjeux sociaux qui entourent la professionnalisation ainsi qu'aux travaux théoriques disponibles susceptibles de nous aider à mieux cerner cette notion. L'une des questions essentielles à laquelle nous tenterons de répondre sera alors la suivante: la professionnalisation relève d'abord d'une intention sociale, à quelles conditions peut-elle devenir un enjeu et un objet de recherche? Nous répondrons à cette question en développant trois pistes: d'une part, celle des travaux permettant de mieux comprendre la transformation des personnes dans l'action; d'autre part, une réflexion conduisant, à partir des travaux existants, à mieux cerner le statut des concepts utilisés dans les actions de professionnalisation (compétence, savoir, connaissance, identité...); enfin, la piste des travaux sociologiques sur les professions et la professi onnalisation. La seconde partie de l'ouvrage aura pour fonction de présenter notre propre conceptualisation sur la question des rapports travail, formation et professionnalisation en proposant d'une part, une analyse de l'offre de professionnalisation existante (nous nous intéresserons particulièrement aux enjeux, c'est à dire aux intentions implicites qui sous-tendent cette offre); d'autre part, un outil d'analyse de l'offre de professionnalisationet des dynamiques de développement professionnel des sujets; enfin, une mise en articulation entre compétence, identité et professionnalisation (considérant que la professionnalisation relève d'abord d'une dynamique identitaire dont l'enjeu est la transaction entre une offre et une demande). La conclusion permettra d'envisager à la fois les retombées possibles de ces travaux sur les deux champs de la formation et du travail et de proposer des pistes de recherche complémentaires. 12

-PREMIERE PARTIELES ENJEUX SOCIAUX ET THEORIQUES DE LA PROFESSIONNALISATION

La professionnalisation, de bien des points de vue, est d'abord un champ de pratiques. A quelles conditions peut-elle donc devenir un champ de recherche? C'est la question à laquelle il s'agira de répondre ici. Dans les deux premières parties de ce chapitre, seront précisés d'abord les enjeux sociaux qui entourent la professionnalisation puis les travaux qui concernent les dispositifs proposés: ces travaux ont un double statut de modèle d'action et de modèle d'intelligibilité. Une troisième partie présentera les conditions permettant à ce champ de devenir un champ de recherche.

1.1- Les enjeux sociaux de la professionnalisation. Il semble que la professionnalisation relève avant tout d'une intention sociale et que, de ce fait, elle fasse l'objet d'une charge idéologique forte. Cette thématique « chargée» renvoie à des enjeux qui se différencient en fonction des groupes d'acteurs qui la promeuvent (société, individus, groupes professionnels ou organisations ). Il convient probablement de distinguer les conditions historiques d'apparition d'une préoccupation de professionnalisation dans 3 espaces habituellement articulés mais qu'il est utile de disjoindre pour repérer la diversité des enjeux. Il s'agit d'une part, de l'espace politique et social; d'autre part, de l'espace des individus et des groupes sociaux (l'organisation des groupes sociaux en professions) ; enfin, de l'espace des organisations (l'environnement de l'offre de travail). De ce point de vue, le mot profession apparaît à la fin siècle et au début du 20émesiècle dans les pays anglodu 19éme saxons, à l'initiative de groupes sociaux qui cherchent à obtenir ou à accroître leur place sur un marché concurrentiel. Le mot professionnalisation, quant à lui, est porté par d'autres enjeux et apparaît plus récemment, souvent à l'initiative des organisations (en lien avec le mot compétence, à partir des années 1970-1980, pour ce qui concerne la France), il accompagne une recherche plus grande de « flexibilisation» des personnes. Il s'inscrit, nous le verrons, dans un mouvement plus large consistant à valoriser dans le même temps une libéralisation du marché, une 15

décentraI isation politique (vers un citoyen «professionnel»), organisationnelle (vers un salarié professionnel) et sociale (vers un individu sommé d'être capable de produire sa propre vie par lui-même, de devenir l' « entrepreneur» de sa propre vie). Le vocable professionnalisation apparaît alors dans un contexte marqué par de nouvelles valeurs telles la culture de l'autonomie, de l'efficacité, de la responsabilité, du « mouvement ».

1.1.1- Les enjeux politiques et sociaux. Sur les plans politique et social, il semble qu'un mouvement d'ensemble révélant des enjeux sociaux convergents se développe traduisant notamment la valorisation d'une décentralisation politique (donner le pouvoir au niveau local avec la territorialisation), sociale et organisationnelle (transférer la responsabilité de l'efficacité, de la gestion des changements et de l'évaluation du travail au niveau des personnes). Dans ce mouvement d'ensemble et pour l'accompagner, apparaît aujourd'hui un discours marqué ayant pour intention la responsabilisation accrue des personnes en tant que citoyens. Ce discours est lié à une volonté de «professionnalisation plus grande de la société» qui a pour fonction explicite d'accompagner une mutation du fonctionnement des institutions politiques et administratives: passer ainsi d'un pilotage centralisé à un pilotage décentralisé permettant de gérer plus efficacement, au niveau local, les questions qui surviennent. Il est probable que cette volonté de professionnalisation de la société a pour intention implicite à la fois la «mise en mouvement» des personnes permettant, au final, leur acceptation d'un nouveau mode de « gouvemance sociale» (en lien avec la décentralisation évoquée plus haut) et le retour d'un citoyen (<< citoyen professionnel ») doté de valeurs communautaires et d'un certain sens renouvelé de la vie en société. Tout ceci n'est pas loin de signer une pensée libérale insistant sur l'efficacité individuelle au service d'un nouveau modèle de société. 16

1.1.2- Les enjeux pour les groupes sociaux. Les enjeux pour les groupes sociaux se situent clairement au niveau de la constitution des professions. Comme le note Paradeise (2003), le mot profession apparaît dans un contexte de marché libre où les acteurs économiques ressentent le besoin de développer une rhétorique concernant leur contribution au marché pour conquérir et accroître leur place. C'est probablement à ce niveau qu'il convient de situer l'apparition, dès le début du 20èmesiècle, du mot profession dans les pays anglo-saxons, associé d'ailleurs à ('image de la profession libérale. En France, il apparaît dans un contexte différent qui est caractérisé par un état hiérarchique: dès lors, la profession ne repose pas tant sur le modèle de la profession libérale mais davantage sur celui des corps d'état. L'enjeu est donc ici la mise en reconnaissance de soi dans l'environnement à des fins de conquête d'une meilleure place dans une hiérarchie étatique. Selon Bourdoncle (1993), il existe donc deux voies différentes de constitution des professions assorties d'enjeux distincts: - en France, une lutte politique pour contrôler les places dans une hiérarchie étatique élitiste (notamment le modèle des corps d'état: un corps hiérarchisé, légitimé par l'Etat) ou la constitution de communautés de pairs construisant leurs propres règles (modèle des confréries), - dans les pays anglo-saxons, une lutte pour le pouvoir (économique) dans les groupes professionnels afin de réguler le marché (le modèle des professions libérales comme moyen d'acquérir un revenu).

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1.1.3- Les enjeux pour les organisations. 1.1.3.1- La recherche de professionnalisation accrue des salariés s'inscrit dans un contexte d'évolution forte du travail. Les enjeux portés par les organisations ne concernent pas la constitution des professions dans l'espace social mais la professionnalisation des salariés entendue comme une intention organisationnelle d'accompagner la flexibilité du travail (modification continue des compétences en lien avec l'évolution des situations de travail). Ainsi, les caractéristiques des nouvelles organisations (production tirée par l'aval, intégration des activités et décloisonnement des fonctions) qui apparaissent dans ces 30 dernières années génèrent trois conséquences: l'élargissement et l'enrichissement des compétences et des tâches, la réduction de la ligne hiérarchique, le développement du caractère collectif du travail. Comme le notent Berton, Boru et Barbier (1996, p. 148), «ces transformations amènent à définir quatre nouvelles catégories de savoirs: des savoirs organisationnels» (construire la cohérence de l'amont! aval du poste), «des savoirs méthodologiques» (observer, classer..), «des méta savoirs» (conduite de processus d'action... ), des« savoirs contingents au collectif de travail» (l'ensemble des savoirs mobilisés dans un collectif de travail sans que ceux-ci soient également maîtrisés par chacun). Pour sa part, Coriat (1990, p. 169) parle d'une recomposition des figures ouvrières dans 3 directions: « l'ouvrier fabricant (polyvalence et responsabilités), l'ouvrier technologue (tâches techniques habituellement réalisées par des techniciens) et l'ouvrier gestionnaire (gestion de paramètres économiques: coûts de production...) ». En lien avec ce qui précède, le discours des organisations sur la professionnalisation est récent et il fait donc écho à plusieurs évolutions fortement articulées entre elles: - le passage d'une logique de production poussée par l'offre (l'entreprise planifie le travail) à une logique de production 18