Récréation, re-création: tourisme et sport dans le Nord-Pas-de-Calais

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Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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EAN13 : 9782296343467
Nombre de pages : 312
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L'Harmattan, 1997

ISBN: 2-7384-5565-4

Remerciements

Nous remercions: Hélène Tiberghien, qui a suivi l'élaboration du manuscrit. Joëlle Desiré, qui a réalisé les figures à l'Université de Picardie Jules Verne à Amiens. La Chaîne des Terrils, 5/7 rue Montgolfier, 62800 Liévin (té!. 03 21 44 12 01 ) qui a aimablement fourni la photo de couverture, ainsi que l'ensemble des personnes qui, d'une manière ou d'une autre, ont apporté leur concours à la réalisation de cet ouvrage.

Collection "Tourisme et Société" Sous la direction de Georges CAZES

Jean-Michel

DEW AILLY et Claude SOBRY

Récréation, Re-création:

Tourisme et sport,
dans le Nord - Pas-de-Calais

PRÉFACE DE PIERRE PIERRARD

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Collection Tourismes et Sociétés dirigée par Georges Cazes

G. CAZES, Les nouvelles colonies de vacances? Le tourisme international à la conquête du Tiers-Monde. G. CAZES, Tourisme et Tiers-Monde, un bilan controversé. M. PICARD, Bali: tourisme culturel et culture touristique.

D. ROZENBERG, Tourisme et utopie aux Baléares. Ibiza une île pour une autre vie. G. RICHEZ, Parcs nationaux et tourisme en Europe. M. MAURER, Tourisme, prostitution, sida. H. POUTET, Images touristiques de l'Espagne. O. LAZZAROTTI, Les loisirs à la cqnquête des espaces périurbains. M. SEGUI LLINAS, Les Nouvelles Baléares. D. ROLLAND, (ouvrage collectif) Tourisme et Caraïbes. A. DE VIDAS, Mémoire textile et industrie du souvenir dans les Andes.
F. MICHEL, Tourisme, culture et modernité en pays Toraja (Sulawesi - Sud, Indonésie).

Photo de couverture: Le terril, site d'envol de parapente... (Photo la Chaîne des Terrils)

Récréation, Re-création: Tourisme et sport, dans le Nord - Pas-de-Calais

SOMMAIRE

Remerciements
Préface, par Pierre .Pierrard............................................... Présentation des auteurs.................................................... Avant-propos, par Jean-Michel Dewailly et Claude Sobry

.

6 7 13 17 19

Première partie: Nouvelles pratiques récréatives, nouvelles perceptions de l'environnement......................................... Chapitre I - Récréation, re-création: d'une dynamique récréative à un développement recréateur lean-Michel DEWAlLLY et Claude SOBRY....................... Chapitre 2 - Le sport comme métaphore sociale Christian DORVILLE ........................................................ Chapitre 3 - Les pratiques récréatives autonomes urbaines. Création de nouvelles relations à la cité Eric ADAMKlEWICZ......................................................... Chapitre 4 - De la récréation à la re-création: l'apport de la problématique du développement durable Bertrand ZUINDEAU ............................... Deuxième partie: régionale(s) La récréation, facteur de recomposition(s)

21 49

8]

105 145

Chapitre 5 - Une société de labeur Claude WAGNON

..........

]47

Chapitre 6 - Une mine de footballeurs: Le Racing-Club de Lens Marie CEGARRA .........................................

]53

Chapitre 7 -Diffusion touristique et recompositions territoriales. Trois décennies d'évolution du Nord - Pas-de-Calais lean-Michel DEWAILLY 175 7

Chapitre 8 - Récréation au fil de l'eau: la valorisation touristique de la voie d'eau dans le département du Nord Helga SCARWELL ........................... Chapitre 9 - Tourisme: outil de création et de recréation de
l'image du Nord - Pas-de-Calais

205

Margrit HENDOUX et Jean SCOL..

................

227

Chapitre 10 - L'emploi dans le domaine du tourisme en région Nord - Pas-de-Calais. Problématique et analyse Claude SOBRYî 255
Liste des tableaux et figures..............................................

303

8

PRÉFACE

Mon père, homme du Nord, m'a répété toute sa vie, avec une fierté non feinte: « Chez nous, on travaille! ». Son propre père, à la fin du 19é siècle, était venu de sa Belgique natale s'installer à Roubaix, non pour s'amuser ou se distraire mais pour
« travailler ». Il en avait été de même, sous le Second Empire, du

grand-père de ma mère, natif de Courtrai. «Le droit à la paresse », que, dans une brochure célèbre (1883), Paul Lafargue, gendre de Karl Marx, qui fut député de Lille, avait réclamé pour eux comme pour tous les ouvriers, n'entrait pas dans leurs schémas de pensée. Ce n'est pas que la civilisation du Nord, au temps de sa prospérité industrielle, ne fût pas ludique: elle l'était même fortement, en vertu d'une tradition très ancienne. Mais elle ne pouvait s'exprimer que dans un temps et des espaces resserrés: à une époque où le repos dominical n'est pas encore instauré (il ne le sera qu'en 1906), où n'existent ni week-end ni vacances, où le travail mange l'essentiel des heures vivantes; dans des espaces qui ne peuvent inclure l'habitat, trop restreint, et se réduisent à la rue (carnavals, défilés de géants, allumoirs...), et au cabaret est à ses annexes (bourleux, archers, coulonneux, amateurs de combats de coq...). Civilisation moins de sports que de jeux collectifs. Il y a bien les sociétés de gymnastique. Mais la natation reste un luxe (la plupart des villes ne disposent longtemps que d' une seule piscine, quand elles en ont une). Plus tard apparaîtront le ballon rond et la « petite reine », qui rendra célèbre le ParisRoubaix (1896). Mais la bicyclette devient essentiellement un instrument de travail, et les matches de football, surtout lorsqu'il s'agit de «derbys» entre les équipes de Lille, Roubaix, Tourcoing, Valenciennes, Lens (merci à Marie Cegarra d'avoir consacré un chapitre du beau livre que je préface au cher Racing-Club de Lens), s'apparentent aux corridas. Le yachting, le tennis, l'équitation... sont réservés aux riches, c'est-à-dire en fait aux «patrons », qui vivent sur une planète étrangère à celle de leurs ouvriers. Entre Le Touquet, qui est le rendez-vous 9

estival de la haute bourgeoisie septentrionale, et Malo-les-Bains, terminus des « trains de plaisir» chers au petit peuple, la distance est infiniment plus que géographique. Mon ami l'avocat lillois Philippe Kah avait beau répéter que «le Nord n'est pas en Béotie» et réfuter l'à-peu-près qui voulait que, en fait de culture classique, Roubaix et Tourcoing -le Manchester du continent- ne connaissaient que «\' enlèvement des laines» (d'Hélène), il faut bien avouer que, en ce qui concerne les nourritures de l'esprit, le Nord fut longtemps déficitaire, qu'il s'agisse de bibliothèques, de musées, de visites organisées, de théâtre ou de concerts. Quant à considérer la région comme touristique, il n'en était guère question: Roubaix ne posséda longtemps qu'un seul hôtel digne de ce nom; et, il y a trente ans encore, Tourcoing-centre n'en possédait aucun. On aurait fait hausser les épaules de beaucoup si on avait prédit que le Vieux-Lille, si misérable et dépenaillé, allait devenir, grâce à l'association Renaissance du Lille Ancien, un haut lieu d'un tourisme qui ne serait pas seulement local. C'est le grand mérite du présent ouvrage, rédigé sous la direction de Jean-Michel Dewailly et de Claude Sobry, non seulement d'administrer de vigoureux coups de gomme à l'image d'une région -le Nord-Pas de Calais- dont le poids historique, économique et humain est considérable, mais de montrer, d'une manière à la fois scientifique et sensible, que sa re-création, dont certains, accablés par le séisme des années « 50 », désespéraient, non seulement se fait, mais qu'elle passe par la ré-création. C'est-à-dire par de nouvelles pratiques récréatiques ; par un développement sportif accordé aux besoins et aux goûts de nos contemporains; par un éveil touristique sans précédent qui prend en compte: les mille beautés d'un paysage trop longtemps occulté par des préjugés ou des atavismes réducteurs; les mille virtualités d'une population à la fois nombreuse (quatre millions d'habitants: autant que la Norvège), opiniâtre, cimentée par l'esprit familial; le formidable effort qu i s'est déployé, partout, depuis trente ans, sur le plan culturel; le terreau historique d'une région marquée par mille souffrances liées aux guerres, aux invasions, aux incompréhensions, aux crises économiques et sociales. Si on veut comprendre pourquoi, sans faire rire, -au contraireLille a pu poser sa candidature aux Jeux Olympiques de 2004, il faut lire Récréation, re-création. Tourisme et sport, éléments du renouveau du Nord-Pas de Calais. Ses auteurs ne se perdent pas 10

en incantations; ils ne cachent pas les déficits et les handicaps encore existants, mais, en recourant, d'une manière rigoureuse, à la fois à la perspective historique et à la prospective la moins aventureuse, ils fournissent aux gens du Nord de forts motifs d'espérance. A un vieil historien comme moi qui, depuis trente ans, ne cesse de proclamer que, fort d'un passé extraordinaire, le Nord modèle assurément son avenir, ils fournissent une caution dont je les remercie fraternellement.

Pierre PIERRARD

Il

LES AUTEURS Eric ADAMKIEWICZ est enseignant-chercheur en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives au laboratoire Sport - Intégration - Culture de la Faculté des Sciences du Sport et de l'Education Physique de l'Université de Lille II. Ses principaux axes de recherches sont centrés sur l'aménagement sportif et le management des espaces, ainsi que le tourisme sportif et ses implications en matière de gestion et d'aménagement. Il achève une thèse sur les usages sportifs autonomes de la ville, analyse des pratiques, conception et gestion des espaces. Marie CEGARRA, maître de conférences à l'Université de Lille III, est ethnologue, spécialiste de la société française. Ses travaux et ses publications portent sur les pratiques culturelles de l'identité où elle développe les thématiques suivantes: patrimoine et micro-cultures, frontières culturelles, altérité et interculturalité. Jean-Michel DEWAILLY est professeur à l'Université des Sciences et Technologies de Lille. Membre du Laboratoire de Géographie Humaine et de l'URA CNRS 1688 Géographie des Milieux Anthropisés, il a orienté ses recherches sur la géographie du tourisme, l'aménagement touristique et récréatif et ses relations avec l'environnement et le développement local, notamment dans les pays d'Europe du Nord-Ouest. Christian DORVILLE est maître de conférences en Sciences et Technologies des Activités Physiques et Sportives à la Faculté des Sciences du Sport et de l'Education Physique de l'Université de Lille II. Membre du laboratoire SportIntégration-Culture, ses centres d'intérêts concernent les représentations identitaires et stratégiques des enseignants sportifs, ainsi que les problèmes liés au développement du tourisme halieutique. Margrit HENDOUX, est doctorante au sein de l'U.F.R. de Géographie et d'Aménagement de l'Université de Lille I. 13

Membre du Laboratoire de Géographie Humaine, elle achève une thèse sur le tourisme en Bade-Wurtemberg (RFA). Helga SCARWELL, est maître de conférences en sciences politiques à l'Université de Lille I, membre du Laboratoire de Géographie Humaine. Ses travaux portent essentiellement sur le droit de l'environnement et la mise en oeuvre des politiques publiques. Jean SCOL est maître de conférences à l'U.F.R. de Géographie et d'Aménagement de l'Université de Lille 1. Membre du Laboratoire de Géographie Humaine, il est l'auteur d'une thèse sur le tourisme dans l'archipel du Dodécanèse (Grèce) et a déjà publié des articles sur l'usage de la télématique pour la diffusion d'informations touristiques. Claude SOBRY est économiste, maître de conférences à la Faculté des Sciences Economiques de l'Université de Lille I, membre du CLERSE (Centre Lillois d'Etudes et de Recherches Sociologiques et Economiques), spécialiste en économie du sport et du tourisme. Ses travaux portent sur l'impact de ces activités sur l'économie globale et les relations qu'entretiennent ces secteurs. Les axes principaux développés sont les suivants: modes et pratiques sportives, les retombées des grandes manifestations sportives et des grands équipements touristiques, les impacts du développement touristique sur une économie régionale et la relation sport-tourisme et emploi. Claude WAGNON est maître de conférences en Sociologie, directeur adjoint de l'Institut de Sociologie à la Faculté des Sciences Economiques et Sociales de Lille I, directeur du Métis, groupe de recherche intégré dans le CLERSE (Centre Lillois d'Etudes et de Recherches Sociologiques et Economiques). Il s'intéresse particulièrement à l'identité régionale et préside les comités scientifiques de l'écomusée de Fourmies-Trélon et du musée d'ethnologie régionale de Béthune. Bertrand ZUINDEAU est économiste, maître de conférences à la Faculté des Sciences Economiques de l'Université de Lille I, membre du Centre Economie et Politiques Européennes. Ses travaux portent essentiellement sur l'économie régionale et plus récemment sur l'économie de l'environnement. Il a publié en particulier plusieurs communications et articles relatifs à la récente problématique du développement durable. 14

Nous gins du Nord, inn'a bio dire, Sans nous vanter et sans mintir, Inn' craint personn' din toute la France Pour not' courache et not' constance. Inn'a bio dire qui pleut toudit, qu'in vot qu'dé camps et dé terrils Quand in s'in va ed' nou majon, Inn'appréhinte d'aller bin long ... Car ché toudit el' mêm' canchon Inn' vot qu'el pleuf et ché corons Mais s'quin oublie d'écrire souvint Ché qu'par ichi insé treuf fin bien!
M. DESAILL yI Traduction:
Nous gens du Nord, on a beau dire, Sans nous vanter et sans mentir, On ne craint personne dans toute la France Pour notre courage et notre constance On a beau dire qu'il pleut toujours, Qu'on ne voit que des champs et des terrils Quand on doit quitter notre maison On appréhende d'en rester éloigné trop longtemps...

Car c'est toujours la même chanson Ils (les non Nordistes) ne voient que la pluie et les corons Mais ce que l'on oublie d'écrire souvent C'est qu'ici, on s'y trouve vraiment bien!

I

M. DESAllLY est professeur d'Histoire Géographie à La Bassée. et poète
à ses heures.

patoisant

15

Avant-propos Jean-Michel DEW AILLY et Claude SOBRY

Depuis plusieurs décennies, la région Nord-Pas-de-Calais connaît des mutations profondes charbon, sidérurgie, construction navale, textile..., traditionnels piliers de l'économie régionale ont fortement reculé, voire même disparu. Dans le même temps, d'autres industries sont apparues ou ont connu un nouvel essor, comme l'automobile ou l' agro-alimentaire. Mais surtout, le secteur tertiaire et les services ont maintenant pris une telle place que la région a perdu la spécificité industrielle par laquelle, non sans fierté d'ailleurs, elle s'est longtemps distinguée des autres régions françaises. Le tourisme, les loisirs, le sport font partie de ces activités qui, sans être nouvelles (Boulogne-sur-Mer connut son premier établissement de bains en 1790, le deuxième en France après Dieppe), ont connu un développement remarquable au profit de la population régionale mais aussi d'un nombre croissant de visiteurs venus de l'extérieur. Ces bouleversements ne sont toutefois pas encore accompagnés des changements d'image correspondants. Certes, des millions de Français et d'étrangers traversent la région vers Londres, Bruxelles ou Amsterdam, ou vers les lieux de soleil et de neige de l'Europe plus méridionale. Des millions aussi, directement ou par les médias, connaissent ponctuellement des sites ou des évènements renommés: la station du Touquet et son Enduro, la braderie de Lille, le Vieux Lille, le Carnaval de Dunkerque, Paris-Roubaix, le meeting d'athlétisme en salle de Liévin... Pour autant, ce sont souvent les arbres qui cachent la forêt. La vie touristique et de loisirs de la région ne se réduit pas à cela et est, au contraire, constituée d'un tissu très dense qui innerve très finement tout le territoire régional. Ce mouvement s'est partout intensifié depuis vingt ans. 17

Corrélativement, ce domaine de l'activité régionale a suscité une recherche universitaire qui a démarré dans les années 1970, et concerne maintenant un éventail de disciplines variées qui collaborent dans des formations spécialisées et, par des travaux de maîtrise, DEA, thèses, font progresser la connaissance de ces phénomènes dans la région mais aussi au-dehors. On s'expliquera plus loin sur l'association tourisme-loisirs-sport qui est à la base de notre propos. Logiquement, depuis 1994, un noyau d'une quinzaine de chercheurs fédérés autour de ce centre d'intérêt commun, a constitué le GIREST, Groupe Interdisciplinaire de Recherche En Sport et Tourisme, à cheval sur les trois Universités lilloises (Lille l, Lille 2 et Lille 3). On y trouve économistes, géographes, sociologues, juristes, ethnologues, "sportifs", historiens... Cette pluridisciplinarité est très précieuse, car peu de domaines autant que celui de la récréation (terme que l'on s'attachera d'abord à définir), se prêtent, pour en saisir pleinement le sens, à ces approches croisées qui s'enrichissent mutuellement. Pour concrétiser une première étape de son existence et une première phase de sa réflexion, le GIREST a souhaité publier dans un ouvrage universitaire, mais facilement accessible à un public non-universitaire, un ensemble de travaux centrés sur la récréation dans le Nord-Pas-de-Calais, souhaitant par là à la fois contribuer à l'actualisation des connaissances sur la région, à l'accélération de la mise en conformité des images avec les réalités mais aussi à la réflexion et à la prise de recul nécessaires à la poursuite la plus pertinente des dynamiques à l'oeuvre dans l'économie et l'aménagement du territoire régionaux. Les quelques thèmes abordés, replacés dans une problématique plus générale qui en souligne la richesse, ne prétendent pas constituer une somme globale et raisonnée de la "matière récréative" régionale, mais seulement en dévoiler quelques facettes qui puissent aussi susciter le désir d'aller plus loin. Paradoxalement en effet, il n'y a pas beaucoup de centres universitaires en France qui puissent se prévaloir de groupes tels que l~ GIREST, alors que Lille et la région sont loin d'être le parangon du tourisme. Nous souhaitons donc qu'au-delà de l'intérêt que cet ouvrage, espérons-le, provoquera, la recherche en matière de tourisme, de loisirs et de sport puisse être encouragée comme le mérite un domaine essentiel pour la qualité du cadre de vie et de la vie tout court de nos concitoyens. 18

PREMIERE

PARTIE

Nouvelles nouvelles

pratiques

récréatives,

perceptions

de l'environnement.

CHAPITRE
Récréation,

1
récréative à un

re-création: d'une dynamique développement re-créateur

Jean-Michel DEW AILLY et Claude SOBRY

L'objet de ce livre collectif est parti de deux constats simples et d'une question: - d'abord, le tourisme, les loisirs et le sport sont fréquemment associés dans une prise en considération commune: nous regroupons - on s'en expliquera - ces trois activités sous le vocable de "récréation" ; - ensuite, en maints endroits, cette" récréation" a servi, et sert, d'outil de reconversion et de redéveloppement dans les vieilles régions industrielles issues surtout de la Révolution Industrielle du XIXè siècle, notamment en Europe et en Amérique du Nord. Elle contribue alors à une véritable" re-création" du tissu économique par l'apparition de nouvelles activités, re-création d'emplois relayant ceux qui avaient disparu, re-création de paysages et d'images, re-création d'un tissu social amenuisé, recréation de territoires par un développement régional ou local stimulé. Ces deux constats débouchent sur une question géographiquement plus immédiate: comment la récréation contribue-t-elle à une re-créatio.n du Nord-Pas-de-Calais, vieille région marquée par les stigmates d'une industrialisation ancienne mais en pleine mue depuis trente ans? Cet ouvrage ne peut prétendre répondre de façon exhaustive à une telle question: le champ en est trop vaste, et en 21

bouillonnement perpétuel. Il souhaite en revanche apporter quelques éclairages significatifs des dynamiques actuelles. Pour espérer apporter une réflexion pertinente dans un tel domaine, une vision pluridisciplinaire s'impose, variant les angles d'attaque et permettant au lecteur une approche nuancée à l'issue de laquelle il lui sera possible de se faire sinon une synthèse personnelle, au moins une idée plus synthétique. Il s'agit en effet de fournir des matériaux permettant d'apprécier comment, dans la région du Nord-Pas-de-Calais qui passe encore pour être l'une des moins touristiques de France, la récréation participe à la re-création régionale et locale. Cette réflexion nous semble pertinente précisément à cause de la mauvaise image dont la région pâtit encore très souvent, attachée à sa réputation de région non touristique, mais aussi à cause du puissant mouvement interne, souvent méconnu à l'extérieur, qui la conduit sur la voie de renouveau. La récréation n'est pas étrangère à cette dynamique, elle en est même une composante sans doute plus importante en termes d'image et en symboles qu'en termes financiers propres. Avant d'entrer dans le vif de la question posée, il convient d' en éclairer le sens en explicitant les deux constats initiaux qui la fondent. Récréation, re-création (ou recréation), le lecteur prendra garde à un accent aigu en plus ou en moins qui, au-delà du jeu de mots qu'il peut paraître vouloir provoquer, exprime en réalité, nous en sommes convaincus, un rapport étroit entre deux termes à l'étymologie commune.

I - Qu'est-ce que la "récréation"

?

A) L'association

tourisme-loisirs-sports

Ces trois types d'activités sont très souvent associés dans l'approche des phénomènes socio-politiques et socioéconomiques services administratifs ou techniques de 22

collectivités territoriales, délégations d'élus, centres de documentation, publications, formations, opérations de marketing ou de communication, produits touristiques... Ce n'est pas pour surprendre, car leur champ d'extension se chevauche plus ou moins: il existe des loisirs sportifs, un tourisme sportif. Les grands évènements sportifs génèrent des flux touristiques considérables: Jeux Olympiques, Coupe du Monde de football, championnats du monde d'athlétisme, départ et arrivée de courses transocéaniques... Sur son lieu de vacances, un touriste aura de vrais moments de loisirs pour se baigner ou faire du bateau, une fois accomplis ses devoirs envers les nécessaires tâches domestiques, opérations de ravitaillement ou entretien de voiture. Les trois termes en question se trouvent donc fortement imbriqués. De Groote (1989) a, à juste titre, évoqué l'existence d'un continuum spatio-temporel liant tourisme et loisirs. L'on peut donc se demander ce qui fonde cette communauté d'approche. Nous y voyons plusieurs raisons majeures: - l'implication personnelle du sujet dans des activités librement choisies de détente, d'accomplissement de soi, de pratiques à caractère ludique affirmé à différentes échelles spatiotemporelles (loisirs de proximité de fin de journée, loisirs ou tourisme d'excursions ou de courts séjours, vacances plus lointaines...). L'engagement créatif du sujet dans ce temps choisi le conduit d'ailleurs à utiliser ce que les Anglo-Saxons appellent des" aménités" (amenities), terme à la connotation significative; - ces activités se pratiquent souvent sur les mêmes lieux d'exercice. Sur un court de tennis, on ne peut a priori pas savoir si les joueurs sont des tennismen professionnels, des touristes en vacances ou des habitants du quartier venant faire du sport après leur journée de travail. Même chose quand il s'agit de déterminer les plaisanciers d'une base nautique, les golfeurs d'un 18 trous, les visiteurs d'un musée ou d'un parc d'attractions; 23

- tourisme, loisirs et sport concourent souvent de façon très positive, voire motrice, à affirmer des identités, tant au niveau individuel que local ou régional. Chaque individu a ses goûts ou ses aptitudes, mais chaque région ou pays tient aussi à mettre en avant ses spécificités. C'est évidemment vrai pour le tourisme qui, par essence, repose sur le dépaysement, mais aussi pour les loisirs et le sport: les sports nautiques aux Pays-Bas, le ski dans les longs hivers scandinaves, la pelote basque, le cricket, le sumo, le base-ball, les jeux traditionnels que l'on ressuscite font partie de la culture locale et restent de puissants marqueurs identitaires, en dépit de leur extension hors de leur aire d'origine. Leur attractivité touristique peut être génératrice de véritables flux touristiques; - facteurs d'identité, ces trois activités sont aussi facteurs de changement, compte tenu de la dynamique puissante qui les anime dans un monde qui leur confère une place croissante et met à leur service des technologies sans cesse plus perfectionnées. C'est bien l'avion, et de surcroît le longcourrier, puis le gros porteur générateur de tarifs bas, qui explique les métamorphoses de certaines contrées ou îles tropicales. La planche à voile, le surf, le deltaplane, les sports mécaniques... sont à la base de pôles ou complexes touristiques, plus ou moins saisonniers, en milieu rural ou littoral. Cela concourt à la diversification ou à la reconversion régionale, à la constitution d'images, à des mutations économiques, à des aménagements territoriaux, à des recompositions de tissus sociaux qui débouchent parfois sur de véritables re-créations. On sait la part que le tourisme-loisirs-sport a prise, spontanément, à la construction de l'image de la Côte d'Azur ou du Tyrol ou, de façon planifiée, au façonnement du littoral du Languedoc-Roussillon.
Si le rapprochement des trois termes se fonde donc largement sur leur dimension ludique, il convient cependant d'exprimer une nuance supplémentaire. Ces activités sont en effet maintenant parvenues à un point de développement tel que leur exercice ne peut plus se concevoir sans l'existence de toute une 24

gamme de professions qui leur sont liées. Le recours à un secteur professionnel n'a donc rien de ludique en soi, mais permet au touriste, au sportif, au récréant d'exercer leur activité dans des conditions optimales de pratique et de sécurité, avec les retombées économiques, spatiales ou sociales que l'on est en droit d'en attendre. Une étude du secteur tourisme-loisirs-sport n'aurait donc pas de sens si elle écartait les aspects professionnels dont la finalité est précisément l'exercice d'activités ludiques. On ne saurait non plus oublier que, dans le domaine sportif en particulier, il faut distinguer en outre les pratiquants amateurs et les spectateurs des professionnels du

sport, qui pratiquent sans doute leur métier avec passion, mais
dans des conditions telles qu'on ne peut assimiler ces pratiques à une activité récréative. Cependant, cette communauté d'approche est d'autant plus paradoxale que les trois termes n'ont jamais donné lieu à des définitions qui fassent l'unanimité. C'est comme si, pour chacun d'entre eux, l'on percevait, d'une manière largement intuitive, ce qui en constitue le noyau dur, sans être jamais en mesure

d'en fixer les limites avec précision. Il n'est pas possible dans ce
cadre de passer en revue la multitude de définitions qui ont été proposées, mais quelques exemples simples suffisent à rappeler les difficultés du problème. En matière de tourisme, l'on sait combien l'UIOOT (Union Internationale des Organismes Officiels de Tourisme) d'abord, l'OMT (Organisation Mondiale du Tourisme) qui la relaya, ensuite, se sont échinées à définir le visiteur, le touriste, l'excursionniste. La longueur des dernières définitions proposées, en mars 1993, montre bien la difficulté à circonscrire facilement le phénomène. Si l'on admet même, d'un point de vue statistique, qu'il y a tourisme à partir d'une nuitée passée hors de chez soi sans rémunération spécifique (pour simplifier), l'on peut néanmoins contester dans bien des cas la réalité de ce contenu. Un Parisien qui part en week-end dans sa résidence secondaire à Deauville ou au Touquet, et même s'il y passe deux 25

ou trois nuits, souvent d'ailleurs en y emmenant un part importante du ravitaillement nécessaire, est-il vraiment un touriste au sens fort du terme, ou ne s'inscrit-il pas plutôt dans une logique de loisirs de fin de semaine dans un lieu qui lui est familier? Mais l'appréciation est sans doute différente s'il descend à l'hôtel. La définition réelle devrait se référer non seulement à l'enveloppe spatio-temporelle, mais aussi au contenu des pratiques effectives et donc au statut de l'individu à l'instant où l'observateur l'appréhende, ce qui complique sigulièrement l'analyse. Certains veulent aussi assimiler le tourisme à une" industrie". Il faut s'élever fermement contre cet abus de langage, qui provient d'une traduction hâtive de l'expression anglophone "tourist industry", qu'il vaut mieux traduire par activité ou secteur touristique. Le tourisme est constitué par un ensemble de services, débouchant sans doute sur un produit touristique, mais qui n'est en aucun cas" industriel". Faute de quoi un minimum de logique conduirait à qualifier de "grande région industrielle" la Côte d'Azur ou la Floride, ce qui n'est sans doute pas le but recherché et ne correspond d'ailleurs à aucune réalité (Dewailly, 1991). Le sport n'est pas non plus aisé à définir (cf. contribution de C. Dorvillé). L'on connaît les plaisanteries traditionnelles qui contestent aux pêcheurs à la ligne le titre de "sportifs". Il existe pourtant bien une pêche sportive. Certains pays considèrent comme sports les échecs, les fléchettes, les" sports cérébraux ". Est-ce le mouvement physique, et à partir de quel degré, qui caractérise le sport, ou d'autres attributs, comme la concentration, le régime alimentaire suivi, la rigueur de l'entraînement...? Le "vrai" sport se pratique-il seulement avec des règles bien établies au sein de structures reconnues (clubs, fédérations...) ou peut-il relever de pratiques informelles et spontanées, certains disent" sauvages" ? Dans un ouvrage récent consacré au sport, J.P. Augustin se rallie à "une définition plus stricte en considérant que le sport moderne doit 26

rassembler quatre composantes: d'abord un ensemble de situations motrices, puis un système de règles, ensuite un enjeu lié à la compétition et enfin un caractère institutionnel" (1995 : 12)2. Si le premier critère semble incontestable, l'application des trois autres conduirait à éliminer du champ des sportifs les foules de cyclistes ou de joggers du dimanche (cf. contribution d'E. Adamkiewicz) ou de jeunes footballeurs s'activant sur des terrains de football de fortune en banlieue. On conviendra pourtant que ces masses de pratiquants ne sont pas sans induire des retombées économiques, spatiales et sociales non négligeables. Et l'action de certaines fédérations (comme celle de basket-baIl pour encadrer, avec un succès mitigé, le streetbaIl) tendrait à montrer que de telles pratiques ont une réelle dimension sportive. En outre, le sport-distraction est souvent devenu une composante d'une foule de produits touristiques ou de loisirs, avec ou sans règles, encadrement, compétition, structures institutionnelles. Une autre difficulté à saisir le contenu de ces termes provient aussi du fait que leur équivalent n'existe pas toujours dans des langues étrangères, ce qui revèle des concepts de contenu parfois plus ou moins différents, d'essence culturelle. Le français utilise, avec des connotations légèrement différentes, loisir et loisirs, alors que l'anglais ne dispose que de leisure. "Le terme même de loisir n'existe pas en italien ou en danois: dans les deux langues, on parle de temps libre, mais cela ce correspond pas aux termes français. Le Freizeit allemand, habituellement traduit par récréation ou loisirs, bien que signifiant littéralement temps libre, a une acception plus étroite que Erholung, qui signifie aussi récréation, détente, mais avec une dimension physique, mentale et spirituelle pour laquelle le français n'offre pas de terme équivalent" (Dewailly et Flament, 1993 : 15). L'on peut donc s'interroger sur le bien-fondé d'une prise en considération commune de ces trois termes. Ne serait-ce pas
2Le deuxième chiffre renvoie à la page du document référencé en bibliographie de fin de chapitre. 27

qu'ils participent de la récréation, voire qu'ils la constituent, grâce à l'expérience, au vécu que leur exercice entraîne pour les participants?
B) La récréation

Ces considérations, pour nécessaires qu'elles soient, ne nous ont pas encore permis de déboucher sur une définition mieux cernée de la récréation, définition qui risque d'être controversée, compte tenu du flou de certains paramètres exposés plus haut. En français, le terme n'a pas bonne presse. Il évoque généralement la cour de l'école, ce qui le marque du sceau de la puérilité et de la futilité, qui ne sauraient être des gages de sérieux scientifique. Pourtant le terme, sous la forme" recreation ", est très usité dans le monde anglo-saxon, grand inventeur et grand consommateur de tourisme-loisirs-sport, et peut donc, sous réserve de divergences culturelles, servir de référence initiale, car c'est un terme-charnière entre deux mondes linguistiques (à la lisière desquels se trouve d'ailleurs Lille). En effet, tout répandu qu'il soit chez les Anglophones, ce terme est bien issu du latin. " Recreare " signifie reproduire, produire de nouveau, réparer, mais aussi rétablir, ranimer, faire revivre. Les deux connotations de production matérielle et de régénération physique (pas seulement corporelle) et/ou mentale sont présentes dans le terme. Le dérivé" recreatio ", signifiant rétablissement, régénération, insiste plus sur le seul aspect corporel, physique et/ou mental. Il est donc intéressant de se livrer à quelques comparaisons avec les sens qu'ont pris les vocables récréation - re-création en français et dans quelques langues voisines. Dans notre langue, le premier exprime essentiellement l'idée de détente, alors que le second - que nous n'écrivons ICI occasionnellement avec un trait d'union que pour mieux attirer l'attention - n'est qu'une banale forme itérative du verbe créer, assorti du préfixe re-, comme peuvent l'être une foule de verbes
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français, et signifiant donc" créer de nouveau". Si le sens de " recréation" ne prête donc guère à discussion, celui de " récréation" n'est pas aussi évident. Il faut relever en effet que de nombreux auteurs emploient ce terme en français en lui donnant un contenu quelque peu variable. Cela va effectivement dans le sens de notre propos, à savoir que l'ensemble tourismeloisirs-sport relève bien d'un noyau commun perçu en quelque sorte intuitivement parce qu'il relève d'un sentiment, voire d'une sensation, de récréation, au sens scolaire du terme, même si les contours exacts en paraissent un peu flous. Il y aurait certainement matière à analyser de façon systématique et approfondie l'utilisation du terme récréation chez des auteurs de disciplines variées. Faute de pouvoir y prétendre ici, on se contentera de placer quelques jalons, glanés au hasard de quelques lectures, sur cette voie épistémologique. Ainsi, l'économiste et sociologue T. Veblen, dans son ouvrage "Théorie de la classe de loisir", semble faire de la récréation une sous-catégorie du loisir, quand il affirme, par exemple, qu' "une activité tient son rang de récréation digne, convenable et traditionnelle" si elle satisfait" à ces deux exigences réunies, l'arrière-pensée de gaspillage et la bonne contenance du moment... S'ébattre et se délasser autrement, c'est chose moralement impossible aux personnes bien élevées et aux sensibilités délicates. Telles sont les circonstances, et voilà pourquoi les sports sont les meilleurs moyens de détente" (1899 : 170-171). Incontestablement ici, le sport fait partie de la récréation, donc du loisir. Plus récemment, le grand sociologue du loisir J. Dumazedier, dans l'un de ses ouvrages fondamentaux" Vers une civilisation du loisir" ? (1962), utilise assez fréquemment le terme" récréation", et beaucoup plus souvent encore" récréatif". Mais il ne précise pas le sens exact qu'il donne à ces termes et le contexte général de son propos peut donner à penser, probablement sans risque d'interpétation abusive, que pour lui loisir et récréation sont équivalents, voire synonymes. Les géographes parlent volontiers d' "espaces récréatifs" ou d' "activités récréatives", mêlant 29

tourisme et loisir's, le sport étant partie intégrante des deux, selon les circonstances (Flament, 1975 ; Dewailly 1985). Les espaces touristiques et/ou de loisirs constituent donc des sous-catégories de l'espace récréatif en général. Dans son magistral ou vrage récent, "L'avènement des loisirs" (on notera le pluriel), l'historien A. Corbin explique que" le terme recreation, autre notion forte qui structure ce champ (celui des loisirs), ne revêt pas exactement la signification qui est celle de la tradition européenne, c'est-à-dire la re-création de la force de travail. Elle évoque d'emblée, plus intensément, l'aspect ludique du plaisir procuré par le loisir et son institutionnalisation sous forme de jeu" (1995 : 13).La "récréation" traditionnelle européenne aurait donc une fonction plus régénératrice et moins ludique (sans exclusion, cependant) que la "recreation" anglosaxonne. Et parler de jeu" institutionnalisé" revient sans doute, à peu de chose près, à parler de sport. Dans le même ouvrage, et en dépit du titre général n'évoquant que les loisirs, figurent aussi de larges développement consacrés au tourisme, aux sports et à leur évolution, à la pêche à la ligne et aux jardins familiaux. Parlant des" loisirs à la conquête des espaces périurbains" parisiens, O. Lazzarotti affirme que" cette réalité correspond assez bien à ce que les Anglo-saxons ont appelé recreation" (1995 : 10). A propos de la Tunisie, J.M. Miossec énonce de son côté que" les vacances puisent, dans la confrontation de conduites nuancées autour d'un fonds commun, les ressources d'une récréation et d'une recréation qui donne un sens à toute vie en société" (1996 : 680). La récréation semble donc ici considérée comme l'ensemble des activités de type ludique et culturel qui, souvent, justifient les vacances aussi bien dans leur fonction de régénération physique que de ressourcement mental. On notera enfin que le Québécois A. Barabé parle aussi de "récréation et de "récréatif", y compris de "système récréatif" (1991 : 278). Les espaces auxquels il applique ces termes, en Amérique du Nord, laissent penser qu'il y donne la prééminence, mais pas l'exclusivité, aux loisirs sur le tourisme, les deux constituant donc la récréation. Mais il use parfois des termes" récréa-touristique" et 30

" récréo-éducatif" pour désigner des sites ou activités associant dans la formulation une récréation à un tourisme qu'il paraît en revanche dissocier fonctionnellement. Il est donc patent, à travers ces quelques exemples, que la récréation est un mélange de tourisme, de loisirs et de sport, dosés en proportions variables selon les auteurs, leur sensibilité, leurs orientations. Cela confirme donc notre vision d'un concept au noyau dur mais aux contours flous. L'observation précédente de O. Lazzarotti incite cependant à la prudence quand on passe du terme français à ce qui semble, phonétiquement du moins, son équivalent dans une langue étrangère. C'est avec précautions qu'il faut user de la traduction. Si la récréation peut s'assimiler aux loisirs, elle n'est pas complètement distincte du tourisme. Ashworth et Goodall constatent que" much effort has been devoted to distinguishing between tourism and recreation but the two concepts are inseparable and overlapping since basic facilities necessary for participation in leisure-time activities are the same for the tourist ant the recreationist" (1985 : 3). Mais la remarque citée de Corbin donne à penser que le terme anglais recreation contient les deux sens de récréation et de recréation, même si le second l'emporte sur le premier. Ce sont les mêmes sens que revêtent les termes issus de deux autres langues latines: en espagnol, recreacion signifie bien récréation, mais recrear signifie récréer et recréer, et en italien ricreazione et ricreare ont également respectivement les mêmes sens. Le néerlandais, langue germanique, a, comme l'anglais, emprunté le terme recreatie aux langues latines et le définit comme" les activités humaines qui trouvent place pendant. le temps libre, ont comme but principal la détente et l'épanouissement de soi et résultent d' un libre choix" (Doorenbos, 1992 : 129). Il en fait un large usage : dans un thesaurus récent, publié précisément par la Stichting Recreatie (Fondation Récréation), on ne dénombre pas moins de 81 mots composés et expressions incorporant la" récréation ", en y incluant les" recreanten ", terme qui désigne ceux qui 31

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