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Sociologie de la division du travail

De
124 pages
La sociologie de la division du travail, fondée au départ sur une analyse des mutations et de la crise de l'emploi, s'est focalisée sur les usages que font les agents de la globalisation de plusieurs sortes de capitaux, ainsi que sur le rôle des classes dirigeantes. L'auteur recense ici toutes les formes de gouvernance dont les normes d'ajustement aboutissent à dévaloriser le travail. Il en fait la critique, au nom du bien commun. La tonalité de l'ouvrage vise à concilier la rigueur analytique du propos avec l'engagement citoyen.
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SOCIOLOGIE

DE LA DIVISION DU TRAVAIL

De l'emploi au politique

Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions

Damien LAGAUZERE, Le masochisme social, 2009. Francis COURTOT, Brian Ferneyhough,figures et dialogues, 2009. Jean FOUCART, Fluidité sociale et souffrance, 2009. Olivier MOESCHLER et Olivier THÉVENIN (dir.), Les Territoires de la démocratisation culturelle, 2009. Lionel ARNAUD, Sylvie OLLITRAUL T, Sophie RÉTIF et Valérie SALA PALA (dir.), Mobilisations, dominations, identités,2009. Alain BERGER, Pascal CHEVALIER, Geneviève CORTES, Marc DEDEIRE, Héritages et trajectoires rurales en Europe, 2009. Adeline CHERQUI et Philippe HAMMAN (dir.), Production et revendications d'identités. Eléments d'analyse sociologique, 2009. Christophe COLERA, Les services juridiques des administrations centrales,2009. Virginie GARCIA et Guillaume TIFFON (COOL),Le sociologue en train de se faire, 2009. Marie-Thérèse RAPIAU et Jean RIONDET (coor.), Le «recrutement» des infirmières: de la formation aux pratiques d'une profession de santé, 2009. Josette DEBROUX, Les « ruralistes » et les études rurales, 2009. Gérard REGNAULT, Jeunes, seniors, entreprises: regards croisés, 2009. Laurence SIMMAT-DURAND, Grossesses avec drogues, 2009. Hervé TERRAL, Eduquer les pauvres. Former le peuple. Généalogie de l'enseignement professionnel français, 2009. Célestin BOUGLE, Solidarisme et libéralisme. Réflexions sur le mouvement politique et l'éducation morale, 2009. Eguzki URTEAGA, La sociologie en Espagne, 2008. John TOLAN (dir.), L'échange, 2008. Brigitte ALBERO, Monique LINARD, Jean-François ROBIN, Petite Fabrique de /'innovation à l'université, Quatre parcours pionniers, 2008.

Roland Guillon

SOCIOLOGIE DE LA DIVISION DU TRA VAIL De l'emploi au politique

L'HARMATTAN

iÇ)L'HARMAITAN, 2009 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion .harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-09130-6 EAN : 9782296091306

La sociologie est un humanisme « La définition de la société comme un être collectif agissant et créateur permet sans doute de restituer à l'existence humaine cette capacité d'épanouissement à la fois spirituel et matériel que les idéologies partielles ont pu disjoindre pour la mutiler. » Jean Duvignaud, 1966, Introduction à la sociologie, Idées, NRF, Gallimard, p. 165.

INTRODUCTION Division du travail et globalisation

Cet ouvrage retrace - de manière sélective et intégrée] -, les étapes d'une réflexion sociologique à partir d'un ensemble de travaux déjà publiés. L'auteur a cherché à mettre en perspective trois préoccupations récurrentes de ses recherches qu'il a toujours situées dans les rapports sociaux. La première préoccupation recoupe la défmition même des objets de recherche pour tenir compte des droits et des moyens d'action qu'ont les salariés dans le cadre du socle de toute formation sociétale qu'est la division du travail. Division sociale du travail, parce qu'elle inclut les divisions du travail de multiples organisations et institutions publiques ou privées, marchandes ou non marchandes. Il s'agit donc d'une formation qui embrasse un ensemble de données organisationnelles et institutionnelles qui structurent les rapports d'activité: rapports de production et d'échange. Soit autant de relations entre agents et groupes sociaux qui sont inscrites dans un mode de production, le système capitaliste, et qui ont pour enjeu de contrôler les leviers de cette division du travail. Ce qui concerne, au premier chef, les droits de propriété et la mobilisation des forces productives selon des normes qui sont à l'origine des crises du capitalisme. Si nous insistons sur le caractère collectif, morphologique et normatif de cette division du travail, c'est en référence à Durkheim. Pour celui-ci la division du travail était le creuset d'une cohérence d'organisation de l'activité humaine, et le ciment d'une solidarité organique propre aux sociétés modernes. Ce qui traduisait l'essor des formes d'association volontaire et des espaces d'autonomie individuelle au fur et à mesure que la vie sociale s'intensifiait et se complexifiait
]

Je remercie particulièrement ici Aurore et Daniel Bachet de leurs remarques sur
la première version de ce texte.

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(Durkheim, 1998). Si nous évoquons le mode de production ou les forces productives, c'est en référence aux travaux de Marx, pour lequel la division du travail assumait des fonctions essentielles dans la société capitaliste (Marx, 1965). Car, comme cet auteur l'avait écrit, dès 1844, celle-ci ajustait les technologies et l'organisation de la production, en opérant une sorte d'alchimie entre deux procès: accumuler du capital et dominer la force de travail (Marx, 2008). Et c'est parce que cette alchimie, au cœur même des rapports sociaux, mobilisait plusieurs sortes de capitaux, que nous avons choisi d'étudier les dimensions sociales de l'accumulation et de l'investissement. Précisons encore, à propos des rapports sociaux, que nous retenons le terme d'agent, pour situer les interventions et les relations sociales sur un continuum entre l'individuel et le collectif. Continuum dont la dynamique est à la fois structurée et structurante par des rapports sociaux auxquels participent deux collectifs singularisés - qui peuvent s'opposer ou s'unir - que sont les classes sociales et les communautés. En ce qui concerne les classes sociales précisons que notre approche s'est inspirée de la problématique développée par le sociologue Georges Gurvitch (Gurvitch, 1963), et que celle des communautés s'est référée à Max Weber (Weber, 1995a, 1995b). On relève chez ces deux auteurs nombre d'interrogations à propos des rapports entre ces collectifs et la dynamique sociale (sociétale) qui prennent toute leur dimension dans la globalisation contemporaine. Et, c'est bien le caractère de totalité que ces collectifs entretiennent avec la dynamique sociale qui évite d'en banaliser les concepts. Gurvitch définit les classes sociales comme des groupements de fait dont les fonctions sont globales et positionnées à l'échelle sociétale, nationale ou transnationale. Il souligne que leur structuration peut néanmoins être fractionnée selon divers critères qui tiennent à leur positionnement dans les rapports sociaux, que rationalisent les confrontations idéologiques (Gurvitch, 1963). Max Weber, dans une sociologie compréhensive, met sur le même plan deux sortes d'adhésions ou de sociabilités globales: la sociation et la communalisation. La première est référée à la société globale, la seconde à une ou plusieurs communautés (Weber, 1995a). 10

La seconde préoccupation de notre démarche est celle de l'échelle spatiale à laquelle cette division du travail est appréhendée. Soit, dans un premier temps, toute une série de données spécifiques organisationnelles ou institutionnelles -, saisies à l'échelle des partitions d'un territoire défini: l'Etat-nation. Avec le passage, dans un second temps, à des espaces transnationaux, notamment NordSud, en regard d'une dynamique mondiale: la globalisation capitaliste. Cette globalisation, dont le sens équivaut à celui de mondialisation, désigne un ensemble de mutations dont les signes les plus visibles sont l'intensification et l'extension de la circulation des capitaux et des informations. Ces mutations ont pour effet de modifier les règles ou les conventions d'entreprise, et d'atteindre les fondements des formations sociales que sont l'Etat et la nation, ainsi que les relations internationales. Ce qui représente autant de tensions exercées sur cette forme de cohésion sociétale que défmissait Durkheim, et ce qui valide, pour les étudier à une échelle pertinente, ainsi qu'en saisir les tailles critiques, de suivre une démarche qui appréhende le capitalisme comme un mode production dont la dynamique est transnationale. L'accélération des échanges entre le Nord et le Sud, ainsi que la montée des économies émergentes sont deux facteurs de la globalisation qui ont précipité les rapports entre ces deux collectifs que sont les classes sociales et les communautés, qu'elles soient ethniques, culturelles ou religieuses. Nous en retrouverons les indices, tout au long de cet ouvrage. Notre troisième préoccupation est de soumettre à une critique politique cette division du travail et son espace. Ce qui revient à les aborder de manière dialectique pour en saisir toutes les dimensions coopératives et conflictuelles, tous les agendas de gestion et de gouvernance, en tenant compte des rapports de force et des moyens dont disposent et que mettent en œuvre les agents. Ce qui implique pour le chercheur de vérifier la pertinence, les singularités ou l'universalité de tous les concepts utilisés, en les référant aux logiques d'intérêt individuel ou collectif, aux conceptions de l'intervention publique ou privée, ou encore à ce modèle de projection des activités de toute société qu'est le développement.

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Modèle que l'on peut décliner selon deux formes de dynamiques: endogène ou exogène. C'est ainsi que le lecteur retrouvera, tout au long de cet ouvrage, un certain nombre de notions critiquées comme le marché, le capital, l'intérêt ou la gouvemance, ainsi que d'autres termes plus technologiques qui leur sont associés, tels que celui d'ajustementen regard des spécificités d'une politique économique, largement répandue: l'ajustement structurel -, ou, encore d'autres vocables propres à la gouvernance comme la coordination ou la compétitivité. Précisons, à ce propos, que le sens que donnent les théoriciens et les agents de la gouvernance au terme de coordination, équivaut à réduire les rapports de production à des rapports d'organisation ou de gestion. Cela n'a rien à voir avec le sens que Marx confère à cette dimension dans son approche de la division du travail (division manufacturière), car il n'en fait qu'un palier du mode de production dont les rapports - même les plus coopératifs - restent soumis à deux procès: l'accumulation de capital et la réduction du travail à une force de travaill. Pour ce qui est des usages de la compétitivité, nous retrouverons, tout au long de notre étude, les signes d'une emprise de la gouvernance marchande dont la fonction est de valoriser le capital, avec pour effet de projeter celle-ci à l'échelle des politiques publiques. Nous aborderons aussi d'autres notions éthiques, présentes dans les débats de notre époque, comme autant d'avatars des concepts de responsabilité, de solidarité ou de confiance; notions dont se servent les classes dirigeantes pour se positionner ou défendre un agenda social d'ajustement dans cette division du travail. Ainsi, reviendrons-nous sur plusieurs termes d'ajustement de l'emploi tels que la flexibilité et l'employabilité, qui fondent leur légitimité sur ces avatars.
1 Toute singularité des rapports d'organisation traduit l'impact d'une dimension qu'est la bureaucratisation, et qu'avait mise en exergue Max Weber. La bureaucratisation s'est d'autant plus répandue que les entreprises et les administrations ont été contraintes de traiter une masse croissante d'informations techniques, juridiques, financières pour des fonctions de plus en plus complexes et connectées. Elle représente des formes de rationalisation de la production dont un aspect sensible est de faire écran entre les rapports d'activité et les rapports de classe, par une médiatisation des fonctions d'encadrement (Bidet, Duménil, 2007). 12