De la médecine dosimétrique

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De la médecine dosimétrique.djvuOrens Bouche ─ Jean-Marcellin Pader1877Format djvuAVANT-PROPOS――――――Notre but était de traiter des avantages que l’on pourrait tirer de l’usage de lathérapeutique dosimétrique en vétérinaire ; mais cette méthode est d’origine troprécente pour que nous puissions la considérer comme étant connue de toutes lespersonnes que le sujet peut intéresser. C’est pour cela que nous avons cru bienfaire en décrivant d’abord la médecine dosimétrique telle que la comprend sonauteur.De là, la division de notre thèse en deux parties : la première traitant de lamédecine dosimétrique et la deuxième de la dosimétrie en médecine vétérinaire.―――――PREMIÈRE PARTIE――――DE LA MÉDECINE DOSIMÉTRIQUESes rapports avec les doctrines médicales. — Ses aspirations. — Sathérapeutique.IEn séparant l’art de guérir de la philosophie générale, en écartant toute hypothèse,et en se basant exclusivement sur l’observation, Hippocrate donna la base de lavraie médecine. Mais cette science retomba bientôt dans la voie systématique d’oùelle avait été tirée, et subit l’influence des idées du temps. De là, cette série dedoctrines qui ont tour à tour prévalu et en dehors desquelles il n’y avait pas deguérison possible.Cette exclusion absolue a fait que la plupart de ces théories, quoique partant d’unprincipe vrai, après avoir été prônées, ont été complètement abandonnées pourd’autres qui, ayant les mêmes défauts, devaient avoir le même sort.L’esprit moderne ...
Publié le : jeudi 19 mai 2011
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De la médecine dosimétrique.djvuOrens Bouche ─ Jean-Marcellin Pader7781Format djvuAVANT-PROPOS――――――Notre but était de traiter des avantages que l’on pourrait tirer de l’usage de lathérapeutique dosimétrique en vétérinaire ; mais cette méthode est d’origine troprécente pour que nous puissions la considérer comme étant connue de toutes lespersonnes que le sujet peut intéresser. C’est pour cela que nous avons cru bienfaire en décrivant d’abord la médecine dosimétrique telle que la comprend sonauteur.De là, la division de notre thèse en deux parties : la première traitant de lamédecine dosimétrique et la deuxième de la dosimétrie en médecine vétérinaire.PREMIÈRE PARTIEDE LA MÉDECINE DOSIMÉTRIQUESes rapports avec les doctrines médicales. — Ses aspirations. — Sathérapeutique.IEn séparant l’art de guérir de la philosophie générale, en écartant toute hypothèse,et en se basant exclusivement sur l’observation, Hippocrate donna la base de lavraie médecine. Mais cette science retomba bientôt dans la voie systématique d’oùelle avait été tirée, et subit l’influence des idées du temps. De là, cette série dedoctrines qui ont tour à tour prévalu et en dehors desquelles il n’y avait pas deguérison possible.Cette exclusion absolue a fait que la plupart de ces théories, quoique partant d’unprincipe vrai, après avoir été prônées, ont été complètement abandonnées pourd’autres qui, ayant les mêmes défauts, devaient avoir le même sort.L’esprit moderne imbu des principes de Bacon devait, par son positivisme, avoirraison de ces doctrines. En effet, basés sur l’observation, sans adopter aucune desthéories précédentes, les modernes ont extrait ce que l’expérimentation ou les faitsont démontré être vrai pour en former un tout qui est la méthode éclectique de nosjours. L’éclectisme, en adoptant toutes les idées pourvu qu’elles soient en rapportavec les faits, a ouvert de nouveaux horizons à la médecine et tend tous les jours àen faire une science positive.Grâce à la méthode baconienne, la philosophie de la médecine s’ébauchait, seformait brillante et pleine d’avenir ; mais la thérapeutique embarrassée dans sapolypharmacie, n’a suivi qu’incomplètement et à regret, pour ainsi dire, les progrèsde la pathologie sa sœur. Cependant, des efforts ont été tentés pour ramener cette
branche si importante de la médecine dans la voie du progrès et l’élever à lahauteur des sciences exactes. Hahnemann en instituant l’homœopathie n’eut pasd’autre but, ruais il franchit les limites du vrai et ne se sauva d’un excès que pourretomber dans un autre : le médicament était élevé à la puissance du mythe.Aussi, cette doctrine uniquement composée d’observations illusoires, d’assertionssans preuves et sans démonstration possible, n’eut-elle qu’un succès momentané ;elle fut l’origine de cette catégorie de médecins expectants qui, reconnaissantl’incertitude de l’ancienne thérapeutique, restaient dans l’inaction plutôt que de fairede l’homœopathie quand ils étaient parfaitement convaincus de la nullité de seseffets.La doctrine de Hahnemann fit faire un pas à la matière médicale en étudiantconsciencieusement les propriétés, inconnues jusqu’alors, de bon nombre desubstances et en discréditant la polypharmacie ; mais en revanche, elle augmentale scepticisme qui a enrayé et enraie encore les progrès de la thérapeutiqueallopathique. Frappé de cette discordance, les progrès de la pathologie d’une part,et le retard relatif de la thérapeutique d’autre part, le docteur Burggraeve a forméune nouvelle pharmacopée sur laquelle il a basé sa médecine dite atomistique.Mais ce nom rappelait par trop l’homœopathie pour que ses détracteurs ne fussentpas portés à l’assimiler à cette dernière et à lui faire subir le même sort. Aussi, lanouvelle venue fut-elle obligée de changer de nom. Elle prit celui de médecinedosimétrique ou en rapport avec l’intensité de la maladie ; c’est-à-dire, que là oùl’expectation ne fait rien et où l’homœopathie n’agit que pour la forme, la médecinedosimétrique emploie les moyens les plus énergiques de la matière médicale.IIM. Burggraeve a étendu sa réforme plus loin que ne le comprend le champ de lapharmacie : il a voulu arrêter le matérialisme médical sur la pente duquel glissel’école anatomo-pathologique. Pour cela, il a adopté les principes du docteurAmédée Latour, qui condamne en ces termes l’école organicienne :« La médecine actuelle a dévié de ses voies naturelles ; elle a perdu de vue sonnoble but : celui de guérir ou de soulager. La thérapeutique est rejetée sur le dernierplan. Sans thérapeutique cependant le médecin n’est qu’un inutile naturaliste,passant sa vie à reconnaître, à classer, à dessiner les maladies de l’homme. C’estla thérapeutique qui élève et ennoblit notre art ; par elle seule il a un but ; et j’ajouteque par elle seule cet art peut devenir une science. » Pour chercher la nature de lamaladie, il nie le concours de l’anatomie pathologique qu’il appelle la science dufait accompli. Les lésions ne peuvent être évidemment que la cause éloignée, c’est-à-dire, matérielle, mais la cause vitale, celle qu’on aurait pu écarter par untraitement pharmacodynamique, cette cause là a été négligée et la lésion matérielleest venue s’enter sur la lésion vitale.D’ailleurs, la grande classe des névroses où entrent les maladies les plus terribles,les plus mystérieuses et quelques-unes des plus fréquentes même, se présentecomme le rempart du vitalisme. Faudrait-il que la thérapeutique restât inactiveparce que les lésions n’existent pas ? Non, certainement, elle s’adresse à cettedoctrine, et c’est à elle qu’elle doit ses succès.Pour M. le docteur Burggraeve, la médecine dosimétrique est à la fois une doctrineet une méthode. La doctrine est celle du père de la médecine, le vitalisme est safoi ; « je pense, donc je crois » est sa devise. C’est l’incitabilité de Brown, la natured’Hippocrate, présidant à tous les actes de l’organisme et luttant contre les causesmorbifiques. C’est le principe vital qui, la maladie existant, amène les crises etmultiplie ses efforts pour combattre l’état pathologique. C’est encore lui quimaintient l’antagonisme nécessaire à la santé entre le système de la vie animale etle système de la vie végétative.Les systèmes cérébro-spinal et ganglionnaire sont ses facteurs, leur intégritéabsolue est seule compatible avec la santé, car les organes qui n’obéissent plus àun système, subissent la tyrannie de l’autre.Il définit la maladie : « Un ensemble de symptômes exprimant un trouble vital. » Cetrouble n’est, le plus souvent., qu’une dépense insolite de force vitale ; de la façondont le médecin ménage cette force, l’entretient ou la soutient, dépend le résultat dela lutte. La maladie se rapporte soit au défaut d’influx central, soit à la rupture del’antagonisme dynamique ou synergique, celui-ci peut avoir pour effet le spasmeou la paralysie.
Le résultat pratique de cette doctrine est que l’on doit juguler la maladie au début,en agissant dynamiquement et en conséquence, selon que l’on aura sthénie ouasthénie. Mais comme la force s’épuise par la violence, l’art du médecin neconsisterait le plus souvent qu’à calmer.Par ce moyen, la maladie combattue à son début par la pharmaco-dynamie, le maln’aura pas le temps de produire ces désordres profonds qui font l’étude del’anatomie pathologique.La méthode consiste dans la façon d’administrer les parties actives selon lessymptômes et la marche de la maladie, aussi en traiterons-nous dans le chapitresuivant qui a pour objet la thérapeutique dosimétrique.IIIA. — Nous avons déjà dit que l’homœopathie et les idées progressives de cesiècle n’étaient pas parvenues à faire de la thérapeutique une science mêmequelque peu exacte. Pour cela, il y avait à modifier et à rendre la matière médicaleplus sûre d’elle-même, moins problématique dans ses effets.Cependant, nous sommes loin de la pharmacopée des siècles précédents, dudiascordium, de la thériaque de Mithridate perfectionnée par Andromaque,médecin de Néron. Galien nous a laissé la formule de cette fameuse médecine quine contient pas moins de 92 substances, parmi lesquelles on en compte des plusbizarres et possédant les propriétés les plus opposées. Les anciens, en effet,croyaient par la multiplicité des drogues qui entraient dans leurs remèdes,composer des panacées. Leur raisonnement était simple : telle substance étantpréconisée contre telle affection, dans les maladies de nature complexe oudouteuse, en donnant un mélange de toutes les substances médicinales, on étaitsur d’administrer le spécifique, si, dans tous les cas, il existait. Mais, si ceraisonnement était simple, il nous est aussi facile de comprendre combien il étaiterroné et combien les effets devaient peu répondre à l’attente d’une pareillemédicamentation. Ne connaissant pas les propriétés générales et les affinitéschimiques des corps, ni les décompositions qui en sont la suite, les ancienscroyaient que chaque substance du mélange pouvait agir indépendamment decelles avec qui elle était associée et même que ses vertus se trouvaient exaltées etparvenaient à un degré d’énergie qu’elles n’auraient pas eu dans son emploi isolé.Il n’en est, cependant, pas ainsi, car nous savons que la thériaque, cette fameuseassociation, n’est en définitive qu’un tonique légèrement calmant dont, à beaucoupmoins de frais, nous pouvons produire les mêmes effets avec quelquescentigrammes d’opium et un peu d’écorce de saule ou de quinquina, par exemple.Sans remonter à l’époque de Galien, nous sommes encore loin aujourd’hui desformules aussi bizarres que compliquées des médecins et des hippiâtres dudernier siècle. On se demande même quand on lit leurs ouvrages, ceux deSolleysel par exemple, s’ils ne voulaient pas cacher, quelquefois, l’impuissance deleur art derrière des formules et ordonnances impossibles à exécuter.Mais si on est arrivé à donner à la thérapeutique une teinte un peu plus scientifiqueen associant les médicaments avec connaissance de cause, de façon à ne pasêtre exposé à avoir un tout inerte ou trop actif par les décompositions chimiques quipourraient surgir du mélange, on est aussi obligé d’avouer que la thérapeutique estla moins avancée des sciences médicales. Cela tient au retard de la physiologiepathologique et à la complexité de composition des médicaments naturels, d’où lamultiplicité de leurs effets et la difficulté de leur séparation et appréciationindividuelle.Car, il n’est pas aisé d’établir empiriquement les faits thérapeutiques, et il estdifficile d’apprécier l’influence des agents pharmaceutiques, à cause de l’ignoranceoù l’on est, le plus souvent, de la marche qu’aurait suivie la maladie abandonnée àelle-même.Malgré ces difficultés, si les médicaments étaient simples et doués chacun d’uneseule propriété, bien nette et bien déterminée, leur histoire serait facile et leuremploi thérapeutique deviendrait par cela même plus sur et plus rationnel.Malheureusement il n’en est pas ainsi des médicaments allopathiques ; leursvertus, à de rares exceptions près, sont toujours plus ou moins complexes et cettemultiplicité de propriétés rend leur histoire pharmacologique compliquée et obscureet leur usage souvent très-incertain. Si nous prenons la noix vomique commeexemple, nous avons un mélange de trois alcaloïdes : la strychnine, la brucine et
l’iguasurine. À part ce dernier dont les propriétés ne sont pas bien connues, nousavons la strychnine qui est le type des excito-moteurs, et la brucine qui jouit desmêmes propriétés mais à un degré beaucoup moindre et en outre possède despropriétés aphrodisiaques non équivoques. Quand on administrera la noix vomiquecomme excitateur, on sera surtout servi par la strychnine, mais on n’aura que fairedes propriétés spéciales que possède la brucine sur les organes génito-urinaires,et qui, dans certains cas, peuvent être nuisibles.L’opium est bien autrement complexe, car on en a extrait plus de vingt substancesdiverses parmi lesquelles sont six alcaloïdes qui représentent les parties actives dece médicament. Envisagés en particulier, ces alcaloïdes diffèrent fortement les unsdes autres par l’intensité ou la différence de leurs propriétés.M. Cl. Bernard range leur action sous trois chefs dont voici l’énumération avec lerang qui représente l’énergie respective de chaque substance.ENERGIE TOXIQUE.CONVULSIVE.SOPORIFIQUE.Thébaïne,Thébaïne,Narcéine,Codéine,Papavérine,Morphine,Papavérine,Narcotine,Codéine.Narcéine,Codéine,Morphine,Morphine,Narcotine.Narcéine.M. Cl. Bernard, frappé de cette différence d’action dans les parties actives d’unmême médicament, ajout les considérations suivantes :« La thérapeutique offre assez de difficultés par elle-même sans qu’on vienneencore les augmenter en continuant d’employer des médicaments complexes,comme l’opium, qui n’agissent que par une résultante souvent variable. Il fautanalyser les actions complexes et les réduire à des actions plus simples etexactement déterminées, sauf à les employer seules ou à les associer ensuite sicela est nécessaire. Ainsi, avec l’opium on n’obtiendra jamais l’effet de la narcéine,qui procure le sommeil sans excitabilité ; mais on pourra, au contraire, trouver deseffets très-variables, qui dépendront d’une susceptibilité individuelle plus grandepour tel ou tel des principes actifs qui le composent.« Les expériences sur les animaux permettent seules de faire convenablement desexpériences physiologiques qui éclaireront et expliqueront les effetsmédicamenteux qu’on observe chez l’homme. Nous voyons en effet que tout ce quenous constatons chez l’homme se trouve chez les animaux, et vice versa, seulementavec des particularités que la diversité des organismes explique ; mais au fond lanature des actions physiologiques est la même. Ainsi le même végétal forme desprincipes dont l’action sur l’économie est fort différente. On peut donc retirerplusieurs médicaments très-distincts de la même plante, et pour l’opium enparticulier, je pense que chacun de ses principes est destiné à devenir unmédicament particulier, d’autant plus qu’il est de ces principes qui possèdent uneinfluence très-marquée sur l’organisme sans être toxiques, en raison de l’énergiede cette action. C’est ainsi que le chlorhydrate de narcotine possède une propriétéconvulsitante très-grande, quoiqu’il soit le moins toxique des principes de l’opiumque nous avons examinés. »Nous supposons enfin qu’à force d’efforts, l’on soit parvenu à faire que lapharmacodynamie, la pharmacothérapie et la posologie des substances végétales,qui entrent dans la matière médicale, soient exactement déterminées, combien decauses d’erreur n’existe-t-il pas encore ? En effet, ne savons-nous pas que lespropriétés d’une même plante varient du zéro au summum d’intensité selon qu’elleest cultivée ou à l’état sauvage, selon le climat, la latitude, l’exposition et la naturedu terrain où elle vient ? Les ombellifères vénéneuses sont bien plus activeslorsqu’elles croissent dans les bas-fonds humides et ombragés que lorsqu’ellesvivent dans les terrains secs et élevés. Et, selon la latitude, ne voyons-nous pas quela ciguë cueillie en Grèce put servir de poison à Socrate, tandis que les Russes etles Sibériens en usent comme condiment et la mangent en salade ? La digitale, siactive à l’état sauvage, devient presque inoffensive quand elle est cultivée !Il est encore une foule de causes qui ne sont pas à dédaigner, telles que la périodede végétation, la température de l’année, les soins apportés à la récolte et laconservation des parties végétales, etc. Prenant en considération toutes cescauses d’ignorance et d’erreur, on voit combien la thérapeutique est loin de cetteexactitude que cherche en vain le praticien ; celui-ci, en maintes circonstances,sera à se reprocher une erreur dans la quantité des substances employées ou bien
en accusera le pharmacien quand la dose n’aura pas produit l’effet voulu, tandisque la faute sera seule au médicament moins actif qu’à l’ordinaire.C’est cette incertitude dans l’effet du médicament qui fait qu’il y a beaucoup demédecins expectants, c’est-à-dire qui laissent agir la nature et cherchent seulementà maintenir le malade en dehors des causes morbides. D’autres ne croient pas à lathérapeutique, et si dans tel cas, ils emploient telle substance, c’est plutôt pourparaître faire quelque chose et légitimer ainsi leur présence auprès du malade, oubien par acquit de conscience, parce qu’ils l’ont toujours vue administrer en pareillecirconstance, que par la foi qu’elle leur inspire.Réformer cette thérapeutique, l’asseoir sur des bases nouvelles afin de répondre àtous ses besoins et la rendre sûre d’elle-même, telle est l’œuvre qu’a entrepris M.Burggraeve.Voici comment s’exprime à ce sujet le docteur Landur dans le journal La Liberté...(16 décembre 1872).« Aujourd’hui, quand un médecin prescrit un médicament, il ignore absolument cequi sera fourni aux malades, si ce sera fort ou faible, bon ou mauvais, pur ou impur ;et, comme la loi interdit aux médecins de fournir eux-mêmes les médicaments, onfait une mauvaise thérapeutique et l’on n’ose pas ordonner les médicamentsénergiques de crainte de dépasser la mesure ou de ne pas l’atteindre. L’artmédical souffre de cette situation plus qu’on ne saurait le dire. Le docteurBurggraeve, professeur émérite de l’Université de Gand, un homme considérabledans la médecine et la chirurgie belges, a ressenti, comme tant d’autres, lesinconvénients énormes qui résultent de l’incertitude et de la mauvaise qualité desmédicaments, et il s’est mis à la tête du mouvement de réforme.« Ayant beaucoup d’autorité et les moyens d’action nécessaires, il a déjà réussi àun degré tel, que l’on peut croire le succès assuré. M. Burggraeve n’emploie enprincipe que des substances actives et énergiques, des produits chimiques purs, etles enferme dans des granules de sucre de la grosseur d’un grain de chènevis etpar conséquent faciles à avaler. La dose que contient chaque granule est assezpetite pour qu’on puisse graduer aussi douce ment qu’on veut l’action du remède.Les granules se vendent au public en tubes scellés portant la signature qui sert degarantie.« M. Burggraeve supprime à peu près complètement les plantes employées ennature et leurs extraits, comme n’ayant aucune composition certaine ; il n’a pasoccasion de formuler des potions ; les sirops, les tisanes ne lui servent que commearticle d’agrément. On peut donc par sa méthode exercer la médecine aussiproprement que les homœopathes. Je dois néanmoins dire que je suis loin deconsidérer comme bon tout ce que M. Burggraeve recommande et que je vois, à samanière de formuler, des défauts scientifiques importants que je me réserve designaler en temps et lieu. »Nous ne savons pas si M. Landur a encore signalé les défauts scientifiques qu’ilreconnaît à la méthode de M. Burggraeve. Dans tous les cas, nous n’avons pas euoccasion de le lire. Peut-être qu’il fait, par là, allusion à quelques objections quenous nous posons nous-mêmes plus loin.Les promoteurs du nouveau système ont adopté le granule, gros comme une grainede moutarde ou de millet, comme étant la forme la plus commode pour la médecinede l’homme.Mais de forme comme de nom, les granules ressemblaient trop aux globules deshomœopathes pour que les adversaires de l’innovation ne criassent pas àl’homœopathie. Cependant s’ils étaient logiques et de bonne foi, ces gens-làdevraient nier l’action de virus qui agissent indépendamment de la quantité, ilsdevraient aussi nier l’odeur, quoiqu’ils sachent qu’un grain de musc, par exemple,fournit une odeur intolérable pendant des années entières et sans diminuersensiblement de poids. Et, pour autant de bonne foi qu’on veuille leur prêter, ils neseraient certainement pas fervents au point de prendre le contenu de quelquestubes de grandes à l’aconitine ou au sulfate de strychnine pour le triomphe de leurcause. On sait que, lorsqu’il s’agit de médicaments homœopathiques, on peut, aucontraire, avaler impunément des boites entières de globules, à la barbe de leurpuissance dynamique, serait-elle acquise par la trillionnième dilution !Une partie du problème était résolue, les parties actives du médicament étaientséparées, une complication était éliminée et la thérapeutique avait fait un pas versla simplification.
Il restait encore à connaître les effets thérapeutiques des nouvelles substances afinque les moyens d’action fussent aussi sûrs que possible. M. Burggraeve aexpérimenté sur lui-même ; après avoir parfaitement observé l’état de son pouls etla température de son corps, il a pris successivement des doses de 1/2milligramme d’alcaloïde à des intervalles déterminés. Il a pu, ainsi, constater àquelle dose il faut porter le remède pour arriver au degré de saturation del’organisme où le pouls et la chaleur se dépriment au-dessous de la moyennephysiologique. Les doses minima sont ainsi fixées ; les auteurs de MatièreMédicale donnent la plupart des doses maxima.M. Burggraeve a aussi conclu que, dans l’état pyrétique il faut dépasser cette doseminima autant de fois que le pouls et la chaleur sont eux-mêmes au-dessus de lamoyenne physiologique ; ainsi pour amener un abaissement du calorique animal dedeux degrés, a-t-on besoin, par exemple, de 2 milligr. d’aconitine, pour l’abaisserde 4° c. il en faudra 16 en moyenne, peut-être plus, car il faut compter avecl’impressionnabilité individuelle et l’idiosyncrasie.M. Burggraeve a ainsi expérimenté pendant 15 ans, tant sur lui-même que sur lemalade, étant placé dans une position tout exceptionnellement favorable, à la têted’un des hôpitaux les plus importants de la Belgique.Il n’a publié ses travaux que lorsqu’il a été parfaitement convaincu de l’efficacité desa méthode et sur de lui-même. Mais la vie d’un homme, pour tant de courage et degénie qu’on lui suppose, ne peut pas suffire à une œuvre pareille qui doit remplirtoutes les conditions d’exactitude exigées par la science.Il faut que la thérapeutique repose, comme nous l’avons déjà dit, sur des règlesreconnues vraies par la pratique et admises par la grande majorité des hommes del’art. C’est ce qu’ont senti M. Burggraeve et ses premiers adeptes qui se sont faitsles généreux apôtres du maître. Ils ont fondé l’Institut dosimétrique où depuis cinqans se sont fait inscrire une foule de praticiens habiles et consciencieux, tant pour lamédecine humaine que pour la médecine vétérinaire. Ils ont expérimenté etexpérimentent tous les jours dans leur laboratoire et dans leur pratique lesmédicaments de la nouvelle pharmacie. Leurs résultats sont abandonnés aucritérium de tous les médecins et le médicament, après avoir fait ses preuves,revient purifié, pour ainsi dire, par la sanction générale.C’est de cette façon qu’a été formée la thérapeutique dosimétrique, et on peut direque cet édifice si vaillamment conquis sur le terrain des hypothèses, repose sur desdonnées aussi exactes que le comporte la science d’aujourd’hui. B. — Nous avonsdit en quoi consiste la doctrine et qu’elles étaient les aspirations de la médecinedosimétrique, nous allons maintenant examiner sa méthode.La maladie étant, pour les vitalistes, le résultat d’un concours de causes agissantsur une partie immatérielle qu’on appelle principe vital, la méthode dosimétriqueconsiste à combattre cet état morbide dès qu’il apparaît, avant qu’il n’ait pris racinedans l’économie par les lésions pathologiques : elle jugule la maladie à son début.Tel est le but vers lequel tend la thérapeutique dosimétrique. Mais, dans lesconditions de la pratique, il ne peut pas toujours être atteint, car, indépendammentdes maladies chroniques, la négligence du malade vient, parfois, en aide au malqui a déjà droit de cité quand le médecin est appelé. Cependant le praticien, pourétablir le traitement, doit ramener toutes les affections à deux types : le typechronique ou anatomo-pathologique et le type aigu ou dynamique.Dans le type chronique, le traitement sera lent comme la maladie elle-même, iltendra à combattre lentement mais sûrement l’affection en s’adressant à tous lessymptômes, tandis qu’on administrera des incitants destinés à relever les forces del’économie afin qu’elles puissent lutter avantageusement contre l’état morbide.Dans le type aigu, au contraire, on agira énergiquement en s’adressant aussi auxsymptômes et en administrant jusqu’à effet et coup sur coup les médicamentsappropriés.La première règle de la dosimétrie, dit M. Burggraeve, est : « ..... aller jusqu’à effetthérapeutique ou curatif, et cela à des intervalles d’autant plus rapprochés que lamaladie met plus de rapidité à parcourir sa période dynamique ou vitale ; c’est-à-dire, qu’aux maladies aiguës il faut un traitement aigu, et aux maladies chroniquesun traitement chronique. »La seconde règle est la dominante et la variante du traitement ; la dominantes’adresse à la cause du mal, et la variante aux effets. La cause morbide une foisconstatée, le traitement reste le même, cette cause ne variant pas, mais les effetsde la maladie varient suivant les individus et les systèmes ou organes sur lesquels
ils portent leur action. On a ainsi à combattre, tantôt la douleur, tantôt le spasme,tantôt des exsudations, des suppurations, etc. Dans tous les cas le sujet souffre, ilfaut le soulager, ou bien les tissus se désorganisent : voilà pourquoi, tout enconservant le remède dominant qui attaque la maladie dans sa base, il faut desmédicaments variant selon les désordres qui se présentent.Le docteur Burggraeve ne tient que secondairement compte de l’étiologie desmaladies, car, dit-il, l’étude des causes peut être utile pour prévenir les maladies àvenir, mais il faut pour combattre la maladie présente autre chose que desraisonnements.Il n’en est pas de même des symptômes, cri de douleur de l’organe malade, quisont surtout la manifestation du système vaso-moteur, car le calorique animal estsous sa dépendance et toutes les causes qui tendent à enrayer son actionproduisent la fièvre.Le calorique est une manifestation de la vie : quand il diminue, c’est la maladie ;quand il disparaît, c’est la mort ; quand il augmente, c’est l’épuisement vital.Aussi, s’adresse-t-on toujours à ce système par la variante du traitement. À ceteffet, on a les alcaloïdes défervescents, à la tète desquels sont l’aconitine, lavératrine, l’hyosciamine, la quinine, etc., qui ralentissent le mouvement vital et sesdeux expressions : la chaleur et le pouls.De même que Barthez, le médecin de Gand admet en nous une force en action etune force latente ; l’épuisement commence lorsque cette dernière est attaquée,aussi faut-il, dans le cours des maladies, en faire usage le moins souvent possible.Il divise aussi les médicaments en excitants et incitants. Les excitants sont ceux quis’appliquent à la force en action, l’activent et augmentent sa dépense aux dépensde la force en réserve. Dans ce groupe entrent la plupart des médicamentsinflammatoires généraux de M. Tabourin.Les incitants, au contraire, stimulent et augmentent la force en réserve, et à l’instardes bons financiers, ils augmentent le capital au lieu de l’atteindre ; les premiersépuisent la force vitale, ceux-ci l’entretiennent.Comme incitants, nous avons : la quassine, qui est l’incitant de l’estomac, lastrychnine, principalement l’arséniate, est l’incitant du système musculaire, et lacaféine l’incitant du cerveau.Ce sont les trois régulateurs de la force vitale, les combattants de l’asthénie. À lasthénie qui arrive par épuisement vital, dans les pyrexies, par exemple, on opposeles rafraîchissants minoratifs, dont le principal est le sulfate de magnésiedéshydraté et effervescent, et les alcaloïdes défervescents cités plus haut. Pourmieux envisager le mode d’action de ces médicaments, nous allons prendre unexemple, l’inflammation, je suppose, qui est la cheville ouvrière de la physiologiepathologique. Pour M. Burggraeve l’inflammation est une combustion exagéréesous l’influence de l’irritation. Les ferments intérieurs tels que la fécine, la biline, lasudorine, l’uréine, etc., qui peuvent être cause de cette irritation, mais qui en sonttoujours le résultat, servent d’éléments de combustion.La conséquence de cette combustion est la formation de produits, les unsorganiques, tels que le pus, couennes, néoformations de toute espèce ; les autreschimiques, comme l’ammoniaque, l’urée, les chlorures, etc.Dans l’inflammation, toute la vitalité semble se concentrer sur l’organe qui est lesiège de cette surexcitation morbide et se retire de la périphérie ; de là, lesfrissons, la pâleur de la peau, la petitesse du pouls et la prostration générale quiabat le sujet.Tel est le début de la maladie qu’on doit combattre par tous les moyens possibles,avant que des lésions plus graves viennent rendre la tâche du praticien pluslaborieuse et plus difficile. Aussi, devra-t-on s’empresser de ramener la chaleur etle sang à la périphérie, afin de dégager le point ou l’organe interne siège del’inflammation, tout en chassant au dehors les éléments de la combustion. Donc,indication des évacuants et des nervins ; soit :Sel de Sedlitz, — digitaline, — acide phosphorique, — sulfate de strychnine.Comme évacuants, outre les purgatifs, la thérapeutique dosimétrique nous donne ladigitaline qui à une action spéciale sur l’urée, la vératrine qui agit sur la peau,l’aconitine sur la muqueuse stomacale et la colchicine sur les reins.
Le médecin observera la marche de la réaction, si la fièvre persiste et, selonl’indication du pouls, on fera des déplétions en rapport avec les forces du malade.Les saignées doivent toujours être subordonnées à l’état général du sujet et faitesconcurremment à l’administration des nervins.« En effet, supposons un organe parenchymateux, tel que le poumon, dit M.Burggraeve, si on à tout d’abord resserré son tissu par la strychnine, il est évidentque moins de sang s’y précipitera si, au contraire, on commence par produire levide par la saignée, le sang s’y engouffrera, et il pourra y avoir du danger, à causede la lipothymie. On voit se confirmer ainsi l’importance de cette loi de lathérapeutique dosimétrique : de faire précéder (ou tout au moins coïncider) lesnervins aux évacuations sanguines. »Pour combattre la chaleur exagérée qui succède ordinairement aux frissons de lapeau, on a recours aux alcaloïdes dits défervescents, tels que l’aconitine, lavératrine ; ces deux agents font rapidement tomber la chaleur et le pouls ; lavératrine, à part ses actions diaphorétique et diurétique, est considérée commel’antipyrétique par excellence.Enfin, l’anémie conséquente à l’inflammation est combattue par l’arséniate de fer.Par ces moyens, M. Burggraeve arrête toujours la fièvre inflammatoire quelle quesoit la gravité des accidents, et c’est le moyen de laisser produire le moins delésions pathologiques et d’éviter ce que les organiciens appellent les beaux cas.Telle est, rapidement exposée, la méthode de la médecine dosimétrique où,comme on a pu le voir dans l’exemple que nous avons pris, la vitalité entre à peuprès seule en ligne de compte à l’exclusion de toute cause matérielle. Cependant,M. Burggraeve ne néglige pas dans sa pratique certains moyens diagnostiques dela médecine organicienne, afin de mieux arriver à la connaissance des lésionsvitales et de leur intensité, pour régler plus sûrement l’activité du traitement.Ces moyens sont : La thermométrie et l’urologie.La thermométrie surtout joue un grand rôle dans cette médecine vitaliste. Lecalorique étant la manifestation de la vie, sinon le principe vital lui-même, M.Burggraeve a pu dire : « Le thermomètre est au médecin, ce que le manomètre estau mécanicien.――――――DEUXIÈME PARTIEDE LA MÉDECINE DOSIMÉTRIQUEEN VÉTÉRINAIRENotre but était de montrer les avantages de la thérapeutique dosimétrique, surtoutceux que l’on pourrait tirer de son application à la médecine des animaux.Mais nous avons cru utile avant d’exposer notre thèse, de dire ce qu’est lamédecine dosimétrique et sa doctrine telle que l’a conçue son auteur, M.Burggraeve ; c’est ce que nous avons essayé de faire dans la première partie decet opuscule..ILa médecine vétérinaire, encore toute récente, n’a puisé que dans les idéesmodernes, et comme par son origine elle n’avait aucune attache aux doctrinesanciennes, elle n’a pas eu de peine à embrasser les innovations de la sciencemédicale. ; par sa passivité, elle a joui de toute la liberté d’action pour un choiximpartial.
Forcés de guérir bien et vite, les vétérinaires n’ont pu être exclusifs, d’ailleursl’expérimentation leur ouvrant un plus vaste champ qu’en médecine humaine, ils sesont adressés partout, l’éclectisme est devenu leur règle et les a sauvés des excèsdes purs doctrinaires.« Ce n’est pas en restant constamment dans la même ornière qu’on marche plusvite. Au contraire, la route s’effondre et le char est arrêté.« La médecine vétérinaire a ici un grand rôle à remplir, puisqu’elle doit tracer laroute à sa sœur la médecine des ....... autres bêtes, comme eût ditBeaumarchais. » (Burg.)Aussi, le besoin de la nouvelle méthode, à part la partie pharmaceutique, est-ilpeut-être moins grand chez nous que chez les médecins, car, nous en suivonssouvent les préceptes pratiques ; si bien qu’on pourrait dire que, si M. Jourdain afait de la prose sans le savoir, beaucoup de vétérinaires ont fait de la médecinedosimétrique sans s’en douter.C’est en conservant cette indépendance, indispensable à la vraie science et ennous restreignant au positivisme, résultat de l’expérimentation, que nous allonsessayer d’extraire pour notre médecine les enseignements que peut nous suggérerla méthode dosimétrique.IIEt d’abord, que nous importe sa doctrine ? Que nous soyons de l’école vitaliste oude l’école organicienne, le résultat de l’application d’un médicament ne sera-t-il pasle même ? Qu’il agisse directement sur les forces de l’organisme, ou que celles-cine soient atteintes qu’après coup, grâce à l’intermédiaire d’une modificationmatérielle, pourvu que les effets répondent à l’attente du praticien ? Mais, s’il fautchoisir une théorie, n’est-il pas plus rationnel de croire que les médicamentsagissent matériellement par leurs propriétés physico-chimiques ou mécaniques surles éléments de l’organisme, d’où les modifications dynamiques, que d’admettreque ces agents puissent avoir prise sur une partie immatérielle telle que les forces,qui ne sont rien en dehors de la matière ?On pourrait peut-être aussi demander à M. Burggraeve, qui est si profondémentvitaliste, ce que devient le principe vital, pendant la période de mort, quand on faitsuccessivement périr et ressusciter certains infusoires autant de fois que l’on veutpar la dessiccation et l’humidité. De quel recoin sort-il quand il vient revivifier [1] dessalamandres, des crapauds ou des poissons gelés ? Il faut aussi que ce principesoit sécable en autant de parties que l’on fait de sections dans une hydre d’eaudouce et que chacune de ces parties agisse pour sa part comme elles agissaientensemble quand elles ne formaient qu’un tout, ou bien que dans l’hydre il existe unemultitude de principes vitaux !A cela, M. Burggraeve pourrait nous répondre que ce qui est bon pour l’hommepeut ne plus l’être pour les animaux et en particulier pour les batraciens, lespoissons et les infusoires !! Dans ce cas nous n’en aurions que faire, nous .....médecins des animaux.Mais cela ne nous empêchera pas d’admettre les principes de M. le docteurAmédée Latour ; nous voulons être autre chose que « d’inutiles naturalistes », et,comme M. Burggraeve, nous appelons l’anatomie pathologique la science du faitaccompli. Cependant, elle éclaire l’anatomie normale, elle nous fait connaître lesprocessus morbides et nous donne la conviction des désordres que produit lamaladie et du besoin où nous sommes d’agir énergiquement.Quant à l’origine des lésions, elle coïncide avec l’origine de la maladie ; peuapparentes et à peu près nulles dès le début, elles existent cependant soit dans lessolides, soit dans les liquides ; elles vont s’aggravant avec la maladie et secompliquent, si l’art n’intervient, au point de devenir ce que l’on a appelé des beaux.sacLes névroses qui sont l’objection des vitalistes, vont en diminuant avec les progrèsde la science, et l’on peut dire, par analogie, qu’un jour elles seront réduites à unbien petit nombre si elles n’ont complètement disparu du cadre nosologique.Mais, que nous admettions les causes matérielles ou les lésions vitales, le résultat
pratique sera le même ; dans le premier cas, on à tout autant d’intérêt à juguler lamaladie au début que dans le second, car, par ce moyen, dans l’un comme dansl’autre, on empêche les pseudo-formations et tous les désordres anatomiques quisont le corollaire des productions morbides.Quoique n’admettant pas la doctrine vitaliste, nous adoptons la méthode de M.Burggraeve qui est on ne peut plus rationnelle : juguler la maladie au début pourempêcher les désordres organiques est le seul espoir d’une cure rapide, voilà oùdoivent tendre tous nos efforts.Quant à la partie méthodique du traitement, nous n’avons à l’envisager que dans letype aigu, n’ayant guère à traiter des maladies chroniques autrement que par lesprocédés chirurgicaux. C’est là que la médecine dosimétrique nous enseigne à nepas rester inactifs au début d’une maladie qui n’est pas bien caractérisée et nousapprend combien il est peu rationnel d’attendre que le mal qui est encore à l’étatlatent, soit localisé sur un des organes qui fonctionnent le plus et qui, par celamême, est indispensable à la vie.Combien de fois le praticien le mieux exercé ne se trouve-t-il pas en présence d’unanimal malade, dont les symptômes ne lui arrivent, à travers son enveloppeépaisse, que vagues et indéterminés, se résumant le plus souvent en inappétenceet tristesse générale ? Sur ces seules données et pour ne pas faire fausse route,n’est-il pas rationnel de faire bravement la médecine des symptômes et des’attaquer à tout ce qui paraît anormal ? La température du corps et l’état du poulsne fournissent-ils pas une foule de renseignements précieux, et n’indiquent-ils pasun besoin pour l’économie de rentrer dans son état physiologique ? Certes si, et leplus souvent c’est sur l’état du pouls que nous nous basons pour établir notrepronostic qui est toujours d’autant plus grave que l’artère bat plus vite ; au contrairequand il se ralentit et que, par suite, la chaleur baisse, nous augurons uneterminaison heureuse. Comme on le voit, l’état du pouls et la thermométrie nelaisseront jamais en défaut le praticien qui voudra faire de la médecinesymptomatique.Cependant, tout en admettant l’utilité du traitement basé sur les symptômes, nousne devons pas, comme M. Burggraeve, rejeter l’étiologie au dernier plan. Plus lepraticien est dans l’embarras et le doute, plus il doit tenir compte de tout ce qui peutle mettre sur la bonne voie, c’est-à-dire, celle de la guérison. C’est ce qu’impliqueavec elle la méthode dosimétrique, et l’on peut s’étonner qu’elle ne tienne aucuncompte des causes dans sa thérapeutique. Cela paraît même une contradiction,car si M. Burggraeve, lui-même, trouvait qu’une épine, par exemple, s’est enfoncéedans les chairs, il ne s’adresserait pas exclusivement aux symptômes résultat del’inflammation, certainement il s’adresserait à la cause, puis à l’effet : il arracheraitl’épine et traiterait la fièvre.Pourquoi, en toutes circonstances, n’en ferions-nous pas autant ? Nous disonsmême plus, pour le médecin et le vétérinaire surtout, il est aussi indispensable, pourétablir un traitement rationnel, de tenir compte des causes que des symptômes. Sinous prenons, par exemple, le bœuf dont l’enveloppe si épaisse ne laisse passerque des symptômes si vagues qu’ils se ressemblent tous dans la plupart de sesaffections, en négligeant l’étiologie nous laissons souvent de côté le point le plussur pour établir le traitement.Mais il faut avouer qu’il est des cas, même très-nombreux, sur les causes et lanature desquels on est loin de s’étendre, ce qui prouve qu’on ne les connaît pas.C’est dans le traitement de ces maladies que la dosimétrie est appelée à rendreles plus grands services à l’art de guérir, ne serait-ce qu’en le débarrassant de cegrand nombre de médicaments, aux propriétés les plus diverses et les pluscontraires, qui sont employés en pareille occurrence. C’est même tout cet arsenalpharmaceutique qui prête le plus au doute de la médecine ; car, quand on voit quetous ou presque tous les agents de la pharmacopée employés contre la mêmeaffection, ont été prônés et discrédités tour à tour après avoir produit chacun descures qui paraissent incontestables, on peut se demander si celui qui aujourd’huiest en vogue ne subira pas demain le sort de ceux qui l’ont précédé. De là, cetadage du docteur Double, en tout digne de Molière : « Hâtez-vous de les((employer pendant qu’ils guérissent encore. »Dans ce cas, repoussons tous ces prétendus spécifiques jusqu’à ce quel’expérience se soit définitivement déclarée en faveur de l’un d’eux ; agissons encombattant les symptômes et en tenant compte des causes s’il est possible, etnous serons sûrs d’arriver ainsi, sinon à la guérison, au moins au soulagement dumalade.
IIISi nous considérons l’exemple que nous avons pris pour expliquer la méthode dutraitement dosimétrique, nous verrons que l’inflammation est traitée d’une façon onne peut plus rationnelle.Évacuants et nervins, tels sont les principaux agents dosimétriques destinés àjuguler toute inflammation.En effet, on peut parfaitement admettre que les nervins augmentent le ton des fibreset fibro-cellules des capillaires ; ils rendent aux vaso-moteurs la synergienécessaire pour resserrer le calibre des vaisseaux du siège de l’inflammation, defaçon à ce que la stagnation du sang ne puisse avoir lieu.Dans l’inflammation des tissus vasculaires, que les néoformations soient le résultatd’une prolifération cellulaire ou de la sortie des globules par les parois descapillaires, toujours est-il qu’elles sont précédées par une période de congestion.En effet, quand on examine le processus inflammatoire, on remarque que lescapillaires, sous l’influence de l’irritation, se resserrent d’abord pour se relâcherensuite ; si l’irritation est trop forte, le relâchement est presque immédiat.Cela n’indique-t-il pas qu’à la période d’excitation des vaso-moteurs succèdebientôt une période de paralysie produite, sans doute, par épuisement nerveux ?Les vaso-moteurs ne fonctionnant plus, les capillaires se relâchent, se distendent,d’où stase sanguine, coloration, exsudation et tous les phénomènes quiaccompagnent l’inflammation.Cela étant admis, que doit-on faire pour combattre ces effets ?Il est évident que, puisque la congestion en est la cause première, il faudra par tousles moyens possibles chasser le sang de la région enflammée. Pour cela, on aemployé jusqu’ici les dérivatifs, les révulsifs et les réfrigérants. Ce dernier moyenest sinon le plus pratique, au moins le plus rationnel, car on sait que non-seulementle froid resserre nos tissus, mais qu’il stimule les vasomoteurs constricteurs, —qu’on a encore appelés, pour cette raison, frigorifiques, — de façon à resserrerconsidérablement les capillaires et chasser le sang de la région.Le docteur Burggraeve, en administrant des évacuants et des nervins contrel’inflammation a eu raison, car, avec les premiers, on peut espérer satisfaire à larésorption des matériaux fournis par la surexcitation de l’activité normale deséléments anatomiques, et par les nervins, principalement ceux qui agissent sur legrand sympathique, — on combat directement l’inflammation en rendant aux vaso-moteurs la synergie qu’ils avaient perdue. M. Bouley, lui-même, a senti toute laportée de cette théorie et, convaincu de sa valeur, il a cherché à l’appliquer dansplusieurs cas d’inflammation, notamment dans la fourbure. On lui a posé à ce sujetune objection, et on lui a dit : « Mais en administrant des nervins, vous agissez surtout le système nerveux, au moins sur tout le système sympathique, par conséquent,si vous obtenez une constriction dans la région enflammée vous en obtenez aussiune pareille dans tous les capillaires de l’économie et vous n’avez qu’unbalancement d’effet, donc l’état des choses restera le même, si toutefois il n’estpas aggravé. »Mais, M. Bouley aurait pu répondre et a sans doute répondu, que ceux qui ont faitcette objection ne connaissaient pas l’affinité particulière qu’ont les nervins, et enparticulier la strychnine, pour les parties malades du système nerveux de façon àlocaliser presque exclusivement leurs effets sur les parties qui manquent d’influxnerveux. M. Cl. Bernard l’a posé catégoriquement en principe, et l’expérienceclinique le démontre tous les jours. On voit, en effet, une dose de sulfate destrychnine qui ne produirait rien sur le sujet sain, administrée au même sujet atteintde paralysie, on le voit souvent, dis-je, sous l’effet de cette dose, reprendre tout-à-fait ou en partie l’usage de ses organes.C’est en se basant sur ce principe que M. Burggraeve fait toujours précéder ou toutau moins coïncider les nervins à la saignée. Lorsqu’on fait une évacuation sanguinedans le cas de congestion, on diminue la tension dans l’arbre circulaire, mais on nedégorge pas l’organe congestionné si les capillaires n’ont pas le ton nécessairepour revenir sur eux-mêmes ; ils sont béants et dilatés, et ne resterait-il que peu desang, il s’engouffrerait dans cette région par l’effet de la contraction des autres
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