La maladie dans la Chine médiévale

Publié par

Publié le : mercredi 1 janvier 1997
Lecture(s) : 309
EAN13 : 9782296333666
Nombre de pages : 290
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Sous la direction de Catherine DESPEUX et Frédéric OBRINGER

LA MALADIE
~ ~

DANS LA CHINE MEDIEVALE
La toux

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, rue Saint Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y

Liste des auteurs

DES PEUX Catherine: professeur de chinois à l'INALCO. Dornaine de recherches: histoire de la médecine, des techniques et des représentations du corps en Chine.
MACÉ Miéko : professeur de japonais. Domaine de recherche: médecine japonaise. A écrit récemment « L'anatomie histoire de la occidentale et

l'expérience clinique dans la médecine japonaise du XVIe au XVIIIe siècle ». MEYER Fernand: l'EPHE. Domaine Directeur de Recherches au CNRS et Directeur d'Études à de recherches: histoire des médecines d'Asie,

anthropologie des ethnies tibétaines.

OBRINGER Frédéric: membre associé au GDR 798 du CNRS, diplômé de pharmacie. Domaine de recherches: histoire de la médecine et des substances naturelles en Chine.
ROCHAT de la V ALLÉE Elisabeth: en collaboration philosophiques avec chinois. le père chercheur à l'Institut Ricci, traductrice Larre de textes médicaux et

Claude

LA MALADIE DANS LA CHINE MÉDIÉVALE La toux

Collection Recherches Asiatiques dirigée par Alain Forest
Dernières parutions
Chantal ZHENG, Les Astronésiens de Taiwan à travers les sources chinoises, 1995. Jean de MIRIBEL, Administration provinciale et fonctionnaires civils en Chine au temps des Ming (1368-1644),1995 Marek SLIWINSKI, Le génocide khmer rouge. Une analyse démographique, 1995 Hoc Dy KHING, Un épisode du Râmâyana kluner. Râma endor/ni par les maléfices de Vaiy Rânbn, 1995. Fabienne MERCIER, Vichy face à Chiang Kai-Shek, 1995. Jean DEUVE, La guerre secrète au Laos contre les co/nmunistes (1955-1964),1995 LU Dong, MA Xi, François THANN, Les maux épidémiques dans l'empire chinois, 1995. Raoul JENNAR, Chroniques cambodgiennes (1990-1994),1995 Patrice MORLA T, Les Affaires politiques de l'Indochine ( 18951923), les grands commis: du savoir au pouvoir, 1995. Claude BALAIZE, Villages du sud Viet-Nam, 1995 Michel BODIN, La France et ses soldats, Indochine, 1945 -1954, 1996 Monique CHEMILLIER-GENDREAU, La souveraineté sur les archipels Paracels et Spratleys, 1996 Henri LOCARD, Le "Petit livre Rouge" de Pol Pot ou les paroles de l'Angkar, 1996. Henri STERN, L'Inde des familles, le Rajasthan, des royau/nes à l'Etat, 1996. Gabriel DEFERT, L'Indonésie et la Nouvelle-Guinée Occidentale, 1996. Frédéric DURAND, Littérature et bandes dessinées fantastiques sur le monde malais. 1996. Luc LACROZE, Les grands pionniers du Mékong, 1996. Henri LOCARD, Le Petit livre rouge de Pol Pot ou les Paroles de l'Angkar, 1996.

(Ç)L 'Harmattan, 1997

ISBN: 2-7384-5043-1

Avant-propos

A l'époque où le Groupe de recherches sur programme 798 du CNRS intitulé «Histoire des techniques et des sciences en Chine, en Corée et au Japon» fut fondé sous la direction du professeur Gernet, les auteurs de cet ouvrage sont partis de la volonté, en grande partie nouvelle, d'appréhender les pratiques et les savoirs médicaux en Chine, à la fois dans leur fonctionnement interne et dans leur contexte historique, et de privilégier l'étude de la maladie. Il était apparu en effet que la pharmacopée, l'acupuncture, la sphygmologie avaient piqué la curiosité des esprits divers aussi bien anciens que modernes, mais que la nosologie et la notion de maladie avaient peu été étudiées. Partant de la lecture et de l'étude d'un texte a priori simple, le chapitre sur la toux d'un traité de nosologie, nous nous sommes vite rendu compte qu'il restait encore beaucoup à faire dans l'étude des conceptions du corps, des mécanismes physiologiques et de la nosologie de la médecine chinoise traditionnelle. C'est pourquoi cette étude représente un premier essai, qui, tout en se concentrant sur la toux, suggère des éléments de réflexion à propos par exemple des notions de vide et de plein ou d'un organe spécifique de la médecine chinoise, le sanjiao, lesquelles mériteraient d'être approfondies dans des études ultérieures. Nous avons par ailleurs souhaité rendre accessible au lecteur non sinisant des types de texte tels ceux sur la nosologie ou sur les prescriptions qui n'ont que rarement fait l'objet de traductions et pourront servir les études comparatives. Ce travail doit beaucoup aux conseils divers prodigués par amis et collègues, par les membres du GDR 798 travaillant sur d'autres domaines que la médecine, ainsi qu'aux professeurs Gernet et Pierre-Étienne Will. Qu'ils en soient vivement remerciés. Catherine Despeux Frédéric Obringer

PREMIÈRE

PARTIE

Conception de la maladie dans la Chine médiévale Exemple de la toux
(Catherine Despeux, Miéko Macé, Fernand Meyer, Frédéric Obringer, Élisabeth Rochat de la Vallée)

CHAPITRE PREMIER

La médecine chinoise au crible de l'approche occidentale

Du missionnaire

à l'acupuncteur

Après que l'Europe occidentale eut commencé à découvrir l'existence

d'une « médecine chinoise» au XVIesiècle, la nature des informations
qui lui sont parvenues à ce sujet, l'intérêt que celles-ci ont suscité, l'interprétation qui en a été faite et les applications pratiques qui en ont été tirées furent très variables selon les époques et conditionnées, dans une moindre mesure, par les préoccupations propres aux individus qui ont servi d'intermédiaire. Si, aux XVIIC et XVIIIC siècles, l'Europe acquiert de la médecine extrême-orientale une connaissance qui s'avère au-dessus du niveau des anecdotes des voyageurs 1, elle le doit essentiellement aux écrits des jésuites de la mission de Chine d'une part, et à ceux des médecins de la Compagnie des Indes Néerlandaises de l'autre, les deux reflétant des expériences et des angles d'observation différents. Les jésuites qui se succèdent dans l'Empire du Milieu et dont les lettres et les ouvrages firent découvrir à l'Occident émerveillé les multiples aspects de la civilisation chinoise, avaient pour la plupart une solide formation scientifique, mais aucun de ceux qui écrivirent sur la

1 Le franciscain Guillaume de Rubrouck, envoyé de Saint Louis, a sans doute été le premier occidental à signaler, dans une brève formule, ce qui, dans la pratique des médecins chinois rencontrés en 1254 à Qaraqorum auprès du Khan mongol, l'avait

frappé, par ressemblance ou par contraste avec la tradition galénique: « Leurs
médecins connaissent très bien les vertus des herbes et font d'excellents diagnostics par l'examen du pouls. Mais ils ne recourent pas à l'urinal et n'ont aucune
connaissance des urines.
»

(Voyage dans l'empire mongol, traduction et commentaire

de Claude et René Kappler, Paris, 1985, p. 150).

médecine chinoise n'était engagé dans la pratique médicale2. Beaucoup de ces jésuites vivaient dans l'entourage impérial ou fréquentaient les milieux des lettrés. Dans la grande masse des informations que les missionnaires firent parvenir en Europe3, différents aspects de la pratique médicale (techniques diagnostiques, pharmacopée, variolisation, massages, etc.), sont abordés de manière ponctuelle ou anecdotique sans être insérés dans un exposé d'ensemble. En médecine, comme pour d'autres « arts », les jésuites pensaient que la longue tradition chinoise recélait des richesses qui pouvaient être utiles à l'Occident: « Je ne suis pas en état de juger de leurs traités de médecine, dont le langage affecté et mystérieux n'est pas aisé à entendre au commun des Chinois. Mais le peu de ces livres que j'ai eu l'occasion de feuilleter, m'a persuadé que s'ils étaient traduits en notre langue, les médecins européens seraient contents de ce qu'ils disent sur les différentes maladies, sur leurs diagnostics, leurs symptômes, leurs remèdes, et les qualités de ces remèdes. »4 La matière médicale chinoise, appréhendée de manière purement empirique, était la plus accessible aux esprits occidentaux. On se contentait, en général, d'en dresser un catalogue, souvent en référence au Bencao gangmu (Compendium de la matière médicale)5, d'en signaler les indications thérapeutiques par des équivalents approximatifs aux termes nosologiques chinois, d'en constituer des
2 Le P. Boym, toutefois, était fils de médecin, ce qui explique peut-être qu'il ait consacré un Iivre à la technique chinoise d'examen du pouls comme nous le verrons plus loin (Grmek, 1962, p. LXXIV). 3 Cf. les Lettres édifiantes et curieuses de Chine par des missionnaires Jésuites publiées de 1702 à 1776, les Mémoires concernant l'histoire, les sciences, les arts, les moeurs, les usages des Chinois, publiées de 1776 à 1791, la Description géographique, historique, chronologique, politique et physique de l'Empire de la Chine et de la Tartarie chinoise, par le Père Du Halde en 1735, sans oublier les nombreux documents (lettres, dessins...) qui ne furent pas publiés (Huard, Sonolet et Wong 1959). 4 Lettre du P. d'Entrecolles datée du Il mai 1726 à Pékin (Lettres édifiantes et curieuses, p. 341). 5 Grande pharmacopée compilée par Li Shizhen (1518-1593) et publiée pour la première fois en 1596. Boym (1612-1659) partit en Extrême-Orient en 1642 comme missionnaire et revint vers 1656, date à laquelle il publia à Vienne la traduction latine partielle du Bencao gangmu, sous le titre de Flora sinensis. Vers la fin du XVIIIe siècle, un docteur de la faculté de Reims, Vandermonde (1720), se rendit à Macao et dressa un catalogue de la matière médicale chinoise en s'appuyant sur le Bencao gangmu. Cf. Wong Ming (1975), dans Actes du 9Se congrès national des sociétés savantes, tome 2, p. 17-24 ; et Huard (1959), Semaine des hôpitaux, vol. 35, n° 58, p. 3 519-3 522. 10

collections et de l'identifier, sans que la théorie pharmacologique originelle soit vraiment exposée ou même connue6, attitude qui a persisté jusqu'à une époque récente. Mais c'est assurément de l'examen des pouls dont on rendit compte de la manière la plus détaillée et la plus systématique, comme en témoigne la première monographie sur la médecine chinoise qui ait été publiée en Occident (1671) et dont le titre est significatif: Le secret de la médecine des Chinois consistant en la parfaite connaissance du pouls 7. Dès avant 1658, le P. Boym avait en fait déjà écrit une monographie consacrée à la sphygmologie. Fondée sur la traduction de textes chinois, notamment le Maijue (Secret des pouls) alors faussement attribué à Wang Shuhe8, et accompagné de dessins illustrant la technique d'examen, elle ne fut publiée qu'en 1686 à Nuremberg sous le titre de Clavis medica ad Chinarum doctrinam de pulsibus. Entre temps, en 1682, André Cleyer avait fait éditer à Francfort, sous le titre de Specimen medicinae Sinicae, plusieurs textes rédigés en latin et consacrés essentiellement à la méthode d'examen des pouls, textes illustrés par de nombreux dessins selon la tradition chinoise. Il s'agit de traductions de traités chinois de sphygmologie et de documents concernant la pharmacopée, la glossoscopie, etc., dus à différents auteurs occidentaux vivant en Chine, sans doute des missionnaires au nombre desquels il faut probablement compter le P. Boym9. Enfin, il faut encore signaler la traduction française commentée du « Secret du pouls» attribué à « Ouang Chou » (Wang Shuhe)
6 La Flora Sinensis du P. Boym publiée à Vienne en 1656, la traduction partielle du Bencao gangmu insérée dans le tome III du grand ouvrage du P. Du Halde, les specimen et dessins de matière médicale chinoise envoyés en France (cf. Huard, Sonolet et Wong 1959) ainsi que les écrits traitant du ginseng (dans les Lettres édifiantes et curieuses... et chez Du Halde) sont quelques exemples anciens qui témoignent de l'intérêt suscité par la pharmacopée chinoise. 7 La brochure, publiée à Grenoble puis traduite en italien et en anglais, est anonyme. Mais elle contient un « Avis au lecteur» qui indique qu'elle fut rédigée entre 1665 et 1668 par un missionnaire exilé à Canton. Il pourrait s'agir du P. Couplet, compagnon du P. Boym dont il a peut-être utilisé les traductions. Voir Grmek (1962), p. LXII et LXV. 8 Cet ouvrage est un apocryphe, dont on ne peut attribuer avec certitude la paternité à un auteur précis. Le nom cité le plus couramment est néanmoins celui de Gao Yangsheng, considéré par certaines sources comme un auteur des Six Dynasties, par d'autres comme ayant vécu sous les Cinq Dynasties. Cette dernière date est plus vraisemblable, à en juger par le style du texte; quoi qu'il en soit, celui-ci, ayant été commenté entre 1068 et 1098, est nécessairement antérieur à cette période. Cf. SÔ izen iseki kô, tome 1, p. 177. 9 Cf. Grmek (1962), p. LXX.

Il

incluse dans la Description géographique, historique... de la Chine et de la Tartarie chinoise, éditée par le P. Du Halde en 173010. Si la sphygmologie chinoise a particulièrement retenu l'attention des jésuites et éveillé l'intérêt des médecins occidentaux - dans une mesure difficile à apprécier aujourd'huiIl -, c'est qu'elle apparaissait beaucoup plus sophistiquée que la sphygmologie galénique encore largement pratiquée en Europe, sans sembler s'en éloigner radicalement dans ses principes. Bien que le P. Boym, entre autres, ait insisté sur l'originalité de la médecine chinoise et son indépendance par rapport à l'ancienne médecine grecque12, cet air de déjà vu venait bien sûr de ce que les deux traditions possédaient en commun l'examen du pouls au niveau de l'artère radiale. Mais il était toutefois accentué par le vocabulaire de traduction. C'est ainsi que les termes galéniques de chaleur innée, froid radical et esprits vitaux furent appliqués, respectivement, aux concepts chinois de yang, yin et qi, terminologie qui se maintint jusqu'à la fin du XIXe siècle puisqu'elle se retrouve encore chez Dabry de Thiersant en 1863. Mais la sphygmologie chinoise étant parvenue trop tard en Europe, l'écho favorable qu'elle avait trouvé s'estompa rapidement. La seconde moitié du XVIIesiècle fut en effet une période charnière en ce qui concerne l'examen des pouls: la sphygmologie galénique était remise en cause par la découverte de la circulation sanguine due à Harvey (1626) et par le développement d'une physiologie mécaniciste. De fait, les différents auteurs qui traitèrent alors de la sphygmologie chinoise la présentent comme une technique sophistiquée mais n'acceptent pas la doctrine générale qui la sous-tend en raison, sans doute, de l'évolution récente des connaissances en Europe. Le rédacteur anonyme de la brochure de 1671, Le secret de la médecine des Chinois..., conclut en reconnaissant la valeur empirique des pratiques orientales, sans que la doctrine médicale, non fondée sur les principes exacts de la physique, puisse être retenue13 : « Quand j'entends parler les médecins chinois sur les principes des maladies, je ne trouve pas beaucoup de justesse ni de solidité dans leurs raisonnements; mais quand ils font l'application de
1 Op. cil., tome III, p. 384-436. Il° En France, le médecin parisien Jacques Saillant (1747-1814) expérimenta la sphygmologie pendant vingt ans en s'inspirant de la manière chinoise qu'il avait connue grâce à une correspondance entretenue avec le Père Amiot. Cf. Gnnek (1962), p.V-XVII. 12 Cf. Grmek (1962), p. LXXVI. On trouve néanmoins chez le P. Du RaIde (1735) l'idée, reprise dans la thèse de Lepage (1813, p. 27), que des textes médicaux occidentaux auraient été traduits en chinois à différentes époques dans le passé. 13 Cf. Grmek (1962), p. 43. 12

leurs recettes aux maladies qu'ils ont connues par le battement du pouls, et par les indications qu'ils tirent des différentes parties de la tête, je vois que leurs remèdes ont presque toujours un effet salutaire. C'est ce qui me ferait croire que ceux qui ont laissé à la postérité ces recettes, joignaient la théorie à la pratique, et avaient une connaissance particulière du mouvement du sang et des humeurs dans le corps humain, et que leurs neveux n'ont conservé que la mécanique. »14 L'ancienneté, vertigineuse aux yeux de la chronologie occidentale de l'époque, assignée par la tradition chinoise à sa médecine qu'elle fait remonter à l'empereur Jaune (Huangdi), est un argument souvent avancé par les missionnaires en faveur de sa valeur empirique: « Si l'on n'aperçoit pas par quelle sorte de chimie ils ont acquis une grande partie de ces connaissances, leur ancienneté, sans qu'on ait jamais remarqué de variation, ne laisse pas de les rendre respectables. »15 La médecine chinoise est créditée de deux mille à quatre mille ans d'âgeI6, alors que d'après l'ouvrage du P. Du Halde elle serait née près de quatre cents ans après le déluge17. Pour le P. Amiot (1784), les connaissances du yin-yang auraient même été transmises par un peuple antédiluvien 18. Cette ancienneté mythique de la médecine chinoise, complète dès ses origines, joue encore aujourd'hui un rôle important dans l'appréciation que bon nombre d'acupuncteurs occidentaux ont de leur art, malgré le démenti apporté par les travaux philologiques et archéologiques. Au XVIIIe siècle, quelques médecins se réfèrent encore à la sphygmologie chinoise, que ce soit au secours d'une réaction traditionnaliste comIne Sir John Floyer (1707) ou Charles Jacques Saillant (1747-1814), ou pour la promotion d'idées nouvelles comme les vitalistes montpelliérains Bordeu (1756) et Fouquet (1767). Mais pour eux, à l'exception de Saillant, la théorie médicale chinoise n'est plus qu'une lointaine inspiration 19. Dans les écrits des missionnaires des XVIIe et XVIIIe siècles, les jing de l'anatomo-physiologie chinoise sont mentionnés sous l'appellation voies ou canaux et sont même illustrés avec leurs « cavités », sans

14 Lettre du P. Parennin datée du Il août 1730 (Pékin), dans Lettres édifiantes et curieuses, p. 363. 15 Lettre du P. d'Entrecolles datée à Pékin du Il mai 1726, op. cit., p. 341. 16 Cleyer (1682), p. 261. 17 P. Du HaIde (1735), tome III, p. 378. 18 Cf. Huard, SonoIet et Wong (1960), p. 77. 19 Cf. Grmek (1962).

13

toutefois être l'objet d'un exposé théorique d'ensemble20. Rapportées aux viscères et aux pouls, ces voies sont assimilées aux vaisseaux de l'anatomie occidentale dans l'idée d'un système circulatoire du sang et des esprits vitaux (qi), ainsi que du chaud inné (yang) et du froid radical (yin )21. Il faut remarquer à ce propos que la seule fois où il est question d'acupuncture et de moxibustion dans les écrits des jésuites, ces techniques thérapeutiques, qui avaient alors mauvaise réputation dans les milieux de lettrés en Chine, ne sont pas mises en rapport avec les voies de conduction22. Les missionnaires et certains de leurs lecteurs n'ont pas négligé les commodités qu'offraient les concepts chinois tels que ceux de yinyang, de qi, etc., pour l'explication des phénomènes, ainsi que leur grande tolérance aux interprétations. Ainsi le P. Amiot s'écrie-t-il : « Il y a trente-trois ans que je n'entends parler que de ki, d'yin et d'yang, je dois être familiarisé avec ces termes qui sont ici la clef de toutes les sciences, il n'est rien qu'on ne puisse expliquer qu'en les employant à propos, et pourvu qu'on s'en soit formé une idée juste, on n'est

embarrassé sur rien. » C'est pourquoi il poursuit en disant à propos du mesmérisme qui est alors à la mode en France: « Au magnétisme
animal et à ses deux pôles je substitue tout simplement le tai-ki (taiji), l'yin et l'yang. »23 Comme d'après les Mémoires concernant l'histoire..., le yin et le yang « répondent tout à la fois aux acides et aux alkalins, au chaud et au froid, aux esprits animaux et aux humeurs »24, il n'est pas étonnant que Saillant ait pu penser que « les principes de Galien et ceux des Chinois sont à peu près les mêmes »25. Cette tendance à abuser de la plasticité des concepts chinois pour leur donner un air de déjà vu ou les mettre au diapason des derniers développements scientifiques s'est maintenue jusqu'à aujourd'hui. Signalons également le rôle important que joua le P. Cibot (17271780) dans la découverte par l'Europe de la gymnastique taoïste

20 Voir par exemple Cleyer (1682), qui présente également un schéma en étoile, illustrant l'activation séquentielle des « douze voies» pendant le nycthémère. 21 Cette interprétation conduit certains auteurs à affirmer que la découverte de Harvey était connue en Chine depuis de nombreux siècles (Mémoires concernant l'histoire... 1776-1791, vol. VIII, p. 261), une opinion mise en doute par d'autres (Du Halde [1737], p. 385). 22 Mémoires concernant l'histoire..., p. 262 et vol. IX, p. 245, note 1. 23 Lettre de 1783 éditée par Huard, Sonolet et Wong (1960), p. 67-68. 24 Mémoires concernant l'histoire, vol. IV, p. 399. 25 Cité par Grmek (1962), p. XIV. 14

(gongfu) qui semble avoir influencé les débuts de la kinésithérapie moderne26. Les médecins de la Compagnie des Indes Néerlandaises, engagés dans la pratique médicale à Batavia ou à Dejima au Japon, et vivant, sans doute, dans un milieu plus populaire que les missionnaires en Chine, ont fait connaître à l'Occident l'acupuncture et la moxibustion qu'ils ont pu observer au contact des Japonais27. En 1658, Jacob de Bondt mentionne pour la première fois l'usage « miraculeux» d'aiguilles dans le traitement de différentes affections au Japon. Mais c'est surtout Ten Rhyne, médecin résidant à Desima, qui, en 1683, fit connaître l'usage de la moxibustion, qu'il appelle « cautérisation », et de l'acupuncture en Chine et au Japon en publiant des planches qui représentent leurs points d'application et les « vaisseaux» qui les unissent28. D'après lui, la « cautérisation» (moxibustion)29 est censée « éliminer les impuretés du sang» et, de même que l'acupuncture, rejeter les « vents qui sont à l'origine de toutes les douleurs »30. Mais Ten Rhyne ne présente aucune théorie générale des « vaisseaux» qu'il assimile, comme les jésuites, aux vaisseaux sanguins. Par ailleurs, il n'exprime pas l'idée d'une action à distance de l'acupuncture et emploie les mêmes concepts galéniques que les missionnaires pour traduire le yin et le yang. Le recours comme thérapeutique locale à l'acupunGture et à la moxibustion, sous des aspects assez éloignés de la tradition chinoise, était assez répandu en Europe à la fin du XVIIe siècle. On les considérait alors comme des techniques chirurgicales et c'est en tant
26 Cf. Needham (1983), p. 170. 27 Les connaissances théoriques concernant l'acupuncture ont pénétré au Japon au début du VIlle siècle et se sont beaucoup développées dans les quatre siècles suivants. Il semble néanmoins que son ,application pratique ait été peu importante jusque dans la première moitié du XVIe siècle, contrairement à la moxibustion. Depuis, le Japon connut plusieurs maîtres acupuncteurs éminents qui créèrent de nouvelles techniques d'application. Au Moyen Âge, l'acupuncture était surtout indiquée pour les rétentions de sang avec anthrax, furoncles, etc. À partir du XVIIe siècle sans doute, ses indications furent élargies, notamment aux troubles de la circulation du sang, aux fièvres, et récemment, aux maladies du système nerveux. À partir de 1861, l'enseignement de l'acupuncture et de la moxibustion fut placé sous la protection du Shogun, ce qui montre que, contrairement à la Chine, elle a constamment joui d'un grand prestige même dans les hautes strates de la société JaponaIse. 28 Ten Rhyne (1683). 29 Le terme moxa provenant du japonais mogusa est employé pour la première fois dans un livre occidental par Hermann Buschof en 1674. Cf. Needham (1980), p.292. 30 Cf. Lu Gwei-djen and Needham (1980), p. 271. 15

-

que telles que Dujardin, reprenant notamment T'en Rhyne, les présente dans son ouvrage de 177431. L'idée d'une action locale de l'acupuncture persistera en Occident jusque vers la fin du XIXe siècle32. Pourtant Kaempfer, autre médecin résidant à Desima (16901692), proposait, dès 1712, une bonne description de l'acupuncture et de la moxibustion observée chez les Japonais et évoquait leur action à distance sans toutefois, lui aussi, fournir d'explication générale sur le système des « vaisseaux »33. L'effet thérapeutique local, notamment analgésique, était expliqué par les humeurs34. Assimilée aux pointes de feu, la pratique de l'acupuncture et de la moxibustion, quasiment coupée de ses bases théoriques chinoises et de la prise des pouls, tomba en désuétude en Occident au cours du XVIIIe siècle. Elle connut un regain d'intérêt clinique au début du XIXe siècle, mais en étant alors entièrement réinterprétée dans des concepts occidentaux, comme l'électricité animale, au sein d'une médecine qui avait définitivement rompu avec la tradition galénique35. Dès la fin du XVIIIe siècle, avec Abel Rémusat, médecin et sinologue, la médecine chinoise en tant que telle n'est plus pour l'Occident qu'une curiosité historique et ethnologique, point de vue qui s'exprime nettement dans la thèse médicale de François A. Lepage (1813). En 1863, un non médecin, Pierre Dabry de Thiersant, consul de France en Chine (1857 -1871), publie la première synthèse systématique regroupant la théorie médicale chinoise, la sphygmologie et l'acupuncture à partir de sources primaires, mais toujours dans la terminologie de traduction du XVIIe siècle, en assimilant les voies de conduction jing aux vaisseaux sanguins et dans l'idée d'une action locale de l'acupuncture. Au Xxe siècle, les connaissances occidentales de la médecine chinoise se développent selon des approches et des terminologies de traduction renouvelées et diversifiées. En raison du nombre croissant

31 Cf. Dujardin et Peyrilhe, 1774-1780. 32 Voir par exemple la thèse de Lepage (1813), p. 47 sq., ou l'ouvrage de Dabry de Thiersant (1863), p. 421. Cf. également l'ouvrage de James Morse (1821) traduit en français par le Dr Charbonnier (1825). Il décrit l'application locale aux douleurs de l'acupuncture. 33 Cf. Lu Gwei-djen and Needham (1980), p. 287. 34 Les explications humorales sont contradictoires. Pour les uns, l'acupuncture agit par un accroissement local des humeurs du fait de l'irritation (Lepage [1813], p. 85), alors que pour d'autres, elle désengorge au contraire les humeurs en activant l'air nécessaire à leur fluidité (Dabry de Thiersant [1863], p. 421). 35 Cf. Lu Gwei-djen and Needham (1980), p. 294.

16

des publications pour cette période, il n'est possible d'en repérer ici que les grands courants et quelques personnalités qui les représentent36. Parmi les sinologues qui, dans un premier temps, s'intéressèrent essentiellement à la littérature, certains, comme Franz Hübotter (1929) ou Henri Maspero (1937), abordèrent aussi la médecine ou certaines conceptions apparentées au taoïsme, et des travaux philologiques critiques révisèrent la chronologie traditionnelle des textes médicaux. Georges Soulié de Morant (1878-1955)37 peut être considéré comme l'un des initiateurs d'une autre approche connaissant actuellement un grand développement avec l'acupuncture, et qui s'intéresse à la médecine chinoise, ou plutôt à certains de ses aspects, comme une alternative à la biomédecine. Venant répondre à la demande des praticiens et des usagers occidentaux, ce courant, dont Manfred Porkert (1973) est un des promoteurs contemporains les plus importants, présente en général la tradition médicale chinoise comme un ensemble cohérent, tant dans ses manifestations qu'au long de son histoire, et n'en retient que les aspects acceptables par des esprits occidentaux plus ou moins imprégnés de rationalisme, acceptabilité qui est encore favorisée par un vocabulaire de traduction et des interprétations ad hoc38. Ce courant n'est d'ailleurs pas homogène et comprend, d'un côté une tendance traditionnaliste qui estime devoir prendre en compte la doctrine chinoise dans son « intégralité », et de l'autre une tendance scientiste pour qui l'acupuncture, fruit de siècles d'expérience empirique, ne saurait trouver sa justification théorique que dans la science occidentale. C'est dans le cadre plus général d'un immense travail de recherche sur les sciences et les techniques en Chine, entrepris à partir des années quarante, que Joseph Needham et son équipe abordèrent la médecine39 selon une approche qui caractérise l'ensemble du projet, avec l'idée qu'il n'y a qu'une science de la nature, universelle, développée avec plus ou moins de succès et de continuité par différents groupes humains à travers les âges, et la volonté de mettre en lumière les
36 Cf. Sivin (1988). 37 Voir par exemple son premier ouvrage (1934). 38 C'est Soulié de Morant qui a introduit le terme de méridien pour traduire jing, ce qui conférait aux voies de conduction de l'anatomo-physiologie chinoise une idéalité qui les mettait, sans discussion possible, à l'abri de la critique anatomique à laquelle étaient exposés les vaisseaux de l'ancienne traduction. Il rendit également le qi moins étranger à la pensée moderne en l'assimilant à l'énergie. Porkert opta pour le parti de « traduire» une grande partie de la terminologie médicale par des néologismes latins. 39 La section du volun1e VI de la collection Science and civilisation in China qui traitera de la médecine, n'a pas encore été publiée. Toutefois, l'acupuncture et la moxibustion ont déjà été abordées dans Lu Gwei-djen and Needham (1980). 17

importantes contributions chinoises dont beaucoup avaient été ignorées ou minimisées par les Occidentaux jusqu'alors. La science de la nature étant définie selon les critères occidentaux, les aspects de la civilisation chinoise étudiés par Needham sont isolés des éléments qui ne peuvent pas entrer dans ce cadre, ce qui suppose un tri préalable des matériaux, et parfois une orientation délibérée de la terminologie de traduction tendant à conférer une allure compatible avec les sciences occidentales à des concepts chinois qui expriment en fait des représentations couvrant un domaine beaucoup plus vaste40. C'est notamment Nathan Sivin qui a montré les limites de cette démarche de pionnier et la nécessité d'associer les sciences sociales à l'étude des sciences et techniques chinoises41. L'approche de la tradition médicale chinoise défendue par Paul U. Unschuld (1985) se situe en réaction, à la fois, au parti pris de Needham, à celui des promoteurs d'une médecine alternative, et même aux travaux classiques d'histoire de la médecine comme ceux de Pierre Huard et Ming Wong (1959, 1967), dans sa volonté de rendre compte de la pluralité des courants médicaux, de la coexistence à une même époque ou dans un même ouvrage de notions plus ou moins contradictoires, et de mettre en rapport le développement historique de la médecine avec les transformations idéologiques ou sociales. Enfin, avec notamment Arthur Kleinman (1980), les études de terrain des représentations et pratiques liées à la santé et à la maladie en milieu chinois ont commencé a être entreprises selon la problématique générale de l'anthropologie médicale. L'affirmation qui sous-tend cette recherche est qu'il est illusoire de vouloir comprendre, ou rendre plus efficace, un système ou une pratique médicale, en se contentant d'appliquer un modèle réductionniste, fondé sur la biomédecine. Seules la prise en compte du contexte culturel, la multiplication des points de vue (histoire des mentalités, sociologie...) peuvent permettre une meilleure compréhension des attitudes, des croyances, des savoirs relatifs à la santé et à la maladie dans une société. Psychiatre, Kleinmann a effectué de nombreuses études de terrain, à Taiwan et en Chine populaire42. Son attention s'est portée tant sur la conceptualisation de la maladie par le médecin, définie ici comme « disease », que sur l'expérience subjective de la maladie par le patient qualifiée alors d'« illness ».
40 Ainsi la distinction tranchée entre vaisseaux sanguins et voies immatérielles (jing), ou la notion de cœur jouant le rôle d'une pompe sanguine que Lu Gwei-djen et Joseph Needham (1980) prêtent à la médecine chinoise. Voir la critique de la seconde interprétation dans Unschuld (f985). 41 Cf. Sivin (1988). 42 Cf. Kleinman (1980) et (1986).

18

Les implications

de cette méthode, affirmant la nécessité de

construireun modèle « culturel» de la maladie dépassent la stricte étude
du cas chinois. Mais un exemple montrera quelles explications l'auteur pense pouvoir donner à certains phénomènes, grâce au recours à plusieurs champs d'investigation. Lors d'enquêtes menées dans un hopital du Hunan43 au sujet de malades atteints de désordres psychologiques (qu'un médecin américain considèrerait comme étant des formes de dépression), Kleinmann constata d'une part que la somatisation était très importante chez ces patients et d'autre part que ses collègues chinois posaient le diagnostic de neurasthénie. Pour l'auteur, la tendance à la somatisation s'expliquerait par la condamnation, dans le fonds culturel chinois, de certains conflits psychologiques aussi perçus comme une menace pour l'harmonie sociale. Quant au diagnostic de neurasthénie, l'auteur pense que cette entité nosologique a pu prendre le relais de certaines catégories de la médecine traditionnelle, comme les maladies dues au vent, la faiblesse du souffle (qi), ou l'entité yu (mélancolie). Le seul modèle produit et légitimé par un point de vue « biologique» ne peut rendre compte ni de la multiplicité ni de la complexité des phénomènes en jeu dans la maladie, telle qu'elle est vécue par le patient, et telle qu'elle est interprétée par le médecin44. De ces multiples approches, il ressort que l'un des domaines de la médecine chinoise qui a été le plus négligé jusqu'à présent est celui de sa nosologie. Signalons également qu'au cours de ce siècle, la biomédecine et les contestations dont elle fut l'objet en Occident ont influé sur les développements de la médecine traditionnelle en Chine et sur la manière dont ses partisans ont voulu la promouvoir.
Les réflexions précédentes sur le genre d'intérêt porté par l'Occident à la médecine traditionnelle chinoise ont permis de préciser le cadre dans lequel nous avons effectué nos recherches sur la toux, et la méthodologie appliquée. Ayant constaté que les savoirs et les pratiques liés à la maladie n'avaient guère été étudiés dans leur fonctionnement interne, mais souvent avec des a priori propres à notre culture et à notre époque, ou dans des buts purement pragmatiques, il nous a semblé essentiel d'effectuer une étude interne et d'envisager la thérapeutique en se référant au système doctrinal dont elle est issue, notamment aux conceptions de la maladie. D'une manière générale, la réflexion sur le statut épistémologique des classifications nosologiques a fait défaut lors des emprunts
43 Cf. Kleinman (1986). 44 Cf. Zempléni (1985). 19

ponctuels à des médecines étrangères. Dès les premiers contacts entre médecine occidentale et médecine traditionnelle, la nosologie et la pathogénie de cette dernière restèrent hermétiques, comme le montre la lettre du père Parennin citée précédemment45. À l'heure actuelle, la compréhension de la médecine chinoise passe le plus souvent par une réflexion prenant comme système de référence la biomédecine. Il est vrai que le praticien n'exerçant que d'une manière accessoire des médecines autres que la biomédecine n'a guère le loisir d'intégrer des systèmes de référence différents qui, de surcroît, ne concernent pas uniquement le domaine médical, mais font intervenir des, éléments propres à la culture dont est issue la médecine en question. A l'opposé de cette attitude se situent ceux des Occidentaux qui veulent rejeter toute référence à la biomédecine et intégrer la médecine chinoise traditionnelle en son entier, sans mesurer précisément les implications culturelles et socio-historiques de cette dernière. Ici se pose le problème du choix du modèle de référence servant de cadre à une étude et à la description d'un système pathologique. La nosologie chinoise, terra incogl1ita

Le chercheur n'échappe pas à ce problème: son étude, sa terminologie sont tributaires de l'idéologie de l'époque et du cadre dans lequel l'étude a été menée. On ne peut par ailleurs sous-estimer les difficultés rencontrées lors du passage du modèle de référence de la biomédecine à un modèle dit traditionnel. On pourrait être tenté de chercher dans la médecine occidentale préscientifique des équivalents avec la médecine traditionnelle chinoise, d'autant que les analogies semblent au premier abord nombreuses; ce serait sans doute déplacer le problème et choisir un modèle de référence sans tenir compte de ses tenants et aboutissants. Pour faciliter l'abord de ce sujet peu exploré qu'est la conception de la maladie et de ses formes en Chine médiévale, il nous a semblé préférable de choisir tout d'abord une entité pathologique facilement identifiable, et cohérente par rapport à la nosologie occidentale. C'est pourquoi, plutôt que d'étudier par exemple les « maladies dues au vent» (jengbing) correspondant à des pathologies occidentales extrêmement variées allant du simple refroidissement aux hémiplégies et comas, nous avons porté notre choix sur la toux, symptôme/maladie facilement identifiable. Nous avons choisi pour cadre temporel la Chine médiévale, car c'est alors que fut rédigé le Zhubing yuanhou lun (Traité sur l'origine
45 Lettres édifiantes, p. 363 (lettre du Il août 1730) ; voir texte ci-dessus, p. 12. 20

et les symptômes des maladies )46, premier traité à nous être parvenu qui systématise l'ensemble de la nosologie et de l'étiopathogénie de la médecine chinoise47. Présenté à l'empereur Yang des Sui en 610, il fut

un modèle de référence pendant des siècles. La période des Han (lIe siècle avo J.-C.-IIIe siècle ape J.-C), qui vit la formation de la « bible»
des médecins et acupuncteurs, le Huangdi n,eijing Suwen (Questions simples du Canon interne de l'empereur Jaune), commence à faire l'objet d'études multiples et à être mieux connu48. Ce texte fondamental est devenu en Occident le seul modèle de référence (au demeurant souvent réinterprété selon les concepts de la Chine moderne), comme si la médecine chinoise traditionnelle n'avait connu aucune évolutiol1 au cours d'une vingtaine de siècles, ce qui est loin d'être le cas. Or, la Chine médiévale est une époque charnière entre celle des Han, période de formation du système classique, et celle des Song (Xe-XIIIe siècle) caractérisée par un éclatement et une diversification des connaissances, ainsi que par l'adoption de nouveaux systèmes doctrinaux. Afin de ne pas aborder les conceptions de la maladie uniquement à travers les discours théoriques, mais aussi à partir des thérapeutiques appliquées, nous avons dû nous référer à d'autres sources, car le Zhubing yuanhou lun (Traité sur l'origine et les symptômes des maladies) ne mentionne que des recettes d'entretien du principe vital et, de surcroît, le chapitre sur la toux donne une seule recette. Pour cette période médiévale, notre choix aurait pu se porter sur le Qianjin yaofang (Prescriptions valant mille onces d'or) (652) de Sun Simiao, mais nous lui avons préféré le Waitai biyao (Prescriptions importantes et secrètes de la Terrasse externe), ouvrage certes postérieur d'un siècle au Zhubing yuanhou fun, mais qui présente l'avantage d'être le recueil de prescriptions le plus prestigieux de la dynastie des Tang, citant un grand nombre de sources antérieures aujourd'hui perdues, et suivant une classification nosologique fort semblable à celle du Zhubing yuanhou lun, dont le texte est d'ailleurs repris dans sa quasi intégralité. Notre travail n'a pris en compte que la littérature médicale savante, la pathologie de la toux étant trop restreinte pour que nous puissions espérer trouver suffisamment de documents la concernant dans des sources non médicales. Il n'empêche que l'étude des sources non médicales, que ce soient les sources taoïstes ou bouddhiques, les encyclopédies, les almanachs, les notes au fil du pinceau des lettrés, ou encore les monographies locales, devra être envisagée ultérieurement pour une étude plus générale de la notion de maladie à ces époques
--------

46 Voir la présentation sommaire de ce texte en annexe. 47 Sur ce texte et ses différentes éditions, voir l'annexe. 48 Voir la présentation sommaire de ce texte en annexe.

21

anciennes, et des relations entre le médecin, le malade et la maladie. La démarche que nous avons suivie est par conséquent dépendante du sujet envisagé - un état pathologique bien particulier - et des sources sur lesquelles nous nous sommes appuyés. Il en résulte que la description et les conclusions que nous tirerons de notre étude ne constituent qu'une première approche, et ne seront pas encore suffisantes pour tirer des conclusions générales relatives à la maladie et à son traitement dans la médecine chinoise traditionnelle. Il faut aussi envisager le problème de la validité des sources utilisées. En effet, les éditions qui nous sont parvenues datent au plus tôt (à quelques exceptions près) des grandes entreprises éditoriales menées aux alentours de 1065 sous les Song, et qui furent liées au développement de l'imprimerie. Le bureau d'édition dirigé par Lin Yi a effectué une révision et un remaniement des textes qui est parfois, mais pas toujours, décrit avec fidélité par les éditeurs, notamment dans les préfaces. Ainsi, entre la date de rédaction supposée du Huangdi neijing et sa première édition, dix siècles se sont écoulés, rendant inévitables les corruptions de texte dues aux copistes, aux interférences entre le texte et les commentaires, et au mode de transmission parfois oral. Par ailleurs, le corpus de textes utilisés ne représente qu'une infime partie d'une abondante littérature en majorité perdue pour ces époques reculées, ce qui limite encore la fiabilité de la reconstitution historique. L'histoire de l'évolution des textes commence certes à être mieux connue depuis une vingtaine d'années, grâce à des découvertes archéologiques importantes en la matière49, et aux travaux de recherche philologique et historique sur ces textes effectués par des savants japonais et américains, mais il reste encore beaucoup à faire. C'est donc avec une certaine prudence que nous avons utilisé ces sources pour une étude comparative historique. Il faut savoir aussi que la transmission de certains textes, notamment les « écrits canoniques» (jing) et les « traités» (lun), s'effectuait au sein d'écoles diverses formant la base du savoir traditionnel et le support essentiel de la transmission du savoir. En outre, celui-ci reposait sur une tradition orale et des commentaires textuels. Or, bien souvent, les commentateurs réordonnaient le savoir, tronquaient des parties du texte ou les juxtaposaient en fonction de leur propre système de pensée50. Enfin le rôle de ces textes et leur usage en Chine restent encore mal connus. La relation entre le praticien et le texte est complexe et peu
49 Citons notamment les manuscrits de Mawangdui (Hunan), ceux de Zhangjia shan dans le Hubei, de Fuyang (Anhui) et les lattes de Wuwei dans le Gansu. 50 Voir à ce propos Henderson (1991). 22

étudiée. On a souvent argué que le développement de l'imprimerie avait favorisé celui de l'information sous les Song. C'est probable, bien qu'il soit difficile d'apprécier d'une façon rigoureuse les conséquences qui en découlèrent au sujet de la diffusion du savoir51. Il reste encore à évaluer précisément dans quelle mesure ce phénomène a changé le travail du praticien, étant donné que le travail de copiste a pu suppléer à la technique de l'imprimerie, que la tradition orale et la mémorisation des textes étaient des moyens importants de diffusion de la connaissance, et que le système des examens imposait un programme bien défini avec des textes précis. Comme le note Nathan Sivin dans sa communication
« Text and Experience in Classical Chinese Medicine »52, si la rupture

entre les écrits classiques et les praticiens a existé en Europe à la fin de la culture gréco-romaine, elle semble moins accentuée en Chine, où même les lettrés fonctionnaires pouvaient occasionnellement être des praticiens. Dans l'état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons donc considérer cette littérature médicale que comme le reflet du savoir, des connaissances et des conceptions d'une époque donnée, sans préjuger de la pratique médicale elle-même.

Nous sommes partis d'une analyse du Zhubing yuanhou lun, essayant de mettre en évidence ce qui pouvait révéler la logique interne d'un ensemble nosologique à une période donnée. Puis nous avons esquissé une analyse historique et comparative avec les sources antérieures à ce texte, montrant que le système des Han a été plus ou moins disloqué par la suite et réorganisé selon d'autres critères de classement. L'exemple choisi de la toux, bien que restrictif, permettait de suivre l'évolution historique et, dans une certaine mesure, le cheminement de la pensée. Dans un premier temps, nous avons voulu dégager les concepts fondamentaux de la nosologie et de l'étiopathogénie ; puis nous proposons des traductions, dont le processus même s'est avéré pour nous un instrument d'analyse. Nous avons rencontré les problèmes propres à tout passage d'une langue à une autre, mais aussi ceux qui relèvent de la spécificité du chinois et du domaine étudié, la médecine. Il est illusoire de vouloir toujours rendre un caractère chinois par un même terme français, non seulement en raison de la polysémie importante de ces caractères, mais aussi en raison de la nature de la langue et de la pensée chinoises. Il en est de même lorsqu'il s'agit de termes techniques. Un caractère ne prend véritablement son sens qu'en comparaison avec tous les autres éléments du système dans lequel il est
51 Cf. Drège (1994), p. 265-298. 52 Sivin (1992). 23

intégré. Le texte forme un tout, et les différents termes techniques se définissent les uns par rapport aux autres. Ils ne peuvent être pris isolément, mais doivent être envisagés dans le système relationnel auquel ils appartiennent. Ainsi, la traduction de certains concepts de la pensée chinoise, de la physiologie, tels que celui de qi traduit parfois par énergie ou souffle, celui de xue traduit par sang, ou les termes nosologiques, nous ont-ils posé de nombreux problèmes. Ne pas traduire ne pouvait qu'être une solution extrême à n'utiliser que rarement. Pour le reste, il convenait de choisir un équivalent français recouvrant le champ sémantique le plus large possible, sans véhiculer des notions relevant d'un système typiquement occidental, et sans véhiculer des notions anachroniques53. Néanmoins, la polysémie du chinois impliquait un parti pris réducteur qui devait à chaque fois être réévalué selon le contexte. Prenons l'exemple du qi, une notion centrale et primordiale en médecine chinoise. Elle a connu en Occident des traductions très variées, reflétant l'idéologie dominante de l'époque. Aux XVIIeet XVIIIe siècles, les jésuites ont traduit le terme par « esprits vitaux ». Au XIXe siècle, le qi a été comparé au courant électrique, au magnétisme de Mesmer. Plus proche de nous, le père Couvreur donne dans son Dictionnaire classique de la langue chinoise (1890) une n1ultitude de traductions possibles de ce terme: air atmosphérique, vapeur, émanation, gaz, fluide, esprits vitaux, vigueur, énergie, tempérament, force du corps, intelligence, principe intellectuel, etc. Dans sa traduction française d'un classique confucéen, il va même jusqu'à proposer le ternIe de « sensibilité »54. Au xxe siècle, la traduction française adoptée le plus fréquemment par les non sinologues est celle d'énergie, les sinologues préférant celles de souffle (Maspero, Demiéville), puissance de vie (Granet), pneuma (Needham). Tous ces termes, s'ils traduisent un aspect du qi dans un contexte déterminé, non seulement en réduisent le champ sémantique, mais encore véhiculent des concepts propres aux cadres mentaux de l'Occident. L'une des traductions les moins "adaptées est certainement celle d'énergie, comme l'ont déjà remarqué Elisabeth Rachat de la Vallée et Claude Larre : « Pour faciliter, disent-ils, la compréhension de l'acupuncture par l'esprit occidental, on a très tôt abandonné en Europe la notion de souffle pour celle, plus claire a-t-on sans doute pensé, d'énergie. Ce faisant, on a sans aucun doute obsc.urci bien des textes, multiplié les faux problèmes, accumulé les explications forcées et oiseuses,
---.-

53 Sur ces problèmes de traduction en médecine chinoise, voir l'ouvrage Unschuld (1989). 54 Les Quatre Livres, traà. Couvreur, livre 2, chap. l, p. 363-3.

édité par

24

considérablement étriqué le champ de l'acupuncture, et, finalement, remplacé une vision de l'homme par une sorte de physique de la vie

corporelle. »55

55 Jean Schatz, Élisabeth Rochat de la Vallée, Claude Larre (1979), p. 48. Cf. aussi Unschuld (1986), p. 5 : « On the level of individual concepts, one of the most commonly encountered distortions has resulted fron1 attempts to employa concept of "energy" in order to illustrate traditional Chinese notions of human physiology illness and etiology. Historically, though, even the core Chinese concept of ch'i bears no ressemblance to the Western concept of "energy" (regardless of whether the latter is borrowed from the physical sciences or from colloquial usage). » 25

CHAPITRE

II

De la santé à la maladie Processus, corrélations, dérèglements

Processus

et corrélations

Dès la fin des Royaumes combattants, la vie des « dix mille êtres» est
intégrée à l'unité ciel-terre formée à partir de la division du chaos primordialen yin et yang: « Le yang pur forma le ciel et le yin opaque produisit la terre. »1 Cette bipolarité, appliquée aux parties du corps et à ses mécanismes de fonctionnement, se rencontre dans d'autres couples de notions complémentaires telles que celles de chaud et froid, vie et mort, lumière et obscurité, notions envisagées dans une dynamique devant maintenir une harmonie parfaite dans le corps et dans la nature. Yin et yang sont deux phases d'un seul et même qi2 rythmant la vie et la circulation dans le corps. Leur déploiement dans un schéma spatio-temporel clos s'effectue selon un mouvement cyclique et continu. En médecine, le système binaire, certainement le plus ancien, côtoie le système quinaire des cinq agents, qui permet un jeu de corrélations de différentes parties du corps entre elles et de celles-ci avec les éléments de l'univers: temps, espace, couleurs, etc. La mise en place de ce système de corrélations se fit progressivement, et l'on commence, grâce entre autres aux découvertes archéologiques des années 70-80, à avoir une idée de ce que fut l'historique de cette élaborati9n. Ainsi, les correspondances ne sont pas les mêmes dans le Guanzi (Ecrits de maître Guan), dans le Liji (Livre des rites) ou encore dans le manuscrit du Shangshu (Livre de l'histoire) excavé à Mawangdui près de Changsha dans la province du Hunan. Par ailleurs, ce système a été concurrent d'un système de corrélations à partir de six ou de douze éléments. Il reste enfin des traces d'un système de
1 Suwen, juan 2, chap. 5, p. 28. 2 Cf. Kim Yungsik (1984), p. 27.

corrélations par huit avec les huit vents soufflant au cours d'une année, système qui va de pair avec le système par neuf des neuf palais. Toutefois, ce sont essentiellement les systèmes binaire, quinaire et sexaire qui ont acquis la suprématie en médecine. Cette C0111binaison des trois systèmes a conduit à une évolution de certaines conceptions physiologiques. D'une part, aux cinq viscères correspondant aux cinq agents a été ajouté un « organe fonctionnel », le maître du coeur (xinzhu), d'autre part, parmi les six viscèresfu, le triple réchauffeur a vu ses fonctions évoluer, tandis que les relations établies entre les cinq viscères zang (foie, coeur, rate, poumon, rein) et les six viscères fu (vésicule biliaire, intestin grèle, estomac, gros intestin, vessie, triple réchauffeur) ont pu aussi varier au cours de la mise en place du système.

Les cinq viscères zang et les six viscères fu
La répartition des différents viscères entre les deux classes de zang et fu (termes dont nous examinerons plus loin les significations possibles) et le nombre de viscères à mettre dans chacune de ces catégories ont varié. Les zang sont attestés dès le IVe siècle avant notre ère, mais leur nombre varie selon les sources entre neuf, six ou cinq3, ce dernier chiffre étant celui retenu par la liste classique, ce qui signifie que les viscères zang ont été intégrés aux systèmes de corrélations partant des cinq agents (wu xing). Nous ignorons quels étaient les neuf viscères zang dont la liste n'est pas énumérée dans les sources les plus anciennes. Zheng Xuan, commentateur du Zhouli (Livre des rites des Zhou) ayant vécu sous les Han, donne la liste suivante: le coeur, le foie, la rate, les poumons, les reins, l'estomac, la vessie, le gros intestin, l'intestin grèle. Dans son commentaire du Suwen (752), Wang Bing donne quant à lui les cinq viscères de la liste classique plus quatre viscères zang qu'il qualifie de « formels» (you xing) : la tempe, les oreilles et les yeux, la bouche et les dents, la poitrine. De même la liste des six viscères zang n'est-elle pas donnée dans les textes anciens, bien que certains éléments épars, notamment dans des sources taoïstes, laissent penser qu'il s'agissait de la liste classique des cinq viscères

3 Au chapitre 2, le Zhuangzi énumère les « cent os, neuf orifices et six zang », alors que cinq zang sont mentionnés dans plusieurs autres chapitres (juan 8, chap. 21, juan Il, chap. 26). Le chapitre «Fonctionnaires célestes» du Zhouli (juan 2, p. 47) mentionne les « mouvements des neuf zang » ; un chapitre du Suwen mentionne également neuf zang (juan 3, chap. 9, p. 54) ; de même le chapitre 7 du Huainan zi ITlentionnecinq, mais aussi six zang.

28

zang plus la vésicule biliaire, association que l'on trouve notamment dans le chapitre 7 du Huainan zi. Quant aux viscères fu, ils apparaissent exceptionnellement dans les textes antérieurs aux Qin. Ils sont mentionnés uniq-uement au chapitre 32 du Zhuangzi4 et sont alors au nombre de six, sans que la liste en soit précisée, et dans le Lüshi chunqiu5 (Ille siècle avo J.-C). La même hésitation se remarque pour ces viscères fu entre le nombre de cinq et de six. En effet, un chapitre du Suwen énumère cinq viscères fu (estomac, gros intestin, intestin grèle, triple réc11auffeur, vessie) engendrés par les q i célestes, et six viscères fu permanents et indépendants (qihengzhi fu) engendrés par les qi terrestres (cerveau, moelle, os, vaisseaux, vésicule biliaire, matrice)6, ces deux listes de viscères fu étant mises en relation d'opposition et de complémentarité. La première liste de cinq viscères fu correspond à la liste traditionnelle moins la vésicule biliaire. Ces deux catégories de fu sont ainsi présentées: « Les six viscères que sont le cerveau, la moelle, les os, les vaisseaux, la vésicule biliaire et la matrice sont engendrés par le qi terrestre, ils thésaurisent le yin et n'évacuent pas vers l'extérieur, c'est pourquoi on les appelle les viscères fu permanents et indépendants (qihengzhi fu). Les cinq viscères que sont l'estomac, le gros intestin, l'intestin grèle, le triple réchauffeur (sanjiao) 7 et la vessie sont engendrés par le qi céleste, ils évacuent mais ne thésaurisent pas (zang), ils reçoivent les qi troubles des cinq viscères zang, c'est pourquoi on les appelle les viscères fu qui transforment et transmettent (chuanhuazhi fu). »8 Or, dans ce même chapitre, l'opposition entre viscères thésaurisant et viscères transformant et évacuant est appliquée à l'opposition entre les cinq viscères zang et les six viscères fu. Cette hésitation au sujet de la classification des différents viscères est d'ailleurs confirmée par le début du chapitre Il du Suwen., dans lequel l'empereur Jaune déclare: « J'ai ouï dire que, parmi les maîtres de technique (jangshi), certains désignent le cerveau et la moelle comme des viscères zang, d'autres considèrent les intestins et l'estomac comme des viscères zang, alors que d'autres encore considèrent ces derniers comme des viscères fu. Pouvez-vous m'éclairer sur ces contradictions? Chacun affirmant avoir raison, je ne sais plus quelle est la bonne voie, et j'aimerais entendre votre opinion là-dessus. » Ce
4 Zhuangzi jijie, juan 8, chap. 32, p. 214. 5Lüshi chunqiu, juan 20, chap. « Zhaolei », p. 264, qui mentionne les neuf orifices, les cinq viscères zang et les six viscères lu. 6 Suwen, juan 3, chap. Il, p. 67. 7 Le sens et la fonction de cet organe sont expliqués plus loin, p. 35 sq. 8 Suwen, juan 3, chap. Il, p. 67.

29

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.