La Méthode Jean Moneyron

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Ni manuel technique, ni biographie, cet ouvrage présente la méthode thérapeutique Jean Moneyron de façon croisée et réflexive, en restituant toute sa complexité. Pharmacien-rebouteux, Jean Moneyron voyait le geste thérapeutique comme une attention manifestée à l'Autre en tant que personne humaine et non comme seul lieu de pathologie. Il s'agit de transmettre cette méthode au plus près de son originalité et d'accompagner son apprentissage au cours d'une difficile et longue transformation de la pratique du soin.
Publié le : jeudi 1 juin 2006
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EAN13 : 9782336274409
Nombre de pages : 183
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La Méthode Jean MONEYRON
Une gestuelle thérapeutique de la forme

Histoire de Vie et Formation Collection dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de Bernadette Courtois, Pierre Dominicé, Guy Jobert, Gérard Mlékuz, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.

Titres parus Volet: Formation Jean-Yves ROBIN, Un tournant épistémologique, 2006. Christophe GAIGNON, De la relation d'aide à la relation d'êtres. La réciprocité transformatrice, 2006. Hervé PREVOST, Commencer à gagner sa vie sans la perdre, 2005. Jérôme ENEAU, La part d'autrui dans la formation de soi, 2005. Malika LEMDANI BELKAÏD, Transhumer entre les cultures, 2004. Claire HEBER-SUFFRIN, Quand l'université et la formation réciproque se croisent, 2004. N. BLIEZ-SULLEROT et Y. MEVEL, Récits de vie en formation: L'exemple des enseignants, 2004. Jean-Yves ROBIN, Bénédicte de MAUMIGNY-GARBAN et Michel SOËT ARD (sous la dir.), Le récit biographique (2 tomes), 2004. Patrick PAUL, Formation de vie et transdisciplinarité, 2003. Myriam HUGON, Les bégaiements du secret, 2003 Fabienne CASTAIGNOS LEBLOND: Le vacarme du silence: la transmission intergénérationnelle des situations extrêmes, 2002.

Anne MONEYRON (Coordination)

La Méthode

Jean MONEYRON

Une gestuelle thérapeutique de la forme

Préface de Jean Louis LEVESQUE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; France
L'Hannattan Hongrie Kënyvesbolr Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L'Hannattan Kinshasa Fac"des Sc. Sociales, Pol. er Adm. ; BP243, KIN XI Universirè de Kinshasa - RDC

75005 Paris

L'Harmattan Italia Via Degli Anisti, 15 10124 Torino IT ALlE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

Du même auteur : Transhumance et Eco-savoir. Reconnaissance ecoformatives, Paris, L'Harmattan, 2003.
Coordination D.Cottereau : d'ouvrage

des alternances

avec G. Pineau, D. Bachclart,

Habiter la terre - Ecoformation terrestre pour une conscience planétaire, Paris, L'Harmattan, 2005.

www.librairieharmattan.com harmattan1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr @ L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00975-1 EAN : 9782296009752

Chaque été, dans la voiture, il fallait laisser une place pour le carton de papa. Dans ce carton, la machine à écrire et des feuilles blanches. Chaque été, papa était bien décidé à écrire son livre. Chaque été, il sortait le carton de la voiture, et il allait à la pêche. Une seule personne le soutenait dans sa démarche de formalisation, maman. Et puis un été, le carton n'est plus parti en vacances.
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Paul, Odile, Fra/l(oi.re, /ltlfle, Lm, Cécile

PREFACE

Quel livre! Un beau petit livre. Au contenu mobile. Par différents auteurs. Mais unifié. Cohérent. Allant comme une flèche, en droite ligne, de l'arc de la première ligne à la cible de la dernière. Un livre sur ce qui guérit, (lui est boudé par une certaine science, évidemment la science dominante, mais qui pose si bien sans combativité, les questions de droit à l'existence. Jean Moneyron, pharmacien manipulait des bras, des jambes, des articulations qui résistaient et leur redonnait la fluidité du mouvement naturel. Comment il se fait? Anne Moneyron situe le débat toujours engagé dans la société de la présence et du haut degré de fréquentation du "rebouteux" dans le contexte d'un certain totalitarisme d'une pensée qui s'attribue l'exclusivité de la qualité proprement scientifique. La petite question incisive est introduite comme un coin bien délicat au cœur du tronc solide de l'arbre scientifique: ne pourrait-on pas être scientifique d'une autre
" mamere...

aUSSl ';J .

Peu à peu, l'autre manière est racontée. On passe par le cabinet de Jean Moneyron. On est impliqué aussi dans ses démêlés avec les ordres professionnels, Tout y est offert. Au lecteur de prendre position. Un praticien et une praticienne expriment leur pratique. Les résultats, positifs, affluent. Comment rendre compte de ces succès? Est-il possible de remonter le cours de l'action, de ses résultats positifs à ses causes plutÔt que d'aller de l'hypothèse à des possibilités? Et d'être scientifique! Les derniers chapitres présentent cet itinéraire.

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Il faut lire ce livre qui part à la recherche tant de la science que de l'humain dans la science. Le parti de l'humain y retentit très fort. Mais dans l'ensemble du grand concert des voies scientifiques, il ne fait encore que rappeler bien "moderato" la présence de l'humain. Un lecteur et une lectrice avides n'en sortiront pas illuminés. Il et elle n'en sortiront pas indifférents. Ils auront eu accès à une information de qualité, à la discrimination de certains préjugés concernant la science, à des rappels savoureux de conditions de vie et de tranches de vie actives dans la conscience des "post-adultes" mais pas encore vieux de la société. Ils auront participé à l'approche d'êtres humains souffrants et à la qualité empathique des actes de guérison. Ils pourront situer le succès de celui ou celle qui porte encore parfois le nom de "rebouteux" ou "rebouteuse" dans l'univers de la science pour peu que celle-ci n'ait pas la naïveté d'éliminer l'homme qui crée et développe sa propre réalité. Ce livre apporte à sa façon, une plaidoirie bien caractérisée par la présence de l'humain dans le champ estimé purement descriptif et quantitatif de la science. De quoi être bien informé. De quoi réfléchir. De quoi rendre le goût de l'humain même dans l'usage de nos irremplaçables et si précieuses machines à tout voir et analyser. Mais aussi de quoi revaloriser la rencontre de la modeste personne humaine avec la main respectueuse et attentive: la main guérisseuse. Une lecture détendue de l'introduction et une certaine maîtrise de cette introduction, rendront facile et savoureuse la lecture de ce beau document. C'est un honneur que de pouvoir lancer l'invitation à traverser cet itinéraire plein de surprises et de points de réconfort et à entendre cet appel raisonnable à l'humanisme. Bonne surprise. Bonne lecture.

Jean -Louis Levesclue Pbilosopbe et Alldragogtle Proftssettr Tittllaire de lU IlÙJersité S berbrooke de Québec - Callada
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INTRODUCTION

De mémoire, notre père, Jean Moneyron, a toujours voulu écrire un livre à propos de sa façon de "rebouter", selon la conception et le savoir qu'il avait du soin. De tout temps il a souhaité que sa méthode soit transmise, non pas par orgueil mais par la conviction de son bien fondé au vue des soulagements et des résultats qu'il obtenait. Il n'a jamais su, n'a jamais pu, n'a jamais rencontré une personne pour l'accompagner vers le difficile passage de la création de sa méthode à celui de sa transcription. Aujourd'hui, des articles circulent, des sites internet et des formations existent, qui racontent, enseignent, brodent sur et à partir de la méthode de soin de Jean Moneyron, ainsi que sur sa personne. Usant de la renommée de cette thérapie manuelle, les auteurs de ces supports dévient l'originalité de son origine, de son développement et de sa transmission. En référence au langage du savoir médical académique, ils réduisent ce soin à sa seule dimension de traitement technique local des symptômes de pathologies articulaires et à une démonstration de leur puissance et de leur pouvoir. C'est pourquoi depuis le décès de Jean Moneyron, en 1994, l'écriture de ce livre est dans nos têtes (ses enfants et certains thérapeutes) afin de redonner sens à ce qu'il a créé et porté durant toute sa vie; de le transmettre au plus près de sa réalité à ceux qui veulent comprendre et apprendre autrement les qualités enveloppantes de ce soin. C'est le premier ouvrage écrit sur la Méthode Jean Moneyron. Il ne se présente pas comme un simple manuel technique recensant des points à traiter. À travers un retour sur l'expérience de vie de Jean Moneyron, les auteurs souhaitent mettre à jour que telle n'était 11

pas sa V1SlOnde la santé et de la remise en forme. Dans la lignée familiale du soin qui était la sienne, soigner signifiait adresser le geste thérapeutique au patient par une attention manifestée à l'Autre. Ses mains soignantes s'adressaient à l'Autre comme personne humaine et non comme simple lieu du pathologique. Mais, dès le commencement de ce projet de transcription, nous nous trouvons confrontés à la difficulté de formaliser une méthode dont la transmission est caractérisée par le «style global »1. Ce style global suppose que le thérapeute soit présent tout entier lors du soin. Avec la répétition quotidienne du geste adressé à l'Autre, ce sont les actions et les interactions données et reçues qui ouvrent l'accès à l'efficacité. Une efficacité qui réside dans la rigueur du diagnostic, tout autant que dans la précision et la rapidité du geste au cours d'une relation de réciprocité patient/ soignant. Il est également possible de qualifier cette méthode de rationnelle, en ce qu'elle repose en permanence sur des allers et retours entre une pratique et une recherche, et qu'elle ne se révèle que dans et par sa simplicité et sa complexité. Ce livre n'est pas une biographie, cette écriture n'ayant pu être réalisée et partagée avec lui de son vivant. Il est simplement un essai de compréhension croisée à partir des connaissances actuelles des mécanismes du soin et de la forme, des théories de la complexité des systèmes, avec l'explicitation de l'expérience de thérapeutes praticiens, dont Françoise Toulouze-Moneyron, l'une de ses filles. Plus qu'un manuel méthodologique et technique, il veut aider à comprendre comment entrer dans la logique et la pratique de la Méthode Jean Moneyron. Il s'est avéré difficile de mettre à jour la nature de ce soin sans retracer le passé. Mais l'écriture de ce livre n'a néanmoins pas pour objet un retour sur le passé de Jean Moneyron et de sa méthode de soin. Le souhait est d'inscrire

1Jousse

M., 1974, p231.

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cette pratique d'avenir.

dans une perspective

à la fois de continuité

et

Ce livre s'est naturellement organisé en quatre parties. Une première partie problématise la question des savoirs liés aux médecines traditionnelles. Elle tente de sortir la pensée du clivage savoir savant/ savoir empirique, du trop technique et du trop humain pour la porter sur la question d'une raison esthésique qui sous-tend la construction, la mise en oeuvre et l' appren tissage du "savoir prendre soin". La deuxième partie, aborde l'environnement de la genèse de cette méthode. Comment, seul, tout au long de sa vie, Jean Moneyron l'a créée et affinée, dans un contexte à la fois personnel, familial, géographique et historique? Formé en tant que pharmacien à la raison rationalisante, lorsqu'il met au point sa méthode manuelle de soin c'est à partir de son expérience directe et sensible qu'il le fait. Cette expérience directe lui dicte qu'il ne peut formaliser sa méthode sur la base des concepts scientifiques en vigueur à son époque mais qu'elle n'a pour autant rien d'irrationnel. Comment il a su dépasser une approche technique et localisée de l'intervention thérapeutique pour aller vers une approche holistique du soin et y demeurer? Dans une perspective transdisciplinaire, une troisième partie revient à la fois sur l'expérience de la Méthode Jean Moneyron ainsi que sur ses dimensions théoriques. Parce qu'elle repose sur des concepts et des règles qui se suffisent en tant que tels, parce qu'elle reste ouverte à la singularité de chaque personne soignée, on pourra voir pourquoi il est possible de parler véritablement de "méthode". Utiliser le vocable de Méthode, pour expliciter la technique de soin de Jean Moneyron, signifie qu'il faut éviter dans son apprentissage et sa pratique d'osciller trop fortement entre une approche syncrétique du soin, par la juxtaposition de techniques et de traitements, souvent désordonnés et néfastes à la finalité recherchée et l'application d'une méthodologie standardisée. Pour Jean Moneyron, soulager l'Autre c'est avant tout le

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conduire avec simplicité et humilité vers ce qu'il est dans sa réalité historique personnelle, physiologique et non le faire entrer dans une réalité scientifique, sociale, normative et standardisée. C'est une forme humaniste de la santé, une « écologie de la santé »2. Françoise Toulouze-Moneyron et Jean Bouhana expliciteront leur pratique thérapeutique ainsi que celle de l'apprentissage et de la transmission de la Méthode Jean Moneyron. Ils insistent sur la complexité de l'appréhension de cette méthode sous-tendue par sa gestuelle thérapeutique. A partir de "points réflexes" localisés de façon très précise, cette gestuelle relève dans le même temps de la déconstruction-reconstruction des repères du praticien et du patient. Elle repose sur le senti, le toucher dans le respect du corps comme support et mode de perception de la vulnérabilité de l'Autre. Son apprentissage et sa pratique demandent de dépasser le temps immédiat de l'intervention mécaniste pour entrer dans l'événement des temps longs de la vie. Alain Gehin à partir du concept de «tenségrité », mais aussi de ses propres recherches et de sa pratique de la dynamique du corps, met à jour le sur quoi et le comment agit la Méthode Jean Moneyron. La réflexion de Gilles Gueguen quant à elle repose sur l'articulation de la « logique ternaire» de Lupasco en lien avec ses travaux personnels sur l'énergie. Ces deux auteurs explicitent comment nous pouvons véritablement parler de méthode thérapeutique et non de simple technique empirique de "rebouteux". Ils nous aident à comprendre pourquoi ce que nous conceptualisons aujourd'hui à travers cet écrit sur cette méthode, Jean Moneyron ne pouvait pas le faire comprendre dans le contexte scientifique et historique de son époque.

Le terme écologie est utilisé dans le sens élargi d'une (re)découverte des " liens solidaires entre l'homme et l'univers selon la définition de Grégory Bateson d' «écologie de l'esprit », oÙ l'art, le sacré, le corps (notre présence massive au monde) sont convoqués.

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PREMIERE LA RAISON

PARTIE SOIN»

DU « SAVOIR PRENDRE

INTRODUCTION

Soigner la maladie, Prendre soin de sa Santé, Prendre soin de l'Autre, vaste question qui préoccupe l'Homme depuis la nuit des temps. L'histoire de l'humanité montre indubitablement que de tout temps et en tous lieux, les hommes ont soulagé leurs congénères en utilisant des végétaux, des animaux, des minéraux et en pratiquant des techniques manuelles de soin. Les rebouteux dans les campagnes font partie de cette histoire. Très tôt, la médecine savante de la cité comprit

l'intérêt de leur thérapeutique et Hipppocrate

-

père de la

médecine, puis d'autres médecins, chirurgiens, tels Avicenne, Amboise Paré, s'intéressèrent à leurs pratiques. Mais les progrès de la connaissance en pathologie infectieuse mirent un frein à cet intérêt des médecins chercheurs pour ces pratiques manuelles, du moins dans le milieu médical orthodoxe. À partir des années 1840, la science médicale biologique, réalisée par des savants qui ne sont pas toujours des médecins, bâtit un ensemble de vérités sur la base des avancées spectaculaires du traitement des maladies infectieuses. Jusqu'à nos jours, ces recherches médicales conduites à partir de méthodes et de concepts qui sont ceux des sciences exactes mises au service de la médecine, vont bouleverser la conception traditionnelle de la maladie, du soin et de la santé.
Sur la base de ces découvertes scientifiques médicales, confondues avec celle de toute la médecine, les médecines traditionnelles sont condamnées car considérées comme imparfaites. Imparfaites d'une part sur le plan des moyens, car elles ont recours à des traitements considérés comme pragmatiques et empiriques, d'autre part sur le plan des

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connaissances et de la raison. La comparaison avec la médecine moderne ne permet pas de comprendre le sens de ces pratiques. Le Code Français de la Santé Publique, dans son introduction datée de 1860, place tout exercice des médecines traditionnelles dans l'illégalité.
C'est ainsi, qu'au fil des siècles, en France, dans le champ de la santé et du soin, la double problématique de la place et de la reconnaissance des médecines "traditionnelles" et de leurs praticiens enflamme le "corps médical". Lorsque l'on aborde le soin et la santé, il est difficile d'ignorer la polémique existante entre médecine savante et médecine non savante. À travers cette tension, est-ce simplement la nature, le fondement des pratiques des médecines traditionnelles qui sont en cause? Cette dichotomie ne relève-t-elle pas tout autant des domaines du droit et du pouvoir que de celui du savoir? Qui a et qui aura le droit de soigner? Pour tenter de dépasser ce rapport binaire du savoir médical savant et du savoir des médecines traditionnelles, nous interrogeons ce que signifie « Etre en Santé »3 et ce qu'il en est de la Raison du « Savoir Prendre Soin» ?

3 Notamment

à partir des travaux

de Bernard

Honoré,

Erre ct Santé,

1999.

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