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Rencontres avec des guérisseurs

De
157 pages
Pendant plusieurs semaine, l'auteur a parcouru les routes de son département pour aller à la rencontre de ceux que l'on nomme les guérisseurs. De ces rencontres, il reste un formidable échange restitué par l'auteur dans ce livre d'entretiens. Loin des idées reçues et des caricatures poussiéreuses colportées depuis le Moyen-Age, ce livre nous fait découvrir des personnes bien ancrées dans la modernité qui reviennent sur les différentes facettes de leur activité et leur parcours car on ne naît pas guérisseur, on le devient.
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Rencontres avec des guérisseurs

David Hanni

Rencontres avec des guérisseurs
Magnétiseurs, radiesthésistes et rebouteux en Champagne-Ardenne.

Préface de Richard Moreau

L’Harmattan

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-11216-2 EAN : 9782296112162

Remerciements à Rudy, Rémy Martinot-Leroy, au Syndicat national des radiesthésistes, au Groupement national pour l’organisation des médecines alternatives et aux magnétiseurs qui ont participé à ce projet.

Table des matières

Préface ..............................................................................p. 9 1 Introduction .................................................................p. 13 2 Définitions ...................................................................p. 19 3 Cinq guérisseurs, cinq parcours ...................................p. 27 4 Entretiens .....................................................................p. 51 Bibliographie ................................................................p. 155

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Préface
Depuis toujours, l’homme a été confronté à la maladie, à la douleur et à la mort, et plus généralement aux malheurs des temps. Les uns et les autres furent longtemps considérés comme des punitions envoyées par les dieux. Depuis toujours aussi, l’homme a cherché à s’en prémunir en s’adressant aux prêtres, aux sorciers, aux devins, aux marabouts, et à travers eux à des pratiques le plus souvent magiques. Mais, petit à petit, on s’aperçut que certaines méthodes empiriques apportaient des soulagements. On se mit à les codifier et c’est ainsi que naquit un corpus de pratiques médicales en Mésopotamie et en Egypte, trois millénaires avant Jésus-Christ : Pose ta main sur la douleur et dis que la douleur s’en aille, peuton lire sur un papyrus égyptien ancien. À partir du sixième siècle avant J.C., avec les philosophes naturalistes grecs, avec Hippocrate (460-356 avant J.C.), considéré comme le père de la médecine moderne, et bien d’autres ensuite, la médecine se dégagea de la magie. Il ne me paraît avoir rien de plus divin ni de plus sacré que les autres, mais la nature et la source en sont les mêmes que pour les autres maladies, écrivait Hippocrate du mal caduc¹. Des Grecs aux Romains et aux Arabes, la médecine progressa au fil des millénaires, mais, jusqu’au seizième siècle et même encore longtemps après, elle resta peu différente de celle des Anciens : au dix-huitième siècle, les médecins récitaient toujours les aphorismes d’Hippocrate, qu’ils avaient appris par cœur. On comprend les sarcasmes de Molière au Grand Siècle. Jusqu’à cette époque, la médecine était restée plus un art de guérisseurs qu’autre chose et en tout cas pas une science. Il fallut attendre les Lumières et surtout le dix-neuvième siècle, le développement des sciences naturelles et chimiques et les travaux de plus en plus précis des physiologistes, pour qu’elle commence à faire des progrès. Le
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premier grand virage fut opéré avec la découverte par Pelletier et Caventou des alcaloïdes en 1818-1819 et, en 1820, de la quinine du Quinquina. Grâce aux innombrables recherches qui suivirent, puis aux synthèses chimiques, la médecine procéda de moins en moins par tâtonnements et, progressivement, elle devint de plus en plus rigoureuse. La seconde moitié du dix-neuvième siècle est symbolisée par les noms de Louis Pasteur et de Robert Koch et par la lutte contre l’infection, l’introduction de l’asepsie, la vaccination qui, cependant, ne furent pas acceptées sans résistance par la « vieille médecine » : à la fin de ce même siècle en effet, un médecin reconnu comme le docteur Michel Peter, professeur à la Faculté de Médecine de Paris, osait qualifier encore les résultats des études de Pasteur et de ses élèves de « curiosités d’histoire naturelle » sans intérêt pratique. L’introduction des méthodes pasteuriennes marqua pourtant le second grand virage en ce siècle des merveilles de la science. Enfin, il fallut attendre le milieu du vingtième pour qu’un bond décisif soit fait avec l’arrivée des antibiotiques et le développement de la chimiothérapie, c’est-à-dire le traitement des maladies par des substances chimiques de synthèse², remplaçant massivement les drogues issues du milieu naturel. D’art, la médecine devenait une science, pour une part au moins. Depuis, l’évolution des techniques a eu pour effet de transformer la médecine et les médecins du XXIème siècle qui n’y prennent pas garde, en ingénieurs de la médecine, a écrit le professeur Francis Weill dans la préface d’un livre récent³ : ils sont les acteurs de prouesses médicales extraordinaires, mais beaucoup d’entre eux ne connaissent plus l’homme, seulement ses organes, que le raisonnement diagnostique et la thérapeutique abordent isolés. C’est le gros problème de notre époque individualiste, où l’homme en tant que tel compte de moins en moins. Cependant, des pratiques empiriques séculaires subsistèrent. En même temps, des méthodes nouvelles apparurent au XIXème siècle, non fondées sur la médecine expérimentale celles-ci, l’homéopathie, par exemple, mais aussi des médecines parallèles et des « médecines douces ». Les « guérisseurs » qui se prévalent d’un « don » appartiennent à cet ensemble. Là où la densité médicale était très faible (après une période heureuse, elle le redevient actuellement), on avait couramment recours autrefois
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au « rebouteux », qui savait remettre une cheville en place ou poser la main sur la douleur pour qu’elle s’en aille, comme disait le papyrus égyptien, ce dont il pouvait arriver qu’un médecin soit incapable, j’en ai été témoin, comme j’ai rencontré d’autres médecins qui, outre leurs réelles capacités, à proprement parler scientifiques, avaient aussi une forte expérience traditionnelle, dirons-nous. En devenant savante, la médecine ou plutôt certains de ceux qui l’exercent, ont oublié la leçon de Pasteur. Dans les années 1860, s’adressant à un avocat d’Arbois 4 qu’il jugeait par trop condescendant à l’égard des vignerons, le savant écrivait : L’expérience des gens de métier est presque toujours le fruit d’observations justes ; il arrive bien parfois que leur vérité soit celle de la légende, mêlée de merveilleux ; mais si cette pointe de miracle ne vous rebute pas, et que vous veniez à considérer les faits en eux-mêmes, vous reconnaîtrez, à peu près invariablement, qu’un usage quelconque, lorsqu’il est généralement suivi, est le fruit d’une expérience raisonnée, qu’il y a quelque utilité à ne point s’en écarter, et que la connaissance des phénomènes naturels qui s’y rattachent n’est vraiment complète que lorsqu’on peut en donner scientifiquement l’explication, formule qu’il reprit dans ses Etudes sur le vin5. Au savant d’expliquer la pratique, routine donnée par l’habitude, sachant que seule, la théorie fait surgir et développe l’invention. En ce qui nous concerne ici, l’expérience des gens de métier, dont parlait Pasteur, est celle des guérisseurs. L’ignorer ou la mépriser seraient des fautes. La « pratique verticale » de nombre de médecins hospitaliers (notamment) qui restent, souvent anonymes et déterminés à le rester, debout à côté du lit : debout, l’entretien se réduit à quelques mots ; assis, pourrait s’instaurer un véritable colloque singulier, garant d’un échange en profondeur et d’une véritable relation soignant-soigné, écrit aussi le professeur Weill, le développement d’une médecine « ingénieurisée », standardisée, trop souvent déshumanisée et sans âme, s’ajoutant à l’oubli des structures ritualisées, voire au désintérêt des représentants des religions (autrefois, les curés étaient souvent plus ou moins rebouteux et connaissaient « les simples » en sus de leur mission de médecin des âmes), ont entraîné en réaction le succès croissant de méthodes alternatives qui se veulent proches de l’homme. Cet
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attrait peut correspondre à un besoin de rapports humains nouveaux, à une certaine recherche de spiritualité dans une société qui en manque de plus en plus, et à l’espoir confus en un monde meilleur. C’est aussi le signe d’un malaise social accru. Encore faut-il démêler le bon grain et l’ivraie. La limite est ténue entre d’innombrables guérisseurs, charlatans plus ou moins clandestins qui sévissent un peu partout, et les vrais guérisseurs, bénévoles ou ayant pignon sur rue. Il arrive que certains des seconds soient même sollicités par le corps médical lorsqu’une pathologie lui paraît d’ordre psychologique. C’est tout l’intérêt de ce livre de les entendre. Le métier de David Hanni est d’écouter les histoires de vie des résidents d’un établissement pour personnes âgées. Désireux d’avoir sa propre idée sur la réalité quotidienne des « guérisseurs » en appliquant ses méthodes, il a été conduit à faire une enquête auprès de cinq d’entre eux, trois femmes et deux hommes, qui travaillent dans la région Champagne-Ardenne, celle où il poursuit lui-même son activité de collecteur de mémoire. Trois exercent en milieu urbain, deux en milieu rural. Tous sont déclarés. L’auteur relate directement ses conversations avec eux, selon une règle que j’ai connue autrefois quand, étant étudiant, j’enquêtais sous la houlette de Jean Garneret sur la vie dans les campagnes comtoises. David Hanni a donné ainsi aux professionnels qui ont collaboré avec lui, l’occasion de s’exprimer et, in fine, de soulever un coin du voile. Richard Moreau Professeur émérite à l’Université de Paris XII

Nom donné autrefois à l’épilepsie, du latin cadere : tomber, ceux qui sont atteints de ce mal tombant subitement. 2 Trop souvent entendue au sens restrictif de traitement par des molécules anticancéreuses.
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La médecine verticale, par le docteur François Cloutier. L’Harmattan, Paris, 2010.

Sans doute Célestin Guyétant (voir R. Moreau, 1996, « Louis pasteur et les hommes de métier », in Sur les traces de Louis pasteur dans le Jura, plaquette éditée par les Grands Vins Henri Maire à l’occasion de la commémoration du 100ème anniversaire de la mort de Louis Pasteur, pp. 25-35). 5 L. Pasteur (1866) Etudes sur le vin, ses maladies, causes qui les provoquent, procédés nouveaux pour le conserver et pour le vieillir. Œuvres, III. Etudes sur le vinaigre et le vin. Masson, Paris, 1924, P. 145.

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1 – Introduction
« Il est même certaines gens qui exigeraient, si leur venait un ange, une plume de son aile pour l’encadrer dans leur salle à manger ! Au-delà de ce que l’on croit réel et de ce que l’on suppose imaginaire est pourtant la porte la plus désirable du monde, je sais cela aujourd’hui. Elle s’ouvre sur le jardin de la vie, que les affamés de preuves ne connaîtront jamais. » Les sept plumes de l’aigle, Henri Gougaud

« Guérisseur », ce simple mot peut suffire à transformer une sympathique réunion de famille en une véritable guerre de tranchées. Étrange non, qu’en ce début de XXIe siècle, la question de l’efficacité réelle ou supposée de ces individus à qui l’on prête d’étonnants pouvoirs curatifs continue de soulever autant de passions ! Régulièrement, les médias essaient de trancher le débat. Mais à l’évidence, sans grande influence, car si l’on en croit les sondages, l’opinion publique reste divisée sur le sujet. De leur côté, les scientifiques travaillent. Certains essaient de comprendre, en observant ou en mettant en oeuvre dans la plus stricte impartialité des protocoles de recherche ; mais leurs travaux sont généralement peu connus du grand public. Et puis d’autres, se sentant investis d’une mission de salubrité publique, ne voient dans l’étude de ce phénomène qu’une ultime croisade à mener. Hérauts flamboyants d’une modernité débarrassée de ses chouettes et de ses amulettes, leur but avoué est d’épurer le corps social des charlatans, escrocs et gourous parmi lesquels, selon eux, les guérisseurs figurent en bonne place. Cerné par tous ces discours, on en oublierait presque nos guérisseurs. Et eux-mêmes, les premiers intéressés, qu’en pensentils ? Et qui sont-ils d’ailleurs ? Comment envisagent-ils leur pratique ? Comment voient-ils leur avenir ? C’est pour tenter d’apporter une réponse à toutes ces questions que je me suis attelé à la réalisation de cet ouvrage. Fatigué d’entendre
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des lieux communs, parfois perdu dans l’hermétisme du discours scientifique, et aussi je l’avoue un peu agacé par la stigmatisation dont sont régulièrement victimes les tenants de cette médecine dite parallèle, j’ai voulu prendre ma télécommande et appuyer sur « pause ». Et si moi, dont le métier consiste à recueillir les histoires de vie des résidents d’un établissement pour personnes âgées, l’Hôpital Local de Fismes dans le département de la Marne, je prenais le temps d’aller à la rencontre de ces guérisseurs ? Si je leur posais toutes les questions qui me trottent dans la tête, sans apriori, comme je le fais avec mes résidents… Qu’est-ce que je risque ? Je le répète, dans ce domaine, les émissions de télévision, les livres, les articles de journaux, n’ont qu’un impact très faible sur l’opinion publique. Alors l’effet de ce livre que vous tenez entre les mains…? Car j’entends déjà les critiques : « Oui, mais rien ne les empêche de vous raconter des histoires ! En leur donnant la parole, vous prenez le risque de les faire passer pour des agneaux alors que ce ne sont peut-être que des charlatans ! » Ce n’est pas faux. En même temps, le débat ne m’a pas attendu. « D’autant que vous n’êtes ni scientifique, ni expert ! Et la méthodologie, en quoi consiste-t-elle ? » J’y viens. Ce qui caractérise ce travail, c’est justement une absence totale de méthodologie ! Je m’explique. Idéalement, je souhaitais constituer un échantillon sinon représentatif, au moins diversifié, comportant des femmes, des hommes, implantés dans le département de la Marne car il s’agit du département où j’exerce mon activité professionnelle, et exerçant aussi bien en milieu rural qu’en milieu urbain. Mon but était de leur offrir un espace d’expression pour qu’ils aient la possibilité de rendre compte d’un vécu, d’une expérience. Afin que chacun dispose de tout le temps nécessaire pour présenter et argumenter son propos, j’ai choisi de me limiter à six interlocuteurs. La méthode retenue pour sélectionner ces guérisseurs est celle utilisée habituellement. En général, les personnes qui consultent utilisent le bouche-à-oreille ou les Pages Jaunes, et parfois, pour les plus méfiantes, elles effectuent en plus quelques vérifications, notamment auprès des syndicats de professionnels. Ces derniers, s’ils ne sont pas exempts de tout reproche, ont au moins le mérite d’essayer de séparer le bon grain de l’ivraie en s’engageant à faire

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respecter à leurs adhérents un code de bonne conduite, généralement présenté sous la forme d’une charte. Pour ma part, j’ai commencé par prendre contact avec le groupement national pour l’organisation des médecines alternatives (G.N.O.M.A.), la plus connue des associations françaises de guérisseurs. À la suite d’un entretien téléphonique, j’ai pu obtenir trois adresses de magnétiseurs exerçant dans le département de la Marne. Ce sont Jacques, André et Anne. Ensuite, je me suis laissé guider par le bouche-à-oreille. Cette méthode m’a rapidement conduit sur les pas de Françoise, radiesthésiste de profession. Il me semblait intéressant, pour un ouvrage sur les guérisseurs, de ne pas interroger que des magnétiseurs et de faire entendre la voix d’une praticienne dont la spécialité est beaucoup moins répandue. À l’issue de notre premier contact, j’ai su qu’elle faisait partie du syndicat national des radiesthésistes (S.N.R.). Le bouche-à-oreille m’a également permis d’obtenir un autre numéro de téléphone. Hélas, bien que disposé à me rencontrer, le guérisseur n’a pas souhaité que son témoignage figure dans ce livre. C’est d’autant plus regrettable que ce monsieur présentait la particularité d’exercer en dehors du cadre légal qui réglemente ce genre de pratique. Qu’il soit néanmoins ici remercié pour sa gentillesse et son hospitalité. En ce qui concerne Béatrice, j’ai opté pour la démarche qui en apparence offre le moins de garantie puisque après avoir ouvert les Pages Jaunes, je m’en suis remis au hasard. Résultat de mes démarches : sur six personnes contactées dans le département de la Marne, cinq m’ont répondu favorablement après que je leur ai exposé mes intentions de vive voix ou par courrier. Parmi ces cinq guérisseurs, il y a trois femmes, deux hommes, trois personnes travaillant en milieu urbain, deux en milieu rural. Les cinq sont déclarés et ont pignon sur rue. Pour recueillir ces témoignages, j’ai adopté l’attitude qui selon moi doit prévaloir lorsque l’on s’invite dans l’intimité des gens et que l’on pourrait résumer par ces mots : « neutralité bienveillante ». Concrètement, cela consiste à laisser la personne s’exprimer, l’écouter, ne pas hésiter à demander des explications ou à la relancer s’il y a lieu. Autrement dit, se mettre en situation d’écoute, d’ouverture et donc de disponibilité intellectuelle.

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