Santé plurielle en Afrique

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Les sciences de la santé constituent un vaste champ de connaissances qui se déploie en plusieurs disciplines et spécialités dont l'objet principal est la santé. Dans sa définition institutionnelle, la santé englobe l'aspect biologique, psychologique, social et culturel de la personne humaine. D'où l'implication pluridisciplinaire dans la formation des professionnels de la santé et les interventions de santé.
Publié le : vendredi 1 avril 2011
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EAN13 : 9782296800656
Nombre de pages : 374
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SantéplurielleenAfriquesous la direction de
BenjaminAlexandreNkoum
SantéplurielleenAfrique
Perspective pluridisciplinaire
Quand les sciences de la santé rencontrent les sciences sociales :
jeux de rôles, jeux de complémentarité.Enjeux, perspectives et débats
L’HARMATTANLe présent ouvrage aété conçu àpartir des communications
présentées lorsdupremier colloque scientifique international organisédu16
au 17 mars 2010, par le Centre Supérieur des Sciences de la Santé(CSSS) /
ESI/UniversitéCatholiqued’Afrique CentraleàYaoundé au Cameroun.
©L'HARMATTAN,2011
5-7,ruedel'École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978-2-296-54140-5
EAN:9782296541405Colloqueinternational
Du16au17mars2010
Quandles sciences de la santé rencontrent les sciences sociales:jeuxderôles,
jeux decomplémentarité.Enjeux, perspectives et débats
Comitéscientifique
Pr. Valentin Nga Ndongo,UniversitédeYaoundéI; Pr. ChantalEymard,
Université de Provence Aix Marseille I; Pr. Paul Nchoji Nkwi,Universitéde
YaoundéI/UniversitéCatholiquedeBamenda; Pr. Mbonji Edjenguèlè,
Université de Yaoundé I; Pr. Fabien Eboussi Boulaga,Université Catholique
d’Afrique Centrale; Pr. Ludovic Lado,Université Catholique d’Afrique
Centrale; Dr. Godefroy Ngima Mawoung,U de Yaoundé I; Dr.
Benjamin Alexandre Nkoum,CSSS/ESI/Université Catholique d’Afrique
Centrale; Dr.Antoine Socpa,Université de YaoundéI; Dr.PierreOum Ndigi,
UniversitédeYaoundéI
Lesauteurs
Benjamin Alexandre Nkoum;Valentin Nga Ndongo; ChantalEymard;Pierre
OumNdigi;Celestin PierreMboua;Nathalie Hermine Olga Mboua;Nathan
Onana Noah;Godefroy NgimaMawoung;Paul Marius Eyinga;Etienne
Kimessoukie;Marie Abemyil; HonoreMimche;Julienne Louise Ngo Likeng;
Antoine Socpa;Yves Bertrand Feudjio;Ignace Bertrand Ndzana;Paul Ulrich
OtyeElom;Jeannette Wogaing;Issoufou Soule NjimomMouchili;Jean Pierre
Nghonda;BasileTatsabong;JodelMaleng.Préface
Il nous est particulièrement agréable, en notre tripleetcomplémentaire posture
de sociologue critique et constructiviste, de méthodologue et d’épistémologue,
d’avoiràpréfacerleprésentouvrage,produit ducolloqueinternationalorganisé,du
16 au 17 mars 2010,àYaoundé, par le Centre Supérieur des Sciences de la Santé
rattachéàl’Université Catholique d’Afrique Centrale, sur le thème:«Quandles
sciences de la santé rencontrentles sciences sociales:jeux de rôles, jeux de
complémentarité».
Notre plaisir est d’autant plus intense que, de nous avoir librement et
instamment choisi commepréfacier,constitue,ànosyeux,ungrandhonneurquand
on sait qu’unpréfacier,ausensétymologique du terme, est une personne chargée
de prendre la parole en première instance, c’est-à-dire avant même les auteurs (du
latinpre-fari,parlerdevant).
Qu’ilnoussoitdoncpermis, dansces prolégomènes, de relever, d’abord, la
promptitude avec laquelle le Comité d’organisation,ainsi d’ailleursquelesauteurs,
ont réagipourapprêterles Actes du colloque, moins de deux mois après la clôture
de celui-ci. C’estassez rare sous noscieux scientifiquesafricains pour n’êtrepas
soulignéavecforce.
Il conviendrait,ensuite, de noter,pourlaretenir, la belle leçon d’épistémologie
administrée, par les sciences de la santé, aux sciences sociales. Sciences de
l’homme et de la société et sciences du pouvoir,celles-ci brillent pourtant, souvent,
par les nombreuses et fausses querelles, voire divisions définitionnelles,
méthodologiques et, parfois, protocolaires dont elles alimentent en permanence le
champ épistémologique. C’est, par exemple, le cas des rapports tendus entre la
sociologieetl’anthropologie, la sociologie et la politologie, la psychologie et les
sciences de l’éducation, etc.,toutesdisciplines qui, au lieu de collaborer
étroitementetefficacement, passentplutôt leur tempsàsedisputer les objets, les
méthodes,les modèles théoriques, sans oublierleurs interminables discussions sur
l’antérioritédetellesurtelleautre.
En plaçant doncl’interdisciplinaritéaucentredesadémarche, le colloque initié
par le Centre Supérieur des Sciences de la Santé vient ainsi poser, de brillante
manière, l’inconsistance, voire l’inanitédes «cartes d’identité scientifiques »,
comme les appelle le sociologueGeorges Balandier (In Sens et puissance, les
dynamiquessociales), dans un monde où, certes, la spécialisation est devenue,
parfois de façon outrancière, la règle et la pratique dans lessciences, maisoù,
malgré tout, la connaissance doit intégrer la complexité du réel connaissable pour
fonctionner comme un rendez-vous du donner et du recevoir, pouremprunter
l’éléganteformuledeSenghor.
7L’initiative du Centre Supérieurdes Sciences de la Santé tombefortàpropos
pour nous rappeler, surtoutànous, prétendus spécialistes dessciences humaines,
quedeproclamerson identité ou sa spécificité épistémologique ne signifie
nullementcultiverson jardin, moins encore s’enfermer dans une sorte de tour
d’ivoire.Tants’enfaut! Il s’agit,aucontraire,ens’enracinantdansl’humus
fécondant de ses particularités, qui sont effectives, de mieux s’ouvrir aux apports,
tout aussi enrichissants, des autresdisciplines, dans une démarched’interaction et
deréciprocité mutuellementbénéfiques,selonla savoureuseet pénétrante devise de
l’université de Yaoundé I, justement haut lieu d’enseignementdes sciences
humaines:«Sapientia collativa cognitio»(La science est une quête collective,
chacunyapportesapart).
L’action du CentreSupérieur des Sciences de la Santé est d’autant plusàlouer
qu’elleconstitue,infine, unebelle leçond’humilité et de modestie, valeurs
rarement prisées par lessciences sociales, sciences«supérieures»,prétentieuses,
condescendantes. Suivantcette sagesseafricaine pour laquelle seuls«lesarbresà
taille égalepeuvent s’échangerdes bandesdesinges», c’est-à-dire entrer en
contact, en relation, communiquer, la logique eût voulu que le colloque
interdisciplinaireàl’origine du présent ouvrage se déroulât entre les sciences de la
santéetlessciencesprochesousœurs,tellesquelabiologie,lachimie,laphysique,
la physiologie. En invitant et en associant ces sciences sociales dominatrices et
sûres d’elles-mêmes, les sciences de la santé, il fautlereconnaîtreaposteriori, ont
pris un gros risque, celui de voir les débats leur échapper et de transformer ou
réduire ainsi la rencontre en un discours unilatéral et uniforme au profit des
sciencessociales.
Ce fut pourtant un beau risque, mutuellement profitable et dont il convient
aujourd’huideféliciterchaleureusementlesinitiateurs.
Ilnenousrestedoncplusqu’àsouhaiter,àcetimportantouvrage,bonaccueilet
bonventdansl’espacepubliccamerounais,africainet duvillageplanétaire.
ProfesseurValentinNgaNdongo,sociologue
Yaoundé,le25juin2010
8Avantpropos
Le présent livre est le résultat des différentes communications sélectionnées lors
du colloque international organisé par le Centre Supérieur des Sciences de la Santé
de l’Université Catholique d’ Afrique Centrale du 16 au 17 mars 2010àYaoundé
auCameroun.
Lesparticipantsàcecolloque étaient notamment les spécialistes dessciences de
la santéetceuxdes sciences sociales venusdes Universitésd’Etat camerounaisde
Yaoundé I, de Douala, de Maroua, et de l’UniversitédeProvence Aix-Marseille I.
Lescommunications retenues ont été présentées par divers spécialistes:
sociologues, anthropologues, historiens, psychologues, géographes et ceux en
sciencesdelasanté.
Deux leçons inaugurales présentées respectivement par le Dr Benjamin
AlexandreNkoum sur:« Les sciences de la santé:essai de théorisation des
différents modèles qui régissent les pratiques professionnelles en santé» et le Pr.
Valentin Nga Ndongo sur: l’«Eloge de l’interdisciplinarité» ont servi de phase
introductiveàcecolloque. L’économie de ces deux leçons portait sur la nécessaire
interdisciplinarité des sciences de la santé et des sciences sociales dans la gestion
desproblèmesdesantédespopulationscamerounaises.
Le programme s’est enchaîné par sept communicationsarticulées autourdu
sous-thème: «L’enseignement dessciencesdelasanté:apport des sciences
sociales». Dans ce contexte, le premier exposéprésenté par le Dr Benjamin
Alexandre Nkoum portant sur « La place des sciencessocialesdans la formation
initiale et spécialiséeensoins infirmiers au Cameroun»,adémontré qu’ils’agit
non seulementdefaire de l’infirmier un acteur praticien des soins infirmiers, mais
aussietsurtout un acteur socialcapable de soigner la maladie et l’homme dans sa
globalité. La communication du Pr. Chantal Eymard qui examinait le problème de
«l’Interdisciplinarité dans les sciences infirmières»,aproposé que les étudiants
en soins infirmiers soient formés dans l’interdisciplinarité fécondante de plusieurs
méthodes de recherchepouraméliorer leur capacitédeprise en charge des patients.
L’historien Dr Pierre Oum Ndigi, en puisant dans ses recherches sur l’Egypte
antique,adémontré que la médecine de l’ancienne Egypteconcevait la maladie et
la santé d’une façon holistique, c’est-à-dire, en tenant comptedes dimensions
sociologique,anthropologique, cosmique, et bien sûr, biologique de l’homme. Le
Dr NathanOnana Noahaaxé sa communication sur la «Rationalité situéeetle
choix d’uneméthode de collecte des données en sciences infirmières » pour
permettre auxspécialistes en sciences de la santé d’intégrer dans leurs recherches
les méthodes et les théories dessciences sociales en vued’explorerladimension
sociale du patient et de la maladie. En précisant l’objet, les méthodes,le
langage/vocabulaire, le diagnostic ainsi que le plan de soins infirmiers, M. Paul
MariusEyingaadémontré que:«L’on peutréellement parler de cette disciplinecomme une science». L’exposé de M. Etienne Kimessoukié est revenu sur
«l’Apport dessciences sociales auxsciences infirmières», pour déplorer que les
professionnels infirmiersn’opérationnalisentpas les acquisdes sciences sociales
surle terrain;etpourtantajoute-t-il, lacollaborationdessciences infirmières et des
sciencessociales contribueraitàl’amélioration de la qualité des prestations. La
communication de Mme Marie Abemyilainsisté sur l’importance de l’intégration
ede «l’Esprit transculturel dans la formationdel’infirmier du XXI siècle ».Il
s’agitpour ce dernier de placer désormais son regard au-delà des aspects physique
etphysiologiquepours’étendreégalementsurlecultureletlesocialdumalade.
D’autres exposés onttenté de répondreàlaquestion: Dans quelles directions
vont les sciences de la santé en Afrique? Le but biensûr étant de dégager les
perspectives etlesprospectives.
En effet,lacommunicationprésentée par le Dr Antoine Socpa &Djouda
Feudjio sur « L’hôpitalauCameroun:lieudesoins ou espaceconflictuel » a
essayédemontrer la fonction de l’institution hospitalière telle que décrite par les
précurseurs de la sociologie médicale, àsavoirlafonction intégratrice, la
dispensation des soins. Les auteurs ont analysé les dysfonctionnementsàl’œuvre
dans les formations sanitairesàpartir d’une approche qualitativeinspirée de la
démarche socio-anthropologique. Plusieurs dysfonctionnements sont observés dans
les formations sanitaires au Cameroun, àsavoir la rupture de la fonction
intégratrice de l’hôpitalàtravers le mauvais accueil et le mépris despatientslors
des consultations;les déviances duesàlaprivatisation des biens publics et enfin la
transformationdel’hôpital en un espace marchand. Ainsi, l’hôpital apparaît selon
lesauteurscommeunespacedereproductiondesinégalitéssociales.
Àpropos de la communicationsur:« La loase comme maladie cliniqueet
culturelle», le Dr IgnaceNdzanaest partides caractéristiquesépidémiologiquesde
cette maladie, notammentdansles zonesdeprévalence, sescausesetses
symptômes, pour montrer qu’au-delà de ses aspects cliniques, cette maladie
présente beaucoup d’autres aspectsculturels,notamment dans lesformes de
traitement, et des aspects sociaux. Cet exposéapermisdesoulignerles enjeux
socio-sanitairesdel’ethnothérapie,àsavoirles conséquences de ces recours sur la
santé des populations. Parmiles aspects sociaux, l’auteurasouligné les modes
endogènes de prévention de la loase et les différentes pratiques sociales des
populationspouréviterdecontracterla maladie.
La présentation de M. Djouda Feudjioportant sur les«Réseauxrelationnels,
processus de soutien et incidencessur lestrajectoires thérapeutiquesdes malades
de la tuberculose au Cameroun »,aanalysé les réseauxderelation de soutienàces
patients et leurs itinéraires thérapeutiques conséquents. On comprend alors que
faceàlamaladie, les communautés ont souvent misenplacedes réseaux de prise
enchargedanslesquelslafamillejoueunrôleimportant.
L’exposé du Dr Ignace Ndzana sur «La crise sanitaire néeentre le recul de la
forêtetladifficile sédentarisation: un défi d’existerdes Baka de la localité de
10Djoum au Sud Cameroun »,enpartantdel’ethnographie de ce groupe social,amis
en relief l’importance de la médecine alternative dans le vécu des Baka. En outre,
l’auteurasoulignéles effets perversdelamodernisation sur le système de soins
traditionnel.
L’autresous-thèmea permis de définir les contours du «Carrefourde
l’expérimentationdes échangesentre les sciences de la santé et les sciences
socialesdanslaprise en charge des cas spécifiques de santé publique».Àcet
effet, la communication du Dr Godefroy Ngimaamontré comment grâce au
«concours des sciences sociales, le programme africain de lutte contre
l’onchocercose(APOC)»aréussiàreleversestauxdecouverturethérapeutiquede
plus de 65% au cours descinq dernières années, dans certains paysvictimes de
cette affection en Afrique Centrale. Le Dr Honoré Mimcheaquantàlui présenté le
«Phénomène de stigmatisation des personnes vivant avec le virus du SIDA ».Tout
en procédant aux analyses etàl’interprétation propre aux sciences sociales, ce
sociologueaexploré les sources socioculturelles de ce phénomène, sans oublier
l’influenceducomportement du personnel de santé ainsi queles effets des
itinéraires thérapeutiques prescrits aux malades. Sa communicationaainsiprésenté
en détailsles grandsenjeux socio-sanitaires que génère ce phénomène de
stigmatisationetlanécessitéde menerdesrecherchesinterdisciplinairesàceteffet.
La communicationdeM.CélestinMboua&Mme Nathalie HermineOlga
Mbouaatraité de la « Vulnérabilité sexuelle et traumatismes psychiques chez les
déficients auditifs ».Elleadémontréqu’il existe unerelationentre le vécu
psychique, la sexualitéetlavulnérabilitéaux infections sexuellement
transmissibles(IST)/VIH/SIDAchezles déficientsauditifs. L’exposé de Mme
Jeannette Wogaing portant sur «La quête de la maternité des parturientes à
Douala au Cameroun»,adécrit les relations de violence qui se développent entre
lesfemmes et le personnel de santé dans les structuressanitaires, lors des activités
de consultation prénatale et d’accouchement. MmeJulienne Ngo Likeng, abordant
le problème de «Vaccinationetdes écritures du corpsdanslaquête de la santé
chez lesBassa du Cameroun »,arelevé le fait qu’à côté des itinéraires
thérapeutiques de la médecine conventionnelle, les populations développent des
pratiquesmédicalesendogènesparallèlespourtraiterleursproblèmesdesanté.
Le second exposé de M. Célestin Mbouaatraité de « l’Incidence de l’épilepsie
en zone de forte endémicité d’onchocercose:plaidoyer pour la réduction d’une
épidémie sociale dans la valléeduNyong-Sanaga au Cameroun ».Ila relevé que
la vallée du Nyong-Sanaga est situéeàproximité de deuxfleuves: Nyong et
Sanaga, connaît un important sinistre sanitaire où l’onchocercose est considérée
comme un vrai fléau, et une zone de forte prévalence du paludisme. Cette situation
entraîneuneforteco-mortalitéépilepsie-onchocercose.
Dans sa communication, le Dr Mouchili Njimounaabordé «Le problème de
l’ouverture interdisciplinaire ou l’opportunité d’une réelle connaissance de
l’homme ».L’auteur souligne la complexité de l’homme et son caractère
11insaisissable. Partant des principes et des thèses philosophiques,ilpense que la
philosophiealemérite de reconnaître cette ambiguïté de l’homme et les limites de
chaque scienceàpouvoir en maîtriser les contours. Ilasouligné l’urgence d’une
nécessaire interdisciplinarité tout en pensant que la biologie, les sciences de la
santé et lesautres sciences ont des champs d’action propres. Car, la saisieglobale
del’hommen’estenvisageablequedansuneposturepluridisciplinaire.
Il s’gitd’unvéritable plaidoyer quiviseàfaire desphilosophes des acteurs
importants dans le processus de recherche de la santé. L’auteur entrevoit d’ailleurs
l’existenced’une nouvelle branche de la philosophie qui s’appelleraitla
philosophiemédicale,carpourlui,l’homme estunerichesseinsaisissable.
La communication intitulée «Détection et gestion des épidémies à l’Extrême-
NordCameroun:durecueil de données au système de pré-alerte»aété présentée
par MM. Jean Pierre Nghonda et BasileTatsabong. Ces auteurs ont parlé de la
proliférationduphénomène de carte sanitaire, alors que lesdites cartes sont mal
faites.Àl’extrême-Nord par exemple, ilsestiment qu’ilfaut améliorer la qualitéde
la carte sanitairesil’onveut maîtriser les nombreuses épidémiesquiysévissent.
Au vu de nombreuses limitesconstatées àpropos de cette carte sanitaire,
propositionaétéfaitequecettearchitectureetceclassementsoient revus.
M. Jodel Malengatraité du «Savoir Infirmier»pourune mise en œuvre de
«l’agir infirmier»enAfrique francophone. L’auteurad’abord élucidéleconcept
de «Savoir infirmier »,qu’ilaassimiléàlamaîtrise etàlaparfaite connaissance
de sa profession. Savoir pour lui, est une quête, une prise de conscience de
l’homme dansson milieu et de sa capacitéàinfluencer le cours de la vie dans un
domaine précis.Ilpense que le savoir infirmierest similaire au savoir en général.
C’estunsavoir médical, c’est-à-direl’acquisition du savoir pour soigner les
maladies dans un contextequi implique le dialogue, la communication, la prisede
consciencequel’hommen’estpasquecorps.
L’exposé de M. Paul OtyéElom sur l’«Ethno-nutritionethno-diététiqueen
négro-culture»arelevé pour le déplorer que l’on ne dispense pas assez
d’enseignements sur la nutrition, alors que celle-ciest fondamentale pour la santé
humaine, carlesalimentsontaussiunpouvoircuratif. Iladecefaitaffirméqueles
Africains sont des nutritionnistes, des diététiciens, mêmesileur savoirdans ce
domaine est empirique. Il acité certains aliments qui soignent le poison,la
rougeole, l’anémie. Ilapar ailleurs relevé qu’ilyades régimes alimentaires
spécifiques pour une femme enceinte, pour une nourrice, pour un enfant que l’on a
sevré, pour soigner par exemple le diabète dans certaines socio-cultures
camerounaises.Cette situationaamené l’auteuràconclure que l’aliment entre dans
le répertoire médical;ilest même le premier médicament. Il invite les experts des
sciences de la santéàétudier l’anthropologie alimentaire pour être plus efficace
dansl’exercicedeleurprofession.
Au terme de ces communications scientifiques, les participants et experts des
différentes disciplinesenprésenceont unanimement reconnu que le moment est
12désormais venu pour mettre en commun les sciences de la santé et les sciences
sociales pour résoudre lesproblèmes de santédes populations africaines en général
etcamerounaisesenparticulier.
BenjaminAlexandreNkoum
DirecteurduCSSS/ESI/UCACYaoundé
13Premièrepartie
Prolégomènessurlaconvergencedessciencessocialesetdessciencesde
lasanté:prémissesépistémologiques,approchessystémiqueset
perspectivesLeçoninauguraleN°1
Lessciencesdelasanté:Essaidethéorisationdesdifférentsmodèlesqui
régissentlespratiquesprofessionnellesensanté
BenjaminAlexandreNkoum
Les sciencesdelasanté constituent un vaste champ de connaissances qui se
déploieenplusieurs disciplinesetspécialités,dontl’objet estlasanté.Elles sont
ainsitraverséespar différents paradigmes,qui oriententles conceptionsetles
pratiquesprofessionnellesensanté. Ellessontdecefaitrégies par divers modèles
théoriquesqui déterminent,dansune certaine mesure, les comportementsdes
professionnelsdanslesinterventionsdesoins.
Nous entendons par modèle unecertaine formalisation des structures d’un
phénomènedonné ou des pratiques sociales. Dans le cadre du structuralisme, le
modèle est ainsi affichage d’une structure qui produitune fonction qui réalise une
transformationdonnée (Bonniol&Vial, 1997). Le modèleseraitalors assimilé à
un ensembledeprincipes, d’axiomes et de postulats qui rendent lisibles les
discoursetlespratiquesquiendécoulent(Billon,2000).
Du fait même de l’objetd’intervention en santé, il apparaît que lesconceptions
etlespratiquessontsous-tenduespardeuxgrandsparadigmes:
! le paradigme de la raison qui privilégie l’ordre, le rationnel, la certitude,la
transparence,la maîtriseet lecontrôle.Ilaffirmelaprimautédesnormes,des
règlesàrespecter par tous. De filiation positiviste et déterministe, c’est dans
ceparadigmeques’inscritle modèlebiomédicaldelasanté.
! le paradigmedelacomplexité (Morin, 1990) qui s’attacheàl’irréductible,
l’irrationnel,l’incertitude, le désordre, l’ouvertureàd’autres possibles.Il
reconnaît la différence,l’hétérogénéitédel’objet des soins. Alors que le
premier paradigmeaffirme la fermeture du système, le second prôneson
ouverture.
Nous postulons donc que des dominantes paradigmatiques, vont dépendre les
modèlesdesoinsappliquésdanslesétablissementsdesanté.
L’objetdecet exposé portealors sur un essaidethéorisation et de
conceptualisation des deux modèles théoriques existants qui régissent les pratiques
en santé,ensuiteàlaproposition d’un modèle reposant sur la dialectique des deux
premiers.Lemodèlebiomédicaldelasanté
Le modèle biomédical est d’essencepositiviste et déterministe (Bury,1988). Il
est ancré dans l’imaginaire populaire depuis la plus haute antiquité où les Grecs
représentaient déjà la santé sous les traits de la déesse Hygie,fille d’Esculape et de
Lampétie,alors fille de la médecinecurative. Cette déessepossédait le pouvoir de
combattre la maladie. Elle tenait dans la main une coupe où s’abreuvait un serpent
en signededévotionàson pouvoir curatif (thérapeutique)(Dombret-Klinkenberg,
1985). Par cette métaphore qui rélèvedurôle de la médecine curative, on peut lire
une opposition santé/maladie,donnant ainsinaissanceàcette définition dite
«négative» de la santé(Bury,1988).La santé est perçue comme l’absence de la
maladie,c’est-à-diredetoute absencedeproblèmeorganique d’ordre
biophysiologique.L’époquepositivistesembleainsi avoir accentué la dimension
curativedelamédecine,galvanisée sans nul doute par les progrès exponentiels
réalisés dans le domaine desconnaissances et des technologies médicales, progrès
qui ont suscité des espoirs certains et parfois démesurés, concernant l’éradication
totaledelasouffrancecauséeparla maladie.
Dans une telle ambiance de triomphalismedupouvoir de la science sur la
souffrance, la conception des soins met l’accent sur la guérisonàtout prix et donc
sur le curatif. La maladie est considérée comme un accident qui viendrait perturber
le processus de la vie dansletemps ou dansson potentiel.Laconception
«négative»delasantéaété remise en question lorsqu’ilafallu prendre en compte
tous les facteurs en jeu dans la dynamique de la santé. L’approche complexe de ces
facteursaamenéàréviser cette conception linéaire.Dès lors,ilapparaît qu’il n’est
pas aisé de trouver unedéfinition satisfaisantepour tous, car le concept de santé est
une entité complexe, mouvante et polymorphe (Monnier&al., 1980). Il s’avère
donc que ce n’est pas tant un consensus qui importe autour d’une définition
définitive du concept de santé, mais plus,laprise en comptedesadimension
paradigmatique et épistémologique.Ladéfinition que donne l’OMS de la santé est
qualifiée « d’explosive et de révolutionnaire»(Bury, 1988:15), car celle-ci
connaît son élargissement au global et au biopsychosocial. Le terme «bien-être»
quilacaractérises’opposeplus,au« mal-être»qu’àla maladie(Op. Cit.).Lasanté
considérée comme absencedemaladie dans le modèle biomédical s’inscrit dans un
systèmefermé.Cetteconception linéaire de la santé sembledominer les pratiques
socialesactuelles.
Lemodèleglobaloubiopsychosocialdelasanté
Le modèle global de la santé se développe depuis la périodequi suit la
erdeuxièmeguerre mondiale (article 1 de la constitutiondel’OMS en 1946).Ici,
l’individu est saisi dansses interactions dynamiquesavecson environnement. Ce
modèleressort les interactions multiples qui influencent ou peuvent interférer dans
le bien-être de l’individu. Pour préserver sa santé, l’individu doit alors s’adapter
continuellementàson environnement. La prise en comptedel’action de l’individu
18par rapport àson environnement,etcorrélativement, par rapport àsasanté,
constituelavraierupturequicaractériselesdeuxmodèlesdesanté etde maladie.
Pour mieux appréhender le concept de santé dans le modèle global,ilest
nécessairededéfinirtoutd’abordl’êtrehumain.
En effet, «la personne doit êtreperçue en termes d’unité,relation, processus,
interactions, liberté et créativité»(Blattner, 1981:4). Dans cette optique, l’être
humain est décrit comme un tout dynamique, complexe, en perpétuelle recherche
d’équilibre avec son environnement(Poletti, 1978). La personne est présentée en
tant qu’être en relation avec son environnement, où elle doit s’adapter
continuellement. C’estdelaqualité desrelationsqu’elle entretient avec son
environnement(interne et externe), que dépendra probablementson cheminement
verslaréalisationoptimale desespotentiels(Op.Cit.).
CetteapprocheglobalisantedelapersonneamèneBeck&al.(1984)às’inspirer
delathéoriedessystèmesdeBertalanffy(1973),pourdécrirel’êtrehumaincomme
un systèmeouvert constitué de sous-systèmes ou composantes, en interaction
constante avec l’environnement, où réciproquement, l’être humain ypuiseet
retourne égalementinformations, énergies et «matières». En tant quesystème,
toutes les composantes sont interdépendantes sur le planénergétique.End’autres
termes, chacune de ces dimensions (biologiques, psychologiques, sociales et
spirituelles) est en même tempssource et bénéficiaire d’informations ou
d’énergies. Il s’agit d’une constante interaction entre les différentes composantes
delapersonneentantquesystèmeouvert.
Uneanalyse du concept de santé amèneàconstater qu’il n’est pas aisé de
définirdes normes valables pourtous. La notion de « bien-être » prise comme
normedesanté est difficileàapprécier. Subjective,elle est relativepour un même
individu, selon le lieu,lemoment et la perspectiveenvisagée. Une définition de la
santéàvisée globaletient compte des champs biologique, psychologique et social.
Danscette perspective, la santéest considéréecomme un état instable, dynamique,
toujours en mouvement, l’état d’équilibren’étant alorsjamais définitif. Cet état est
toujours àrétablir,endevenir,car il estprovisoire, momentané, pouvant se
modifier, bouger, changerd’un momentàunautre. C’est d’ailleursàcet effet
que.Cotton (1982) considère la santé comme un état de bien-être constamment
menacé. Toutefois, il reconnaît l’existence d’un potentiel d’énergie susceptiblede
rétablir àtoutmoment l’état de déséquilibre ainsi engendré par les diverses
agressionsdel’environnement.
En effet la conception linéaire de la santé se révèleenarrière-fondchez
Dombret-Klinkenberg (1985) dans la lecture qu’elle en fait, lorsqu’elle relativise le
concept moderne de santé proposé par l’OMS en 1946:«état de complet bien-être
physique,mentaletsocialetpas seulementl’absence de maladie ou d’infirmité».
Pour elle,le« bien-être » ne seraitriend’autre qu’une certaine position sur le
continuum santé-maladie (excellentesanté, bonne santé, mauvaise santé, très
mauvaisesanté, mort)quineconnaîtraitaucunedémarcationrigoureuse.
19erAppréhendé selon l’approchedel’OMS(article 1 de la constitution, 1946), le
conceptdesantéapparaîtcommele«paradigme de l’utopie d’unbien-êtrecomplet
assuré aux individus » (Jaspard, 1986). Il est assez difficile d’avoirunconsensus
sur la nature mêmedeceque constitue véritablement le «bien-être », puisqu’il
s’agitàtous égards de quelque chose d’éminemment subjectif, et donc
insaisissable.
Bien queladéfinition de la santéproposée parl’OMS soit idéalisteetutopique,
Maslow (1970) reconnaît la nécessité de poursuivre l’inaccessible,caràses yeux,
cette poursuite est inséparable de l’actualisationdesoi qui est inhérenteàlanature
humaine. En effet, les travauxdeRogers et Kinget (1968) cités par Chalifour
(1989), indiquent que tout organismehumainatendanceàl’actualisation ouàla
réalisationdesoi;c’est-à-dire cette capacitéàmobiliser ses potentielsenvue de se
libérer de certaines entraves et pesanteurs qui perturbent l’orientationdeson
développement. C’estàcette approche de l’actualisation de soi que sembleadhérer
l’idée selonlaquelle«l’actualisationconsiste à privilégier le comportement qui
correspond le mieux aux exigencesdechaque personne, celui qui fait l’objet d’un
choix personnel » (Arnaud, 1983:53). Pour pouvoir satisfaire le besoin
d’actualisation ou de réalisation de soi, quatre autres besoins proposés par Maslow
(1970, 1972, 1980) àpartirdelathéoriemotivationnelle qu’il qualifie de
holistique-humaniste, doiventêtrepréalablementsatisfaits; il s’agit entreautres:
desbesoins physiologiques,des besoins de sécurité physique et psychologique, des
besoins d’amour et d’appartenance, et desbesoins d’estime de soi. C’est dans cette
optiquequeChalifour(1989)lesprésenteendeuxgrandsgroupesdebesoins:ceux
qui se manifestentpar défaillance de l’organisme, et ceux qui n’apparaissent que
lorsque les premierssontrelativement satisfaits.L’auteur observecependant que
chez certainespersonnes,cette hiérarchisationdes besoins ne se manifeste pas
toujoursenrespectantcetordre.
L’actualisationoularéalisation de soi suggère que l’individu devienne ce qu’il
estintrinsèquement et manifesteaussi sa singularité, sa différence par rapport à
l’autre. Ce besoin s’exprimerachez les uns et les autres par une volonté avérée de
concrétiser leurs différentsprojetsdevie.Alors que Dubos (1979) soutient que la
santédite«positive » mérite d’être poursuivie, mêmesicelle-ciparaît inaccessible,
une vraie invective, animéeprobablement par un sentiment corporatiste et une
approchedéterministedelaréalité,vient fustiger cettenotiondebien-êtreainsi que
la nouvelle conception «positive»delasanté. En ce sens, Bury (1988:17) cite un
article de World Medecine (1981) qui prétend qu’une «définition moinspratique
(de la santé)serait difficile à imager. Jusqu’ici ce penchant pour les concepts
idéalistesdelasanté,largement éloignésdel’expérience du médecinduterrain,a
été responsable de la plupart des aberrations de la société occidentale depuis les
25 dernièresannées et de nombre d’idées confuses surlamédecine». Ce
positionnements’inscritfermementdanslalogiquebiomédicale.
Pour de nombreux auteurs (Cotton, 1982;Dubos, 1979&OMS, 1983), la santé
est la capacitédel’individuàs’adapteraux agressionsdontilest l’objet de la part
20de son environnement, sans pour autant altérer ses capacités vitales. L’adaptation
de l’être àson environnement «consiste à privilégier un comportement qui
correspond aux normesdumilieu, comportement qui sera considéré comme
adéquat dans le cadred’unesous-culture » (Arnaud, 1983:53). Ce qui implique
que l’individuades capacités de saisir et reconnaître des faits et informations
provenant de son environnement, qu’il est capable de les interpréteretdeles
comprendre, en vue d’harmoniser ses comportements aux sollicitations de son
milieu.Encesens, «…le comportement d’une personne à un instant donné est
fonction de la perception que cette personnea d’elle-même et de son
environnement, à cetinstant donné» (Lewin,1959, cité par. St Arnaud,1982:
109).Ilest important de tenir comptedavantage du contexte où évolue l’individu
dans l’analyseduprocessus pathogène,que de la pathologie elle-même (Bury,
1988). Il s’agit alors de ressortir les obstacles liésàcecontexte, auxquels se sont
heurtés les systèmes de défenses qui, normalement, auraient permisà l’individu de
résister et de faire faceàceprocessus pathogène. Vue sous cet angle, la maladie
n’est plus de la seule compétence du médecin, mais d’un ensembled’acteurs en
fonction des facteurs contributifs (intrinsèques et extrinsèques) qui entravent les
systèmesdedéfenses.C’est surcette baseque M. Colberg &al. (1979)
appréhendentlasantésoussonaspectperceptuel,fonctionneletd’adaptation.
Dans son aspect perceptuel,lasanté est considérée dans sa vision du «bien-
être»(OMS);sous l’angle fonctionnel,lasanté estune capacité de fonctionnalité
optimale de l’individu dans l’accomplissement de ses rôles sociaux (Parsons,
1951);ducôtédel’adaptation, elle est la capacitéd’ajustement réussi et constant
d’unindividuàsonenvironnement.
Selon l’approche holistique de la santé,lamaladie est un déséquilibre de l’une
oudel’ensembledesdimensionsdelapersonne(Larouche,1985).
La maladie peut ainsi êtresaisie comme un défaut de cet ajustement permanent
d’un organismeàson environnement(Bury,1988).Leprocessus de guérison
nécessitealors une remiseenquestion de soi-même, de ses valeurs, de ses relations
avecl’environnement, de ses comportements. La maladie peut ainsi être considérée
comme un moment privilégié où l’individu s’interroge sur le sens même de sa vie
(Op.Cit.). Bury entrevoit trois directionsàl’extension du concept de santé et du
modèlebiomédicalsous-jacent:
! cellequivadubiologiqueverslepsychologiqueetlesocial;
! cellequi tientcomptedel’individu et de son environnement, le tout rattaché
àsadimensionbiopsychosociale;
! enfin,celledecontinuité.
Dès lors que nous définissons les deux modèles dans un systèmedesanté, nous
pouvons observer que, selon la théorie des systèmes, il est difficiledeprivilégier
tel ou tel modèle au détriment de l’autre,les deux comportant dans une certaine
mesure, des fonctionsd’interdépendance dans ce système. En parcourant les
21différentes définitions du système, proposées, par (Atlan, 1979;Morin, 1977;
Varela,1989),quatreconceptsfondamentauxsedégagent:
! l’interaction, entenduenon pas danslesensdesimpleaction causale d’un
élémentAsur un élément B, mais plutôt dans le sens d’une double action
(rétroaction);
! la globalité, indique que le tout est davantage qu’une formeglobale.Cequi
implique l’apparition de «qualités émergentes»(Varela, 1989) que ne
possédaientpaslesparties;
! l’organisation, qui est un agencement de relations entre les différentes
composantes ou éléments du système, vers un but précis (Atlan, 1979). Cet
agencement contribueàproduire unélément nouveau, possédant des qualités
qu’onneretrouvepas dans lesdifférentes composantes de ce système
(Durand,1998);
! enfin, la complexité, caractérisée par la diversité, le nombreetles
caractéristiques des éléments, et surtout,lavariété de liaisons qui constituent
le système.Cette complexité génère des incertitudes et des aléas propres à
l’environnement du système, et par ailleurs, les rapports ambigus entre
déterminismeethasard,entreordreetdésordre(Morin,1977).
Bien qu’étant différents les uns des autres,chaqueélément du systèmeaunrôle
particulieràjouer dans la vie et l’existence de celui-ci.Les deux modèles de santé
se doivent d’êtrearticulés, pour une rationalité productricedesens dans les actions
desanté.
Verslapropositiond’uneapprochecomplexedelasanté
Pour élaborer cetteapproche, nous nous sommes inspirédes travauxde. Morin
(1990)etduparadigmedel’équilibrationdePiaget(1969,1974).
Une analyse de chacun des deuxmodèles de santé nousasemblé indispensable
pour plusd’intelligibilité dans l’action en santé. Il convient de préciser quenotre
propos n’est point de militer pour l’un ou l’autre modèle. Pour nous la vérité ne se
trouvant ni dans l’un ni dans l’autre, il estnécessairedenaviguer dans «l’entre-
deux»deces modèles. Uneapproche dialectique paraîtpertinente. L’analyse des
deux modèles de santé vise davantageàexpliciter les deux approches en vue d’en
dégager des caractéristiques et particularités, des limitesetdes points forts, pour
plus de pragmatisme et d’efficacitédans les interventions de santé. Elle vise la
prise en comptedes réalitésqui déterminent les interventions. Il s’agit d’établir une
zone articulatoire qui prenne en compteles deux modèles de santé. Cette zone
articulatoire sera inscrite dansceque nous avons nommé l’« approche complexe
de la santé». Cette approche apour cadre opératoire«le système d’action
concret » (Crozier&Friedberg, 1977). Phénomène empirique, mais contingent,
«le système d’action concret»est non figé, il s’adapte aux contextes et situations
en cours. Sa constitutionainsi que son utilisation obéissentàl’articulation de deux
formesderaisonnement:stratégique et systématique.
22L’approche stratégique suggèreune attitude de lucidité et de prudence de la part
de l’acteur social:«Le motstratégie ne désigne pas un programme prédéterminé
qu’il suffitd’appliquer(absolument)dans le temps»(Morin, 1990:106). Dans le
raisonnementstratégique, l’acteur envisage plusieurspossibilités, un certain
nombre de scénarios pour l’action. Ces scénarios peuvent être modifiés en cours
d’action, en fonctiondes informations reçues ou des aléas rencontrés.Ils’agit de
l’adaptationdel’actionencontexte, selon les situations qui se présentent. En ce
sens, «la stratégielutte contre le hasardetcherche l’information. (…). [Elle] ne
se borne pas à lutter contre le hasard, elleessaie aussi de l’utiliser » (Op. Cit.:
106). L’intégration de l’approche stratégique dans les interventions en santé
souligne la nécessité pourleprofessionneld’adopter régulièrement une attitude
réflexive et d’ouverture chaque fois qu’il entreprend une action. Il est question de
toujoursgarder présentàl’esprit que certains aléas peuvent survenir au cours de
l’action. Le raisonnementstratégiqueest une démarche heuristique qui permet au
personneldesantéderester éveilléchaque fois qu’ilest appeléàentreprendre une
action de soin;qu’il soit toujours prêtàaccueillir du nouveau ou de l’inattendu en
vue de l’intégrer,pour modifier ou enrichir sonaction, selon les situations
rencontrées (Op.Cit.).
Le raisonnementsystématique pour sa part, se rattache au fonctionnement par
programme. Il intègre la rationalisationetlacohérence de l’action. C’est une
démarche qui définitune planification et une programmation établiesàl’avance.
Le programmeest prédéterminé et exigeune applicationtelle qu’ilaété établi au
départ,ensuivant rigoureusement toutes les étapes et procédures préalablement
fixées. « Un programme, c’est une séquence d’actions prédéterminées qui doit
fonctionner dans des circonstances qui en permettent l’accomplissement » (Op.
Cit.: 119).Les deux formes de raisonnement sont antagonistes mais
complémentaires. Leur articulation permet de conjuguer rationalité et
rationalisation.
! Delaphilosophieholistique àl’approchecomplexe ensanté
Lesmodèles biomédical et global de santé se positionnent aux deux extrêmes,
l’unréductionniste ne considère que les parties,l’autre, globalisant, holistiquene
privilégiequeletoutoul’ensemble,ignorantlesparties.
L’adjectifholistiquedécoulede holisme,terme théologique, dont l’origine vient
du grec «holos»qui signifie « tout entier ou dans sa globalité»(Raynal &
Rieunier, 1997:169). Il exprimeune démarche ou une approche qui tente
d’appréhender des phénomènesdemanière globalisante,oùle tout (l’ensemble)est
plus que les parties (Baraquin&al., 2000). Cette approche globale intègre de ce
pointdevuelapenséesystémiqued’analysedel’action.Ellerecherche,au-delà des
23éléments constitutifs d’un phénomène, les relations de fonction qui unissent tous
les éléments constitutifs. L’holisme s’oppose de factoàlavision atomiste d’un
phénomène quimet plutôt en exergue les éléments constitutifs du phénomène que
l’ensemble. L’idée globalisante ne voit que l’ensemble ou le tout par rapport aux
parties.Cette façond’appréhender les phénomènes ne permet pas de saisir toute la
valeur synthétique de l’ensemble, car les parties sont ignorées;par ailleurs, on n’a
pas égard au réalisme de la composition, ni mêmeàlaforce de l’émergence. Qu’il
s’agisse de l’idéeatomisteouréductionniste qui survalorise leséléments, les
parties, ou alors l’idée de l’holisme qui privilégie le tout, l’ensembleaux parties, il
apparaît que l’être humain est faceàdeuxextrêmes qui se prennent chacun pour
l’unique et seule vérité.Or«je ne peux concevoir le tout sans concevoir les parties
et je ne peux concevoir les parties sans concevoir le tout » (Pascal cité par Morin,
1990:100). L’idéedel’hologramme suggère que la connaissance de l’élément ou
de la partie permet d’appréhender l’ensembleoule tout.Lapartie contient donc la
quasi-totalité de l’information contenue dans l’ensemble ou le tout.C’est le cas par
exemple de chaque cellule de notre organismequi contient la quasi-totalité des
données génétiques de l’ensembledel’organisme.Cela signifie que «la partie est
dans le tout, et le tout est à l’intérieur de la partie qui est à l’intérieur du tout»
(Op.Cit.: 117). Cette réalité conduitàrevisiter l’idée de la complexité quiévoque,
non paslacomplétude comme peut le suggérer l’holisme, mais la nécessitéd’une
prisedeconsciencesur le fait que «nous ne pouvonsjamais échapper à
l’incertitudeetque nous ne pourronsjamaisavoir un savoirtotal: «la totalité,
c’estlanon-vérité»»(Op.Cit.:93).
L’approche complexe permet d’explorer les choses dans leur profondeur, tout
en gardant présentàl’esprit qu’il est impossible d’atteindre le «méta système » ;
ce que confirme et soutient le théorème de Gödel (1931) de l’indécidabilité ou
l’incomplétude qui postulequ’onnepeut connaître un systèmeenrestant à
l’intérieur de ses frontières. Tout systèmedepenséeest toujours incomplet, qu’il
s’agisse du courant de pensée qui régit le modèle biomédical ou celui qui sous-tend
le modèle global de la santé. Ainsi, tout systèmedepenséecomporte presque
toujours une lacune ou une sorte d’ouverture. Le principedepenséecomplexe
permet de distinguer sans disjoindre, de favoriser la conjonction ou l’association
sans identifier ni réduire. Loin d’unifier, la complexité revêt l’idée même
d’impossibilitéàl’unification, une impossibilité d’achèvement. Elle rappelle ainsi
«une part d’incertitude, une part d’indécidabilité et la reconnaissance du tête-à-
tête final avec l’indicible»(Morin, 1990: 127). Intégrer la pensée complexe dans
notre processusd’interventionensanté,dansnotre posture épistémologique, c’est
tenter d’échapper tantàcette vision réductrice de la santé qui ne voit que le
fonctionnementdes organesetleur réparation en cas de défaillance, qu’à la vision
globaliste qui ne verrait que le tout (biopsychosocial, spirituel) (Op. Cit.). La
pensée holiste ou globalisante qui prône la primauté du tout sur les parties, met en
exergue l’idéed’ensemble et de composition qui ne permet pourtant pas de saisir
cetteglobalitédans sa valeurdesynthèse, car le « tout est à la fois plus et moins
quelasomme des parties»(Op. Cit.: 114).Enintégrant la complexité, nous
24convoquons la dialogique «ordre/désordre/organisation»(Op. Cit. : 137), avec
prise de conscience de la cohabitation de ces trois principes en tant que processus
dynamique de la vie et l’existence. La complexité peut être considérée comme un
régulateurqui prend en comptelecontexte dans lequel se produitunphénomène
donné. « Le réel est énorme, il est hors norme, il échappe à nos concepts
régulateurs à son point ultime,maisnouspouvonsessayerdemanieraumaximum
cetterégulation»(Morin, 1990:138). Ce que semble proposer la complexité dans
le domaine de la santé, c’est la sensibilisation et la conscientisation des différents
acteursetintervenants,sur l’inaccessibilitéduréeletl’impossibilité de tout saisir.
Elle rappelle par ailleurs qu’il existe du certaindel’incertain;duhasard et du
déterminé, et que les dualitéscoexistent au sein d’unemêmeunité. Tenter de tout
saisiràtravers des dispositifs de transparenceimplacable procède de l’absurdité,
car il est difficile de maintenirl’unité recherchée en séparant lesdeux entités
opposées, contradictoires,maispourtant complémentaires. La réalitéest
dynamique,changeante,toujoursenmouvement.
L’«approche complexedelasanté» suggère la nécessité de se préparer à
l’inattendu,à l’incertain;elle inciteàseréféreràune démarchestratégique lors
desinterventionsensanté.
! Lacontributionduparadigmepiagétiendel’équilibration
Ce paradigmeaffirme et reconnaît l’articulation entre les principes de stabilité
et de plasticité desstructuresdeconnaissanceschez l’individu. Cetteperspective
constructiviste piagétienne reconnaît deux aspects fondamentaux,contradictoires,
mais complémentaires. Pour faire face aux nouvelles situations rencontrées dans
son environnement, un individu doit constamment réajuster ses structures de
connaissances.Cetteadaptationestindispensableàl’équilibredusystème.
Nous pourrionsassocier le principe de stabilitéàlarecherche de transparence et
de certitude du modèle biomédical et, dans une certaine mesure, du modèle global
de la santé;etcelui de plasticitéàlarecherche d’ouverture,àlapossibilité de
changement,àlareconnaissance de l’incertain et de l’imprévu du modèleglobal de
lasanté.
L’équilibration consiste alorsàl’articulation entrestabilité et plasticité pourun
maintien du système, s’inscrivant ainsidans l’approche complexe de la santé que
nous proposons. Le paradigmedel’équilibration rejoint ici dans son approche
théorique et conceptuelle les principes dialogiqueethologrammique de Morin
(1990),qui articulentenune unité deux entités opposées et contradictoires,mais
complémentaires. Il s’agit en quelque sorte de maintenir la dualité au sein de
l’unité. Si un personnel de santé s’inscrit exclusivement dans l’un ou l’autre
modèledesanté, le risqueencouru, c’est celui de voir ses actions parcellisées,
mutiléesouglobalisées.
Pour essayer de contourner ces pièges, il serait opportundefavoriser une
posture épistémologiquequi articule les modèles biomédical et global de la santé,
25c’est-à-direl’entre-deux des modèles. Cette attitude paraît plus porteuse et
productricedesens, d’un pointdevue praxéologiqueetopérationnelle. Nous ne
percevons pas cette proposition en tant que telle, en terme de troisième modèle,
mais plutôt en terme de posture articulatoire vivifiantedes deux modèles
contradictoires,antagonistes, mais complémentaires dans une perspective
complexe. Il s’agit d’une approche dialogique qui laisseàvoir la nécessité d’une
démarche dialectique et paradoxale qui autorise en même temps la liberté et la
contrainteaurespectdesnormes établies(Beillerot,1998).Aulieu d’unerecherche
absoluedecohérenceconcilianteetunificatricequerévèlele modèlebiomédical ou
globalisantàlarecherche de la maîtrise du tout, l’«approchecomplexe de la
santé» suggère de prendre en compte cohérence et pertinence par rapport au
contextesocialdanslequelévoluelepersonneldesanté.
Notresouci d’articulation desmodèles biomédical et global de la santé est de
faire jouer ensemble, de comprendre, en conservant une hétérogénéité féconde à
chacun des deux modèles de santé. Dans l’«approche complexe de la santé»,le
patient est considéré comme un partenaire actif, auteur et décideur par rapportaux
orientationsconcernantsasanté(Deccache&Meremans,2000).
! Lesprincipalesorientationsdel’approchecomplexedelasanté
L’approche complexedelasanté propose uneposture dans l’entre-deux des
modèles biomédical et global de la santé. Il s’agit icid’articuler les deux modèles
de la santé,enconsidérant en même tempsles expériences personnelles du
professionneletlevécudupatient,d’unpoint de vuepsychologique, familial et
sociétal. C’est le lieu de reconnaîtreàl’individu, la libertédechoix en rapport avec
sa santé(Illich, 1975). Il estfondamental de prendre en compte le fait que la santé
est aussi « l’existence d’un sujet autonomeouvert sur le monde » (Eymard, 2004:
16). Appréhendéesouscet angle, la santéest perçue comme une expérience de vie
individuelle ou collective, expérience qui intègre autantlaréalité de la maladie que
celledelamort.L’effort porte désormais sur la promotion de l’ouverture et
l’adaptation des actions de santé au contexte, selon les opportunités, les valeurs et
les expériences vécues mutuellementpar le soignantetlesoigné. L’individu n’est
pas seulement reconnu comme acteur de sa santé, mais en tant que sujet
1autonome,auteur (Ardoino, 1993) de ses propres décisions concernant sa santé,
«en prenant en compte autant son équilibre interne que l’aspect communautaire
de la santé»(Eymard,2004:21).Ildevientalorspartenairedessoinsdesanté.
1«La notion d’autonomie humaineest complexe puisqu’elle dépend des conditions culturelles,et
sociales. Pour être nous-mêmes, il nous fautapprendre un langage, uneculture, un savoir, et il faut
que cette culture elle-même soit assez variéepourque nous puissions nous-mêmes faire le choix dans
le stock desidées existantes et réfléchir de façon autonome. Donccette autonomiesenourritde
dépendance»(Morin,1990).
26! L’approchedessoins
Les modèles conceptuels desoinsicisontcentrés sur le concept de«demande»
qui obéit au courant de pensée existentialiste ou psychanalytique. La démarche des
soins qui s’appuie sur la demande metdavantage l’accent sur la participation du
patientdansleprocessusdesoins. Le soindevient une démarche singulière
privilégiant l’autre dans son historicité,voire même dans son historialité
(Heidegger, 1967), favorisant la rencontre de deux individus qui cheminent
ensemble dans le respect de la singularité de chacun. Cette approche rejoint celle
quidécrit la relation soignant/soigné comme uneexpérienced’apprentissage dans
laquelle deux personnessonteninteraction(King,1971).Iln’est plus questionde
s’enfermer dans le schéma traditionnelédicté par le modèle biomédical, celuide
poserundiagnostic (identifier les besoins) et de prescrire les soins (résoudrele
problème), mais d’orienter l’action vers « un processusdedevenir pour les deux
partenaires » (Revillot, 2001:9). Le lien entresoignantetsoigné, loin d’être celui
de dépendance,devient plutôt celuid’interaction dynamique où lespartenaires de
santé confrontent leurs histoires respectives, leursprojets, en vue d’un
enrichissement mutuel. Il s’agit d’aller dans le sens du développementd’une
relationàl’autre.Dans cette perspective de devenir, il apparaît que c’est chaque
personnequi détermineladirection de son changement et non l’autrepour lui.
2Mêmesi, du fait de sa maladie son étatpeut nécessiterunaccompagnement ou
uneassistanceparlesoignant,cecin’impliquepasforcémentqu’ilfailleoccultersa
volonté de devenir, c’est-à-dire ses désirs,ses demandes.Ils’agitdès lorsd’une
prise en compte du projet du patient. On metainsi en mouvement une démarche
quiconsidère le projet dans sesvisées et dans soncontenu en mettanten
perspectiveles incertitudes en tant que possibilités de changementpour soi et pour
l’autre.Lepatientn’estplusperçucommeunobjetdesoins,maiscommeacteuret,
dans une certaine mesure, comme auteur susceptibled’opérer des choixlibres et
responsablespar rapportàsasanté; en d’autres termes, capable de réaliser des
demandes.Ilpeutalorsmanifestersasingularitédanssarelationàl’autre.
L’éducationappliquée àlasanté vise iciàpromouvoirl’émancipationet
l’autonomie du sujet, afin qu’il assume ses responsabilités vis-à-vis de sa santé et
celledesacommunauté.Lapromotion de la santé n’est plus ici unefinalité ou un
butàatteindre, comme c’est le cas dans les deux modèles (biomédical et global),
elle devient davantage une approche de la santé;une philosophie de vie
(Cherbonnier,2000).
La notion de liberté de choix et de responsabilité valorisée ici dans l’approche
éducative en santé, constitue la vraie rupture épistémologique avec les différents
2 «L’idéed’accompagnement (nécessite) une centration plus résolue sur la personne de l’apprenant
(soigné). Moins que de guider, conduire, il s’agit alors essentiellement de se mettre à l’écoute de
celui qu’on accompagne, postulé explicitement seul capable en définitive de choisir où il veut aller et
comment ilentend s’yprendre»(Ardoino:2000:16).
27courants de pensée qui régissent l’éducation appliquéeàlasantéàl’heure actuelle.
Il estquestion que le professionnel de la santé inscrive désormais la relation
soignantedans l’approche éducative, se donnant pour but de « “faire apprendre à
prendresoin de soi” d’aider l’autre à vivre avec son dit “état ”de santé ou plus
exactement avec son projet de vie. Car le sujet ne vit jamais un état, il vit la
dynamique entredes états, sanscesse » (Vial,2004:72). Il doit œuvreràceque
l’autre fasse sa route, en le stimulantàcommuniquer sur son questionnementetsur
la manièredontilcomprendl’agir(Joas,2001).
Il s’agit de replacer le professionneldelasanté dans « la zone de
professionnalisme et de création » en vue d’une professionnalisation adaptée et
efficace. En fait, la professionnalisation implique que le soignant puisse réaliser un
effort réflexifàtravers un travail sur soi. Il doit travailler sa postureévaluative
(Vial,2001).
L’«approche complexe de la santé»favorise d’unecertaine manière, la
construction d’un espace réflexif que nous avons nommé «zone de
3professionnalisme et de création » danslaquelle se manifesterait la négatricité.Il
s’agit d’unespace de mise en tension des potentialités des professionnels de la
santé et les élémentsduréférentielmétier, espace de création, où ils s’autorisent à
faireautrementquedes’enfermerdansuncanonétabli.
Conclusion
Au termedecet exposé, nous retenons que deux modèles de santéopposés et
contradictoires, mais pourtant complémentaires, dominent les conceptions et les
pratiquesdesprofessionnels.Cependant,pourplusd’efficience etd’efficacité,nous
avons proposéune approche dialectique qui donne une certaine ouverture et une
pertinence aux actions de soins:ils’agit du«modèle complexe de la santé», dont
le cadre opératoire est «lesystèmed’action concret»,inscrit dans la «zone de
professionnalismeetdecréation».
C’est le lieu de liberté et d’émancipation, qui suggère alors une forme
d’ouverture et de développement des potentiels et de leur mobilisation dans
l’action. Il s’agit enfin, de cette zoneoùlepersonneldesanté construit sa propre
4identité professionnelle. C’estlazonedetransfertdes apprentissages et des
expériences acquises, où le professionnelcesse de s’identifieraux autres,mais
s’efforce plutôt d’affirmersapropre identité professionnelle. Tout en développant
la professionnalité, il s’ouvre également àlaperspective du dépassement qui
3Lepouvoirqu’atouthumain dedirenonàcequ’onluidemande(ARDOINO,1993b).
4 L’identité professionnelle aà voir avec l’autonomie, l’idée de projet et d’image de soi
professionnelle. Elle intègreles expériences du professionnel de santé tout au long de sa vie
professionnelle. Son«moi»professionnelseconstruit au seindes interactions sociales (Lipiansky,
1992). L’identité est structurante;ellepermet d’appréhender l’altérité, de se caractériser au sein d’un
corpsprofessionneletd’unecommunautédespratiques.
28intègre la dimension du professionnalisme en tant que source de développement de
soi.
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31LeçoninauguraleN°2
Élogedel’interdisciplinarité
ValentinNgaNdongo
Permettez-moi de commencer par adresser particulièrement mes chaleureux et
sincères remerciementsàmafille spirituelle, Madame Julienne Louise Ngo Likeng
Ekodi, etàDrBenjaminAlexandre Nkoum,ledirecteur de l’Institutionqui nous
accueille,pour leur invitationàcebanquet de l’esprit, dont le menu consistera en
unerencontredessciences delasantéet dessciencessociales.
C’estenfaitsanshésitationaucune que j’ai accepté de venir m’exprimer ici, ce
jour, dans le cadre de ce que les organisateurs du présent colloque, sans doute par
égardpourmongradeuniversitaire,ontqualifiéde«leçoninaugurale».
Sans nullement chercher àmedérober àune telle pressanteetamicale
sollicitation, moins encoreàvous servir ce que monéminent collègue et mentor,
Pierre Bourdieu,appelait, avec unepointed’ironie, une«leçon surlaleçon», je
voudrais,unpeu impoliment,doucher un tant soitpeu l’enthousiasme des
organisateurs.
Certes, danslaterminologieacadémique, une leçon est généralement un
exercice effectué «ex cathedra»par un«magister», un maître du savoir.C’est
donc un sommetdelapédagogie,àl’exemple des Dix-huit leçons sur la société
industrielle de Raymond Aron, enseignements d’abord dispensésàlaSorbonne et,
ensuite,publiéssouscetitreauxEditionsSeuil.
Maispourlecoup, il ne s’agirapas d’une leçon; je dirais,sansfeinte modestie,
qu’il sera simplementquestion d’une intervention brève, sobre, sur une
problématiqueelle-même ordinaire:l’interdisciplinarité. L’exposépourrait avoir
pour titre: Eloge de l’interdisciplinarité,avec, pour sous-titre: De la
complémentarité entresciencesmédicalesetsciences sociales.
En interrogeantl’histoiredelapensée scientifique,jetenterai d’amorcer une
modeste réflexion sur l’interrelativité des sciences médicales/infirmières et des
sciencessociales, pour en montrer àlafois la consistance, la nécessité et la
mutuelle fécondité. L’histoire nous apprend justement que la science a, grosso
modo, évolué de l’unidisciplinaritéàl’interdisciplinarité.Cesont ces deux phases
majeuresquivontstructurerlesdeuxprincipalesarticulationsdemonexposé.
I. L’unidisciplinarité
De nos jours, àquelquesraresexceptions près, l’interdisciplinarité est de
rigueurdanslaproductionscientifique. D’aucuns parlent même déjà de
transdisciplinarité.Etpourtant,pourenarriverlà,cefutunelonguemarche.En effet, au commencement de la science, c’est l’unidisciplinarité qui domine.
On peutmêmeparlerdemonodisciplinarité,voire de monolithismescientifique
marquépar l’omniprésence de la philosophie qui est non seulement la mère de
toutes les sciences, mais l’alpha et l’oméga de la science. Toutes les sciences
constituent la philosophie(c’est-à-dire, «philos-sophia», l’amour et donc la
recherchedelasagesse).Delasorte,tousles chercheurs et hommesdescience
(science signifiant et procurantici sagesse) sontdes philosophes:Thalès,
Archimède, Euclide, sont des philosophes, au même titre que Protagoras, Socrate,
Platon.
Lorsque, progressivement, chaque domaine particulier de la science va réussir,
comme l’écrit Emile Durkheim,à«dépouillerlaphilosophie»,c’est-à-direàs’en
détacher pouracquérir son autonomievis-à-vis de cette branche mère, deux
phénomènes importants vont se produirequi,loin de sonner la fin de
l’unidisciplinarité, vontplutôtlarenforcer:ils’agit,d’une part, de l’éclatement de
la science en deux groupesdénomméssciences exactes et sciences socialeset,
d’autre part, au niveau des sciences sociales surtout, de l’impérialismerampant et
rémanentdelaphilosophie.
1. Éclatementdelascienceensciencesexactes/naturellesvssciences
sociales/humaines
Cetéclatementqui survient au 19ème siècle opère, en réalité, une sorte de
hiérarchisationentre deux domaines dela science, d’uncôté les sciencesnaturelles,
exactes, comprenant la physique, la chimie, la biologie, la physiologie, les
mathématiques,etc., et, de l’autre côté, les sciences sociales/humaines, parmi
lesquelles,laphilosophie, la sociologie, l’anthropologie, la psychologie,la
géographie, le droit, l’économie, la démographie, etc. On estime alors que les
sciencesnaturellessontsupérieuresauxsciencessociales.
Il est vrai qu’aux sciences naturelles se rattachent les attributs et qualités
d’exactitude (d’où le synonyme de sciences exactes), de précision, de
quantification, d’expérimentation en laboratoire, de prévisibilité, d’élaborationdes
lois,deparadigmisation etc.Riendetel,à priori,concernantles sciences sociales/
humaines, caractérisées par l’inexactitude, la pifométrie, l’imprésivibilité,
l’impossible expérimentation en laboratoire sur un objet ondoyant et évanescent,
l’impossibleobjectivité,etc.
Les sciences sociales finissent par intégrer cette infériorité épistémologique
apparente par rapportaux sciences naturelles/exactes qui deviennent,enquelque
esorte, leurs modèles. On assiste alors,àcetteépoque du 19 siècle,àune sorte de
fascination,par les sciences exactes, des sciences sociales. Celles-ci veulent
absolument fonder leur crédibilitésur celles-là,enpensantque pourêtreprises au
sérieux, les sciences sociales doivent imiter la démarche des sciences exactes,
notamment en mathématisant leurs objets et leursrésultats. L’ouvrage Le suicide,
étude de sociologie (1917) dans lequelEmile Durkheim appuiesadémonstration et
son argumentation sur des statistiques, constitue une remarquable illustrationàcet
34égard. Cette volontédes sciences sociales/humaines de ressembler aux sciences
exactespeut également se lire au niveau des dénominations. On peut rappeler ici
que Saint –Simona envisagé la création d’une science de l’hommequ’iladésignée
«physiologie sociale », tandis que Comte,avant d’arrêter définitivement son choix
sur le concept de«sociologie»aujourd’hui adopté, avait, dans un premier temps,
utilisécelui de«physiquesociale». Et pour cause!Comte avaittoujours conçu la
sociologie comme une physique de la société, c’est-à-dire une science de la société
qui s’inspirerait de la démarche et de la méthodologie des sciences de la nature,
unescience socialepositive quiappliqueraitdoncàlasociété le principe de
causalitéenvigueur dans les sciences naturelles. Pour AugusteComte,eneffet,la
sociologieapourbut d’« étudier les sociétéssimplementpourles connaîtreetles
comprendre,comme le physicien, le chimiste, le biologiste font pour les
phénomènesauxquels ilss’appliquent». Il est vrai,précise Comte,que «les
phénomènessociaux sont assujettisàdevéritables lois naturelles, par conséquent
toutaussisusceptiblesdeprévisionscientifiquequelesautresphénomènes».
Au niveau des sciences sociales elles-mêmes, s’observelamêmesituation
d’uniformisation, d’unidimensionnalisation de la science, avec l’impérialisme
résurgentdelaphilosophie.Quoique«dépouillée»etréduite aux généralités et à
la métaphysique, la philosophie entend continueràrégenter l’univers des sciences
sociales/humaines. Non seulement ellecréeunchamp dénommé«philosophie des
sciences», mais elle s’emploie, avec vigueur et détermination,àdénieràbeaucoup
d’autres sciences sociales /humaines le statut de science autonomedela
philosophie.
C’est doncàcombattre cet impérialisme épistémologique de la philosophie
qu’Emile Durkheim, par exemple, au niveau de la sociologie,vaconsacrer la
plupart de ses œuvres majeures, notamment Les règles de la méthode sociologique
où, en conclusion,ilécartera toute possibilitédecollaboration entre la sociologie et
laphilosophie.Pourlui,
«La méthodesociologique estindépendante de toutephilosophie (…)
La sociologie n’apas à prendredeparti entreles grandeshypothèses
quidivisentles métaphysiciens. Elle n’apas plus à affirmerlaliberté
que le déterminisme»(1986,p.139).
Cette revendication identitaire de la sociologie vis-à-vis de la philosophie a
négativement rejailli sur les autres sciences sociales voisines et sœurs,àl’instarde
l’anthropologie qui, par une curieuse division du travail scientifique, a, pendant
longtemps, été destinéeaux sociétés nonoccidentales,non industrielleset, partant,
statiques,inférieures,tandisque la sociologierestaitréservéeaux sociétés
industrielles,occidentales,dynamiques,supérieures.
Cette affirmationidentitaire s’est également opérée vis-à-vis de la psychologie,
Durkheim s’employant ardemment àdémontrer la différence entre le fait
pathologique ou psychologique et le fait sociologique, entre l’individuel et le
collectif,entrel’individuetlegroupe.
35eAinsi évolue la science, jusqu’au débu du 20 siècle,àcontre-courant de
el’interdisciplinarité. Maisà partirdusecond quart du 20 siècle, cette situationva
radicalement changer. Comment? C’estl’objet du développementqui suit et qui
constituelesecondmomentdemonexposé.
II.Avènementettriomphedel’interdisciplinarité
On peut considérer cette seconde phase de l’évolution de la science comme le
temps de l’interdisciplinarité, voire de la transdisciplinarité qui voit tomberles
barrières et les frontières entre les disciplines pour promouvoir entre elles une
collaboration mutuellement utile et bénéfique, pour une meilleure maîtrise de la
connaissanceparlegenrehumain,envued’unplusgrandprogrèsdecelui-ci.
Essayons de comprendre ce changement,cette véritablerévolution
épistémologique,àundouble niveau:celui des sciences sociales et celui des
rapportssciencessociales/sciencesdela nature.
1. Auniveaudessciencessocialeselles-mêmes
Lesfacteursexplicatifs sont nombreux;onpourrait en reteniressentiellement
trois,àsavoir:
- lafindel’impérialisme delaphilosophie;
- lesleçonsdel’EcoledeFrancfort;
- lacomplexificationetlamultidimensionnalisationdelaréalitésociale.
a. Lafindel’impérialismedelaphilosophie
Aujourd’hui, la volonté hégémonique de la philosophie n’est plus qu’un triste
souvenir.Chaquescience sociale/humaine està sa place,àcôtédelaphilosophie
et des autres.A quelques exceptions près, comme le cas de la politologie et de la
sociologie politique, chaque discipline connaîtson territoire, et celui des autres, si
bien que les rapports entreles sciencessociales sont désormais fondés,non sur
l’exclusion ou la domination mais sur l’égalité, le respect et la reconnaissance
réciproques. Et bien entendu,c’estlasérénitéqui présideàleurséchangesetqui
nourritleurcollaboration.
b. LesleçonsdeFrancfort
L’avènementetles travauxdel’Ecole de Francfortont sans doutejouéunrôle
capitaldans cette montée et ce triomphe del’interdisciplinarité en sciences sociales
et humaines. Apparue en Allemagne au milieu des années 1930, l’Ecole de
Francfort dont l’approche fondamentale reposait sur l’application, aux formations
sociales, d’une«théorie critique», c’est-à-diresoupçonneuse, déconstructive des
réalités sociales pour en révéler les dysfonctionnements cachés, était, par essence,
interdisciplinaire;l’interdisciplinarité constituaitsaprincipalecaractéristique,sa
raisond’êtreetsaforce.
36Elle regroupait, en effet, des chercheursissus de diverses disciplines sociales et
humaines: philosophie,sociologie, psychologie, science politique, psychanalyse,
etc.
Le succès éclatant qu’a connu cette Ecole et les prolongements dont elle fait
l’objet de nosjours,àtraversles œuvres,par exemple d’un Georges Balandier
(socioanthropologue) ou d’un JürgenHabermas (philosophe et sociologue)sont, à
coup sûr,àmettre au crédit de l’interdisciplinarité, mieux, de la transdisciplinarité
(casparticuliersdeBalandieretdeHabermas).
c. L’inanitédescartesd’identitéscientifiques
Les chercheurs en sciences sociales découvrentainsi l’inanité des cartes
d’identité scientifiquesqui sont, comme le dit justement Georges Balandier,
«fautives». Elles ne permettent pas, en effet, au chercheur,demettreàjour toute
la complexité, toute la pluridimensionnalité de la réalité sociale. Aucune science
sociale n’est, aujourd’hui, en mesure de saisirseule ces propriétésduréel,ettoute
observation ouappréhension monodisciplinairedecelui-ci nepeutqu’être partielle,
parcellaire, incomplète, inachevée et, partant, fausse ou, àtout le moins,
insuffisante, insatisfaisante. D’où la nécessité d’une lecture interdisciplinaire des
réalités et phénomènes sociauxpourmieux encomprendrela profondeur,la densité
etlacomplexité.
2. Auniveaudessciencesdelanatureetdessciencessociales
Les rapports sont également entrésdans une ère d’apaisement et de coopération
favoriséepartroisfacteursfondamentaux,àsavoir:
- lafindelafascination
- ladécouverted’unobjetidentiqueetpartagé
- uneapprocheintégréedesquestionsdesanté
a. Lafindelafascination
L’heurenesembleplus, aujourd’hui,àlafascinationdes sciences sociales par
les sciences de la nature.Non seulement les sciences socialesont trouvé leurs
marques, en résolvant leurs problèmes épistémologiques spécifiques, mais elles ont
réussiàopérer un processus de décomplexification totale vis-à-vis d’une prétendue
supérioritéépistémologique et méthodologique des sciences de la nature. Par
exemple, l’objectivité et la neutralitésupposées de la science, dont se prévalaient
les sciences de la nature, sont devenuesdenos jours des notions controversées, y
compris en sciences exactes, et Jean Ziegler nous rappelle, non sans quelque
pertinence,qu’ «aucun savoir n’estneutre»,etdoncque lessciencessociales,
sciences du pouvoiretdes relations sociales n’ontàdévelopper aucun complexe
quantàleur absence d’objectivité. Au demeurant, les sciences sociales n’ont plus
besoin des sciences dites exactes pour assurer leur crédibilité puisque l’exactitude
de ces dernières n’est plusqu’une illusionetqu’elle n’est plusassise que surdu
formalisme.
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