//img.uscri.be/pth/fe5e0f4dc7183cdf9f34443e0463dfe02c5b6343
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 14,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Les éphémères

De
202 pages
Ayant avec Survivre posé la question du commencement, Les éphémères posent celle de la fin. Mais comment laisser trace de ce qui n'en laisse, sinon par le ouï-dire de nos faillibles souvenirs ? Les Personnages, tels des voyageurs sans bagages, errent en attente d'incarnation. Ils ont besoin de notre corps pour exister juste le temps d'une représentation. Feux-follets de l'âme ils nous sollicitent et, si nous acceptons de les accueillir, ils nous proposeront de fabuleux voyages vers des terres inconnues.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Henri Saigre
Les éphémères
La peinture, le modelage, la sculpture ou encore Les éphémères l’écriture, la photo ou l’image laissent des
traces durables ; ce n’est pas le cas pour les arts
du spectacle. Les Personnages, tels des voyageurs
sans bagages, errent en attente d’incarnation.
Ils ont besoin de notre corps pour exister le temps
d’une représentation. Feux-follets de l’âme, ils nous
sollicitent et, si nous acceptons de les accueillir,
ils nous proposeront de fabuleux voyages vers nos
terres inconnues.
De nos Doubles, jumeaux imaginaires ou
morts in utero, au Dédoublement de personnalités,
il n’y a qu’un pas.
Notre vie quotidienne est une accumulation
de situations dramatiques, que nous traitons le plus
souvent sans chercher à les inscrire dans l’univers,
comme si nous voulions continuer à croire que
nos aventures humaines sont de quelque intérêt ;
alors qu’elles s’insèrent dans une dramaturgie
cosmique où se négocient des forces vitales infnies.
Allant à la recherche de l’inattendu, nous
cheminerons et mettrons en scène la relativité
des événements pour que puisse s’y manifester
et s’y épanouir notre transcendance.
Henri SAIGRE est comédien et metteur
en scène. Fondateur de la mascothérapie
et cofondateur du Mouvement
d’artthérapeute qui organise des formations à
l’art transformationnel (www.le-mat.net).
Auteur de Deviens qui tu seras, Survivre, Les Enfants
du béton…
Couverture : La Rose rose.
Oferte par C. Cavicchia
ISBN : 978-2-343-04445-3
20 e
Henri Saigre
Les éphémères



Les Éphémères







Collection Art-thérapie
Dirigée par Henri Saigre

La collection veut contribuer au large débat qui traverse
les différentes orientations de l’art-thérapie et de l’art
transformationnel. Elle s’intéresse, sans dogmatisme, à
leur histoire ainsi qu’à l’expression des fondamentaux de
leurs différentes écoles de pensée, à l’écoute des pratiques
singulières, à la relation des colloques et des congrès où se
brassent les idées, à leur dimension sociopolitique. Elle
souhaite également, en publiant des monographies et des
œuvres singulières, continuer à questionner les rapports
entre l’art et la folie.

Déjà parus

Roseline Hurion, Divagations, 2014.
Renate Perrion-Klee, Didier Antoine, Musique pour tous !
Quand le handicap n’est plus un obstacle, 2014.
Henri Saigre, Survivre, Mythes et transgressions en
artthérapie, 2013.
Nicole Derda et Yves Lefebvre (ouvrage collectif),
Artthérapeute en écriture, 2013.
Bela Mitricova-Middelbos, Schizophrénie et création artistique,
2013.
Isabelle Schenkel, Le Clown thérapeute, 2013.
Jimi B. Vialaret, L’arthérapie d’un lien art et médecine
(vol. 1) ; Manuel du futur étudiant (vol. 2) ; Prolégomènes,
références, typologies (vol. 3) ; Éthique, esthétique, sollicitude
(vol. 4) ; Créativité, juridisme, épistémologie, 2012.
Henri Saigre (ouvrage collectif), Manuel d’art
transformationnel, Quelques fondamentaux et expériences
cliniques du MAT, 2011.
André Fertier, Musicothérapie, Fantasmes et réalités, 2011.
Claude Lorin, Guérir par le théâtre thérapeutique, Essai de
psychodrame existentiel, 2010.
Henri Saigre, Deviens qui tu seras, 2009. Henri Saigre





Les éphémères
























































© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04445-3
EAN : 9782343044453 Préambule
En m’énonçant ce titre Les Éphémères, je ne faisais
qu’écouter une voix intérieure qui me le dictait. Il ne faut
pas en conclure à l’existence d’un je ne sais trop quel dieu
ou quel diable qui m’utiliseraient selon leurs desseins.
Cette voix n’est que la résonance de ce qui fait ma vie.
Encore fallait-il que je mesure si elle pouvait avoir
quelques retentissements, puis que je me l’approprie, pour
enfin peser si cela valait écriture, du moins de moi à moi,
puis de moi à nous.
« Et rose elle a vécu ce que vivent les roses/L’espace
d’un matin. » D’entrée de jeu, Malherbe interroge l’espace
et est particulièrement sensible au croulement du temps.
C’est donc sous le signe éphémère d’une rose que nous
engagerons notre réflexion.
Un paradoxe s’impose, comment est-il possible de
laisser trace de ce qui n’en laisse, sinon dans les faillibles
mémoires de ceux qui peuvent, en un temps qui leur est
limité, en témoigner ?
Afin de ne pas perdre pied trop vite, cherchons l’appui
des dictionnaires. Ils nous renvoient à la langue grecque.
Le mot est composé par , au sens de pendant
et !. qui signifie jour. À partir de quoi il est possible
d’entendre pendant un jour ou pendant le jour, ce qui n’a
pas la même portée, dans la mesure où la première
acception met l’accent sur une durée, ainsi de la vie d’un
papillon, alors que la seconde parle plus de la mesure d’un
temps renouvelable.
Cependant, quelle que soit l’interprétation retenue,
l’éphémère semble pouvoir s’inscrire dans une durée. Dès
lors, nous avons à nous demander ce que serait un
éphémère sans durée, en quelque sorte un éphémère
5
?? 0! 03absolu. N’est-ce pas poser la question du commencement
et, par voie de conséquence, celle de la fin ?
Voilà un nouveau paradoxe. Comment parler de
commencement avant qu’il ne soit, et comment en parler
en tant que tel ? En effet, son inscription dans le temps ne
peut pas se faire avant qu’il ne se manifeste, et nous ne
pouvons le décrire qu’après qu’il ait existé.
À Marseille, sur le Vieux-Port, sont accostés des
bateaux qui proposent une excursion au Château d’If. Le
matelot rabatteur apostrophe le chaland par de vigoureux
« Départ immédiat ». Une fois installés dans la barcasse,
nous allons attendre plus ou moins longtemps, jusqu’à ce
que celle-ci soit pleine, et notre attente sera ponctuée,
minute après minute, d’un engageant « Départ immédiat ».
De même, les artistes forains et les saltimbanques
harponnent les passants par des « Entrez, entrez, le
spectacle va commencer ». Ce qui alors va commencer,
pour qui s’est laissé séduire, c’est l’attente indéterminée
de ce commencement.
Mais pourquoi nous y laissons-nous prendre ?
Serionsnous des gogos comparables à ce jobard créé par Frédérick
Lemaître dans Robert Macaire ? Ou plutôt est-ce que cela
nous permet de vivre pleinement l’ambiguïté
existentielle ? Car ce moment du commencement n’a pas
d’espace dévolu. Nous ne pouvons que l’attendre, l’avoir
en projet, puis le reconnaître comme déjà passé. Ainsi le
Duc, dès la première scène du Soir des Rois peut-il dire :
« Encore une fois cette musique… » et ajouter tout
aussitôt : « C’est assez, pas davantage, ce n’est déjà plus
aussi suave… ».
Tout commencement parlerait-il d’une fin qui le
précède et qui le suit ? Cet entre-deux nous échappe. Nous
n’en pouvons parler qu’a posteriori. Un commencement
ne peut se signifier qu’en commençant. Heidegger nous
explique que c’est en étant que nous sommes. C’est dans
6 cette limite que notre transcendance se manifeste, hors
limites et sans contenu.
J.F. Lambert, dans Secret, fondement et
commencement, avance que : « Commencer s’effectue, se
constate et se décrète ». Commencer serait un moment qui
n’en est pas un, qui nous échappe. Peut-on dire : ici
commence l’univers ?
Avec Survivre, nous questionnions notre origine. Avec
ces « Éphémères », notre quête se poursuit. Comme si
cette origine restait toujours en deçà de ce que l’homme
peut en dire.
B. Libet, dans un article paru en 1992 (in Revue de
Métaphysique et de morale), écrit : « Le début de l’activité
cérébrale préparatoire à l’acte moteur volontaire précède
de plusieurs centaines de millisecondes le moment évalué
où le sujet a conscience de décider volontairement de son
acte ». En clair, l’initiative cérébrale d’un acte moteur
volontaire, spontané et totalement libre, l’est d’abord de
façon inconsciente. Le commencement se situe entre une
image avant et une image après le véritable début de son
mouvement.
Ne serait-ce pas, dans ce temps qui demeure
inconscient, que se jouerait la création, et qui, du fait que
cela se négocie hors de notre conscience, nous fait penser,
d’une manière erronée, que cela nous serait soufflé par les
dieux ?
Toujours est-il que nous n’aborderons dans ce livre que
les manifestations les plus éphémères possible, telles que
l’improvisation théâtrale, le chant, la danse et la musique ;
ou encore le geste même de création, en son plus près,
comme par exemple le mouvement de la main saisissant le
pinceau, avant même la trace que celui-ci va laisser sur la
toile.
En revanche nous n’aborderons pas des approches
telles que le land-art, dont les traces demeurent un certain
7 temps, et qui jouent avec le temps et les éléments, appelés
à les modifier, à les transformer, à les faire disparaître.
Nous allons questionner le geste inattendu, qui ne laisse
aucune trace matérielle, hormis dans le souvenir de ceux
qui l’ont recueilli.
Aussi nous ne nous étonnerons pas de nous voir
commencer par questionner le jumeau mort in utero. Ne
symbolise-t-il pas, par sa très courte présence et son
évanescence, la quintessence de ce rien-nulle part qui
nous transcende ? Le Jumeau mort
En fondant la Mascothérapie, il me semblait évident
que les masques représentaient une série de Doubles
psychiques de la personne qui les avait conçus et
fabriqués.
Sur cette lancée, dans le cadre de nos recherches, nous
nous mîmes à fabriquer des masques en doubles. Nous
avons alors mis en présence, lors d’un stage de formation,
une douzaine de masques blancs identiques, à caractère
masculin, avec le même nombre de masques blancs,
identiques, à caractère féminin. Nous pûmes alors
constater un malaise certain au sein du groupe qui
semblait éprouver un vécu d’étrangeté angoissant.
Effectivement, lorsqu’il y a une prolifération de masques
dupliqués, tel que nous pouvons le voir lorsque nous
assistons au Carnaval de Bâle, où certaines cliques défilent
en portant tous le même masque, cela provoque, chez
certains spectateurs, un ressenti d’oppression, que nous
pensons pouvoir attribuer à la mise en représentation du
semblable, sans contrepartie, telle une duplication de
nous-mêmes, dans un jeu de glaces qui nous
reproduiraient infiniment. Il n’y a alors plus que moi dans
le monde, mais un Moi démultiplié, confronté à une
absolue solitude. Rien d’autre, nulle part. Remarquons par
ailleurs que le sentiment d’élation que B. Grunberger
décrit, et qui renvoie à un premier vécu de narcissisme
cosmique, où le fœtus se perçoit comme étant le monde,
est brutalement perturbé par une situation où l’autre, en
tant qu’alter ego, fait irruption sous la forme maternelle, à
la fois semblable et différent. Le rapport de forces qui
s’instaure est inégal. Nous ne pouvons que tenter de lui
opposer cette multiplication de nous-mêmes, ce qui, d’un
9 certain point de vue, porte en germe des rapports de
combat, au cours desquels se confronteront et se
heurteront des masses indifférenciées et uniformes (les
soldats d’ailleurs portent un uniforme).
Par voie de conséquence cela renvoie à Gulliver, ou
encore à Alice au pays des merveilles, dans un passage de
l’infiniment grand à l’infiniment petit. Nous voyons alors
se profiler, derrière ces situations, le mythe d’avalage par
dévoration ou par engloutissement (voir H. Saigre,
Survivre).
Quoi qu’il en soit, je n’accordais pas alors une
importance particulière à la question du jumeau mort in
utero. Dans L’Au-delà des Masques, ou la rencontre
improbable, publié en 1986, fruit de six années de pratique
d’ateliers de mascothérapie dans les CHS de
MaisonBlanche et de Ville-Evrard, je me contentais seulement de
remarquer que par exemple, chez les peuples mongols, il
existait une cérémonie d’enterrement du placenta qu’ils
nommaient le « compagnon de l’enfant », à partir de quoi
je supposais que les masques pouvaient aider la personne à
situer et à visualiser ce double imaginaire, à pouvoir
établir avec lui une meilleure relation dans laquelle les
limites des deux parties jumelles seraient clairement
définies, lui permettant de reconnaître et d’assumer cette
gémellité perdue… Toutefois, cette proposition demeurait
très imprégnée de l’idée que nous avions alors affaire à un
fantasme plus qu’à un élément de réalité.
Il me fallut quatre années de plus pour poser, dans une
ercommunication que je fis au Mexique, lors du 1 Congrès
international de thérapie psychocorporelle, et que j’avais
intitulée Le jumeau mort, ou Double et gémellité
psychique, des questions qui ouvraient sur quelles étaient
la part de fantasme et la part de réalité alors exprimées.
J’étayais mes propos par ce que dévoilait la pratique
naissante des échographies en cours de grossesse,
10 corroborée par les dires des femmes que j’accompagnais,
et par ce que montraient un certain nombre de masques
fabriqués par les personnes que je suivais.
E. Papiernick (Les grossesses multiples, p. 1) nous
rappelle, en 1991, qu’une grossesse gémellaire n’était bien
souvent découverte que peu de temps avant
l’accouchement. C’est l’apparition de l’échographie et sa
systématisation qui ont permis de mettre en évidence le
« vanishing twin », la disparition d’un des deux embryons
pendant le premier trimestre. En 1977, Robinson et Caines
avaient observé que, sur trente femmes porteuses de
jumeaux au premier trimestre, seulement quatorze
naissances gémellaires avaient eu lieu (Robinson et
Caines, Sonar evidence of early pregnancy failure in
patients with twin conceptions, p. 84). Déjà dès 1945,
Vershuer, dans le manuel de Stöckel « Textbook of
obstetrics » supposait qu’il peut arriver, lorsqu’une
grossesse gémellaire a été reconnue précocement, que l’un
des œufs cesse d’évoluer puis se dissolve progressivement,
voire totalement, sans que n’apparaissent nécessairement
des stigmates anatomopathologiques, confirment B. Leroy
et R. Bessis (in Échographie en obstétrique).
Si donc la disparition de l’un des embryons, en début
de grossesse, n’était pas une nouveauté, ce qui l’était,
c’était que les échographies qui confirmaient la réalité du
phénomène, découvraient celui-ci comme très fréquent,
concernant près de 70 % des grossesses observées avant
neuf semaines (Schneider, Bessis, Simonnet, The
frequency of ovular resorption during the first trimester of
twin pregnancy). R. Bessis précisait qu’on pouvait
d’ailleurs observer des métrorragies, ou encore l’expulsion
de débris ovulaires, mais il ajoutait que « bien souvent,
l’évanescence d’un œuf ne s’accompagne d’aucun signe
particulier, sa révélation restant exclusivement
échographique » (in Les Grossesses multiples, p. 108). Il
11 semblerait que le taux de résorption ovulaire ait alors été
surestimé. H.J. Landy, en 1986, indiquait que, sur mille
grossesses faisant l’objet d’examens échographiques au
premier trimestre, le taux de grossesses gémellaires est de
3,29 %, et l’évanescence concerne le cinquième (Landy,
The « vanishing twin »). Toutefois, la plupart des auteurs,
en observant cette résorption spontanée, n’y voyaient
qu’un simple incident physiologique sans conséquences
pour le fœtus survivant.
Ce qui alors devint également nouveau, ce fut l’écoute
des paroles des jumeaux survivants, et des répercussions
que cela avait produites dans leur psychisme, ainsi que des
effets sur leurs comportements qui en pouvaient découler.
Ce qui était, par ailleurs, tout à fait nouveau, c’était
l’attention portée non seulement à la mère, mais aussi au
jumeau qui allait survivre, porteur de cette histoire
homologique.
Avant de nous questionner sur les effets que cette
situation peut engendrer dans le développement psychique
de l’enfant survivant, il convient de rechercher les
circonstances qui ont produit cette disparition. Elles sont
abordées par J.-C. Gabilan, E. Papiernik et M.-C. Imbert
dans le chapitre seize de Les Grossesses multiples
(op. cit.).
Nous retiendrons quatre causes : – une insuffisance des
échanges placentaires ; – des épisodes d’hypotension
maternelle ; – des anomalies du développement fœtal et
plus particulièrement le syndrome des jumeaux
transfuseur-transfusé ; – des effets physiopathologiques
sur le survivant.
Afin de bien comprendre ce dont il retourne, peut-être
est-il utile de faire un bref rappel du processus de
gestation. L’œuf résulte de l’union, au moment de la
fécondation, de deux cellules sexuelles, auxquelles on
donne le nom de gamètes. Il existe ainsi un gamète mâle
12 ou spermatozoïde, issu des glandes génitales mâles, et un
gamète femelle ou ovule, issu des glandes génitales
femelles. Le zygote est le nom donné à cette cellule
diploïde, qui résulte de la fusion des deux gamètes.
Au cours de la grossesse le fœtus se nourrit, s’oxygène
et se débarrasse de ses déchets métaboliques, par
l’intermédiaire du placenta auquel il est relié par le cordon
ombilical, lequel contient une veine et deux artères. Nous
pourrions comparer le placenta à une sorte de gâteau
accroché à la paroi interne de l’utérus par des vaisseaux
qui acheminent les éléments nutritifs fournis par
l’organisme maternel.
Le fœtus, quant à lui, flotte dans un fluide, le liquide
amniotique, qui est contenu dans un sac membraneux à
double paroi, le chorion et l’amnios. Ce sac s’insère sur le
pourtour du placenta et tapisse la paroi interne de l’utérus.
Dans le cas d’une grossesse multiple, il est intéressant
de voir comment ces éléments se mettent en place. C’est
ainsi que nous trouvons une juxtaposition intra-utérine de
deux sacs amniotiques, contenant chacun un fœtus, et de
deux placentas qui peuvent éventuellement fusionner,
mais sans que leurs systèmes circulatoires ne
communiquent. Nous aurons alors des jumeaux dizygotes.
En ce qui concerne les jumeaux monozygotes, nous
pourrons trouver, soit une scission totale de l’œuf, alors
les jumeaux seront contenus dans deux sacs séparés, de la
même manière que des jumeaux dizygotes. Cette division
se produit avant la fin de la première semaine. Si la
division se produit avant la formation de l’amnios, nous
aurons un chorion commun, doublé de deux amnios
séparés. Si la séparation se produit après la différenciation
de l’amnios, par dédoublement de la ligne primitive, les
jumeaux partageront le même chorion et seront contenus
dans un seul sac amniotique.
13 Revenons sur deux cas de figure : le syndrome des
jumeaux transfuseur-transfusé d’une part et les effets
physiopathologiques sur le survivant d’autre part. L’un
comme l’autre ne concernent que les grossesses
gémellaires monozygotes. Dans la première situation, le
sang n’arrive pas de la même façon à chacun des fœtus. À
chaque battement cardiaque, une petite quantité de sang va
passer du fœtus donneur au fœtus receveur. Cela provoque
une inégalité de croissance : le jumeau transfuseur
s’anémie, tandis que le jumeau transfusé reçoit trop de
globules rouges.
Dans le second cas, nous pouvons observer, soit un
fœtus papyracé, autrement dit la présence d’un fœtus
momifié plus ou moins complet ou malformé, inclus dans
une poche sur la plaque choriale ou inséré dans les
membranes ; soit un fœtus in fetu, inclus à l’intérieur du
corps de l’autre, souvent en position intra-abdominale,
mais que nous pouvons trouver également dans la boîte
crânienne, ou encore apparent (par exemple, dans une
arcade sourcilière).
Fort de ces données objectives, nous allions pouvoir
écouter différemment la parole des personnes que nous
rencontrions alors, dans le cadre d’une approche psycho
relationnelle, lorsqu’elles nous faisaient part d’un vécu
d’incomplétude s’accompagnant d’une forme de désespoir
profond. Comme si un ressort essentiel au développement
de l’être avait été brisé. Un à quoi bon s’était instauré.
Mais ce qui était encore plus surprenant, c’était la
juxtaposition d’un sentiment de culpabilité dont nous ne
trouvions pas l’objet dans l’histoire de la personne.
Sentiment si puissant qu’il se colorait d’un ressenti
d’usurpation, de la conscience floue d’un non-droit à
exister. Et nous nous rendions compte que les explications
freudiennes sur l’origine du sentiment de culpabilité
demeuraient insuffisantes et décevantes.
14 Nous admettons aujourd’hui aisément l’hypothèse de
souvenirs émanant de la période embryonnaire et fœtale.
De quelle nature sont-ils lorsqu’un fœtus est en présence
de son jumeau qui va mourir durant cette période ? En tout
cas, cela nous aide à mieux entendre les mécanismes
psychologiques précités tels que : Il n’y avait de place que
pour l’un de nous deux et je l’ai prise, me sentant
responsable de la mort de l’autre. Usurpation et
culpabilité, non-droit à l’existence. Ou encore : cet autre
identique ou complémentaire qui m’est tellement
nécessaire et que je ne rencontrerai jamais, du moins sur
terre… incomplétude, nostalgie, impuissance, à quoi bon
vivre.
Sur cette évidence, que certains rapportent des
souvenirs de leur vécu de la période embryonnaire et
fœtale, nous nous permettrons de renvoyer aux propos du
Dr Denis Querleu : « le fœtus est déjà une personne
capable de communication… une sorte de souvenir
prénatal… » ; ainsi qu’à ceux des psychanalystes Varenka
et Olivier Marc : « le corps, à défaut de l’esprit, garde tout
en mémoire… (ce que n’aurait pas contredit W. Reich).
Quand l’enfant commence à dessiner, que nous dit-il ?
Qu’il sait peut-être tout de son passé : de son vécu
cellulaire, embryonnaire, fœtal… » ; également du
Dr Titeran (cf. « L’entretien avec le petit Alexandre »,
dans Voyage au centre de la mère, qui fait l’hypothèse
d’un jumeau mort).
À partir de cette possibilité de remémoration cellulaire,
embryonnaire et fœtale, voici des rêves de personnes que
nous avons accompagnées, rêves que nous pouvons
entendre de ce point de vue.
« Deux bébés mis dans un sac en plastique… des petits
poissons microscopiques qu’il faut que je protège à tout
prix malgré eux… il faut que je sauve les meubles et que
je m’en sorte… ». Or cette personne se sent extrêmement
15 coupable, a un sentiment d’incomplétude, parle d’un
double mort et dira : « Il y a quelque chose d’inacceptable
que je suis seule à pressentir et que je ne peux dire car
personne ne me croira… ». Outre les analyses classiques
que nous pouvons faire de ce rêve, constatons la nouvelle
dimension qu’apporte un tel point de vue.
Voici six fragments de rêves d’une même personne qui
présentait dans sa problématique les différentes attitudes
que nous avons citées : sentiments d’usurpation,
culpabilité, non-droit à l’existence, incomplétude,
nostalgie, impuissance, à quoi bon vivre…
Premier rêve : « Encore une fois je me sens flotter dans
un milieu aérien ou liquide. Je me sens particulièrement
bienheureuse avec une sensation fort étrange et difficile à
traduire, d’être à la fois sans limites et baignant dans un
espace infini, et en même temps comme concentrée en
moi-même avec une impression de plénitude, de poids, de
chaleur à l’intérieur de mon corps… J’ai des cheveux
longs que je sens flotter comme huilés. Je baigne dans une
ambiance chaleureuse, sensuelle. Il me semble que je suis
seule et pourtant je ne me sens pas seule… Je passe ma
main dans mes cheveux, je m’aperçois qu’il y a niché dans
mes cheveux, imbriqué en eux, un être vivant qui semble
faible, immature, et ressemble à une grosse crevette… Je
peux le voir sans problème et pourtant cet être se trouve
derrière ma tête… Je l’aime tout de suite… peut-être
même que je le connais depuis longtemps… ce n’est pas
très clair… En même temps j’éprouve une sorte de
répulsion, d’énervement, parce qu’il est faible et qu’il
s’accroche à moi. Je lui fais comprendre qu’il peut rester
là comme il en a besoin, comme il se sent bien… Il me
semble que je me rendors plus ou moins dans cette
béatitude initiale ».
Deuxième rêve : « Quelqu’un ou quelque chose m’a
coupée en deux dans le sens vertical avec une hache… Je
16 me promène ainsi coupée en deux et pourtant mon
apparence reste inchangée… Je ressens un sentiment de
solitude mais aussi de grande injustice car ceux que je
croise ne peuvent même pas s’apercevoir que j’ai été
coupée en deux ».
Troisième rêve : « Je me trouve chez mes
grandsparents, ma mère est là également. Mes chatons courent
dans la salle à manger, tout semble paisible dans cette
maison… Soudain le cauchemar s’installe, mon
grandpère coupe les chatons… Je suis scandalisée, horrifiée, en
colère, mais aussi passablement paralysée… Mon
grandpère, à ma réaction, me répond que je ne dois pas tant
m’en faire, qu’on peut recoller les chatons. Pour preuve il
m’en montre un recollé. En effet ce chaton est vivant, il
marche en titubant, ses yeux sont à la fois fixes et perdus,
il semble égaré… J’ai l’impression d’être plongée dans un
monde de fous et d’horreur, d’autant plus que les gens
autour semblent trouver tout cela normal, ou alors cela les
laisse indifférents… Je n’ose même plus regarder les
chatons. Je me réveille ».
Quatrième rêve : « Je me sens flotter dans un espace de
milieu ou aérien ou liquide… Je me sens bien mais j’ai
faim. Je vois comme un amas de céréales agglomérées,
mais cela ressemble aussi à un amas de cellules… J’en
mange et soudainement comme un cataclysme qui
s’installe, je réalise que je mange quelque chose de vivant,
un être vivant… Je me sens terriblement coupable,
bouleversée, j’ai comme un goût de mort dans la bouche,
et j’ai envie de mourir aussi… Une thérapeute arrive et me
dit que ce n’est pas ma faute, que je ne pouvais pas savoir,
et que de toute façon cela n’aurait rien changé… Je pleure
dans ses bras… ».
Cinquième rêve : « Deux femmes jumelles dans un
cabaret, elles sont très belles, nues ou presque, et font une
sorte de numéro érotique. Elles semblent heureuses, et ce
17 qui me fascine en les regardant, c’est le sentiment que
malgré leur quasi-nudité rien ne semble pouvoir les
toucher, les blesser, parce qu’elles sont “complètes”, elles
sont deux… Il me semble que quelque chose m’a empêché
de faire partie de leur monde, que normalement je devrais
y appartenir, et d’ailleurs elles posent sur moi un regard de
complicité avant de disparaître, de s’évanouir… J’ai le
sentiment qu’elles existent ailleurs, mais dans leur monde,
et qu’elles m’ont permis de l’entrapercevoir… Je me sens
à la fois heureuse et triste, comme baignée dans la
nostalgie ».
Sixième rêve : « Je vois un amas de cellules qui
bougent et ressemblent vaguement à une forme de têtard.
Je sais que cet amas n’est pas normal, j’éprouve à la fois
de l’amour et de la répulsion. Je sais d’emblée, et ce tas de
cellules me le “dit”, qu’il est assemblé de façon
anormale… Je pleure, je me sens affreusement mal,
affreusement coupable ; je veux avoir la force de regarder
ce petit tas de cellules, j’y arrive, une voix m’ordonne de
le nourrir, je refuse, je dis simplement “non”, mais je
continue à regarder ce petit, je pleure, je sais qu’il ne m’en
veut pas, qu’il est d’accord, je sens beaucoup de chaleur
qui provient de lui, j’ai envie de disparaître, de
m’amalgamer avec lui et pourtant je recule, je décide de
reculer… ». Et cette personne ajoutera : « Je crois que je
n’ai jamais ressenti dans un rêve autant de tristesse
désespérée, de culpabilité, mais aussi de détermination ».
Ces rêves me semblent suffisamment chargés et clairs
pour nous en éviter l’exégèse. Mais reprenons certains
détails. Et, tout d’abord, nous soulignerons le second
rêve : « Quelqu’un ou quelque chose m’a coupée en deux
dans le sens vertical avec une hache… ».
Les personnes qui suivent nos ateliers de mascothérapie
sont invitées à fabriquer des masques. Or, nous nous
trouvons souvent face à des masques coupés en deux. Leur
18 représentation la plus simple est celle d’un masque en
deux couleurs, nettement séparées, par exemple une partie
blanche et l’autre noire. La plupart des psychanalystes que
nous avons consultés y décelaient l’expression d’une
schize, ce sur quoi nous sommes d’accord. Mais nous
pouvons nous demander de quelle schize s’agit-il selon
que la coupure est réalisée dans le sens horizontal ou dans
le sens vertical. En effet, si nous admettons, avec Reich, le
découpage de la cuirasse musculaire en anneaux, nous
sommes face à un morcellement du corps en tranches
horizontales. Dans cette situation, nous reconnaissons
qu’une personne qui, par exemple, dit ne pas ressentir, est
coupée de ses sentiments et de ses émotions. Ainsi sa tête
fonctionnera correctement, mais ni son cœur, ni son
ventre. Nous avons affaire là avec une schize horizontale
de type classique. La représentation du masque en fera
état. Mais que peut-on entendre lorsque cette schize est
verticale, sinon qu’il s’agit d’une personne coupée en
deux, mais dans le sens d’une symétrie, voire d’une
duplication.
Au passage, il est intéressant de constater que nous
avions beaucoup de masques de ce type chez les personnes
que nous suivions qui étaient diagnostiquées atteintes de
psychose.
Remémorons-nous le rêve : cette personne est coupée
en deux dans le sens vertical, bien que son apparence reste
inchangée. Elle ressent sa solitude et que personne ne peut
comprendre cela. Cela ressemble fort à ce vécu de total
isolement éprouvé par certains. Souvenez-vous de la
phrase de cette autre personne : « Il y a quelque chose que
je ne peux dire car personne ne me croira ».
Si nous suivons les auteurs, nombre d’entre eux
s’accordent pour dire qu’une personne psychotique ne
peut établir qu’une relation duelle avec la mère, et qu’il y
a forclusion du nom du père. Or cette proposition s’est
19