Un cadeau de Noël

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Un cadeau de Noël

H. V. Gavriel
90 000 caractères.
Erwann tente d'oublier un passé douloureux en se tuant au travail. Il y réussit si bien qu'à la veille de Noël, étant le dernier à partir, il s'aperçoit qu'il se retrouve seul enfermé dans les bureaux de la société qui l'emploie. Seul ? Non car un jeune et sexy Père Noël s'y trouve également résident malgré lui. Les deux jeunes hommes condamnés à passer le réveillon ensemble vont se découvrir, se réchauffer, créer des liens... Un beau conte de Noël !
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Publié le : mercredi 18 décembre 2013
Lecture(s) : 19
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782363078315
Nombre de pages : non-communiqué
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Un cadeau de Noël

 

 

Romance gay

 

 

Une nouvelle de

H. V. Gavriel

 

 

 

 

Chapitre 1

 

 

Erwann laisse son regard aux couleurs de l'océan errer sur le paysage urbain dévoilé par la grande baie vitrée du bureau qu'il partageait avec ses trois autres collègues du service des ressources humaines. Une chance d'avoir cette ouverture sur l'extérieur au lieu des salles borgnes où s'entassaient les autres employés de l'entreprise. Non pas que cela change vraiment quelque chose, comme s'il avait pu respirer de l'air pur, ou exposer son visage au soleil. Ou sentir les embruns déposer des baisers salés sur ses lèvres, comme lorsqu'il était chez lui. Enfin, son ancien chez lui, là où il avait grandi, là où flottait encore l'odeur des crêpes et du bonheur domestique. Sans lui. Parce que lui était là, ici et maintenant, dans cet environnement stérile, aseptisé, moquette beige, bureaux bruns, murs beiges, sièges bruns, tout ce brun et ce beige dans lequel il se sentait peu à peu disparaître, devenir transparent. Ses grandes enjambées de marin, son rire sonore, ses yeux d'océan n'étaient pas à leur place dans cette tour parisienne, alors il ne riait plus, ne regardait plus vraiment, et marchait à pas comptés et pressés, comme tous les autres, silhouette anonyme parmi les salariés de la tour, des usagers du métro, des piétons des grands boulevards.

Il contemple le sommet des tours voisines, à demi noyées dans la grisaille et les nuages violines, tandis que les rafales de pluie cinglent la vitre. Les doigts de sa main gauche, toujours un peu raides et tordus, couturés de cicatrices dont le rouge encore vif il y a peu tournait désormais au rose, tambourinent sur un rythme sourd et inconscient sur la table en 100 % placage merisier de son bureau. De la droite, il tient contre son oreille le combiné du téléphone, hochant parfois la tête comme pour acquiescer aux propos de son interlocutrice.

― Oui maman, tout va bien, je t'assure. Non, bien sûr que non. Tu sais bien que je n'ai pas de vacances pour les fêtes, sinon je serais venu. « Menteur ! » Oui, je sais que ça fait deux ans…

Deux ans qu'il fuyait comme un lâche. Qu'il fuyait sa propre famille, leur présence trop pesante, leur amour trop lourd. Le regard de sa mère, CE regard, si plein d'attente inavouée, d'espoirs déçus, de peine. Ce regard qui le transperçait jusqu'au cœur, qui pouvait briser la carapace de glace qu'il avait eu tant de mal à se forger. Qui avait le pouvoir de le désintégrer en des milliers et des milliers de morceaux. Ici, dans cette ville sans âme, où il n'était qu'une fourmi parmi tant d'autres, il pouvait faire semblant, faire comme s'il était encore vivant. Et même quand ses parents étaient venus le voir quelques jours, l'été dernier, il avait pu parler, et sourire, leur faire visiter la ville, les musées, ils avaient parlé de tout et de rien… et surtout pas de l'accident. Mais là-bas à Plouhinec, dans sa ville natale, comment aurait-il pu éviter d'en parler, d'y penser, éviter de porter son regard sur l'océan qu'il aimait tant, qu'il haïssait tant, qui lui avait pris tout ce qu'il aimait ? La voix de sa mère au téléphone se fait interrogative.

— Non, maman, je ne réveillonne pas avec Sylvain… dans sa famille, je suppose, tu sais, on ne se voit plus beaucoup. Non je ne suis pas triste, je t'ai déjà expliqué que ce n'était pas sérieux entre nous. Écoute, il faut vraiment que je raccroche maintenant, je suis encore au travail, tu sais ? Pas du tout ! Ce n'est pas comme si j'avais une dinde à rôtir ou un truc du genre tu sais, alors ça ne me dérange pas de travailler ce 24 décembre après-midi. Allez, au revoir Maman, je t'embrasse. Oui. Bonnes fêtes. Embrasse Papa pour moi, et Yvon, et tout le monde. Kenavo.

Il repose le combiné sur son socle, et ferme les yeux un instant. Fugitivement, son beau visage se crispe, et laisse apparaître la douleur qui le tenaille. Il passe un doigt sur la cicatrice dure qui surmonte sa tempe gauche avant de se perdre dans ses courts cheveux châtains, d'un geste machinal et mille fois accompli, et se lève. Il se rend dans la cuisine à l'autre bout de l'étage, tous ces bureaux vides, et ces open-space déserts, là où d'habitude ses collègues se pressent, et se bousculent, c'est assez étrange, mais pas déplaisant. Il se prépare un café, avale un cachet contre le mal de tête, s'étire un moment, l'échine raide, et retourne à son poste. Cette fois, il se plonge dans son travail, il n'y a aucun bruit pour le distraire, aucun cliquetis sur les claviers, pas de sonneries de téléphone ni le bip du fax, rien qu'un grand silence ouaté tandis que l'après-midi avance, et que l'obscurité envahit la tour.

Erwann relève le nez de ses graphiques, il fait nuit maintenant, seule la petite veilleuse sur l'angle de son bureau apporte à la grande pièce une lumière jaunâtre et figée. Il sauvegarde son travail, éteint son ordinateur, il est temps de rentrer chez lui. Enfin, à l'endroit où il dort, car il a encore du mal à s'y sentir chez lui. À peine trois mois qu'il y a emménagé. C'est petit, mais un vrai palace par rapport au clapier où il a vécu pendant plus d'un an, minuscule, sinistre, humide et vétuste. Maintenant, il a un logement, avec une chambre indépendante dotée d'un dressing, une vraie salle de bains toute belle et flambant neuve, et un beau living assez spacieux avec cuisine américaine également toute neuve et très bien équipée, un joli plancher ancien chaleureux, deux grandes et hautes fenêtres. Et un crédit sur le dos pour les dix prochaines années, mais dont les mensualités lui coûtent quand même moins cher qu'un loyer. Il ne l'a pas dit à ses parents, pas encore. Ce serait leur dire qu'il ne reviendra pas, jamais, et il n'ose pas leur causer ce chagrin supplémentaire.

Il est parfait cet appartement, son appartement, mais encore un peu vide, comme s'il n'avait pas vraiment osé s'y installer. Chaque week-end il se dit qu'il faudrait faire quelques boutiques, ou des brocantes, pour personnaliser son nouveau foyer, mais… chaque fois il repousse le moment. Personnaliser comment ? Il n'est même plus sûr de savoir qui il est. Ni ce qu'il aime. L'Erwann de Plouhinec, l'Erwann de Loïc, avait des goûts affirmés. Il aimait le gris bleu de l'océan, et les voiles blanches des bateaux, et les cheveux rouges de Loïc, il aimait le chant des sirènes dans les coquillages nacrés, le cri moqueur des mouettes dans les haubans, et le rire de Loïc dans son oreille, il aimait le sel de la froide écume, le toucher lisse et gris du bois flotté, la douceur musquée de la peau de Loïc.

L'Erwann d'ici et maintenant, le parisien… il ne sait pas ce qu'il aime. Il ne rit plus, il ne parle pas beaucoup, les odeurs fortes du métro le révulsent, les serveurs trop pressés qui l'ignorent ou le snobent l'agacent. Et il est seul. Il est seul dans des bureaux déserts un 24 décembre à dix-neuf heures, et il va rentrer dans un appartement tout aussi vide où personne ne l'attend. Il se dit qu'il devrait adopter un chat. C'est bien, un chat. Le chat l'attendrait à la maison, et serait content de l'entendre rentrer. Même si ce n'est que dans la perspective d'avoir sa gamelle, mais quelle importance ? Il pourrait aussi prendre un amant. Ce n'est pas si difficile. Il est plutôt séduisant, genre beau mec viril et bien bâti, il n'a pas vraiment de difficulté pour attirer le regard d'hommes qui aiment les hommes. Aussi sauvage et renfermé soit-il, il a quand même un embryon de vie sociale, quelques amis et relations, et des occasions de rencontre. Mais le seul qui l'a vaguement attiré, c'est Sylvain, c'est le seul qu'il a laissé approcher de lui, toucher son corps, mettre ses mains, sa bouche, là où Loïc plus jamais ne poserait les siennes. Mais il ne l'a pas laissé faire plus, pas laissé mettre son sexe là où son amour nichait le sien, il n'a pas pu. Et quand ils ont rompu, après quelques mois d'une liaison intermittente, il n'en a pas éprouvé de chagrin ni de regret. Juste un peu plus de solitude.

Il se dirige à grands pas chaloupés vers l'ascenseur, tout en finissant de s'emmitoufler dans son manteau. Il entre dans la cabine, et descend au rez-de-chaussée, en évitant son reflet dans le miroir, peu flatteur sous la lumière blafarde qui fait ressortir les petites rides au coin de ses yeux, la ligne un peu figée de ses lèvres autrefois souriantes, et les quelques cheveux gris qui subrepticement commencent à coloniser ses tempes. Il n'a pas encore tout à fait trente ans, mais il se sent vieux parfois. Vieux et rassis comme une biscotte. La porte s'ouvre en chuintant, et il se dirige vers la sortie de l'immeuble… avant de s'arrêter, comme hésitant, le regard braqué vers un obstacle imprévu. Les grilles ! Les grilles de fer sont baissées devant les larges portes vitrées ! Ces idiots de la sécurité ont tout verrouillé, sans même faire leur ronde habituelle pour vérifier que l'immeuble est désert. Bon, ce n'est pas la première fois que ça lui arrive, il termine parfois très tard le soir, il reste la sortie de secours à l'arrière du bâtiment.

Il traverse le grand hall d'accueil, puis le long couloir qui dessert les diverses pièces techniques, les réserves et l'office, et tend la main vers la barre de sécurité qui maintient la sortie de secours fermée. Elle ne bouge pas. Son cœur manque...

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