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A mes frères des rues

De
95 pages

Ce texte tendre et sensible constitue une dénonciation d'une grande virulence du sort des enfants des rues en Afrique. Premier livre de ce jeune auteur sénégalais de 34 ans qui a toujours aimé écrire, surtout sur la vie quotidienne de son pays.

Publié par :
Ajouté le : 01 décembre 2007
Lecture(s) : 255
EAN13 : 9782336271750
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À MES FRÈRES DES RUES

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo. fr

ISBN: 978-2-296-04365-7 EAN : 9782296043657

Seydou Nourou Mbodji

À MES FRÈRES DES RUES

L' Harm.attan

Ecrire l'Afrique
Collection dirigée par Denis Pryen

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A

tous ceux qui m'ont aidé... et à mon inspiration première: les enfants de la rue.

Dans mon village à Médina Gounass, mon beau village calme et paisible enveloppé par le chant joyeux des oiseaux, les amis et moi aimions nous amuser dans les vastes champs verts d'arachides et de maïs de nos parents. On était en contact permanent avec la nature. On aimait bien jouer à cache-cache dans les hautes herbes qui nous recouvraient totalement et on ne se souciait pas des bestioles qu'elles pouvaient abriter. Toute la journée, on passait le temps dans les champs. Souvent, on essayait de monter le cheval du père Birama. Il était si gigantesque que nos têtes arrivaient juste au niveau de son flanc. Et chaque fois, c'était voué à l'échec. Alors, on se rabattait sur les moutons qui venaient brouter les mauvaises herbes entassées au bord des champs. On chevauchait les pauvres bêtes comme le monsieur Blanc, le cow-boy on l'appelait, avec son chapeau et sa cigarette entre les lèvres sur son beau cheval, qu'on voyait sur la première page d'un carnet avec plein d'images et d'écriture. On ne pouvait le lire car on n'était pas à l'école des Blancs. D'ailleurs ce carnet, c'est grand-père Amari qui l'avait rapporté quand il était revenu de son voyage à Dakar, il y a de cela bien longtemps. Les pages mêmes de ce beau cahier étaient devenues jaunes de vieillesse tellement il l'avait jalousement bien gardé. On avait fière allure sur le dos des moutons, une tige de paille entre les lèvres et une casquette usagée

qu'on se passait à tour de rôle en s'imaginant être le monsieur Blanc sur son beau cheval. Dakar, des fois on entendait grand-père Amari ou le mari de ma tante, Ousmane, expliquer comment est la vie là-bas. Sous la sagesse ombreuse du grand baobab, nombril du village, ils disaient que, dans la capitale, des engins métalliques avec des ailes comme les oiseaux volent au-dessus de la tête des gens et que rien ne les retient dans les airs. Il paraît aussi qu'il y a de belles voitures qui roulent très vite sur des routes noires tels des serpents qui ceinturent les habitations très hautes touchant pratiquement les nuages. C'était même plus captivant que les contes de grand-mère le soir, devant le feu éclaircissant notre enthousiasme, nos têtes crépitant d'émerveillements attisés par le monde féerique... Avec tout ce qu'on nous racontait de la capitale, le mythe s'est installé dans nos petites têtes, surtout quand on nous parlait du palais, la maison du grand chef de tout le Sénégal. Même si ce n'était que pour une fois, on voulait tous voir ce grand rêve, poser les pieds sur les routes noires, proches des grosses vOItures. Souvent, dans notre monde, les champs d'arachides, on ne discutait que de ça. Chacun se disait: «le jour où je serai à Dakar, je me ferai beaucoup d'argent et je reviendrai acheter des bœufs 8

et des chevaux

pour
»

aider mes parents

dans les

travaux champêtres.

Moi, je me disais, du haut de mes six ans, que j'offrirai aussi quelques bêtes pour avoir la main d'Amayelle, la jolie voisine avec ses fines tresses et ses pagnes rouges, que j'aimais discrètement regarder.

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