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De Tendième à Tamianghone

De
262 pages
Des moments significations ou ordinaires ponctuent l'existence des grands hommes comme celle de la multitude des illustres inconnus de toutes les contrées, généralement considérés comme des héros anonymes. Emile et son épouse, Louise, sont classés dans cette prestigieuse catégorie. Ce récit est une séquence mémorable d'une pérégrination sinon d'une destinée d'une famille, avec le courage d'un père, l'abnégation d'un père, l'apprentissage de la vie pour un fils.
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Fidèle DiéméDE TENDIÈME à TAMIANGHONE
Des moments signiicatifs ou ordinaires ponctuent
l’existence des grands hommes comme celle de la multitude
des illustres inconnus de toutes les contrées, généralement
considérés comme des héros anonymes. Emile et son épouse,
Louise, sont classés dans cette prestigieuse catégorie. Le
couple a fait preuve de tant d’abnégation et de courage
ain de donner un sens à leur existence dans un contexte
particulièrement diicile. Au terme de cinq ans de mariage, DE TENDIÈME
Émile eut deux enfants de sexe féminin. Et puis ce fut une
succession de rudes épreuves ; Une perte successive de sept
enfants en bas âge. Que fallait-il faire ?
De Tendième à Tamianghone est une séquence mémorable à TAMIANGHONEd’une pérégrination sinon d’une destinée d’une famille, avec
le courage d’un père, l’abnégation d’un père, l’apprentissage
de la vie pour un ils.
Récit
Né à Tendième, Fidèle DIÉMÉ a efectué des études dans
le domaine de la cinématographie en Union Soviétique.
Après la faculté préparatoire à l’Université d’Etat de
Moscou, il s’inscrit à l’Institut d’État de l’Art Théâtral de
Kiev en Ukraine. Fidèle Diémé a été Secrétaire Général de
l’amicale des techniciens du ilm, Secrétaire Général de l’Association des Cinéastes
Sénégalais Associés (CINESEAS), Président du CINESEAS, Secrétaire administratif
national du Syndicat des Professionnels de l’Information et de la Communication
du Sénégal (SYNPICS), Chef de la section des études techniques au Bureau de la
cinématographie du Ministère de la Culture et de la Communication, Chef du
Bureau de la Cinématographie du Ministère de la Culture et de la Communication
et enin Directeur de la Cinématographie. Il est l’auteur de plusieurs scénarios de
projets de ilms.
Ce livre a été édité grâce au Fonds d’aide à l’édition du ministère de la Culture
et de la Communication du Sénégal / Direction du Livre et de la Lecture
Illustration de couverture : Thinkstock / Jalka Studio
ISBN : 978-2-343-11162-9
23 €
HCS_GF_DIEME_19,3_TENDIEME-TAMIANGHONE.indd 1 23/12/16 14:47
Fidèle Diémé
DE TENDIÈME À TAMIANGHONE








DE TENDIÈME À TAMIANGHONE
FIDÈLE DIÉMÉ






DE TENDIÈME À TAMIANGHONE


récit


































































© L’HARMATTAN-SÉNÉGAL, 2016
10 VDN, Sicap Amitié 3, Lotissement Cité Police, DAKAR

http://www.harmattansenegal.com
senharmattan@gmail.com
senlibrairie@gmail.com

ISBN : 978-2-343-11162-9
EAN/ 9782343111629


Dédicace

Je dédie cet ouvrage à :
- Mes parents, Émile et Louise qui m’ont tout donné et qui m’ont
quitté pendant que j’étais loin d’eux, à Kiev, en train de
poursuivre mes études supérieures.
- Mes sœurs : Rosalie, Stella, Odile et Yvonne, qui n’ont ménagé
aucun effort pour m’apporter leur soutien et réconfort chaque
fois que de besoin.
- Mes chers oncles, Pierre Marie, Urbain et Louis Diémé, considérés
comme des grands frères et protecteurs. J’ai bénéficié d'un
compagnonnage fructueux avec eux.
- Louis de Gonzague, l’un des maîtres de mes premiers pas, il m’a
initié aux choses de la vie, surtout à Tamianghone.
- Ma tendre épouse, Marie Victorine Coly, ma confidente et ma
meilleure amie, pour sa compréhension. Elle n’a jamais perturbé
ma quiétude, afin que je puisse répondre à certains autres appels
liés à la création artistique et à l’administration.
- Ma fille aînée, Jessie Diémé pour son attachement indéfectible
ainsi que ses frères et sœurs Thomas Émile, Stella Jeannette et
Sylvie Georgette Diémé, mes petits anges.
- Mon cousin Stanislas Diémé, pour son engagement sans faille pour
les bonnes causes et les sacrifices qu’il consent pour la
consolidation des liens de parenté.
- Aux cousins et cousines, membres du Regroupement des
ressortissants de la famille Diémé de Tendième à Dakar
dénommé « Le palmier ».
7

Remerciements

Je voudrais remercier du fond du cœur :
- M. Mbagnick Ndiaye, ministre de la Culture et de la
Communication du Sénégal, pour son soutien inestimable.
- M. Ibrahima Lô, Directeur du Livre et de la Lecture.
- M. Hugues Diaz, Directeur de la cinématographie.
- Les maris de mes sœurs, à savoir : Félix Coly, Léandre Coly,
Amidou Badiane, Roger Coly, Emmanuel Lin Coly.
- Tous les membres de la famille DIEME (Batinding) de Tendième.
- Les membres du regroupement des familles Diémé de Tendième,
Soutou, Djimakakor, Koutenghor, Eguilaye, Diourou et Bignona,
pour la manifestation pérenne d’une fraternité en action.
- Aba Victor Diémé, mon frère, ami et complice durant notre long
séjour à Kiev. Séjour que nous évaluions après chaque hiver.
- Justin Limby Maharavo, mon ami et frère malgache qui nous a
quittés le 27 novembre 2011.
- Seydou Diallo (ancien directeur technique de la RTS) et Abdoulaye
Diouf (ancien directeur de cabinet au ministère de l’Urbanisme,
de l’Habitat et de la Construction), mes compagnons d’enfance,
mais aussi d’études et de vie.
- La famille Nfally Coly, pour son soutien à l’heure des transitions.
- Les membres de l’Association des ressortissants de Tendième à
Dakar, le « djinonaye », pour la constante manifestation d’unité
et de solidarité en direction de ses membres et des populations du
village de Tendième.
- Marième Dièye, épouse Ndiaye, pour sa collaboration exemplaire.
9

Avant-propos

Les instants significatifs ou non, ponctuent l’existence des grands
hommes ainsi que celle des gens ordinaires, généralement considérés
comme des héros anonymes. Émile et son épouse, Louise, que leur fils
Fidèle n’hésite pas à placer dans cette catégorie, ont fait preuve de tant
de détermination et de bravoure pour donner un sens à leur existence
dans le contexte d’un village, en l’occurrence Tendième, qui se réalise
malgré les difficultés de tous ordres, avec le poids des valeurs
culturelles.
De Tendième à Tamianghone, c’est une séquence de la destinée
d’une famille, avec le courage d’un père, l’abnégation d’une mère,
l’apprentissage de la vie d’un fils. Il s’agit tout simplement de se
remettre sur les traces d’un itinéraire. Un itinéraire plutôt connu
qu’imaginaire.
Comme en tout mouvement, il faut bien sûr partir d’un point pour
aller à un autre. Il faut partir par conviction ou par nécessité,
généralement vers des horizons censés contribuer à la réalisation d’un
rêve, d’un espoir, à atteindre, un but librement visé ou alors prédestiné.
La règle s’applique à tous et à bien des phénomènes qui relèvent de la
vie, de la nature en développement et même de la nature dite morte.
Cette dernière étant également appelée à vivre une dégradation et une
recomposition inéluctables pour, finalement, épouser le néant.
À l’exception du règne du Maître de l’univers, il y a bien entendu un
début et une fin. Un début et une fin qui, en principe, sont sous
l’emprise du destin si ce n’est de la loi naturelle qui régit l’évolution des
êtres dans leur environnement multidimensionnel.
Le contenu de la trajectoire pouvant, au demeurant, être déterminé
par les conséquences diffuses ou apparentes des contradictions qui
résultent de la vie en solitaire ou en communauté, deux univers qui se
côtoient.
C’est dire donc que le cours d’une vie peut être placé sur l’orbite de
la dimension humaine de l’autre, du compagnon choisi ou imposé par le
destin et dont les apports positifs ou négatifs font régner, souvent, une
ambiance et des pouvoirs diffus ou apparents.
11 « Chaque homme doit inventer son chemin », avait dit Jean Paul
Sartre dans La Mouche. Avec, bien entendu, les conséquences qui ne
manquent guère de se greffer à cette entreprise. Heureuses ou
malheureuses, ces conséquences ne manquent cependant pas
d’imprimer un relief bien particulier aux parcours des êtres et des
choses sur cette planète Terre. Ces parcours sont en fait des flashs
scintillants que l’on assimilerait volontiers à des bulles qui prennent
naissance à la surface de la Terre pour ensuite s’évanouir
mécaniquement et inexorablement dans l’immensité et les mystères de
l’éternité de l’univers.
Ce récit se fonde sur des faits réels, sauf en bien d’endroits où
l’imagination a pris le dessus sur la réalité. Des noms ont également été
omis ou changé pour les commodités du récit.
12

Tendième est un village qui s’étend sur une superficie de cinq
kilomètres carrés environ. Il est comme diffus dans une imposante
végétation composée d’essences diverses. Aux origines de sa fondation,
on dénombra deux familles, à savoir « Djicatène » et « Batinding ».
Ces deux familles s’étaient involontairement ignorées pendant une
période indéterminée. Elles se découvrirent l’une l’autre grâce à un
chien qui fréquentait régulièrement le quartier de Batinding et qui, à la
longue, finit par faire naître un brin de soupçon quant à l’existence
d’une autre communauté humaine non loin de là, quelque part du côté
du nord-ouest.
Et puis, un jour, pour satisfaire leur curiosité, les gens de Batinding
s’employèrent à se mettre sur les traces de ce chien. D’après les
anciens, le contact se produisit finalement durant la saison dite
« Kariighaake », correspondant aux huitièmes et neuvièmes mois selon
le calendrier diola autrement dit durant les mois de mai et juin si l’on se
réfère au calendrier grégorien.
C’était la période durant laquelle les paysans s’adonnaient au
défrichage des champs qui s‘enchevêtrent aux forêts. Une activité qui
s’accompagne généralement de brûlis d’herbes et de divers déchets qui
soulèvent d’épaisses fumées çà et là. Un contact sans effusion de sang.
Ces deux communautés cultivèrent très tôt des relations de fraternité, de
solidarité et d’amour. Elles vécurent sans heurts particulièrement au
sujet de la propriété foncière qui, en ce temps-là, était au cœur de moult
conflits sanglants entre villages satellites.
Les années passèrent. Les unes après les autres, de nouvelles
familles s’installèrent à Tendième. Elles furent accueillies à bras
ouverts par les familles « Djicatène » et « Batinding » qui leur ont cédé
des parcelles de terres ou de rizières à usage d’habitation ou de culture
du riz, du mil, d’arachides, du fonio et autres denrées alimentaires.
À Tendième, comme dans la multitude des localités repérables çà et
là, vécurent et y vivent encore des hommes et des femmes aux destins
atypiques, mais unis soit par les liens de sang soit par les règles de
solidarité et d’entraide caractéristiques au genre humain. Le
soubassement prenant racine sur de riches acquis culturels, des repères culturels
propres à ce terroir. Il s’y est toujours développé des projets individuels,
mais aussi une vision de développement communautaire. Il y a un fort
13 sentiment d’appartenance à une communauté villageoise qui a été
présente dans le processus de développement économique, politique,
social et culturel d’ensembles plus vastes, autrement dit aux échelles
départementales et régionales. Il y eut et s’y perpétue encore l’élan
d’une participation active de ses représentants au combat pour une
émancipation politique et sociale véritable.
Tendième s’ouvrit résolument à la modernité depuis mille neuf cent
trente-huit avec la construction d’une école élémentaire. Il fut le
premier village du Sénégal à avoir abrité, depuis mille neuf cent
soixante-trois, une garderie d’enfants. Dès les premières heures de
l’indépendance du Sénégal, Tendième est en quelque sorte sur la brèche
dans plusieurs secteurs de l’activité socio-économique.
Des hommes et des femmes aux qualités morales, intellectuelles et
spirituelles indéniables ont marqué de leur empreinte l’évolution de
Tendième. Un village, sans doute petit par sa démographie, mais
toujours à l’avant-garde des batailles pour la réalisation des idéaux de
justice, de solidarité et de cohabitation pacifique.
Ce village est à présent vite repéré au Sénégal et dans le monde
comme étant le village d’Emile Badiane. Un digne fils de Tendième
qui fut un grand serviteur de l’État du Sénégal et partant de la nation
sénégalaise.
Beaucoup d’autres, parmi ceux qui se réclament de ce village, ont
par la suite repris le flambeau de cet homme généreux, mais surtout
fédérateur d’idées, d’objectifs et d’énergies dans le sens de la prise en
compte de l’intérêt général.
Le village de Tendième est situé à six kilomètres de la ville de
Bignona. Les villes de Bignona, de Ziguinchor et d’Oussouye,
constituant les trois chefs-lieux de département de la région de
Ziguinchor. Tendième est situé dans le département de Bignona,
arrondissement de Tenghory. C’est un village qui est à cheval sur la route
nationale numéro cinq. Les différents quartiers de Tendième sont nichés de
part et d’autre de cette route bitumée reliant les villes de Bignona et de
Diouloulou.
C’est un carrefour qui polarise les villages de Caparan, de Diégoune,
de Koutenghor, d’Eguilaye, de Soutou, de Diourou et de Guimakakor.
La configuration actuelle des quartiers qui composent le village résulte
des pérégrinations humaines de familles venues du nord, d’une localité
appelée « Kandong » ou de l’est, du village de Kaodioul. Elles ont
occupé ce site les unes après les autres ou alors concomitamment.
14 Des recherches historiques et ethnographiques fiables ne pouvant
pour le moment permettre des indications assez précises, il est
généralement admis que Tendième est fondé au seizième siècle. Il
comporte, par ordre alphabétique, les familles suivantes : Ba, Badiane,
Badji, Coly, Diédhiou, Diémé, Faty, Goudiaby, Sané, Sagna.
La diversité confessionnelle constitue l’une des grandes
particularités de cette communauté villageoise. Animistes, musulmans et
chrétiens y vivent en parfaite harmonie. La même cellule familiale peut
comporter des membres de différentes confessions religieuses.
Le village de Tendième a longtemps constitué un véritable pôle de
bouillonnement intellectuel et culturel. Il abrita une école élémentaire,
dès mille neuf cent trente-huit. Ce fut à la suite des écoles primaires de
Soutou et de Baïla qui furent les toutes premières dans cette zone du
Fogny. Celle de Tendième fut fonctionnelle dès mille neuf cent
trenteneuf et constitua alors le centre de gravité de la scolarisation et de
l’alphabétisation des jeunes de tous les villages limitrophes et même
audelà.
L’école élémentaire de Tendième constitue présentement un
véritable monument historique pour avoir contribué à la formation de
bien d’intellectuels et de personnalités qui ont marqué de leur empreinte
l’évolution politique et sociale de la Casamance en particulier et du
Sénégal en général.
Il s’agit de diverses personnalités dans divers corps de métiers
notamment dans l’enseignement, la santé, l’agriculture, les travaux
publics, l’armée, la police, la comptabilité, le journalisme, le cinéma…
Tendième a longtemps occupé le peloton de tête des écoles primaires
d’excellence du département de Bignona. On y a souvent enregistré des
taux de réussite exceptionnels. Tant au concours pour l’entrée en classe
de sixième que pour l’examen pour l’obtention du Certificat d’Études
primaires élémentaires. Et puis il y eut des hauts et des bas avant que
Tendième ne se perde dans une sorte d’anonymat quant au taux de
réussite des élèves. L’explication de cette situation résiderait dans des
considérations d’ordre à la fois objectif et subjectif.
Tendième compte, au début des années deux mille, une population
d’environ 500 habitants. Leurs activités principales gravitent autour de
l’agriculture (riz, mil, maïs) et accessoirement de l’élevage. La
population est fondamentalement sédentaire.
15 Cependant, à l’instar de beaucoup de villages du Sénégal et pour des
raisons essentiellement économiques et scolaires, Tendième est
fortement victime de l’émigration des jeunes, filles et garçons, vers les
grands centres urbains tels que Bignona, Ziguinchor, Banjul, Kaolack,
Thiès, Dakar, Saint-Louis et autres.
Cette force vive du village finit, parfois, par acquérir une résidence
principale dans ces villes. Pour ces derniers, Tendième constituera dès
lors une résidence secondaire. Les conséquences sont souvent
fâcheuses, surtout en termes de mobilisation des énergies pour le
développement des activités économiques intéressant la communauté
villageoise ainsi que la promotion des programmes culturels. La mise
en œuvre de programmes économiques nécessitant une main-d’œuvre
de qualité et en quantité suffisante est donc hypothéquée du fait que
l’essentiel des résidents est constitué de personnes âgées, de femmes ou
d’enfants qui ne peuvent pas supporter la rigueur de certains travaux.
L’histoire du village de Tendième est étroitement liée à celle des
villages environnants qui occupent une zone d’environ cinquante
kilomètres carrés. Ces villages sont habités par des populations dont les
Diolas constituent la composante majoritaire.
16


Les Diolas, à l’origine, étaient appelés « adiamate », ce qui signifie
une personne, au singulier, le pluriel étant « édiamatey », autrement dit
la foule, le peuple, les gens. La personne, en diola, pouvant également
être identifiée par le mot « anaou », au singulier, tandis que le pluriel est
« boucanakou ».
La présence des Diolas en Casamance est signalée depuis le
quatorzième siècle. Au gré d’une pérégrination en Afrique sur l’axe
nord-est à sud-ouest.
Le qualificatif « diola », qui est appliqué aux « adiamates », donc à
ces populations, est imputable aux « envahisseurs et non moins
voisins » mandingues qui ont mené de rudes campagnes pour
l’islamisation de ces zones par le coran, le livre saint, mais également
par le fusil et la lance. Des batailles épiques ont naturellement jalonné
cette entreprise d’islamisation de la zone par les armes. Cette
pénétration de guerriers mandingues dans un milieu dont les
populations ont épousé depuis des temps immémoriaux une pratique
religieuse fondamentalement ancrée sur l’animisme fut donc considérée
comme un affront intolérable.
Les Diolas étant des communautés très attachées non seulement à
une indépendance de pensée, mais surtout à ses fétiches, totems et
autres bois sacrés qui abritaient tous les vingt ans de grandioses
cérémonies dites de la circoncision. Ce sont de véritables occasions
pour les membres de ces communautés de faire l’état des lieux de la
pérennisation des valeurs de culture transmises de génération en
génération. Ces cérémonies constituaient également, pour les jeunes
Diolas, une sorte de passage obligé pour être accepté dans la
communauté des adultes, dans le cercle des initiés.
Pour les Diolas, le bois sacré est véritablement un centre d’initiation
et de formation, une véritable école ancestrale dont les fondements
furent heurtés à la suite du processus de la colonisation et par
conséquent de la pénétration d’une civilisation et d’un mode de vie
étrangers.
À l’instar des autres villages constitués de familles d’ethnie diola,
Tendième était constellé de lieux fétiches où on se retrouvait pour
invoquer les esprits bienfaiteurs, pour conjurer tel ou tel mal, tel ou tel
17 mauvais sort. La cérémonie de prière se déroulait donc dans un de ces
lieux de culte traditionnel après que le diagnostic a été fait sur le mal
dont souffrirait le patient. Ces lieux de culte prospéraient tout autour ou
à l’intérieur des concessions.
Pour la famille Diémé, qui occupe le quartier de Batinding, les
fétiches les plus significatifs sont les suivants :
Le « Kanéwak » : C’est une cérémonie rituelle que tous les membres
de la famille ainsi que les neveux et nièces doivent exécuter
périodiquement pour bénéficier de la protection des ancêtres et du bois sacré. Les
membres de la famille qui sollicitent une purification par le biais de ce
fétiche sont censés bénéficier des bienfaits tels que la réussite dans toute
entreprise, notamment les bonnes récoltes, le mariage, les études, les
voyages. Pour satisfaire aux exigences de ce fétiche, les personnes qui
sollicitent ses faveurs doivent, selon l’âge ou le sexe, apporter au
féticheur, au prêtre, des offrandes déterminées. Pour un homme marié,
il est exigé un litre de vin blanc, un coq et du tabac. Pour une femme
ayant enfanté autrement dit une mère de famille, c’est un litre de vin
blanc, une poule et du tabac. Pour un jeune homme, un litre de vin
blanc, un coq et du tabac. Pour une jeune fille ou une femme qui n’a pas
encore d’enfant, un litre de vin blanc, une poule qui n’a pas encore
pondu et du tabac. Le fétiche du « Kanéwak » a la particularité de
fédérer plusieurs familles à savoir les Diémé de Batinding, les Badiane
de Djikaté, les Sané de Boulélaye et de Bamack. Toutes ces familles se
retrouvent autour de ce fétiche sans aucune discrimination. C’est
pourquoi, ceux qui actuellement officient au niveau du « Kanéwak » ne
manquent pas d’invoquer leurs illustres prédécesseurs tels que Sitiboye,
père de Lamine, père de Louis de Gonzague, Oudioka, père de Bignara,
de Leity (Gaston) et d’Albondi (Pascal), Bouramboni, père d’Urbain
« Barro » de Djikaté, Bakari, père d’Alfred Sané de Guikomol,
Fougnéssé, père d’Aloise Sané, père de Jean Baptiste « Boucab ».
Il y a, ensuite, le fétiche appelé « Kopénak ». Cette cérémonie est
destinée à conjurer le mal des yeux. Les victimes ont généralement une
perte graduelle de la vision.
Il y a également le « Fouimaf » dont la cérémonie est aussi destinée
à conjurer le mal des yeux. La variation, par rapport au Kopénak, réside
dans la période durant laquelle on organise cette cérémonie. Si le rituel
pour le Kopénak peut avoir lieu en toute saison, par contre celui du
Fouimaf, a généralement lieu durant la saison sèche, à l’époque où les
essaims d’abeilles survolent les contrées pour détecter les crevasses
18 repérables sur certains arbres ou les ruches artificielles posées ça et là
par les paysans. C’est donc la période qui précède la cueillette du pollen
qui, elle, précède la saison des pluies. C’est bien la saison du
« Kariighaak » en diola.
L’autre rite organisé dans la même veine est le « Essamaye »,
destiné à exorciser l’auteur ou les descendants de celui qui aura tué une
panthère. Celui qui en souffre est périodiquement victime de
convulsions. Une sorte d’épilepsie.
Les cérémonies du « Kopénak », du « Fouimaf » et du « Essamaye »
nécessitent les mêmes offrandes et sacrifices que ceux du « Kanéwak ».
Le « Ewatèye » est une sorte de quartier général. Un lieu hautement
stratégique. Il est le protecteur mystique de la famille DIEME, en
particulier, et du quartier en général. En fait d’autres familles comme
les Badji, les Badiane de Djikaté et Sané de Bamack cohabitaient alors
dans le quartier de Batinding.
À la moindre alerte, les guerriers, les combattants se retrouvaient au
niveau du « Ewatèye » pour procéder aux préparatifs de guerre avec des
amulettes de toutes sortes, des habits appropriés, des bains mystiques.
Ils s’enduisaient de produits préparés à base de la liane de la guerre.
Le « Essiné » est un lieu qui porte le nom d’une espèce de biche dont
la salive est réputée très dangereuse parce que pouvant provoquer la
lèpre. Le « Kafagnak », en diola.
Cette biche fut tuée par un guerrier de la famille Diémé et enterrée
au lieu qui est dénommé « Essiné ». La famille se retrouve à Essiné
pour faire quelques incantations et prières avant d’entamer toute
campagne de chasse. Elle s’y retrouve également pour faire des
offrandes en vue de conjurer tout mal assimilé au « Kafagnak » dont
serait victime tout membre de la famille.
Il faut noter que les bois d’Afoka et d’Essiné constituent un bouclier
naturel, mais surtout mystique qui protège le village de Tendième, mais
particulièrement Batinding et Bamack qui sont parmi les toutes
premières communautés à s’y installer. C’est une zone tampon située à
l’entrée du village et qui était tant redoutée par les visiteurs avertis du
rôle joué par la famille Diémé dans le cadre de la protection du village
de Tendième.
Le « Boussanabou » : Cela veut dire le fromager. Ce géant qui
semble indéracinable produit une ombre épaisse. Il est généralement le
lieu de prédilection pour accueillir les groupes d’hommes, d’adultes ou
19 d’enfants qui s’y retrouvent pour des motifs divers : repos, jeux,
conseils de guerre, réunions ordinaires, partage des produits de la
chasse, partage de vin de palme, d’hydromel et bien d’autres acquis
offerts en rémunération de travaux champêtres effectués au bénéfice
d’un des membres de la communauté. C’est le lieu qui est témoin de
fréquentes libations. C’est à ce niveau qu’officiait un prêtre du nom de
Noumboung Diémé. Un ancêtre de la même génération qu’Alouka
Diémé. Il est recommandé de l’invoquer en tout premier lieu quand on
sollicite la bénédiction et la protection des parents, grands-parents,
arrières-grands-parents et ancêtres de la famille Diémé de Tendième.
Le « Batinding » : C’est le nom générique des quartiers ou villages
où habitent ceux qui portent le nom de Diémé. C’est la même
appellation que l’on retrouve dans tous les villages de Diolas. La
situation géographique actuelle du quartier Batinding de Tendième, est
l’aboutissement de pérégrinations dans l’occupation de l’espace vital
toujours en bordure d’un bois touffu et quasi infranchissable.
Actuellement c’est le Guirinbolaye qui caractérise cette donne qui
remonte à la nuit des temps. Guirinbolaye est comme adossé aux bois
d’Afoka et d’Essiné. Il y eut, dans l’ordre, les situations suivantes :
Guirimbolaye, Batinding, koukinak, Batinding, l’actuel site du quartier.
Autrement dit quatre mouvements significatifs dans l’implantation des
cases des Diémé, sur un rayon qui ne dépasse pas un kilomètre carré,
mais toujours à proximité de Guirimbolaye qui est le bois sacré de la
famille Diémé de Tendième depuis plusieurs générations. Le vieux
èmeClément Diémé, de la 6 génération, fils d’Albondi, signale, à ce
propos, qu’ils ont eu à découvrir des tombes en creusant des fondations
pour bâtir des cases sur l’emplacement actuel du quartier, soit au niveau
de la quatrième phase de la pérégrination Batinding /Guirimbolaye /bois
sacré.
Le « Rofaye » : C’est une cérémonie de purification contre un
phénomène qui se manifeste par le gonflement des seins des cousines et
tantes durant la période qui précède leur mort. Ce phénomène serait
consécutif à l’enterrement de cousines et tantes alors qu’elles étaient en
état de grossesse. Dans ces cas de figure, un rituel particulier est
nécessaire avant l’enterrement. Toute infraction, volontaire ou pas, est
donc sanctionnée par la manifestation de ce phénomène. Pour le
conjurer, la famille est tenue d’organiser une cérémonie de purification
dite le « Rofaye ». Ce mot est dérivé du mot diola « érofè » ce qui,
littéralement, veut dire se gonfler ou mieux encore s’enfler. La
cérémonie du « Rofaye » est toujours placée sous la présidence d’une
20 prêtresse qui, généralement vient du village de Niankite, qui abrite
beaucoup de fétiches et d’où sont originaires beaucoup de familles
diolas qui se sont installées ça et là au gré des processus migratoires à la
recherche de zones accueillantes, fertiles et appropriées pour l’exercice
de diverses activités. La préparation de cette cérémonie obéit à des
règles très strictes dont notamment :
- les repas qui vont être servis au cours de cette cérémonie doivent
être préparés avec des produits qui n’ont jamais été gardés ou conservés
dans une maison et particulièrement, qui ne proviennent pas d’un
grenier ;
- faire la quête de produits vivriers agricoles dans les villages
environnants. À ce sujet, il s’agira de faire cette quête dans les champs
et rizières et non à l’intérieur des maisons ;
- Cette quête doit être faite par deux à quatre femmes ménopausées
ou qui ne sont pas en période de règles ;
- Les produits de la quête ne doivent pas être exposés ou étalés par
terre, mais plutôt sur des miradors (« ourimbaou » – pluriel de
bourembab, en diola) ;
- Hommes, femmes et enfants doivent participer à une danse rituelle
commune durant toute la nuit qui précède le jour de la cérémonie de
purification qui est placée sous la direction de la prêtresse ;
Le jour de la cérémonie, cette dernière aspergera les uns et les autres
d’une eau bénite qu’elle a préparée durant la folle nuit de danses.
Cette kyrielle de rites constitue un riche héritage, mais aussi un lourd
fardeau que les générations actuelles ont bien du mal à porter. En fait, le
mode de vie d’un présent trop imbriqué à des horizons élargis jure
d’avec les anciennes pratiques et les mentalités d’une époque qui
s’éloigne.
Le vocable diola signifiant, pour le mandingue, celui qui paie ses
dettes ou plutôt ses impôts. Jaloux de son autonomie tant du point de
vue matériel que moral et donc de son indépendance, le Diola ne
pouvait souffrir de devoir quoi que ce soit à qui que ce soit et partant
donc supporter une quelconque pression morale. C’est pourquoi, il ne
manque jamais de s’acquitter de ses dettes et de bénéficier ainsi du
qualificatif de celui qui met un point d’honneur à être quitte avec qui
que ce soit.
Jacques Charpy, conservateur général du Patrimoine en France et
ancien administrateur supérieur de Casamance, dit dans son plaidoyer
21 en date de novembre mille neuf cent quatre-vingt-treize, portant sur
« La Casamance et le Sénégal, au temps de la colonisation », pour ce
qui concerne les Diolas, c’est une communauté « d’habitants au
tempérament impulsif, avec une répulsion à tout principe d’autorité ». Il
poursuit, pour signaler que « vers mille huit cent quatre-vingt-cinq, avec
le déclin de la culture de l’arachide et l’extension de la cueillette du
caoutchouc dans les forêts de Basse Casamance, les Diolas supportent
mal les contraintes de l’administration et réagissent avec vigueur. »
L’assassinat, en mille huit cent quatre-vingt-six à Elégi, en pays
bayotte, du lieutenant Truche et de son escorte leur confère une grande
notoriété. Longtemps encore des troubles agiteront le territoire des
Diolas.
Au dix-huitième siècle, les Diolas du Fogny, qui occupent les
territoires situés à l’ouest de la Casamance, refoulent les Baïnouks,
considérés comme le peuple le plus ancien de la Casamance.
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Depuis plus d’un siècle, le poste de chef de village de Tendième est
occupé par un représentant de la famille des Badiane. Avec une sorte
d’intermède que constitue la chefferie d’Aroufa Sané, le deuxième chef
connu. Le mode de passation du pouvoir ou de nomination du Chef de
village pouvait être assimilé à celui qui prévalait dans un contexte de
monarchie. Le pouvoir se refilait de frère en frère ou de frère à cousin,
mais toujours au sein de la même famille. Cependant les derniers chefs
élus ont bel et bien fait l’objet d’un mode d’élection qui obéit aux
dispositions légales et réglementaires en vigueur. Les différents chefs
du village de Tendième qui se sont succédé depuis le dix-neuvième
siècle furent : Guikéber Badiane, père de Jean Toula, père de Sébastien
et de Bertrand dit « batipé », du quartier de Djikaté, Aroufa Sané, père
de Jean Pierre du quartier de Foukinlor, Alicoma Badiane, père
d’Abdoulaye « chef » du quartier d’Eléoul, Alayène Badiane, père de
Gérard du quartier d’Eléoul, Hilaire Badiane, père d’Émile du quartier
d’Eléoul, Abdoulaye Badiane, dit Abdoulaye Chef, père d’Ousseynou
dit « Indili », du quartier d’Eléoul, mais demeurant à Badionkotong,
Léandre Badiane, père de Théophile du quartier d’Eléoul, Ousmane
Manlafi Badiane, père de Mamadou dit « modou », du quartier
d’Eléoul, mais demeurant à Badionkotong. On peut donc constater que
depuis cette période, le poste de chef du village de Tendième est bel et
bien occupé par des représentants de la famille Badiane qui vivent soit à
Eléoul où l’on ne compte que des baptisés autrement dit des chrétiens
soit à Badionkotong, quartier où se sont regroupés ceux qui ont adopté
la religion musulmane.
Le village a eu des personnalités très influentes non seulement au
niveau local, mais aussi à l’échelle des villages environnants. C’est le
cas notamment d’Alicoma Badiane, père d’Abdoulaye Badiane dit
Abdoulaye « chef », père d’Ousseynou Badiane dit « Indili ». Ce fut un
riche éleveur dont l’influence était prépondérante tant à Tendième que
dans les villages alentour. Il était d’une grande générosité et n’hésitait
guère à apporter son soutien aux nécessiteux particulièrement à ses
frères et cousins. Il fut malheureusement l’objet d’un crime crapuleux
qui ne fut jamais élucidé. L’auteur du coup de fusil fatal s’étant évaporé
dans la nature. Le mobile du crime ressortirait, selon les témoignages de
23 l’époque, d’un profond sentiment de jalousie qu’on ne cessait de lui
manifester à cause de sa réussite matérielle.
Le seul engagé volontaire de la Première Guerre mondiale mille neuf
cent quatorze – mille neuf cent dix-huit fut Monsieur « Layti » Gaston
Diémé. À l’époque de l’indigénat, Gaston Diémé s’était porté
volontaire pour s’engager dans le service militaire. Dans le contexte de
cette guerre mondiale, les recrues étaient évidemment appelées à aller
combattre dans les champs de bataille européens, particulièrement en
France.
En ce temps-là, une décision pareille, un tel engagement étaient
assimilés à de la témérité, à un acte de bravoure injustifiée parce que
cette démarche, selon les populations, devait normalement aboutir à une
sorte de sacrifice suprême, à un voyage sans retour.
Il avait été question, au niveau du village, de désigner un
« volontaire » dans le corps des tirailleurs sénégalais, pour combattre
aux côtés des Français et verser son sang pour la défense des idéaux de
paix, de liberté, de fraternité et de concorde entre les peuples. Sans
doute, les engagés étaient-ils animés d’un sentiment d’appartenance à
une même communauté de destin avec le citoyen français, avec la
Métropole. Ce sentiment, à la suite des épreuves les plus cruelles
vécues au front, fut loin de se justifier à l’heure de la jouissance des
droits. Comme la plupart des villages, Tendième devait avoir son
représentant parmi les appelés. À l’approche de la date fixée pour
relever le défi, le village s’est vidé de ses hommes valides. Les jeunes et
les moins jeunes se sont éclipsés dans les forêts avoisinantes s’ils n’ont
pas entrepris des voyages improvisés vers d’autres contrées, vers des
cieux plus cléments. Ils entendaient ainsi échapper au recrutement forcé
et être à l’abri de la fureur de Samba Ba, le chef de canton, d’Hilaire
Badiane, le chef du village, et particulièrement d’un de ses adjoints,
Bruno, qui, comme d’habitude, ne mettront pas de gants pour faire
appliquer, à la lettre, les dispositions du communiqué administratif qui
fut diffusé partout. Il fallait informer les populations du déroulement
des opérations pour « l’engagement, dans les plus brefs délais, d’un
combattant par village pour la constitution d’un renfort de troupes
indigènes » appelées à servir sous les drapeaux de la Métropole qui est
en état de guerre depuis dix-huit mois. La réticence à ce recrutement fut
quasi générale. Le chef monta au créneau avec la plus grande fermeté. Il
menaça d’emprisonnement tous les parents, père et mère, dont les
jeunes filles et jeunes hommes âgés de dix-sept à trente ans ne se
24 présenteraient pas à « l’appel général qui se fera le dimanche prochain à
partir de seize heures à la place de l’église ». Tendième se trouvait bien
devant l’obligation de relever un défi.
Le meeting eut bien lieu à l’heure indiquée. On se rendit compte que
les trois quarts de la population cible brillaient par leur absence.
L’heure était particulièrement grave. Personne ne voulut être l’agneau
du sacrifice, malgré les injonctions répétées du chef du village.
Sur ces entrefaites, Gaston Diémé alla se tenir au milieu du cercle
pour décliner son identité et se porter candidat. Il était alors âgé de
vingt-sept ans. Ce bel homme, à la fleur de l’âge, justifia son
engagement en disant vouloir épargner ses frères et la jeunesse en
générale de l’épreuve de la cachette dans les forêts ou dans d’autres
villages.
« Allez, dites-leur de sortir des forêts parce que le village de
Tendième a son candidat. On nous dit que les engagés sont des
hommes, alors je ne comprends pas pourquoi je ne pourrais pas être
parmi eux ».
Ce fut un choix cornélien, mais surtout un acte de bravoure, une
belle marque d’héroïsme. Gaston reçut des félicitations de la part du
chef du village qui réitéra à cette occasion les directives adressées à
toutes les composantes de la population et largement diffusées tant à la
mosquée qu’à l’église, pour rappeler l’obligation absolue de répondre
présent à l’appel des autorités, en cette période de guerre. Toute
absence, sans justificatifs valables, sera sévèrement sanctionnée.
René Badiane, le premier baptisé du village de Tendième. Il est de la
famille d’Érasme Badiane, père du docteur Charles Insa Badiane. Il
souffrit le martyre parce que certains, parmi ceux qui avaient reçu le
baptême après lui, ont cru bon de lui rendre la vie impossible et le
pousser tout simplement à renoncer à ce titre de premier catholique qui
était alors considéré comme un privilège ou un titre de gloire pouvant
être décliné à tout bout de champ.
René Badiane, l’autre, est le grand frère de Philémon. Il fait
également partie du groupe des tout premiers baptisés. Ce groupe
comprenait Edmond Diémé, le père de Pancrace, Hilaire Badiane, le
père d’Émile, Georges Badiane, le père de Georges, Emile Diémé, le
père de Fidèle, Éphrem Diémé, le père de Raphaël. Le groupe des
premiers baptisés, qui avait établi ses quartiers à « Oudioudj », se
disloqua quelque peu quand certains de ses membres furent sommés
d’aller ramener, de gré ou de force, leurs sœurs ou cousines qui sont
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