Joueur-Né

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Grandeur et décadence du plus grand joueur de poker du monde

" J'étais un phénomène de foire, un "freak", comme Bobby Fischer aux échecs. A quinze ans, je massacrais des adversaires qui pratiquaient le jeu depuis trente ans. Je ne faisais pas de quartier. À table, je n'avais aucune limite. "


Stu Ungar, dit The Kid, fils d'un bookmaker du Lower East Side, a grandi à New York dans les années cinquante. Joueur exceptionnel de gin-rami, il passe son enfance dans les salles de jeu clandestines et ne tarde guère à devenir une légende des cartes, à tel point qu'à la mort de son père la Mafia prend en main l'éducation de ce jeune prodige.


À 21 ans, il arrive à Las Vegas où des légendes du poker, tels Amarillo Slim ou Doyle Brunson, impressionnés par son jeu, le prennent sous leur aile. Il gagne son premier million de dollar. C'est le début d'une ascension fulgurante. Il gagnera trois fois le titre de champion du monde de poker, et amassera jusqu'à trente millions de dollars sans jamais avoir de compte en banque.


Pariant tout son argent aussi bien sur les champs de courses qu'autour des tables de jeu, allant d'une chambre d'hôtel à l'autre sans plus différencier le jour et la nuit, accro à la cocaïne, puis au crack, il mourra ruiné, le corps usé, en 1998, à l'âge de 44 ans.


Nolan Dalla et Peter Alson retracent, dans cette biographie illustrée de photos inédites, fourmillante d'anecdotes issues de centaines d'heures d'entretiens avec Stu Ungar, ses proches et les plus grands joueurs de cartes du monde, le destin de ce génie du poker. On y découvre une figure aujourd'hui mythique dans le monde du jeu, pleine de charme, de générosité, mais incapable d'échapper à ses démons.



Publié le : jeudi 22 janvier 2015
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EAN13 : 9782355843587
Nombre de pages : 183
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Préface

J’ai rencontré pour la première fois Stuey Ungar en 1978, à l’hôtel Dunes de Las Vegas. Vingt ans plus tard, malheureusement, je portais son cercueil et prononçais son oraison funèbre. Lors de mon discours, j’avais demandé qu’on « pardonne à Stuey ses faiblesses et son addiction aux drogues, afin de se souvenir de ce qu’il était vraiment : le plus grand joueur que la Terre ait porté ».

Pardonner, mais pas oublier.

Stuey Ungar était une légende dans le monde du jeu. Il possédait une aura quasi mystique, captant l’attention de manière immédiate à chaque fois qu’il entrait dans un lieu. Ungar avait la fièvre du jeu et pariait sur tout. Quel que soit l’objet de son pari, que ce soit au poker, au gin, au black-jack (quand on voulait bien le laisser y jouer, puisqu’il avait été interdit de black-jack dans presque tous les casinos du monde, à cause de sa trop grande maîtrise du jeu), aux courses hippiques, aux paris sportifs ou au golf, il était le plus extrême des joueurs. Les histoires qui entourent son nom sont devenues légendaires.

Physiquement, Ungar était chétif ; mais, mentalement, c’était un géant. C’était le type le plus rapide et réactif que j’aie connu. Aux jeux de cartes, Ungar n’avait aucun égal. C’était un génie, doté d’une mémoire visuelle étonnante. Il écrasait les autres de son talent. Je souris encore quand je repense aux coups qu’il a pu jouer dans ces grands tournois où des centaines de milliers de dollars étaient en jeu. Et j’ai les larmes aux yeux quand j’imagine ce qu’il aurait pu réaliser.

Dans son domaine, Ungar était connu pour n’avoir peur de rien ni de personne, et pour pratiquer un jeu agressif. Beaucoup se vantent d’avoir les mêmes qualités, mais la réalité est souvent tout autre. Stuey était simplement le plus grand gladiateur de toute l’histoire du poker. Il dominait toutes les tables auxquelles il s’asseyait et écrasait littéralement ses adversaires en tête à tête lorsque, dans la phase finale d’un tournoi, deux joueurs combattent mano a mano.

Le deuxième plus gros tournoi de poker derrière les World Series of Poker (WSOP) a longtemps été le Super Bowl of Poker d’Amarillo Slim. Un seul joueur dans l’histoire a réussi à gagner les deux compétitions (le main event des WSOP et le Super Bowl). Cet homme, c’est Stuey Ungar. Et il a réitéré cet exploit par trois fois.

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Amarillo Slim Preston (à gauche), Stuey et deux employés du Caesars Palace après la troisième victoire de Stuey lors du Super Bowl of Poker d’Amarillo Slim, en 1989.

Bien qu’il ait excellé au poker, ce n’était pourtant pas le jeu où il était le meilleur. Son truc, c’était le « gin-rummy1 ». Il était initialement venu à Las Vegas pour jouer au gin, et non au poker. Très vite, comme il écrasait tous ses adversaires, plus personne n’a voulu l’affronter.

À moins que vous n’ayez déjà pu voir Ungar jouer au ginrummy, ou que vous ayez rencontré certains de ses anciens adversaires, il vous sera difficile d’imaginer la maîtrise de Ungar à ce jeu. Tous les joueurs que j’ai rencontrés considèrent qu’il était de très loin le meilleur joueur de gin qui ait existé. Une fois que son adversaire avait rendu une ou deux cartes, Ungar pouvait deviner quelles cartes il avait en main. Le grand champion de poker Doyle Brunson résumait ainsi le jeu de Stuey au gin : « Cela donne des frissons dans le dos quand on le voit jouer. »

Peu de temps avant sa mort, Ungar m’avait confié : « Dans cinquante ans, c’est possible qu’il y ait un meilleur joueur de poker que moi qui fasse surface, mais je ne vois pas qui pourrait m’égaler au gin. Je le pense vraiment. Michael Jordan a été élu quatre ou cinq fois meilleur joueur de l’année, non ? Si on avait dû élire le meilleur joueur de gin, j’aurais été lauréat depuis que j’ai 16 ans. »

J’ai passé beaucoup de temps avec Stu Ungar et Nolan Dalla pendant l’été qui a précédé la mort de Stu. Ungar voulait écrire ce livre pour plusieurs raisons. Il espérait que cela aiderait les éventuels lecteurs à ne pas refaire les mêmes erreurs que lui. Il pensait aussi que ce livre pourrait être adapté au cinéma, et cela lui aurait plu d’être invité à la première du film à Hollywood ou d’être présent aux Academy Awards. Plus que tout, il voulait écrire cet ouvrage pour sa fille, Stefanie, qu’il adorait. Stefanie ne put jamais vraiment profiter des bons côtés de Stuey, qui était un être brillant, aimant, généreux, doux, et passionnant. Bien sûr, Stuey était accro, mais il aimait ses proches.

Par-dessus tout, il aimait jouer.

Stuey n’a jamais pu finir son autobiographie. Le livre que vous tenez entre les mains est pourtant la biographie officielle du « Kid ». Il restitue avec force et émotion une des trajectoires de vie les plus fascinantes que je connaisse. Bonne lecture.

Mike Sexton2,
Las Vegas, 15 avril 2004

 

 

1. Nom anglo-saxon du rami.

2. Mike Sexton était un grand ami de Stuey Ungar. Il est le cofondateur du World Poker Tour.

Avertissement

Joueur-né devait être l’autobiographie de Stuey Ungar. Avant que Peter Alson ne me rejoigne dans ce projet, j’ai passé de nombreuses heures avec Stuey en tête à tête, l’interviewant alors qu’il était souvent dans des états physiques ou psychiques extrêmes. La plupart de ces entretiens ont été menés dans différentes chambres d’hôtels de Las Vegas, pendant l’été et l’automne 1998. Stuey se montrait souvent très coopératif, livrant en détail des anecdotes vieilles de plusieurs dizaines d’années. À d’autres moments, il était comme absent et ne se souvenait plus de rien. Parfois, même, il n’était pas en état de parler ou de réfléchir.

La plupart des proches de Stuey pensaient que ce projet de livre agirait comme un catalyseur, et qu’en épanchant tout ce qu’il portait en lui il arriverait à résoudre ses problèmes de drogues. Stuey semblait très fier de revenir ainsi sur les événements marquants de sa vie et d’évoquer comment il avait pu devenir cette icône du jeu. Malheureusement, Stuey céda une fois de trop à ses addictions et mourut de manière tragique, semblant suivre une destinée écrite par avance.

À sa mort, je me suis retrouvé face à un problème éthique : en tant qu’auteur extérieur, comment pouvais-je raconter son histoire ? J’ai pensé qu’il était important de garder par moments les propres mots de Stuey. Ainsi, le lecteur pourra mieux ressentir l’humour grinçant de Stuey, son goût pour la vulgarité, sa passion du risque et son vocabulaire argotique provenant des rues de New York. J’ai aussi compris que, comme l’ouvrage allait devenir une biographie, je devais m’atteler à ce travail avec un coauteur, afin de rendre cette histoire la plus passionnante possible.

Peter Alson est un auteur new-yorkais reconnu. Il a tout de suite compris l’essence de la trajectoire de Stuey et a su trouver les mots pour rendre ce récit vivant. Peter connaissait déjà le monde du jeu pour avoir écrit des articles sur le sujet dans Esquire, Details ou Playboy. Il était lui-même joueur de poker ; il a même participé aux World Series of Poker. Il avait déjà rencontré Stuey en 1988, quand il avait couvert en tant que journaliste le Super Bowl of Poker au Caesars Palace. Cette année-là, Stuey avait remporté le tournoi.

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Stuey et Nolan Dalla dans la chambre de Stuey à l’hôtel Gold Coast en 1998. Dans leurs mains, le contrat qui vient d’être signé par Stuey pour l’écriture de son autobiographie.

Peter et moi avons réalisé de nombreux entretiens avec ceux qui ont croisé le chemin de Stuey, et nous espérons que ces différents témoignages aideront à donner une image plus précise de cet homme qui était à la fois fascinant et agaçant, brillant et frustrant, extrêmement généreux et incroyablement égoïste.

Nolan Dalla

1.
Le Kid

Au début, il avait réussi à rester incognito. C’était en mai 1997, une quinzaine d’heures avant le lancement de l’épreuve principale des World Series of Poker, une compétition à 10 000 dollars. Dans un coin mal éclairé du casino Binion’s Horseshoe réservé aux tournois satellites1, les participants étaient trop concentrés sur leur jeu pour pouvoir le reconnaître.

Quand, finalement, l’un d’entre eux aperçut la silhouette fantomatique qui traînait aux alentours de la salle de poker, il glissa l’information à l’oreille de ses voisins, et quelques-uns se retournèrent. Puis tout le monde s’arrêta de jouer.

Stu Ungar, le double champion du monde de poker, était habitué à attirer les regards dans une salle de jeu. Celui qu’on appelait le « Kid » était le joueur de tournoi le plus redouté au monde. Ce soir-là, à quelques heures du début du main event, c’était pourtant la première fois qu’il faisait son apparition.

Depuis trois semaines déjà, les stars du poker s’étaient retrouvées à Las Vegas, au Horseshoe, pour ce raout annuel. Alors que Stuey continuait son tour de la salle, le murmure devint un grondement. Il essayait d’éviter les dizaines de regards qui se portaient sur lui, mais ce n’était pas évident. La presse l’avait surnommé le « Keith Richards du poker », à cause de son charisme digne d’une star du rock et de son allure d’adolescent attardé au corps maigrelet. Il avait toujours aimé qu’on le regarde, mais, cette fois-ci, c’était différent. Ce n’était pas exactement le genre d’attention dont il aimait se prévaloir : une certaine fascination morbide avait remplacé l’habituelle admiration de ses fans. Ceux qui le connaissaient semblaient magnétisés par sa personne. Quand on le regardait de près, toute trace de juvénilité avait disparu. Le visage de Stuey était livide, maladif, ravagé par des années d’addiction à la cocaïne et d’abus en tous genres. Une de ses narines était affaissée à force d’avoir sniffé trop de drogue, et on avait l’impression que sa peau se décomposait comme du vieux papier. Plus étonnant encore, il ne semblait absolument pas soigné : il n’était pas rasé, ses ongles étaient longs et sales, ses habits n’avaient pas dû être lavés depuis des semaines et il dégageait une forte odeur.

Pour un homme qui avait gagné plusieurs millions de dollars sur les tables de « cash-games2 » les plus chères de Vegas, cela devait être humiliant d’arriver dans une salle de poker dans cet état. Ses millions s’étaient évaporés, dilapidés dans des paris sportifs insensés ou dans sa consommation effrénée de drogue. Dans quelques heures, Jack McClelland, le directeur du tournoi des World Series of Poker, allait signifier le début de la 28e édition du championnat par son classique « Shuffle up and deal3 ». Et, à moins qu’il ne trouve quelqu’un pour lui payer le ticket d’entrée, Stuey n’avait plus qu’à observer ses pairs disputer la compétition depuis l’allée réservée au public.

En cette nuit qui précédait le tournoi principal du championnat, une certaine fébrilité régnait dans la salle de poker réservée aux tournois satellites. Tous ceux qui n’avaient pas encore leur ticket d’entrée pour le tournoi du lendemain tenaient là leur dernière chance de se qualifier pour cette messe annuelle du poker. Les joueurs qui avaient déjà acquitté leur droit d’assise de 10 000 dollars préféraient rester dans leur suite du casino Binion’s ou, en face, au Golden Nugget. Ils se reposaient, prenaient un bon bain chaud ou se faisaient masser, car ils savaient qu’ils allaient avoir besoin de toute leur énergie pour survivre dans ce marathon du jeu qui durait quatre jours pleins.

Ceux qui étaient encore assis aux tables des satellites étaient des malchanceux qui essayaient depuis plus de trois semaines de se qualifier en vain, et qui n’avaient pas la lucidité d’admettre leur échec. Ils voulaient poursuivre leur rêve jusqu’au bout, et étaient prêts à tout pour y arriver. Même s’ils réussissaient à gagner leur ticket, ils partaient avec un gros désavantage par rapport aux autres joueurs en arrivant exténués au tournoi ; comme si, le jour d’une course de trente kilomètres, certains devaient se qualifier en courant trois kilomètres pendant que les autres se reposaient tranquillement en attendant le départ. Les hommes (et les quelques femmes) présents ce soir-là partaient donc avec un sérieux handicap. Mais, malgré tous ces désavantages, mieux valait tout de même gagner son sésame pour la compétition, surtout pour un double champion du monde.

Stuey aperçut Billy Baxter qui se levait d’une table et lui fit un grand signe. Baxter était un bon vivant du Sud des États-Unis, spécialiste du poker lowball4. Il avait gagné tant de bracelets5 en championnat lowball (six au total) qu’un joueur avait surnommé ces compétitions « tournois de charité pour Billy Baxter ». Étrangement, Baxter n’avait jamais joué au main event des World Series of Poker et, ce soir-là, il venait de se qualifier et de financer son ticket de 10 000 dollars en gagnant son satellite d’une table à 1 050 dollars. Il était donc l’heureux possesseur du ticket magique qui lui permettrait de participer au tournoi principal, et semblait fort logiquement de bonne humeur.

« Hé, Billy, lança Stuey en s’approchant de lui. Lyle m’a lâché. Ça te dirait d’être l’heureux élu qui me financera le tournoi de demain ? » La voix de Stuey était celle de tous les types du Lower East Side de New York : gutturale, saccadée, rappelant celle de Mugsy, de l’ancien clan mafieux des Bowery Boys. Stuey venait d’évoquer Lyle Berman, un homme d’affaires multi-millionnaire qui allait plus tard (en 2002) intégrer le Poker Hall of Fame6, notamment grâce à son implication dans le World Poker Tour pour la chaîne de télévision Travel Channel. Berman avait plusieurs fois financé Stuey par le passé, mais ce dernier n’avait jamais eu de bons résultats à ces occasions, même quand il était au meilleur de sa forme. Vu l’état actuel de Stuey, Berman avait fait savoir qu’il ne l’aiderait pas.

Baxter avait eu plus de chance avec Stuey lors de ses précédentes expériences, même si, en 1990, il avait dû faire face à ses problèmes d’addiction : Stuey était tellement drogué qu’il avait oublié de se rendre aux deux dernières journées de compétition des World Series. Baxter, qui était un homme d’affaires avisé et un parieur sportif professionnel, se considérait à juste titre comme l’ami de Stuey. Cette amitié avait compliqué leur relation. « J’aimais beaucoup Stuey, a confié Baxter. Et j’ai toujours essayé de l’aider quand je le pouvais. »

Cette nuit, même s’il venait juste de gagner son droit d’assise pour le main event, Baxter était mal à l’aise : Stuey avait l’air en très mauvais état, il était difficile d’imaginer que le Kid pourrait tenir ces quatre jours de compétition, et encore moins gagner le tournoi. Baxter n’était pas du genre à jeter son argent par les fenêtres.

« Tu sais, Stuey, j’ai perdu pas mal ces derniers temps en paris sportifs, lui dit-il. Essaye avec quelqu’un d’autre. Il doit bien y avoir un type dans la salle qui sera prêt à te financer ton ticket. »

Cela aurait été vrai à la grande époque du joueur, mais plus maintenant. En regardant les visages des gens présents dans la salle, Stuey se rendit à l’évidence : il n’était plus un sujet d’admiration mais de commisération, ou même de raillerie. Il tourna les talons et quitta le casino. Personne ne sait où il est allé ce soir-là, mais il a trouvé assez de dollars pour se payer sa dose de crack. À minuit, dans une chambre miteuse du quartier le plus dangereux de Las Vegas, il s’accrochait à sa pipe à crack pour oublier les affres de sa descente en enfer.

À ce moment précis, qui aurait imaginé que Stuey renaisse de ses cendres et qu’il remporte le titre de champion du monde quatre jours plus tard au Horseshoe, effectuant ainsi un incroyable come-back ?

 

 

1. Tournois peu onéreux qui qualifient le gagnant à un grand tournoi et lui permettent de payer les frais d’inscription.

2. Partie de poker où l’on peut s’asseoir ou repartir à tout moment.

3. Expression habituelle utilisée pour lancer un tournoi de poker. Littéralement : « Battez les cartes et distribuez-les. »

4. Variante du poker populaire aux États-Unis dans les années 1970-1980.

5. Chaque vainqueur d’un tournoi de championnat du monde de poker reçoit, en plus du prix, un bracelet symbolisant sa victoire.

6. Panthéon des joueurs de poker : grand mur, à Las Vegas, où figurent les photographies des grands champions de l’histoire du jeu.

2.
Profession : bookmaker
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