Kurde, journaliste et libre

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"Quelles difficultés rencontrent les Kurdes pour accéder à une reconnaissance internationale de leur territoire, de leur souveraineté nationale, de leur identité et de leur culture ? Les Français ignorent tout du peuple kurde et des relations difficiles qu'il entretient avec l'Irak, la Syrie, la Turquie et surtout l'Iran. Ce témoignage répond à ces questions et nous présente les contes, légendes et croyances qui ont bercé l'enfance d'un Kurde et qui illustrent si parfaitement la richesse de sa culture." (Bernard Kouchner)
Publié le : dimanche 6 septembre 2015
Lecture(s) : 11
EAN13 : 9782336388786
Nombre de pages : 264
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Kurde, journaliste Kurde, et libre
Wirya
Mythes, guerres et amours jjjjournaliste ournaliste ournaliste ournaliste Rehmanyd’un peuple meurtri
et libreet libreet libre
« Quelles dif cultés rencontrent les Kurdes pour
accéder à une reconnaissance internationale de leur
territoire, de leur souveraineté nationale, de leur identité Mythes, guerres et amours
et de leur culture ? Les Français, en grande majorité,
d’un peuple meurtriignorent tout du peuple kurde, de l’existence de sa patrie,
le Kurdistan et des relations dif ciles qu’il entretient avec
Mémoires
l’Irak, la Syrie, la Turquie et surtout l’Iran.
Dans ce témoignage vivant et intéressant vous
trouverez des réponses à ces questions mais aussi
les contes, les légendes et les croyances qui ont bercé
l’enfance d’un Kurde et qui illustrent si parfaitement la
richesse de sa culture. »
Bernard Kouchner,
ancien ministre des Affaires étrangères
Wirya Rehmany, né en 1980 au Kurdistan iranien,
a travaillé plusieurs années au Kurdistan irakien en
tant que journaliste. Il est l’auteur et traducteur de
15 livres traitant de l’histoire kurde et notamment
de la politique des Etats-Unis envers les Kurdes.
Son dernier livre, Dictionnaire politique et
historique des kurdes est publié par les éditions
de l’Harmattan (2014).
Illustrations de couverture de l’auteur. ISBN : 978-2-343-06847-3
Prix : 26 € Graveurs de MémoireG Série : Récits de vie / Asie OccidentaleGraveurs de Mémoire
Cette collection, consacrée essentiellement aux récits
de vie et textes autobiographiques, s’ouvre également
9 782343 068473aux études historiques.
Wirya Rehmany
Kurde, journaliste et libreKurde,journalisteetlibre
Mythes,guerresetamours
d’unpeuplemeurtri
Mémoires
111111111111Graveurs de mémoire

Cette collection, consacrée à l’édition de récits de vie et de
textes autobiographiques, s’ouvre également aux études
historiques. Depuis 2012, elle est organisée par séries en
fonction essentiellement de critères géographiques mais
présente aussi des collections thématiques.


Déjà parus

Lab (Manon), L’Alsace en héritage, Histoire d’une famille, 2015.
Ayme (Maurice), À l’école du bonheur et de la réussite, La révolte
d’un « fossile » du primaire, 2015.
Rieuf (Armelle), N’oublie pas d’aller chercher Armelle, Du
NordPas-de-Calais à la région parisienne : le chemin d’une vie, 2015.
Delfau (Mireille), Résistante un jour, Résistante toujours. Paulette
Fouchard-Ayot ou la vie d’une femme de l’ombre, 2015.
Milan (Jean-Pierre), Vol à voile, chemin d’aventures, En planeur
avec un inconditionnel du ciel, 2015.
Firth (Alan), Le petit Anglais de Béthune, En séjour chez les autres,
2015.
Rébut (Jean-Louis), Atout-Chœur, Un demi-siècle de direction
chorale, Entretiens avec Jacqueline Heinen, 2015.
Dhejju (Léonard), Fleuris là où Dieu t’a semé, Histoire d’une vie,
2015.
Rudigoz (Charly), Lili à Alger, Une jeune prof dans une ville en
guerre (1961-192), 2015.
Guidon (Frédéric), Chronique d’un professeur de Lettres, 2015.
Covas (Madeleine), Paroles de prof…, 40 ans dans l’enseignement
privé, 2014. WiryaRehmany
Kurde,journalisteetlibre
Mythes,guerresetamours
d’unpeuplemeurtri
Mémoires
11111111111111© L'HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06847-3
EAN : 9782343068473Celivre estdédiéà mon paysd’accueil,
la France,à laquelle jedoisbeaucoup.
111111111111111Préface
Depuis 2010, je vis en France. Elle ma offert lasile
politique car j ai dû fuir lIran, le pays de mes racines et
ma famille. Les Français que je rencontrais me posaient
toujours les mêmes questions. Elles me semblaient
étrangesaudébut: 111
- D’où viens tu? Je n’ai jamais entendu parler du
Kurdistan.C’estoùleKurdistan?
- Pourquoinepeux turentrerenIran?11
-es turéfugiépolitique?11
Répondre à ces questions en quelques phrases n était pas
facile, à commencer par expliquer ma situation en tant
que Kurde a mes interlocuteurs français, quelle était ma
situation en tant que Kurde, … Aussi, j’ai pensé que la
meilleure façon de témoigner, était d’écrire une
autobiographie qui expliciterait à la fois mon parcours
personnel et en partie celui des Kurdes, et plus
précisémentdesKurdesd’Iran,carleurhistoireestencore
moins connue que celles des Kurdes d’Irak et surtout des
KurdesdeTurquie.11
Au récit détaillé de ma vie j’ai préféré évoquer la culture
et l’identité de mon peuple. J’ai essayé dans ces mémoires
de relater les événements vécus avec la plus grande
neutralité et sans exagération. J’ai contrebalancé les
souvenirs positifs et négatifs, tout en montrant
l’ambivalence de tous les protagonistes dépeints (mes
parents, le village de mon grand père, la prison, les
services secrets). Vous trouverez en annexe, un
dictionnaire pour une meilleure compréhension des
principaux événements historiques et politiques. J’espère
9
111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111,111111111111111111111ainsi permettre aux lecteurs de se forger leur propre
opinion.
Enfin je remercie particulièrement mes amis de
lassociation Le Rocher Oasis des Cités pour leurs relectures
vigilantes et avisées, et 11 Gilles Le Dilhuidy pour les
photographies et la cartographie, et tous ceux qui ont
rendu ce livre possible par leurs encouragements et leur
confiance.
Toutes vos remarques seront les bienvenues à l’adresse e
mailsuivante:arbaba380@gmail.com
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11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,1111111Leschansonsdouces
ettristesdemamère
11111111Jesuisnélanuitdu17août1980,unenuitaffreusedurant
la guerre, dans une petite ville montagneuse du nom de
Bayengan, au Kurdistan dIran. Cest une ville proche
dela frontière entre lIrak et lIran. Lambiance de la
guerre entre lIran et lIrak (1980 1988) dominait toute la
ville et la région. La nuit de ma naissance, ma mère était
1seule.Monpère,quiétaitalors Pasdar ,avaitétéenvoyéà
Pavé (situéeà 25kilomètresdeBayengan)pourcombattre
2lesPeshmergasduPDKI quiassiégeaientlaville.
Ma mère avait mis au monde quatre fils avant moi. Elle
les avait appelés Nabi, Jalil, Jabar et Mehdi. Elle avait
accouché seule, à la maison, loin de lhôpital et sans sage
femme. Cétait elle qui avait coupé le cordon ombilical,
pour chacun de nous. Cest peut être à cause du manque
dhygiène lors de laccouchement et de labsence de suivi
médical du nouveau né que Jalil, Jabar et Mehdi étaient
morts avant ma naissance et Nabi, quant à lui, devait
décéder quelques années plus tard. Mais comme toutes
1 Pasdar 11 renvoie aux membres militaires ducorps des Gardiens
de la Révolution islamique dIran qui combattent les
Peshmergasetla causekurde, dans les provinces kurdes dIran.
Pour plus dexplications sur le terme Pasdaret
Peshmergaveuillezvousréféreraulexiqueàlafindelouvrage.
2 Parti Démocratique du Kurdistan d’Iran. Pour plus
dexplications veuillez vous référer au lexique à la fin de
louvrage.
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1111111111,1111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111,,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111
11les autres femmes de la région, ma mère croyait que
Shavahluiavaitvolésesenfants.estunêtrelégendaire,énorme,toutnoir,sansbras
ni jambes, de grande taille, maigre, horrible, avec des
seins énormes jetés par dessus ses épaules qui, selon les
croyances populaires, au moment de laccouchement
emporte lâme du nouveau né. Il sélève de la terre
jusquaux nuages et possède deux yeux qui brillent
lugubrement sur son front. Shavah arrache le cœur et les
poumons de l’accouchée, les porte à la rivière pour les
laver. Si cela se fait la femme mourra. Pour chasser
Shavah 11 on déclenche une fusillade tout autour de la
femme. Pour la même raison, le feu ou la lumière sont
maintenus toute la nuit et on monte la garde à tour de
rôle, pour empêcher la venue du Shavah. Si
laccouchement est difficile on tire les oreilles de la
femme, on hurle son nom à son oreille, en la suppliant de
revenir à elle, en disant que son frère ou un visiteur est
venu prendre de ses nouvelles. Si elle sévanouit, on tire
uncoupdefusilpourqu’ellereprenneconnaissance.
Un nom est donné à lenfant par les femmes réunies en
conseil chez la femme accouchée. Le mari na ni le droit
de choisir le nom de lenfant ni de rester chez lui pendant
laccouchement. Quand la mère est renommée pour son
intelligence ou sa beauté, on ajoute son nom à celui de
l’enfant, afin de révéler la notoriété de la mère. Après
deux ou trois jours, toutes les femmes viennent déposer
de l’argent sous la tête du bébé couché dans son berceau.
Pour préserver l’enfant du mauvais oeil, des méchants
esprits et autres malheurs, les talismans sont considérés
comme un moyen efficace. On sefforce de placer le
nouveau né dans un berceau en bois et on accroche des
vœux écrits sur des bouts de papier et des chapelets au
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11dessus de lui. Ainsi, et ce fut mon cas, larrière de la tête
des bébés saplatissait tant elle était fortement attachée à
l’oreiller. Quand on sort de nuit un enfant, pour le
défendrecontrelesespritsmalinsquirodentnuitamment,
les femmes piquent des aiguilles dans le col de l’enfant et
répètent quelques mots sans arrêt pour éloigner les
mauvais esprits. En guise de talismans, on accroche à son
épaule une prière cousue dans un chiffon noir de forme
carrée, une coquille et une perle de verroterie. Pendant 45
jours on ne lave pas le nouveau né. Après 45 jours, on
fend leau de la rivière avec un poignard avec lintention
dechasserleShavah.
Lorsque je suis né, on ma attribué lacte de naissance de
Jabar,quiétaitnédeuxannéesavantmoi(le23septembre
1978) et mort quelque mois avant ma naissance. Sa pièce
didentité était toujours valide. Javais donc deux ans le
jour de ma naissance! L’état iranien n’accepte pas les
noms kurdes pour les déclarations d’état civil, c’est
pourquoi mes parents furent obligés de donner
officiellement à leurs enfants des noms non kurdes. Mais
dans la sphère familiale, les enfants étaient désignés par
un patronyme traditionnel kurde. Ainsi, mon prénom
officiel est Jabar et mon prénom privé Wirya, qui signifie
braveetmalin.
A cette époque, les parents modifiaient lannée de
naissance de leurs enfants. Ils essayaient de faire en sorte
que leurs fils soient officiellement plus jeunes, afin quils
aillent au service militaire un peu plus tard que lâge
obligatoire. Dans le cas des filles, il sagissait de leur
ajouter quelques années de plus sur lâge enregistré par
létat civil, afin quelles puissent se marier plus tôt. Mon
père a en réalité dix ans de plus que lâge inscrit sur sa
pièce didentité. C’est à dire quau moment de ma
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son âge réel était de trente sept ans. Ma mère avait trois
ansdemoinsque lâgeinscrit sursacartedidentitéetson
prénom avait été enregistré de manière erronée: on lui
avait donné le prénom de sa propre mère. Autrement dit,
ma mère sappelle Golchane et ma grand mère sappelle
s pièces didentité respectives, leRochane mais sur leur
prénom Rochaneest inscrit pour ma mère et Golchane,
pourmagrand mère .
A cette époque, en milieu rural, les médias, les chaînes de
télévision et même les livres11n’existaient pas; les mères
analphabètes (comme ma mère) n’ayant aucune
connaissance musicale ou littéraire, chantaient des
berceuses à la11 mélodie douce et agréable, pour endormir
leurs enfants. Dans ce contexte sociologique particulier,
les berceuses expriment la douleur en paroles et rythmes
musicaux. Elles font partie de la littérature orale, le
folklore, les traditions, les usages anciens, les croyances
ethniques et religieuses constituent les fondements de
l’identité culturelle du peuple, remplis de leçons
provenant de l’héritage des expériences passées. Les
mères apprennent à leurs enfants à comprendre les
secrets de la nature et des différentes saisons de l’année,
et à regarder les oiseaux qui volent allégrement sur la
plaine,enespérantqueleursenfantsconnaissentlaliberté
qu’elles n’ont elles mêmes jamais connue. Pour leur
apprendre, au sein de la nature, les secrets d’un autre
modedevie:
Jechanteuneberceusepourmonenfantchéri111
ressertescheveuxPourqueleventdunordvienneca
Jechanteuneberceusedufonddemoncœur
Pourquemonenfants’endormesurun oreillerdefleurs
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Unecaravanejoyeuseetpleinedecouleursarrivedeloin
Tuesvenupourassisteràunmariage
Etpourdonnerundouxbaiseràtamère
ÔDieu,parl’amourdumontChaho,
Quetesyeux nesoientjamaissombres.
Dorsmon enfantchéri,dors!
Queledésert etlaplainesoienttondouxoreiller
Fermeun momenttesdouxyeuxsurcemonde
Tueslalumièredemesyeux,l’âmedemoncorps
Tuescequej’aideplusprécieuxaumonde
Dorsmon enfant,tuferasbientôtunbeauvoyage
Ettuserasguidéparlesailesdesanges
Dorsmon enfant,ilesttroptard
Lanuitestténébreuse etlemondeest aussidurquelapierre
Tuescommelebasilicquipousseprèsduruisseau
Etsanstoi,lemonden’est qu’unmirage
Jeteplaceraidansunpalanquin
Pourteprésenterauprince
Auprincej’offredoncunejoliepetitefille
Jemesuisinstalléedevantlademeuredesvieux 11
Jeprendston berceauetjeleplace
Danslamontagne,àl’ombredespalmiers.
Dors,monenfant,dors!
Je prends ton berceau et je le place à l’ombre des saules
pleureurs
Pourquetuapprennescequ estunsaulepleureur
Etcequeveutdirepleurer
Jeplaceraitonberceaudevantlesouffledesvents
Pourquetuconnaissesleventdunord
Pourquetulasolitudedanslamontagne
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Dors,monenfant,dors!
Dorsfaceau ventduChamal
Apprendsàêtreàvivredanslachaleurdel’été
Apprendsàvivretoutseuldanslefroiddelamontagne
Apprends,monenfant,apprends.
Lavie,c’estcela
C’estcela,lavie
Calme toi!Dorsbien,monenfant!
Quetousleshonnêtesgensprientpourtoi!
Je suis l’objet des reproches et des calomnies des amis et des
ennemis
Tuesmaforce,mavie
Tuseraslaseuleàresteravecmoi,quandjeseraivieille
3Jesollicitedoncl’aideduKosayHajij
Lorsquejetecontemple,
Moncœurseremplitd amour
Dorstendrement,dorsdanslecalme
Montendrebambin,grandisvite
Devienslesoutiendetonpère
Grandisvite,deviensunhommeintrépide
GardenotreMondeNouveau
Dors,monenfant,dors!
Dorstendrement,dorsdanslecalme
Lesétoilesontparu,lalunes estlevée
Dormenten silencemontagnesetrivières
Dorstendrement,dorsdanslecalme
3 KosayHajijestunpersonnagesaintcheznous.
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Tamèreveillesurtoi 1111
Nerestepaséveillé,celanetevautrien maintenant!
Sachequeton berceauestpourtoiuntrésor!
Tuesjolicommetourterelleetagnelet !
Jechanteuneberceusepourt’endormir
indetoiPourquelemalsoitlo
Jesollicitelesvieuxdervichespourquetuviveslongtemps
Pourquetudeviennespère etgrand père
JesollicitelevieuxSageduKosayHajijpourqu’ilteprotège
Dors,monenfant,dors!
Jechanteuneberceusepourt’endormir,
Surunoreillerdeplumesd’oie
Jetelangepeut êtreunpeutropfort
C’est pour que tu n’aies pas peur plus tard des menottes et des
chaînes
Dors,monenfant,ilesttroptard
Tapatrieestenvahie,elleestentrelesmainsdel’ennemi
Jetenourrisdemonlait,pourquetulibèrestapatrie
Tueslepapillonblancdemonjardinfleuri
Dorssanscraintedansmesbras
QueDieuteprotègeetquelesangesducieltebercent
Jesouhaitequetunesoisjamaistristedanstavie
Dors,monenfant,dors!
Tamèresoittonsacrifice!
Tueskurde, habitantdesmontagnesetdesmarcheslointaines,
Tueskurde, ettuesseuletsansaidecommetouslesKurdes
Jesouhaitequetusoisuncombattantcommetoustesaïeux
Jet’élèveetjeveuxquetunesoisjamaispeureux
Il faut que tu sois sage, éduqué et courageux comme ton
nom,Wirya11
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ettebattrecommeunlion
Quetun’aiespeurnidetebattrenid’êtrecapturéparl’ennemi
Lemondequitourneestpleindehaine
Nousn’avonspasd ami,notrecœurestblessé!
Dors,monamour,dors
Larouedudestinestcommelevent
Siellenetournepasmaintenant,Dieuestmiséricordieux!
Viendralejourdubonheur,Dieuestgénéreux!
Etréveille toidemainpourcrierlechantdelaliberté. 11
Dorsmon enfant,dors!
Dorsmondors!
Dorsmon enfant,dors!
Javais donc cinq ans au moment dentrer à lécole
primaire!Monjeuneâgemacausébeaucoupd’ennuis.Le
jour des inscriptions, le directeur de lécole a dit à ma
mère que jétais trop petit et que je ne ressemblais pas à
un enfant âgé de sept ans. Ma mère lui raconta les
tragédies quelle avait endurées et réussit à le convaincre
de minscrire. Les premiers jours de lécole furent pour
moi un véritable cauchemar. Mes camarades, qui avaient
deux, voire trois ans de plus que moi, se moquaient de
mon physique chétif et me frappaient souvent. Moi, je ne
pouvais rien faire dautre que de pleurer. Cest pourquoi
je fuyais lécole. Ma mère my envoyait de force et
m’accompagnait parfois elle même. Jétais bien connu
pour cela dans toute lécole. Un jour, elle sétait fâchée
contre moi devant les autres écoliers et mavait crié «
Regarde! Personne dautre ne vient à lécole avec sa mère,
quest ce que je vais faire de toi? ». Ensuite, elle avait
enlevélunedeseschaussurespourmefrappersurlatête,
ce qui me fit saigner.11 Le directeur soigna mes blessures.
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111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111Javais un niveau très faible en classe. Jétais peut être le
dernier de la classe. Je ne sais pas comment jai pu passer
en deuxième et même en troisième année de primaire. A
partir de la troisième, et notamment de la quatrième
année, jai fait quelques progrès mais jusquà la deuxième
annéedecollège,jenétaisguèretravailleur.
Quinze minutes avant d’entrer en classe, nous devions
nous soumettre à un cérémonial immuable, rituel
obligatoire en Iran pour tous les élèves de la maternelle
aulycée.D’abordonlisaitquelquesversetsducoran.Puis
on répétait à plusieurs reprises les slogans suivants; Dieu
protégez la révolution islamique! A bas les ennemis de
l’imam Khomeini! A bas les Etats Unis! A bas Israël.
Pour terminer, le directeur examinait la longueur de nos
ongles et de nos cheveux et frappait de sa canne en bois
ceuxquilesavaienttroplongsàsongoût.
Un avion avait déjà bombardé une école à Pavé. Cela est
devenu un bon prétexte pour échapper à lécole. Dès que
lon entendait un bruit d’avion, on sortait de lécole et on
rentrait chez soi. Beaucoup denseignants avaient été
exilés à Bayangan par l’institution éducative, pour les
punirdescrimesqu’ilsavaientperpétrésdanslaville.Ces
enseignants ne connaissaient ni notre langue, ni la culture
de notre région. Ils n’étaient pas animés par la motivation
de bien enseigner. Ils se présentaient en cours un jour par
semaine. Les habitants les considéraient comme des
prophètes et les respectaient mais pour les écoliers ils
ressemblaient davantage à lange de la mort. Ils
trouvaient toujours le moindre prétexte pour nous
frapper même sans motif. Par exemple, si nos ongles
étaient longs ou s’ils nous voyaient traîner dans les rues,
le lendemain, à lécole ils nous battaient violemment. Si la
famille de lenseignant possédait des chèvres ou des
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une menuiserie, il nous obligeait à couper des branches
d’arbre, lenseignant boulanger nous forçait à pétrir des
pâtes et l jardinier à faire du jardinage. Et
nous, nous acceptions ces tâches avec plaisir pour
séchapper de lécole. Les élèves qui navaient pas réussi
leur année scolaire apportaient du yaourt ou de lhuile en
échangedeleurpassagedanslaclassesupérieure.
Les élèves issus de la famille d’un martyr, étaient logés
confortablementcar la République islamique prenait
grandsoindeleur alimentationetdeleurs vêtements. Les
élèves dont le père était Pasdar, comme le mien,
occupaient des appartements plus modestes et les élèves
des familles de Peshmerga menaient une vie bien plus
difficile. Létat avait saisi leurs propriétés et ils navaient
aucun moyen pour se procurer de largent. Nous avions
une voisine dont le mari Peshmerga11 avait été tué. Ses
deux enfants, un fils et une fille étaient scolarisés et
n’avaient qu’une paire de chaussures usées à se partager.
Le garçon allait à lécole le matin et la fille laprès midi.
Quand le garçon rentrait à la maison, il donnait les
chaussures à sa sœur qui les enfilait pour se rendre en
classe. Si le garçon rentrait tard, la sœur arrivait à lécole
en retard. Avec les larmes aux yeux, leur mère regardait
le ciel et disait :«oh! Dieu! Ce nest pas ma faute si mon
mari était Peshmerga, pourquoi suis je tellement
misérable? ». Mais quelques minutes après, elle effaçait
ses larmes en disant : « le sang de mon mari na pas été
versé pour rien, il arrivera un jour où tout le monde
souhaiteraconnaitrelamêmeviequemesenfants».
Mes parents étaient tous deux illettrés et traditionalistes.
Ils étaient divorcés de leur conjoint précédents et
portaient les douleurs des échecs de leur existence. Leur
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pas supporté une nouvelle séparation, surtout dans une
société fermée et traditionnelle, où le divorce nétait pas
dans les moeurs. Ma mère disait toujours: « On ma
forcée à me marier avec quelquun dont je ne voulais pas,
que je naimais pas, mais pourtant merci! Cest mon
destin. On ne peut guère changer le destin, le malheur
prédéterminé ne se change jamais en bonheur. La vie est
pleine de chagrin ». Ma mère avait un caractère effacé et
las. Elle ne travaillait pas mais elle détestait les tâches
ménagères, surtout la cuisine. Dès le coucher du soleil,
elle sendormait et se réveillait très tôt le matin. Elle
portait le pantalon masculin kurde au dessus de ses
vêtements féminins et se rendait au jardin situé devant
chez nous, où elle jardinait jusquà midi et chantait
souventàhaute voixcettechansontriste:
Ôautomne,cherautomne,agréableautomne
Ôjeunemariéblond
Moijesuiscommeunejeunemariéevêtuedenoirettuesflétri
etboudeur
Nousavonsdoncmêmedouleur111
Noussommesuneseuleâmedansdeux corps,
Commelapoésieet(de)lamusiquedansunechanson
D oùvienttonjaunissement?
MonJaunissementvientdel éloignementdemonamour
Tabrisefroide 11 danslamontagneadécouragémonamour
enversmoi
Aulieudelaloyauté,tu 11 m’asapportéladéloyauté
Ôautomne,cherautomne,agréableautomne
Monamour,pauvreamour,malheureuxamour,pourquoin’as
turienditdurantlecampementd’été?
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11Ilfautquedesfleursselèventàlaplacedesfleurs
Aujourd’hui l’automne est venu, voici le moment des adieux,
lestentesvontsedisperser
Leméchantafrappédubâtonmespoignetsornésdebracelets
d’or,
Simonbien aiméétaitvenuduhautpaysilmefaudraitlui
envoyerunheureuxmessage
Moncœurest triste,ilestpleindemélancolie.
Ôautomne,cherautomne,agréableautomne
Maismon cœurestunprintempsderoses
Jen avaisqu unseulcœurpleindemisèreetdetristesse:
Maisnous,lespauvresetlesfaibles,ôautomne,
Nous,dontlesjourssontpleinsdedoutesetd erreurs,
Nousmarchons,égarésdansledésertdelavie,
Pourtrouvercraintesetinquiétudesenquelquelieuquenous
allions,
Etplusquenousn avionslaissédanslelieuprécédent!
Nosjourss écoulentjusqu àlamort
Enquestionsoudanslessoupirsetleslarmes
Çasuffitcruauté,angoisse ettrahison!
Çasuffit!
Çasuffit!
Çasuffit!
Cette chanson folklorique reflète les croyances, les
aspirations et surtout le cri étouffé d’une femme
opprimée par les injustices et les inégalités sociales. C’est
l’expression d’une protestation discrète – cantonnée à la
plus stricte intimité de la maison – contre la fatalité d’un
destin marqué par l’injustice et la difficulté d’une vie
pleine de douleurs et de privations.11Une autre chanson
demamère:
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Maisnelatordspasaveclespinces
Nelaposepassurl enclume
Nelafrappepasaveclemarteau
Et,parlepouvoirdeDieu,tun auraspasàt enrepentir!
4Tesyeuxsont feuetlumière,SemblablesauxsourcesdeMihar
Tubondiscommelejeunefaondelagazelle
Chérie,àsoupireraprèstoi,jememeurs111111
Qu arrivelesommeil,viensm apparaître
Vienspourqu oncontracteunengagement
Toisuruneboucled oreille,moisurun poignard
Viensquejeposelesmainssurtoncoud or
Jeteferaitafleurd or
Sanslatordreaveclespinces
Sanslaposersurl enclume
Sanslafrapperaveclemarteau
Viens,neparspas,nem oubliepas
Et,parlepouvoirdeDieu,jen auraipasàm enrepentir
JejuresurlenomdeDieu tueslabrocheetmoilerôti
QueDieufassedemonâmelesacrificedelatienne
Quelesyeux duDiableetdessemeursdediscordes éloignent
Ômapauvrette,faismoilagrâced un baiser
Situmedonnesunepairedebaisers!Jetedonneen échange: 111
Septtroupeauxdebrebis,
Septdechèvres aupoilfrisé,
Septlopinsdeterre,
Septmoulins,
Septchâteaux
C estbonmarché,c estpourrien...
L amours épanouitavecdescaresses:
4 Mihar est une plaine où lon laisse paître le bétail, dans les
régionsmontagneuses.
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