L'autre version de la crise centrafricaine

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La bipolarisation de la crise centrafricaine en conflit "chrétiens versus musulmans" détourne l'attention du monde sur les origines, la vraie nature et les auteurs instigateurs de ce drame. Cet ouvrage allume les projecteurs sur tous ceux qui ont joué une partition non négligeable dans ce mélodrame. Autant d'éléments qui permettront au lecteur d'avoir une vision panoramique de la guerre en Centrafrique. Cet ouvrage, c'est aussi la guerre racontée par les témoins oculaires et le regard d'un journaliste sur le traitement de l'information en période de conflit.
Publié le : mardi 1 septembre 2015
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EAN13 : 9782336390161
Nombre de pages : 140
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JohnnyVIanneyBISSAKONOU
L’autre version de la crise centrafricaine
POINTS DE VUE
L’autre version de la crise centrafricaine
Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen Dernières parutions Léonard MESSI,Les sept péchés capitaux du régime de Biya, 2015. Karfa Sira DIALLO,Sénégal-France, Mémoires d'Alternances inquiètes, 2015 Moussa SANON,Blaise Compaoré ou la fin non-glorieuse de « Monsieur Bons offices », 2015 Jacques SOM,Non, l’Afrique Noire n’est pas maudite !, 2015. Mohamed AMARA,Le Mali rêvé, 2015. Jérôme KABLAN BROU,L’autre Côte d’Ivoire ou l’alter-émergence. Élections présidentielles 2015, 2015. Roger KAFFO FOUKOU,Eduquer pour une mondialisation humaniste, 2015. Albert MOUTOUDOU,L’hypothèse panafricaniste, 2015. Martin KUENGIENDA,L’Afrique est-elle démocratisable ?,Constitution, sécurité et bonne gouvernance,2015. SHANDA TONME,Conflits d’éthiques et crises des relations internationales, 2015. Jules DJOSSOU,Chroniques politiques béninoises. Autopsie d’une démocratie en berne, 2014. Jean-Bosco Germain ESAMBU MATENDA,Conflits identitaires et enjeux économiques internationaux dans la région des Grands Lacs,2014. Serge TCHAHA et Christophe DEGAULE,Le lion’s spirit,2014. SHANDA TONME,La presse en accusation. Soupçons sur un pouvoir au-dessus de tous les pouvoirs, 2014. Armand SALOUO,Vaincre la corruption en Afrique, la solution patrimoniale,2014. Jonas SILIADIN,Togo, démocratie impossible ?,2014. Daniel NKOUTA,La question nationale au Congo-Brazzaville, 2014. Georges MAVOUBA-SOKATE,La construction d’une conscience nationale au Congo par les musiciens, 2014.Martine et Jean-Pierre VERNIER – Élisabeth Zucker-Rouvillois,Être étranger en terre d’accueil, 2013. Grégoire LEFOUOBA,Curriculum vitae du Congo, Rive Droite, 2013.
Johnny Vianney Bissakonou L’autre version de la crise centrafricaine
© L'HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06911-1 EAN : 9782343069111
Introduction
1 Le 24 mars 2013, la Seleka , une coalition de groupes armés qui sévissait dans le nord de la Centrafrique renverse le régime du Général François Bozizé avec l’appui de milices tchadiennes et soudanaises.
Michel Djotodja, le nouvel homme fort de Bangui n’arrive pas à restaurer la sécurité dans le pays. Neuf mois durant, les éléments de la Seleka commettent régulièrement des exactions sur la population civile.
Entre temps une milice d’autodéfense dénommée « anti-2 balaka » se constitue dans l’arrière-pays et attaque fréquemment les positions et les convois de la Seleka.
Le 5 décembre 2013, la milice anti-balaka récupérée, armée et structurée par les anciens dignitaires du régime de Bozizé attaque la capitale Bangui pour tenter de reprendre le pouvoir. Leur raid a fait une centaine de victimes dont plusieurs civils musulmans.Mais cette tentative de putsch échoue.
Les représailles de la Seleka sont sanglantes : des milliers de personnes se réfugient à l’aéroport international Bangui-
1 Seleka : Signifie « Alliance » en sango, langue nationale de la Centrafrique. 2 Anti-balaka : Anti (diminutif d’antidote) et balles AK (balles des armes AK47). Avec des fétiches ils s’imaginent immunisés contre les balles des AK47 et combattent avec des machettes et autres armes blanches. Balaka signifie machette en sango(d’où la déformation de balles AK en balaka»).
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M’poko sous la protection de l’armée française, au Monastère et dans différents camps dans la capitale.
Le lendemain, 6 décembre, l’Organisation des Nations-Unies donne mandat aux forces françaises d’intervenir pour empêcher une situation qualifiée à l’époque de « prégénocidaire ». Les militaires français commencent à désarmer quelques rebelles Seleka qui, des mois durant, ont semé la terreur dans le pays. Au fur et à mesure que ces derniers sont désarmés, ils sont livrés à la vindicte populaire. Une partie de la population veut se venger d’euxet leur faire payer les forfaits qu’ils lui ont fait subir durant tous ces mois, mais elle s’en prend également dans certains cas aux civils musulmans qu’elle assimile aux Seleka.
Le chaos s’installe. Michel Djotodja, lors d’un sommet extraordinaire à Ndjamena au Tchad est contraint à la 3 démission par ses pairs, chefs d’État de la CEMAC . Il s’exile au Bénin, et certains Généraux de la Seleka se retirent dansle nord avec tout leur arsenal deguerre. Des centaines de musulmans sont massacrés dans la capitale. Ils sont périodiquement évacués vers le Nord où s’est repliée la Seleka. Des pays comme le Tchad ou le Sénégal affrètent des avions pour rapatrier leurs ressortissants.
Depuis, en dehors de quelques bases où certains éléments sont cantonnés à Bangui, presque tous les généraux de la Seleka retirés dans le nord menacent de partitionner le pays en deux et de fonder ainsi un nouvel État. Le même schéma se reproduit dans la capitale où la majorité de la population vit dans des camps de réfugiés, et où musulmans et non-
3 Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale.
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musulmans sont séparés. Le plus grand camp de réfugiés demeure l’aéroport Bangui M’poko surnommé « Ledger Plazza » (en référence au plus grand hôtel du pays), qui accueille jusqu’à plus de 150.000 non-musulmans. Les musulmans eux, vivent dans des enclaves, la plus grande est e celle du point kilométrique 5 dans le 3 Arrondissement de Bangui. S’ils s’aventurent en dehors du PK5,risquent ils d’être assassinés par les anti-balakas qui rodent dans la capitale, et vice-versa.Le PK5 est devenu un endroit où un non-musulman qui s’y aventure risque d’être assassiné par des éléments de la Seleka qui y sont encore présents.
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Épuration ethno religieuse, guerre de religion, pays quasiment partitionné. Les experts, les médias et autres observateurs, tentent chacun d’expliquer la crise centrafricaine à sa manière. Seulement, tous résument le conflit centrafricain aux seuls affrontements interreligieux, une vision manichéenne qui occulte les aspects essentiels du problème. Cette bipolarisation de la crise en conflit chrétien versus musulmans détourne l’attention du monde sur les origines, la vraie nature et surtout les auteurs instigateurs du drame centrafricain, responsables de milliers de morts qui échappent encore malheureusement à la justice et qui continuent de souffler sur la braise. Que s’est-il réellement passé en Centrafrique ? Que se passe-t-il en ce moment ? Existe-t-il encore des chances pour une sortie définitive de crise ? Autant de questions motivées par quelques anecdotes
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personnelles qui vous interpelleront autant qu’elles m’ont amené à réfléchir sur la nécessité d’apporter une version autre sinon complète de la crise en Centrafrique.
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En mars 2014, en tant que journaliste centrafricain et Coordonnateur médias de l’ONGInvisible Children en Centrafrique, je me suis rendu à Stockholm sur invitation de l’Ambassade de France à l’occasion de laJournée internationale des Enfants Soldats. J’étais accompagné de Yasmina Farber, une journaliste française qui avait réalisé un documentaire sur les enfants centrafricains kidnappés et transformés en soldats par la Lord Resistance Army de Joseph Kony. Je devais profiter de l’occasion pour sensibiliser la Suède sur la guerre en RCA, dans l’optique d’une participation à l’Eufor RCA (La Force européenne d’intervention en Centrafrique). Nous avions rencontré des parlementaires, des étudiants, des élèves et, accompagnés de l’Ambassadeur de France, nous avons eu le privilège avec l’actuelle ministre des Affaires étrangères Margot Walström et l’ambassadrice de la Suède aux Nations-Unies pour la protection des enfants d’animer une grande conférence qui a réuni près de 300 personnes. Pendant cette semaine riche en rencontres et en plaidoyers, j’ai publié une tribune sur la crise centrafricaine dans le célèbre journalSVD, et accordé des interviews à plusieurs médias suédois dont laSVT Playet laSveriges radio. En pleine interview pour cette station, la
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journaliste m’a posé une question inattendue qu’une autre journaliste m’avait déjà posée à Paris :
— Et vous Johnny, êtes-vous chrétien ou musulman ?
Quoiqu’interloqué par cette question, ma réponse était automatique :
— Je suis journaliste, Madame.
Un autre jour, alors que je mangeais dans un Kebab de mon ancien quartier, situé dans le XVe arrondissement de Paris, le vendeur s’est approché et m’a demandé sans préambule si j’étais sénégalais ou malien.
« Non, lui répondis-je. Je suis centrafricain. »
« Ah bon ? » il a automatiquement voulu savoir si j’étais chrétien ou musulman. Embarrassé, je lui réponds que c’est une question personnelle et qu’il est même possible que je ne pratique aucune religion. C’est alors qu’il se mit à déplorer le génocide perpétré sur les musulmans de Centrafrique, à me parler « guerre de religion » et « actes de cannibalisme. »
Ne trouvant rien à lui rétorquer, l’appétit coupé, je partis avec l’amère impression qu’il ne se demandait qu’une chose : à quel « camp » pouvais-je appartenir ?
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