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La maîtresse des mauvais élèves...

De
158 pages
Une enseignante, à la veille de la retraite, nous livre avec pudeur et émotion, une vision peu commune du monde de l'école. Oscillant entre le rire et les larmes, la peine et la dérision, elle n'hésite pas à nous dévoiler un peu de ces coulisses interdites que beaucoup ne franchissent jamais, car, nous dit-elle, "ah mes amis, si vous saviez ce qui se joue chaque matin, derrière ce portail de l'école où vous déposez, tous les jours, la prunelle de vos yeux avant d'aller gagner votre pain quotidien...".
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La maîtresse des mauvais élèves…

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13120-0 EAN : 9782296131200

Madeleine Khalifa

La maîtresse des mauvais élèves…

L’Harmattan

Graveurs de mémoire
Dernières parutions Jean PINCHON, Mémoires d'un paysan (1925-2009),, 2010, Freddy SARFATI, L'Entreprise autrement, 2010. Claude ATON, Rue des colons, 2010 Jean-Pierre MILAN, Pilote dans l'aviation civile. Vol à voile et carrière, 2010. Emile JALLEY, Un franc-comtois à Paris, Un berger du Jura devenu universitaire, 2010. André HENNAERT, D'un combat à l'autre, 2010. Pierre VINCHE, À la gauche du père, 2010, Alain PIERRET, De la case africaine à la villa romaine. Un demi-siècle au service de l'État, 2010. Vincent LESTREHAN, Un Breton dans la coloniale, les pleurs des filaos, 2010. Hélène LEBOSSE-BOURREAU, Une femme et son défi, 2010. Jacques DURIN, Nice la juive. Une ville française sous l'Occupation (1940-1942), 2010. Charles CRETTIEN, Les voies de la diplomatie, 2010. Mona LEVINSON-LEVAVASSEUR, L'humanitaire en partage. Témoignages, 2010, Daniel BARON, La vie douce-amère d’un enfant juif, 2010. M. A. Varténie BEDANIAN, Le chant des rencontres. Diasporama, 2010. Anne-Cécile MAKOSSO-AKENDENGUE, Ceci n’est pas l’Afrique. Récit d’une Française au Gabon, 2010. Micheline FALIGUERHO, Jean de Bedous. Un héros ordinaire, 2010. Pierre LONGIN, Mon chemin de Compostelle. Entre réflexion, don et action, 2010. Claude GAMBLIN, Un gamin ordinaire en Normandie (19401945), 2010. Jean-Pierre COSTAGLIOLA, Le Souffle de l’Exil. Récit des années France, 2010.

SOMMAIRE
C'est la rentrée des profs. .....................................................................9 Mardi 1er septembre ..........................................................................19 Un petit coup de « musique de nuit » sur mon portable ! ..................23 Je ressens enfin un sentiment de paix bien mérité !............................27 Il était une fois, une jeune et jolie femme. ..........................................33 L'été arriva… .....................................................................................43 La cour des miracles….......................................................................47 L'école à l'hôpital… ...........................................................................51 « La fille de la maîtresse... » ..............................................................57 Une école maternelle dans une cité de transit… ................................59 L'école en famille…............................................................................65 Je décidai donc de me former… .........................................................75 Elle s'appelait Marie….......................................................................81 Et cinq messieurs en costume cravate… ............................................85 J'étais maintenant titulaire de mon poste…........................................91 L'Aide Sociale à l'Enfance… ..............................................................95 Les réseaux d'aides aux élèves en difficulté…..................................105 L'enfant était une petite blonde…..................................................... 113 Dangereux pour la ville… ................................................................123 Le calme vient toujours après la tempête… .....................................127 La femme promue « chef de mon école »… ......................................135 Le magnifique cadeau que la vie m'offrait…....................................141 Moi, je n'ai pas dit mon dernier mot….............................................147 Le manuscrit… .................................................................................151

À Fifine, ma mère qui aimait tant l'école... À Amanda, ma petite fille, qui l’aimera un jour, tout autant…

C'est la rentrée des profs

C'est ma dernière rentrée... Ma dernière rentrée de prof... Je n'en mène pas large... et c'est peu dire ! La cour s'est préparée pour m'accueillir ! C'est ce que je me répète chaque année ! J'aime à penser que les dames de service ont travaillé tout l'été pour me rendre l'école si belle ! Si belle, juste pour moi... douces illusions ! Mais c'est bon les illusions, et cette année, j'en ai besoin plus que jamais ! La direction a changé. Les profs aussi... Je me rabats sur les anciens qui n'étaient pas tous mes amis... mais enfin, quinze ans de galère, ça crée des liens quand même ! On s'embrasse. C'est drôle, ce sont les seuls bisous de l'année ! Ah non ! J'oublie ceux de la nouvelle année ! Alors, chez nous les profs, on se bise seulement deux fois l'an ? Ben oui, seulement deux fois l'an ! Ce n’est pas très affectueux un enseignant !

C'est vrai qu'avec tous les virus qui traînent... on est devenu peureux ! Je m'assieds près du nouveau. Avec le conseiller pédagogique, c'est le seul homme de l'équipe ! C'est bizarre, cette habitude que j'ai depuis l'adolescence de m'asseoir près du seul mâle de l'école ! Déjà, au lycée, j'organisais le coup ! Mais là, c'est différent... Je n'ai aucune vue sur lui ! Terminé les plans « drague » de ma jeunesse ! Je suis mariée, mère de famille et même grand-mère d'une adorable petite fille qui m'a fait le délicieux cadeau de naître... un premier septembre ! Avouons-le…je suis aussi une grand-mère de la rentrée ! Bref, revenons au nouveau. Quel âge a-t-il ? On est chez les grands ici ! C'est sérieux un prof ! Pas question de lui demander son âge ! Mais je suis une curieuse invétérée que l'Éducation nationale n'a pas calmée ! Alors d'un air de ne pas y toucher, je lui pose la question qui tue ! — C'est ton premier poste ? Bingo ! C'est son premier poste ! Je ne vais quand même pas rajouter : « Et moi c'est mon dernier ! » Pourtant c'est tentant ! Il est si souriant que j'ai envie de lui expliquer qu'une bonne dizaine d'années en ZEP, ça va vite lui faire ravaler le sourire ! Mais bon, ils étaient gentils avec moi les profs de mes débuts ! Allons, un petit effort, Madeleine ! (Voilà que je parle toute seule maintenant. Il est vraiment temps que je m'en aille !)

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Laisse-le croire que chez nous, dans la grande maison de l'école, tout le monde, il est beau tout le monde, il est gentil ! On passe aux choses sérieuses. La directrice demande le silence. Qu'est-ce qu'elle croit celle-là ? Qu'elle est dans une cour de récréation ! Nous, bêtes et disciplinés, on range nos sacoches et on l'écoute. Elle n'est pas mieux que l'autre... J'avais espéré pourtant... un cadeau… pour ma dernière année ! Et puis, elle n'est pas belle ! Pourquoi, ne sont-ils pas beaux les chefs à l'Éducation nationale ? — J'ai appris que mon prédécesseur vous montait vos commandes de fournitures dans vos classes... — Sachez que je ne le ferai pas ! — Vous viendrez les chercher vous-mêmes ! Pareil pour les circulaires officielles ! — Écrivez vos adresses e-mail sur les formulaires de rentrée, vous les recevrez directement chez vous ! Et ben voilà... La voix directoriale a parlé ! Au lieu d'envoyer des p’tits messages, le soir, à mes copines, je lirai le courrier de l'école ! Genre : « Si vous voulez postuler pour un poste de conseiller pédagogique dans la ZEP… qui tue le plus… il faut vite remplir une dizaine de formulaires, car le poste risque de vous passer sous le nez après le 15 septembre, dernier délai ! » De quoi vous couper l'envie de faire le moindre câlin avec votre chéri qui depuis des années a compris que la rentrée, ça vous bloquait la libido !

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Je les regarde. J'essaie de me sentir encore concernée, mais je n'y arrive pas. Ils ont de beaux cartables neufs, des agendas sérieux sans l'ombre d'un motif rigolo. Ce sont des profs des écoles... pas des instituteurs... Ils ne râlent pas. Un jour, peut-être, vont-ils apprendre, mais j'en doute ! Ils sont trop contents d'avoir du boulot ! Tu parles, ça fait cinq ans qu'ils rament, après un bac avec mention et un concours par-dessus le marché ! Tout cela pour la modique somme de… Hum... là... Je me sens, tout à coup, solidaire du corps enseignant ! Allons ! Je n'évoquerai pas ici, la misère des salaires de mes jeunes collègues que tout le monde connaît par cœur d'ailleurs ! Il n'y a qu'à voir la tête de ma boulangère qui depuis qu'elle sait que je suis prof, n'ose même plus me fourguer ses derniers macarons parfumés à la rose, des fois que la banque refuserait mon chèque ! Mais là, je m'éloigne ! Revenons à nos moutons ! Ô pardon, à mes jeunes collègues ! Ils gobent tout ce que la directrice leur annonce ! Certains prennent même furieusement des notes ! Moi, j'ai posé mon beau stylo doré que j'avais préparé avec un agenda tout neuf, achetés et choisis tout de même avec soin à la FNAC... histoire de jouer le jeu jusqu'au bout ! Bon, la directrice nous propose une pose. Nous voilà dans la salle des profs. 12

Le café n'est pas prêt ! Une écriture inconnue sur le tableau d'affichage annonce avec un brin d'agressivité : « que le personnel de service ne lavera plus nos tasses et ne préparera plus le breuvage fumant qui donnait à notre enseignement toute sa saveur ! » La chef approuve. Eh oui ! elles sont parties aussi, les gentilles dames de service qui à huit heures tapantes mettaient avec tant d'amour, la vieille cafetière en marche et lavaient sans piper notre vaisselle de la veille ! Mais ça n'ennuie personne, vu qu'ils n'ont jamais connu ça, les nouveaux ! Ils prépareront le café et feront leur vaisselle, ça leur apprendra à ne pas rouspéter ! Juste une petite question... Je peux ? Avant les photocopies ou après ? Peut-être qu’il faut leur dire que la sonnerie nous fait tous bondir à dix heures pile et que les enfants sont censés être sagement assis dans les classes à dix heures quinze ! Alors le café... à moins de se préparer un thermos le soir, après la correction des copies et la lecture des circulaires... C'est raté ! On discute. Certains connaissent le réseau d'aides aux élèves en difficulté. C'est vrai, qu'avec tout le tintouin que l’on a fait l'année dernière dans la presse pour garder nos moyens (qu’on n’a pas gardés d'ailleurs !) on a gagné au moins cela... les gens savent maintenant, qui se cache derrière ce sigle mystérieux !

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Je ne lis même pas de respect pour mon grand âge, dans leurs yeux ! Peut-être le bronzage et la tenue « vacances » minimisentils la différence de génération qui est pourtant criante ! Mais j'en doute ! Ils ont l'âge de mes enfants, pas encore celui de ma petitefille... C'est déjà ça ! Bon... Je suis « la spécialiste de la difficulté scolaire », ils pourraient faire un petit effort tout de même ! Allez les nouveaux, courage ! Oh, je les connais... Ils viendront quand ils auront leurs listes d'élèves ! Eh oui ! j'ai encore gagné... Ils défilent tous à la queue leu leu ! — Tu veux bien jeter un regard sur les noms ? — En connais-tu certains ? Tu parles que j'en connais certains ! Les pauvres, ils ont hérité des pires ! Je ne vais quand même pas leur couper le moral tout de suite... les malheureux ! Allez, on leur laisse le temps de découvrir qu'ils ont choisi d'exercer le plus beau métier du monde ! Quand même, elle est vache la chef de l'année dernière... Elle leur a fourgué les meilleurs ! Allez ! Trêve de plaisanteries, on passe au rayon fournitures ! Direction salle polyvalente ! Hum ! Que ça sent bon tout ça ! Je ferme les yeux un moment, et je respire, pour la dernière rentrée de ma vie, la douce odeur du magasin de crayons, de livres, de feutres, de cahiers, de stylos, de compas et de règles phosphorescentes... Cette année, il y a même des profs qui ont fait dans la fantaisie ! On voit des belles lettres plastifiées et colorées, 14

des manuels pédagogiques illustrés, des albums de « l'école des loisirs », et aussi, la petite valise blanche et bleue de ce bon monsieur Ouzoulias que j'utilise depuis des lustres ! C'est vrai que ça sent bon tout ça ! Une vraie odeur d'enfance retrouvée, de pouvoir aussi... de ce merveilleux et illusoire pouvoir que donne l'école à ceux qui sont passés de l'autre côté ! Moi, je n'ai rien commandé... Ma salle de travail regorge de matériel pédagogique. Je laisse le budget aux nouveaux ou à ceux qui me succéderont l'année prochaine. Cela ne m'empêche pas de regarder, le spectacle est gratuit ! Un p’tit coup de manutention, et hop ! le matériel est dans les classes. Tant pis pour le trou de la sécurité sociale ! Les profs commencent à malmener leurs dos ! Je ne vais quand même pas leur parler de ma douloureuse hernie discale... cadeau des déménagements de toutes mes rentrées... Allez Madeleine, laisse-les rêver au jour où on leur décernera les palmes académiques (médaille qu'il faut acheter sur ses propres deniers !) pour avoir joué les déménageurs ! Bon, trêve de plaisanteries, il faut que j'aille faire un p’tit tour en maternelle... Trois p’tits tours et puis s'en vont... J'aime bien les maternelles... Sauf que cette année, on leur a sucré une classe ! Conclusion... elles font la gueule mes pauvres collègues ! 15