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Le prisonnier

De
196 pages
Efotki, jeune sans-emploi, est chaque jour à la recherche de la pitance dont vit sa petite famille. Malheureusement pour lui, il rencontre un homme de loi imbu de sa personne, qui le fait incarcérer. Mais grâce à son éducation, il comprend qu'il peut exploiter autrement cette situation et développe un sens élevé de la générosité et du partage. Il décide de décrire à l'humanité l'injustice qu'il a subie, afin que les abus d'autorités ne restent plus impunis. Après un procès presque kafkaïen, il est libéré pour une faute qu'il n'aurait jamais commise.
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Émile FOTSO KIEGAINGLE PRISONNIER
Récit d’une incarcération
Le Prisonnier est un ouvrage de société, qui peint un univers
où les rapports de force font loi. Efotki, jeune sans-emploi, LE PRISONNIER
est chaque jour à la recherche de la pitance dont vit sa petite
famille. Malheureusement pour lui, il rencontre sur son chemin Récit d’une incarcération
Monsieur Calixte Christopher, un homme de loi imbu de sa
personne, qui le fait incarcérer.
Mais, grâce à son éducation, il comprend qu’il peut exploiter
autrement cette situation et développe un sens élevé de la
générosité et du partage, au détriment des informations qu’il acquiert
auprès de certains pensionnaires pétris de connaissance, dans
un milieu où, au lieu de pleurer, on rit, et au lieu de méditer,
on plaisante. Il décide de décrire à l’humanité l’injustice qu’il a
subie, afin que les abus d’autorités ne restent plus impunis. Après
un procès presque kafkaïen, il est libéré pour une faute qu’il
n’aurait jamais commise.
Ce livre témoigne du récit d’un calvaire vécu en prison.
Émile FOTSO KEGI AING, né à Baham dispensaire en 1974, est
orphelin de père à un an et dix mois. Sa mère est très jeune
traquée par une mystérieuse maladie. Elle fuit le foyer conjugal et
se réfugie chez ses parents avec ses trois enfants. Issu d’une famille
chrétienne, Émile mène une vie scolaire normale et obtient le
baccalauréat A4 allemand en l’an 2000, au lycée de Baham. Il s’intéresse à la
littérature, aux sketchs, et à des grandes pièces théâtrales. Il écrit des poèmes et
encadre le groupe théâtral du lycée. Il devient même le poète le plus incontestable
de son milieu scolaire de l’époque. Il quitte l’Ouest et se fait employer par la
Société Dôvv Distribution Sarl à Yaoundé, de 2004 jusqu’à aujourd’hui. Son
inspiration vient d’une prison nationale où il fut incarcéré.
Illustration de couverture de l’auteur.
20 €
ISBN : 978-2-343-07067-4
H-CAMEROUN_FOTSO-KIEGAING_LE-PRISONNIER.indd 1 10/07/15 15:20
LE PRISONNIER
Émile FOTSO KIEGAING
Récit d’une incarcération






Le prisonnier



Émile FOTSO KIEGAING



Le prisonnier
Récit d’une incarcération























































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-07067-4
EAN : 9782343070674


A

Madame KAMFING Joséphine,

ma chère maman

PREMIÈRE PARTIE

DE L’ACCUSATION A L’ARRESTATION
Le 17 août 2003 à 20 heures 17minutes, Efotki
conduisait une Renault 12 court châssis immatriculée
OU782913. Il venait de la ville, sur la Nationale n°2, après
avoir emprunté l’embranchement dit nouvelle route
Evêché.
À quelques mètres de son entrée, il était précédé par un
camion de la société HYSACAM, plein d’ordures, et qui
venait de laisser tomber sur la route des sacs de déchets,
d’amas de fers et de vieux objets qu’il portait. C’était
gênant, non seulement pour le reste des usagers, mais
aussi pour Efotki qui ne savait plus quoi faire. Il prit
inopinément la ferme décision de contourner l’obstacle par
la gauche. Malheureusement pour lui, des grincements de
pneus, des pleins phares et des klaxons signalaient qu’un
véhicule s’engageait à faire un dépassement. Étant donné
qu’il avait plu et que le goudron glissait, Efotki, par
intuition, rabattit son véhicule à droite en mordant alors
l’obstacle qu’il voulait contourner. Pris de panique, il finit
par emballer le moteur du véhicule qu’il n’arrivait plus
contrôlé et qui alla s’immobiliser sur le trottoir droit. Il
évita de justesse de tomber dans un caniveau.
Curieusement, l’inconnu fit le dépassement à une
vitesse furieuse et se gara à 15 mètres après la voiture
d’Efotki. Puis il entreprit la marche arrière, bloqua la
portière d’Efotki resté stupéfait au volant et lui ordonna
après avoir baissé la vitre de sa portière côté droit :
« Monsieur, remettez-moi vos dossiers et vos pièces
personnelles ! »
7 Efotki resta coi malgré l’insistance de son
interlocuteur. Quelques secondes après, il descendit de sa
voiture et se dirigea vers son agresseur.
- Bonsoir Monsieur !
- Je n’en ai pas besoin ! dit l’inconnu.
Il descendit lui aussi de son véhicule, scruta le ciel un
moment, se retourna vers Efotki qui était étonné par son
attitude et lui dit d’un ton ferme :
- Monsieur, j’attends que vous me remettiez vos
dossiers.
- Monsieur, déontologiquement, vous auriez dû d’abord
vous présenter avant d’exiger mes dossiers. Étant donné
que vous êtes en civil, je vous prie de bien vouloir décliner
votre identité. Peut-être êtes-vous un brigand…
- Ah ! Vous me traitez de brigand ? Je vais vous
montrer de quel bois je me chauffe.
Il sortit illico de sa poche deux téléphones portables et
se mit à les manipuler.
- Monsieur, qui que vous soyez, faites preuve de
rationalité. Si j’avais tremblé une seconde, vous m’aurez
cogné et c’est le camion d’HYSACAM qui en aurait été
responsable… J’ai voulu l’esquiver sur ma gauche et vous
êtes ensuite arrivé après à toute allure. Maintenant vous ne
voulez pas d’explication. Que voulez-vous me montrer ?
- Je me fiche pas mal de tout ce vous racontez. On
viendra vous prendre dans 5 minutes.
- Monsieur, si je perdais mon intuition, peut-être ne
serez-vous même plus en vie à l’heure où nous parlons.
Toujours en manipulant son téléphone, il dit dans un
ton cynique:
8 - Pauvre misérable ! Je vous ferai arrêter.
Pour ne pas se faire prendre sans témoin, Efotki
disparut derrière les fleurs « jalousie » qui se trouvaient en
bordure de la chaussée en abandonnant véhicule et clé de
contact. Une fois chez lui, il raconta à sa femme ce qui
venait de lui arriver.
Aussitôt décidèrent-ils de retourner sur le lieu de
l’incident. Ils y arrivèrent en moins de 5 minutes et
aperçurent au loin un pick-up de gendarmerie dont le
vrombissement témoignait de la hargne avec laquelle ses
agents avaient exécuté leur mission. Arrivés près de leur
voiture, ils constatèrent que les portières étaient
entrouvertes, la clé de contact avait disparu, les dossiers
emportés. Surprise face aux dégâts, la femme d’Efotki
s’exclama :
- Tonton, même la malle arrière est ouverte ! Où est la
roue de secours ?
- Elle n’est pas là. Je suis désolé… répliqua Efotki tout
indigné.
En effet, tous les accessoires véhicules : roue de
secours, cric, clés, triangle de pré-signalisation avaient été
emportés. L’état de la voiture était tel qu’ils étaient
désemparés ; ils ne savaient où aller ni quoi faire. C’est
alors qu’il arracha quelques touffes d’herbes qu’il plaça
sur le côté de la chaussée (à l’avant et à l’arrière de la
voiture) aux fins d’attirer l’attention des autres
automobilistes et usagers de la route ; le temps de prendre
les dispositions nécessaires pour l’évacuer de cet endroit
extrêmement dangereux.
- Pouvons-nous faire quelque chose ? demanda Édith.
9 - Non malheureusement! Le volant est bloqué et on ne
peut ni démarrer ni freiner, car tout fonctionne avec le
moteur…
- Fais donc appel à un mécanicien. Si la voiture passe la
nuit ici, non seulement elle pourra être dépecée, mais
également elle pourra être percutée par une autre voiture.
Efotki regarda sa femme et comprit qu’elle avait raison.
Mais fatigué, il s’accouda un instant sur la voiture ; puis il
décida de traverser la route. Alors qu’il s’était courbé
comme pour chercher quelque chose, deux chiens errants,
coururent vers lui en aboyant, traversèrent la route et
disparurent dans le sentier qui menait au quartier.
Heureusement que ces moribonds grincheux n’avaient pas
vu Efotki malgré les coups de pied qu’il frappa au sol pour
les effrayer. Efotki soupira et il eut l’idée d’appeler son
ami Ebénézer qui était un mécanicien. Il ne parvint à le
joindre qu’après plusieurs tentatives. Le temps passait,
l’humidité et le brouillard s’abaissaient progressivement
et la température trop fraîche devenait insupportable. Édith
somnolait depuis quelque temps dans la voiture.
Soudain, un taxi s’arrêta et fit descendre un passager :
Ebenezer. Efotki lui raconta toute son infortune et
ensemble, ils se mirent à cogiter pour trouver une solution
au problème qui se posait.
- Il ne faut pas qu’on abandonne la voiture ici. Il faut la
dégager de cet endroit, dit Ebenezer.
- Comment peut-on donc procéder ?
- J’ai quelques clés de dépannage… Je débloque le
volant et je mets le contact direct pour démarrer.
Efotki lui demanda :
- Où pourrons-nous la garer sans inquiétude ?
10 - Là, de l’autre côté de la route, à ton entrée… dit
Ebenezer en enlevant les clés de dépannage de son sac.
Ainsi, il se mit au boulot et au bout de 35 minutes, la
voiture fut déplacée du côté dangereux de la chaussée.
Efotki décida de l’y abandonner tout en se rassurant que
les portières étaient bien fermées. Les deux amis se
séparèrent à une heure très avancée de la nuit, et prirent
rendez-vous pour le lendemain matin, à 6 heures. Efotki et
sa femme rentrèrent à la maison sans incident.
Très tôt le matin, Efotki se leva et se débarbouilla très
rapidement, échangea ses vêtements et se mit en route en
faisant la sourde oreille aux cris de sa femme qui ne
cessait de lui demander de mettre quelque chose sous la
dent avant de partir. Il retrouva Ebenezer qui l’attendait
déjà près de la voiture.
Les deux hommes prirent le chemin de la ville,
question de découvrir la vérité. Une fois en ville, ils se
renseignèrent dans toutes les compagnies de gendarmerie,
les brigades et même les plus petites unités de
gendarmerie. Fatigués, ils décidèrent de se reposer assis
sur un vieux tronc d’arbre face à un bar dénommé «
CocoBongo », sis à Banego qui tournait 24h/24. Efotki se mit à
essuyer du revers de la main la sueur qui s’égouttait sur
son front en s’écriant :
- Nous avons déjà fouillé partout sans résultat ! Qui
peut donc être cet homme ? Où serait-il passé ?
- On ne sait pas, dit Eben…en poussant un pouah !
Les deux amis contemplaient les va-et-vient des
différents clients du bar qui ne cessaient d’aller ‘planter le
cocotier’ sur un banc de sable non loin de là en titubant et
en lançant à l’emporte-pièce des mots taquins orduriers et
insolites. L’astre du jour avait déjà parcouru la moitié de
11 son chemin et bien qu’étant à l’ombre, la température
oscillait entre 38,5°C et 40°C et les plongeait dans une
chaleur caniculaire.
- Efotki, lève-toi ! Allons aussi vers le palais. Juste à
côté se trouve une brigade, proposa Eben… en frappant
l’index de sa main droite sur son front.
- En es-tu sûr ? demanda Efotki…
- Weah ! Allons voir de ce côté-là.
Les deux hommes se mirent en route et au bout de
quelques minutes, ils se retrouvèrent à l’entrée d’une
brigade voisine de la compagnie de gendarmerie et du
palais de justice. Tout près se trouvait un adjudant-chef
qui achetait sa cigarette et avait l’air très pressé. Mais le
bonjour d’Efotki le fit ralentir sa course pour savoir quel
service il pouvait rendre à ce jeune homme bien poli.
Directement, d’un air obséquieux il les appela et leur
demanda :
- Que cherchez-vous les amis ?
Efotki hésitant, ne dit rien. Mais Ebenezer lui raconta
tout en une minute et lui demanda s’il pouvait en savoir
quelque chose. À cet instant, le gendarme ne dit plus rien.
Il se retourna, caressa son crâne nu et par la suite, prenant
une mine grave, il les invita d’un hochement de tête de le
suivre. Sans s’opiniâtrer, ils le suivirent jusqu’au bureau.
Chose curieuse, Efotki reconnut dans ce bureau sa roue de
secours et son cric et s’écria :
- Ehhh, Eben… ! Je remarque cette roue …
Eben jeta un coup d’œil sur Efotki et lui dit :
- Shut ! Il va t’entendre si tu continues à charrier.
12 À peine se tut-il que le gendarme les passa à un court
interrogatoire :
- Qui parmi vous conduisait ?
- Moi, chef.
- Comment t’appelles-tu ?
- Efotki.
- Monsieur Efotki, que votre frère attende dehors!
Ebenezer sortit pendant qu’il faisait asseoir son
interlocuteur. Efotki s’assit dans un fauteuil rembourré. Il
y était mal à l’aise en tout cas. Une sueur froide descendit
le long de sa colonne vertébrale, le mettant en émoi.
Cependant le gendarme, tapotant la table de ses gros
doigts, s’était assis de l’autre côté de la table en face de
lui et le fixait d’un regard froissant et inquisiteur. Efotki
contrôlait tous ses mouvements et le fixait. N’ayant pu
retenir son souffle, il finit par souffler comme son
vis-àvis. Ses lèvres avaient séché et son regard brûlait de
questions. Le gendarme se mit à s’expliquer. Cette
stratégie consistait à pousser Efotki à parler…
- Mon fils, j’étais ici hier quand le téléphone fixe s’est
mis à sonner. Autour de 20 heures 30 min Monsieur
Calixte Christopher me demandait de le trouver à la
descente nouvelle route Evêché avec quelques éléments.
Quand je suis arrivé, il nous a dit en partant :
- Je vous ordonne de me récupérer tout ce qui se trouve
dans cette voiture !
- S’il vous plaît chef, qui est Monsieur Calixte
Christopher ? Il voulait faire sa connaissance…
- Le substitut du procureur. Il est aussi mon patron et
mon chef hiérarchique.
13 - Ah ! Je comprends maintenant… Combien cela lui
coûtait-il de se présenter ?
- Il est comme ça, mon fils, dit le gendarme en tirant un
tiroir de la table d’où il prit un lot de dossiers qu’il déposa
sur la table. Quel est votre numéro d’immatriculation ?
- OU782913… chef.
- Nous avons tout pris pour vous faire marcher. En
plus, si nous vous avions trouvé, vous auriez passé une
mauvaise nuit.
- Pourquoi ? Vous a-t-il dit que je l’ai insulté ?
- Non ! Le loup ne battra jamais retrait devant l’agneau.
- Et s’il avait rencontré un autre loup ?
- Nous n’en sommes pas là, Efotki. Reconnaissez votre
place, car ce qui est sûr, vous serez sanctionné d’une
manière ou d’une autre.
Efotki prit peur, mais garda son sang-froid tout en étant
confus. Le téléphone fixe du gendarme sonna. Il hésita de
décrocher et continua à regarder Efotki avec un regard
furibond, en fronçant ses sourcils.
- Mon adjudant-chef, je sollicite votre aide.
Convainquez le procureur ! Il pourra avoir le cœur…
- Non et non ! Si vous avez 300 000 francs CFA, j’irai
le voir…
- Je n’ai rien. Cela fait quatre ans que j’ai eu mon
Baccalauréat et n’ayant pas eu les moyens de continuer
mes études, je me débrouille avec cette voiture, qui n’est
même pas la mienne, pour pouvoir nourrir ma femme et
mes deux filles.
14 - Dommage mon garçon ! Si c’était mon affaire,
j’aurais laissé passer. Mais du moment où c’est mon chef,
j’exécute les ordres.
- Soyez laconique, mon adjudant-chef ! Vous, officier
subalterne de gendarmerie, avez le droit d’établir une
vérité. Mettez-nous face à face pour que chacun
s’explique.
- Vous devez arrêter ! Pas de suggestion, pas d’ordre,
pas d’information Monsieur Efotki. Cela suffit ! J’exécute
les ordres de mon chef. D’ailleurs, partez et revenez
demain !
Son téléphone fixe sonna de nouveau. Efotki était déjà
debout, mais il le fit asseoir en prenant la ligne.
- Allô, allô… Oui patron, il venait de sortir… Il était
avec moi tout à l’heure… J’étais faire une intervention là
dehors. Je lui ai dit de revenir demain…Dans ce cas, je le
retiendrai dès que possible… OK, patron. Merci.
Et il raccrocha en disant :
- alors Monsieur Efotki, je devrais vous retenir. Je suis
désolé, mais partez et revenez demain.
- Merci, mon adjudant-chef.
Dès qu’Efotki regagna le dehors, il aperçut Eben… en
pleine conversation avec un homme et les approcha.
D’une voix anxieuse, il leur dit :
- Bonjour (les deux hommes se turent pour l’écouter).
L’adjudant-chef a été clément envers moi. Sinon je ne
serai pas devant vous maintenant.
- Qu’est-ce qu’il a dit ?
- Il causait avec Monsieur Calixte Christopher au
téléphone, celui qui veut ma peau.
15 - Ce monsieur est un avocat. Il pourra nous aider, dit
Ebenezer.
- Ah ! Un avocat, c’est une bonne chose. Que peut-il
donc faire ?
- Ne passez plus par la gendarmerie. Venez dans mon
bureau demain, dit l’avocat dans un large sourire en
s’éloignant.
Le lendemain, maître Ngomba surgit vers 9 heures avec
sa Mercedes noire et se gara au parking aménagé pour la
circonstance. Efotki et Ebenezer l’attendaient depuis deux
heures de temps. Il les fit asseoir après qu’il a ouvert le
bureau et se mit à leur donner quelques notions de droit
concernant les abus d’autorité que commettaient certains
commis de l’État et principalement Monsieur Calixte
Christopher qui, au moindre contact mal négocié, envoyait
les gens en prison. Peu après, il leur demanda une somme
de 250 000 francs CFA pour les négociations. Eben… lui
proposa 100 000 francs CFA au cas où il parviendrait à
étouffer l’affaire. Ils négocièrent longuement et arrêtèrent
le montant à 200 000 francs CFA. Efotki demanda à sa
grande sœur de lui venir en aide. Cette dernière ne
disposait que de 100 000 francs CFA. Après les avoir
remis à l’avocat, il lui promit de lui verser les autres
100 000 francs CFA lorsqu’il lui aura remis en retour le
mandat de dépôt avec les dossiers du véhicule et les pièces
personnelles que les gendarmes avaient pris. À ces mots,
maître Ngomba, d’un air confiant, lui répondit :
- Je veillerai particulièrement à cela. Revenez dans
deux jours.
À peine le petit groupe s’était-il séparé que le téléphone
d’Efotki sonna. Lorsqu’il le retira de sa poche, il se rendit
16 compte que le numéro qui s’affichait était celui du
procureur de Bagté. Promptement, il décrocha.
- Allô ! Allô ! Efotki, bonjour …
- Bonjour, mon procureur !
- J’apprends par <Mami Jeanne T.> que tu as des
problèmes ?
- Oui, monsieur.
En un laps de temps, Efotki lui raconta toute l’histoire.
- Donc, c’est Calixte Christopher qui fait ça ? Brrrr ! Il
en a l’habitude. Même quand on fréquentait, il avait déjà
ce caractère cynique. En tout cas, je vais l’appeler.
- Allô ! Allô ! … Il a raccroché.
Efotki remit désespérément le téléphone dans la poche
et fit quelques enjambées pour rejoindre les autres qui
s’impatientaient déjà. Il les informa de la nature de la
causerie et leur dit celui avec qui il causait. Les deux
personnages apprécièrent et dirent que ce serait bien s’il
venait à faire quelque chose. Peu de temps après, ils se
séparèrent tous les trois et se dirent : «Retrouvons-nous
dans deux jours ». Efotki marchait, marchait le long de la
route qui menait vers les mosquées et la gare routière où il
passait la majeure partie de son temps. Une fois à la gare
routière, il y passa le reste de la soirée en compagnie de
ses amis, eux aussi chauffeurs de taxi. C’est à la tombée
de la nuit qu’il décida de retourner chez lui. Pendant la
causerie avec ses amis, Tétok, l’un des collègues taximen
avec qui il sympathisait le plus, ne cessait de lui proposer
de fuir la ville. Informé sur la nature de la conversation
qu’eurent Efotki et l’adjudant-chef, celui-ci lui fila une
idée du genre :
17 - Je te conseille de fuir. Va même à Dalla rester. Sinon,
tu iras en prison.
- Mais, mon ami, que ferai-je de mes deux filles
(Merveille et Fortune) et leur maman, toutes jeunes et
candides?
- Efotki, tu peux même les faire rentrer au village, dit
Tétok
- Je suis désolé mon ami. Il est vrai que « la loi, nul
n’est censé l’ignorer » comme le disait un penseur, mais je
compte sur la vérité, car elle finit toujours par triompher.
- OK, nous verrons, dit Tétok en vidant son verre.
- J’ai un avocat et tout à l’heure, je causais avec un
procureur…
- J’espère qu’ils feront quelque chose.
Le jour suivant, Efotki sortit de la maison en espérant
rencontrer Eben… au garage. Mais à quelques mètres du
garage, un pick-up 4x4 de gendarmerie surgit derrière lui.
Il y avait deux maréchaux de logis à bord et un
adjudantchef au volant. L’on le somma de monter à bord, sinon
l’on devait le violenter. Efotki refusa de monter. Il avait
une autre idée et avant que l’un des maréchaux ne le
saisisse par la taille, il lui avait appliqué un violent coup
de poing à la nuque et dit :
- Je vais vous montrer ce que les castors broutent avant
de boire de l’eau…
Il donna un coup sec à l’estomac du deuxième qui
accourait lui aussi. Les deux forcenés se retrouvèrent par
terre et décidèrent d’en finir avec Efotki au cas où ils se
relevaient. Mais Efotki les frappa en désordre. En tirant un
coup de feu en l’air, l’adjudant-chef mit fin à la partie. Ses
éléments se levèrent et l’adjudant-chef leur ordonna de
18