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Un an en Afghanistan

De
182 pages
Ni compte rendu d'un journaliste en quête de sensations, ni rapport d'un militaire ou d'un diplomate, le récit de cette année de travail d'un professeur de français langue étrangère en étroite collaboration avec des Afghans, décrit objectivement le triste quotidien d'une population prise en otage par un conflit sans fin, qui ne cesse de marquer l'actualité par le funeste bilan de la guerre contre les talibans.
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Un an en Afghanistan
PhilippeRICHETTOUn an en Afghanistan
ou les tribulations dun prof de français à Kaboul
AVERTISSEMENTTous les événements et les personnages de ce récit sont rigoureusement authentiques. Seuls certains noms ou prénoms ont été modifiés pour des raisons de confidentialité.
© LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55898-4 EAN : 9782296558984
I.Mercenaire de lenseignement du françaisQuand jai répondu à lannonce, jétais au Brésil. Jessayais tant bien que mal à madapter à mon oisiveténouvelle. Noyant mon ennui dans les bières et la luxure, je trouvais tout de même le moyen de faire un cybercafé chaque jourafin dessayer de dénicher un futur contrat. Puis, un matin,jai vu une longue offre demploipourlAfghanistan. Cétait une missiondun an renouvelable pour lambassade de France à Kaboul. Le travail consistait à donner des cours universitaires de phonétique, linguistique, grammaireà des étudiants de luniversité et quelques approfondissements didactiques à des élèves professeurs et à des collègues universitaires afghans. Toute la filière denseignement du français était à organiser et, avec cet objectif, nous devions également rédiger quelques manuels pédagogiques concernant les enseignements que nous dispensi1 ons . Le profil demandé correspondait à mes compétences et à mon expérience de « mercenaire »de lenseignement du français et,malgré la situation du paysle salaire était plus que je navais, jamais vu pour ce genre demploi. En outre,largent que javais gagné en Chine sépuisait rapidement dans un pays fait de sexe, de musique, de danses et de fêtes. Et, surtout, je devais trouver une occupation avant de sombrer dans la lassitude du farniente. Mais, avant de débuter ce récit, quelques précisions simposent.Jai employé le terme «mercenaire »qui pourrait en choquer certains, mais jutilise volontairement cette appellation car, si on se réfère à létymologie2 ;du mot, le sens correspond tout à fait à mon activité mercenaire du latinmerces signifiait :récompense,salaire plutôt ou soldepuisque cétait le terme prononcé par les légionnaires romains lorsquils percevaient leurs émoluments.Le mercenaire est donc celui qui effectue un contrat pour un salaire - un salarié transitoire. Par glissement de sens,mercesest également devenumercien français pour toute forme de don, car, outre le fait que, comme chacun le sait, notre belle langue de Voltaire descend en grande partie du latin, de nombreux légionnaires romains (ou mercenaires) étaient gaulois et pratiquaient fort bien le latin dit vulgaire.Tout ceci pour expliquer quentant quenseignant de français depuis plus de vingt ans, je ne suis pas titulaire de la fonction publique et ai exercé la plus grande partie de ma carrière à létranger avec1voir lannonce en ANNEXES2LE PETIT ROBERT de la langue française : « MERCI ;mercitvers 880; latin merces, edissprix, salaire, récompenseset en latin tardifsfaveur, grâces. »
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des contrats locaux, un peu comme les véritables mercenaires dans le sens actuel. En métropole, dans lÉducation qui est la plus nationale, grande consommatrice de mercenaires (suppressions de postes oblige !), on nous dénommevacataire(payé à lheure) oucontractuel au (payé mois si on est un peu plus chanceux). En cette période de crise, une main duvre, bon marché et corvéable à merci, permet de privatiser petit à petit lEducation Nationale, tout en assenantaux parents délèvesque les professeurs sont trop nombreux, trop bien payés et paresseux, merci la droite ! Alors pourquoi ne pas passer le CAPES3et rejoindre la belle famille des titulaires avec un salaire correct, une sécurité de lemploi et de nombreuses vacances, pourra-t-on me rétorquer ? Pour plusieurs raisons. Tout dabord, jaime découvrir de nouveaux pays et my installer quelques temps afin den découvrir la culture. Les offres demploisy sont multiples car locales et donc « payées au lance-pierre ». Pour un titulaire, il en existe aussi, mieux payées quen métropole, mais moins nombreuses et très prisées, donc une mutation à létranger peut prendre des années selon le pays choisi4. Ensuite,le concours dentrée pourdevenir professeur de français a pour programme la littérature et les programmes 5 des collèges et lycées, or je suis professeur de linguistique et de FLE 3Certificat d'Aptitude au Professorat de l'Enseignement Secondaire, concours de la fonction publique pour devenir professeur titulaire. 4Les postes d'enseignants expatriés sont les plus convoités, et pour cause, ils offrent tous les avantages de la fonction publique française à l'étranger. « L'agent expatrié est obligatoirement titulaire du ministère de l'Éducation nationale. Il est recruté hors du pays d'affectation et détaché auprès de l'AEFE (Agence pour lEnseignement du Français à lEtranger) le rémunère pour une période de qui trois ans, renouvelable. » Les rémunérations des expatriés sont souvent très avantageuses, le salaire de base (soit environ 1 280  net) est multiplié par deux environ (pour un coût de la vie souvent bien inférieur à celui de la France). De plus, l'administration française apporte à l'expatrié une aide médicale et une prime d'expatriation non imposable, comprenant une indemnité de déplacement et des primes à l'échelle des risques encourus dans le pays. Le contrat initial de trois ans est renouvelable, mais avec l'obligation de rentrer pendant trois ans au bout de six ans. 5professeur de FLE utilise une pédagogie et un matériel spécifiques pourLe enseigner le français à des étrangers. Il ne doit pas être confondu avec le professeur de français dans les établissements scolaires français installés à létranger. Il exerce, en effet,hors cadre scolaire et na pas de programme préétabli à respecter. Il enseigne à des enfants ou des adultes quel que soit leur niveau détudes. À chaque nouvelle session, il doit sadapter au profil et au niveau de ses élèves avec un seul objectif : leur faire acquérir la maîtrise de la langue française, orale et écrite. Une faculté dadaptation dautant plus
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(Français Langue Etrangère) et ces matières ne sont pas des spécialités du concours. Il faudrait donc que je travaille des matières qui ne seraient pas celles de mon enseignement afin de devenir titulaire. Cest un peu comme si on demandait à un électricien de travailler et de passer le CAP6de plomberie pourpouvoir travailler parce quil nexisterait pas de CAP délectricité! De retour en France, jai une série de refus polis et accumulé dentretiens ratés qui mont longtemps laissé dans de fausses expectatives. Ma situation commençait à devenir désespérée, sans demploi. Puis, un matin, je reçus, par courriel, une présélection positive de lAfghanistan suiviedune proposition de rendez-vous pour un entretien téléphonique.Laprès-midi suivant, Bruno, le chef de projet, mappela mon portable. Après quelques questions, nous avons été sur coupésau milieu dune phraseet,il ne me rappelait pas, je laicomme fait quelques dizaines de minutes plus tard à sa grande surprise. Trois jours plus tard, le 18 février,(nouvel an et premier jour de lannée chinoise du cochon, ce devait être un signe7), je reçus un autre courriel annonçant ma sélection, accompagnéedune tonne de dossiers joints expliquant la situation en Afghanistan (pas bonne du tout) et le contenu de la « mission » (très dense). Bien que la plupart de mes amis et proches me déconseillât cette aventure, je décidaidaccepter le poste.Ensuite, le compte à rebours précédant ce genre de départ a commencé. Nous étions le 18 février et la rentrée en Afghanistan débutait mi mars. Je disposais donc de moins dun mois pour mon résilier inscription à lANPE, déménager, prévenir ma famille, mes employeurs dété (à cette époque, jeffectuais régulièrement des formations de profs de toutes nationalités pendant la période dété), trouver un billet davion et modes formalités administratives. Pour cette dernière tâche, lesccuper trois autres sélectionnés et moidevions contacter lONG parisienne chargée par lambassade de France de servir dintermédiaire pour tout ce qui concernait notre statut. Or,il sest avéré que, malgré un CV prestigieux sur son site Internet mentionnant de longues années de indispensable que les organismes qui recrutent des professeurs de FLE sont extrêmement variés. Que ce soit en France ou à létranger, le choix est vaste. Revers de la médaille : le statut est souvent précaire et les rémunérations sont généralement modestes. 6Certificat d'Aptitude Professionnelle 7lannée du cochon symbolise lopulence, la richesseDans lastrologie chinoise et le confort en général.
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logistique avec Médecins sans frontières, le directeur delONG un était vrai « charlot » qui ne voulait soccuper de rien. Ilse bornait à nous envoyer des informations par courriel que nous connaissions déjà. Sans tenir compte dece qui était spécifié dans lannonce, il refusa de se chargerde nos visas et de nos billets davion, se contentant de nous envoyer une partie de la somme promise pour les frais de déplacement. Puis, peu avant notre départ, il nous fixa à tous un rendez-vous pour signer nos contrats à son siège de Versailles mais à des dates différentes, nul ne sait pourquoi ! Confrontésà une telle dose dincohérence de (ou jmen« foutisme»), nous nous sommes empressés de nous contacter afin de nous rencontrer à Paris pour y faire toutes les démarches ensemble et aller en chur au siège de cette ONG pour le moins surprenante. Lentrevue avec charlot » « le a confirmé notre première impression, il sest contenté de nous faire remplir des formulaires administratifs, nous a fait signer le contrat en sabsentant la moitié du temps et en oubliant de nous fournir le récépissé des assurances. Un déplacement pour rien car tout aurait pu être fait par courrier ou par Internet ! Bref, il ne faut jamais se fier aux ONG-entremetteuses, surtout quand elles sont grassement payées ! En revanche, outre le fait de récupérer mon passeport (envoyé une semaine avant) avec un visa afghan, ce séjour à Parisma également permis de faire connaissance avec trois de mes collègues avec qui je navais jusquà maintenant communiqué que par mail.
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