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Un cancer pour deux

De
135 pages
Le sujet, l'auteur nous l'annonce dans le titre : un cancer... La maladie et ses souffrances physiques et morales liées tant à la dégradation de l'être qu'à la peur de la mort, dès lors omniprésente. Et puis surtout, le rapport à l'autre. Un cancer pour deux. Ce qu'est pour la compagne ce premier temps en sourdine du cancer de l'Autre, aimé, dont elle concevait naturellement de partager la vie dans le bonheur.
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Un cancer pour deux

@L.~TT~.2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique; http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06889-6 EAN : 9782296068896

75005 Paris

Marie Guichard

Un cancer pour deux

L'Harmattan

Rue des Ecoles
Cette collection accueille des essais, certain mais ne pouvant supporter de diffusion large. La collection Rue des Ecoles a pour tous travaux personnels, venus de tous philosophique, politique, etc. d'un intérêt éditorial gros tirages et une principe l'édition de horizons: historique,

Déjà parus

Yves RANTY, Aurore MACHEMY, Le triomphe de la santé. Tout malade est un bien portant qui s'ignore, 2008. Jacques FRANCK, Le vieux communiste. Parcours du militant, 2008. Ayissi LE DUC, Art de la danse et spiritualité, 2008. Joseph BONNET, Le Chemin de Compostelle. Témoignage, 2008. Paule Louise DASSAN, Le boulier solitaire, 2008. Pierre JENOUDET, De la lumière aux ténèbres. Lieutenant en Indochine, 1951-1954,2008. Bernadette LEDOUX-BRODSKY, Ici et ailleurs. Parisienne dans le Maryland, 2008. Magui Chazalmartin, Journal d'une institutrice débutante, 2008. Claude LE BORGNE, Dites voir, Seigneur..., 2008. Sylvette DUPUY, Souvenirs à ranger, 2008. Jacques RAYNAUD, Parfums de jeunesse, 2007. Leào da SILVA, Jésus révolutionnaire! une condamnation politiquement correcte, 2007. Ma-Thé, Portraits croisés de femmes, 2007. Jean SANITAS, Je devais le dire. Poèmes, 2007. Madeleine TICHETTE, La vie d'une mulâtresse de Cayenne. 1901 -1997, Les cahiers de Madeleine., 2007. Bernard REMACK, Petite... Prends ma main, 2007. Julien CABOCEL, Remix Paul Pi, 2007.

A Tadé

Ilnyapas
cinquante manières de combattre, il ny en a qu'une, c'est d'être vainqueur... (Malraux, L'Espoir)

-

J'AI

RÊVÉ d'un crabe...

Tu t'étirais, le coude te masquant le visage. J'ai pensé que c'était à cause du soleil d'hiver trop blanc et j'ai tiré le voilage pour tamiser la lumière. - Il me pinçait le ventre. Je ne pouvais pas m'en débarrasser, mais bizarrement je ne ressentais aucune douleur. En baissant les yeux j'ai vu qu'à mes pieds il n'y avait plus ni plage ni mer, seulement un rassemblement d'infunes crabes noirs ou rouges. C'est tout ce que tu as dit. Ta voix s'abaissant sur le mot crabe, comme un aveu apeuré, se taisant presque comme l'on tait un mot défendu ou tabou, m'avertit que le même pressentiment nous avait saisi. J'ai eu froid, non pas un froid dû à la saison et qui malgré les radiateurs brûlants m'aurait glacée à travers les murs, non, froid de ce froid imparable des pressentiments, froid de ce grand froid intérieur, celui de Socrate résolu au froid de la ciguë. Face à un banal rêve de désir, saumon ou caviar, je t'aurais dit, eh bien, faisons un tour chez Petrossian, mais là je n'ai pas pu interpréter à la légère, si tu as envie de fruits de mer, eh bien, alions manger un tourteau rue de Buci. La banalité n'était pas de mise, la désinvolture, impossible, il ne s'agissait ni de saumon ni de caviar, encore moins de désir : les crabes généraient trop de sens. Bientôt ils m'ont, comme la plage, envahie en crissant, rouges et noirs se carapatant partout dans ma pensée, noirs ou rouges, aux couleurs de la certitude: ce rêve était un rêve d'avertissement, ton corps traduisait un mal, et les sales crabes de l'épouvante couvrant le sable préfiguraient une prolifération. Un rêve au sens irrévocable. Toi qui, soucieux de ta prostate, n'avais jamais depuis dix ans omis ton contrôle de septembre, comment avais-tu pu louper celui de septembre dernier, comment avais-tu pu laisser filer d'octobre à ce jour de février? Et moi, moi qui,

mollement, parfois te disais, ta prostate tu Y penses? Mollement, alors qu'en toi, peut-être, un mal implacable cheminait. Qu'avions-nous laissé faire? Je pressentais que c'était le premier matin d'une nouvelle existence, ta plage intérieure envahie. Plus rien ne serait comme avant, on venait d'embarquer dans une nouvelle tranche de vie pour un dernier voyage. Crabe ou pas crabe, rivage ou grand large, la plage du temps a des limites et cette limite à nos vies, je l'ai entrevue ce matin-là et suis restée silencieuse, quel mot aurait trouvé sa juste place, mais plus je me taisais plus mon silence parlait les mots indicibles. Un crabe, l'horreur. Je me suis recouchée contre toi, sans un mot j'ai caressé ton corps, réparation d'un mal présumé. Mon geste trahissait l'infinité d'une crainte archaïque et l'immensité d'une douleur possible. Ton corps, encore chaud de nuit, de nous, enroulé autour de moi, m'entourant toute, m'a réclamée. Dès ce matin-là tu as pris rendez-vous au centre Moureu. Moureu. Quel nom pour un centre de dépistage du cancer! On t'a répondu que le 12 mars était la première date possible, rien de libre avant, que tu avais de la chance, quelqu'un venant juste de se désister. Quinze jours. V écus avec la prégnance de ce rêve dont je ne peux me défaire, quinze jours, de sale doute. Parfois trahis par des moments d'oubli, un éclat de rire trop spontané, un moment d'insouciance dont je reste surprise. Trop courts instants auxquels succède le silence d'interrogations concrètes: tes pipis de la nuit difficiles, tes pipis, lents, à n'en pas finir, leur fréquence qui ravage ton repos... Comment avons-nous pu être, des mois et des mois, à ce point négligents? Le confort de l'ignorance eXpliquait-il ce refus de l'inquiétude, notre indolence? Avaitil fallu ce crabe? Déchirant notre aveuglement, ce crabe qui, cette nuit, ne lâchait pas prise...

10

Dans ma tête, une obsédante mer pleine, pleine jusqu'à l'horizon et gonflée de vagues, haute sur les galets, frappant la digue. L'écume du ressac qui noie le sable, ne laissant aucune chance à aucun crabe, une mer tout ourlée de soleil levant, une mer à tout jamais haute entamant la terre, occultant définitivement la plage...

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T

UES PARTI à ton rendez-vous. Un beau matin de mars, inhabituel de pureté et d'éclat, un soleil que l'on respirait comme deux faisceaux de régénérescence, ou d'une seule goulée, à pleine gorge. Jet' ai regardé t'éloigner d'un pas rapide. J'ai remarqué que tu avais maigri, cela t'allait bien, c'est vrai que tu mangeais peu, voire rien le soir, pour mieux dormir disais-tu. Je t'ai regardé t'éloigner de ce pas léger un peu dansant, de quoi faire s'évanouir tous les démons de l'obsession: un cancer, impossible... Pas avec cette légèreté, cette aisance féline. Tout ce Trafalgar dans mon imagination, tout ça à cause d'un rêve? On peut rêver de crabe sans pour autant. . . Oui, mais aussi toutes ces boucheries, ces viandes débitées, ces quartiers de barbaque découpée durant des nuits et des nuits, tous ces cauchemars répétés de chairs entamées rongées, ces chiens affamés qui te mordaient et que tu débitais sur des étals... rêves de prémonition ou quoi? Allez, pas de psychanalyse sauvage, ça tourne au mélodrame. Dans une heure ou deux toutes ces rumeurs de mon esprit seront balayées comme de l'histoire ancienne. Je parlais seule, à voix haute. Ça me rassurait de m'entendre. Je me tournais en dérision, avec mes interprétations à deux sous, à toujours chercher le pire. Le catastrophisme galopant. Tu avais tourné le coin de la rue Watteau. Mes angoisses reléguées pour une bonne partie de la matinée, j'ai tranquillement savouré le plaisir d'être seule: possession de tout l'espace, du silence partagé tour à tour avec Mozart et les Rita Mitsouko, de mon temps sans que tu me poses, d'une autre pièce, l'éternelle question, qu' est-ce que tu fais? Sans que tu exiges, viens voir, attends, non tout de suite. Sans que tu aies, de toute urgence un article à me faire lire, n'importe quel truc à me montrer, juste pour me réquisitionner. Histoire de me prendre dans tes bras, de