Un instant pour toujours

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A une période où la société, l'âge tendent à isoler la personne, à une période où les soins deviennent particulièrement techniques, où le manque de temps médical se fait particulièrement ressentir, le bénévole prend toute sa place. Véritable charnière ou trait d'union social, il est un donneur de temps, un donneur de sourire qui accepte de recevoir la souffrance de l'autre. Bénévole du fond du coeur, l'auteur nous invite à partager son expérience.
Publié le : dimanche 1 juin 2008
Lecture(s) : 257
EAN13 : 9782336278292
Nombre de pages : 190
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Un instant pour toujours

Histoire de Vie et Formation Collection dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de Bernadette Courtois, Pierre Dominicé, Guy Jober!, Gérard Mlékuz, André Vidricaire e! Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.

Dernières

parutions

Volet: Histoire de vie Nicole CROYÈRE (coord.), Surdité: quelle(s) histoire(s) 1,2008. Geneviève MASSÉNA, S. comme usine, 2008. Jean-François GOMEZ, L'éducation spécialisée, un chemin de vie, 2007. Association des Anciens Responsables des Maisons Familiales Rurale (coord. par J.-C. Gimonet), Engagements dans les Maisons Familiales Rurales, 2007. Marie-Odile de GISORS et Joffre DUMAZEDIER, Nos lettres tissent un chemin, 2007. Michèle PELTIER, Le couchant d'une vie. Journal d'une cancéreuse croyante et coriace, 2007 Jacqueline OLIVIER-DEROY, Cœur d'enfance en Indochine, 2006. Jeannette FAVRE, En prison. Récits de vies, 2005. Françoise BONNE, A.N.P.E. MON AMOUR, 2006. Christian MONTEMONT et Katheline, Katheline, 2005. David JUSTET, Confessions d'un hooligan, 2005. Renée DANGER, Mon combat, leurs victoires, 2005. Danièle CEDRE, La porte-paroles. De Elles à... Elle, 2005. Guy-Joseph FELLER, Les carambars de la récré ! Une école de village en Pédagogie Freinet dans les années 60, 2005.

MARIE- THÉ LACLA VERIE

Un instant pour toujours
Paroles de fin de vie

L 'HARMATTAN

cg L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-05458-5 EAN:9782296054585

Pour mon mari, mes enfants, mes petits enfants. Pour tous ceux que j'aime ... ils se reconnaîtront.

Je remercie tout particulièrement Babedou Avenard pour sa gentillesse et sa patience à décrypter mon écriture de chat, ce qui a permis la mise en forme de mon manuscrit. Je remercie de tout cœur les familles des malades qui m'ont permis d'utiliser le prénom des leurs. Je remercie l'Association SP2 (Accompagnement Soins Palliatifs Tarbes), sa présidente émérite Sandra ainsi que tous les bénévoles qui s'engagent auprès des malades en donnant de leur temps, partagé comme un présent précieux. J'ai une pensée tout affectueuse pour ces médecins, ces infirmières, ces aides-soignantes, ces agents de service qui, par leurs compétences et leur dévouement, apportent souvent l'ultime geste, le dernier acte chaleureux pour que le malade meure avec dignité. Qu'ils soient reconnus!

PRÉFACE

A une période où la société, l'âge tendent à isoler la personne, à une période où les soins deviennent particulièrement techniques, à une période où le manque de temps médical se fait particulièrement ressentir, le bénévole prend toute sa place. Véritable charnière ou trait d'union social, il reste souvent le seul lien de vie, le seul reflet du monde extérieur, la seule preuve que l'on n'est pas encore mort. Le bénévole est un donneur de temps, un donneur de sourire, un donneur de main, une personne qui accepte de recevoir la souffrance de l'autre, en échange d'une écoute réconfortante, d'une parole, d'un silence apaisant, d'un sourire aimant. Marie- Thé, c'est un prénom, un sourire, une présence, un réconfort, autant pour les patients qu'elle visite que pour l'équipe soignante, si souvent débordée. Bénévole du fond du cœur, elle fait partie de ces personnes anonymes, investies de beaucoup d'amour, de patience, de discrétion mais aussi de beaucoup d'indulgence pour le médecin que je SUIS.
Il

Merci, Marie- Thé, pour tout ce que tu apportes à notre service, aux patients parvenus au crépuscule de leur vie. Merci pour ton humanisme, ta gentillesse et pour cette volonté de faire encore vivre, au-delà de la mort, le souvenir des moments partagés, des instants pour toujours.

Docteur Melchior DE ROSA, oncologue, Diplômé inter-universitaire de soins palliatifs et de prise en charge de la douleur.

FORMATION

Ma formation en bénévole, au sein de l'Association des Soins Palliatifs, vient de se terminer: une petite année, quelques heures pour apprendre à aborder, écouter, partager, aimer, évacuer nos angoisses, nos craintes face à la longue nuit de la maladie qui mène à la fin de la vie. Ce n'est pas par hasard que nous avons choisi d'accompagner nos malades. Mais serons-nous assez forts pour faire taire nos incertitudes, nos émois en présence de l'inévitable? Nicole, la secrétaire de l'association, nous accueille, nous guide avec sa bonne humeur habituelle, Nicole qui aurait pu se contenter d'une retraite bien méritée après avoir œuvré toute sa vie professionnelle au service des autres en tant qu'assistance sociale. Elle ne se contente pas de marcher en montagne, de préparer de succulents menus pour les siens, de s'occuper de ses petits enfants... Elle accorde du temps aux autres avant de remplir les devoirs administratifs d'une association en pleine évolution; de longs mois, elle est intervenue auprès des malades: nos soucis 13

premiers, elle les comprend. Pour ma part, c'est à elle que j'ai recours quand un problème survient. .. Elle a toujours le mot juste, le bon ton pour nous aider, elle est précieuse au sein de notre groupe: malgré la surcharge de son travail, elle sait donner de son temps et laisser de côté son monceau de paperasserie. Merci, chère Nicole, de ce dévouement sans faille qui doit soulager Martine, notre présidente, fondatrice de deux associations humanitaires, visant un seul but: aider le malade. Martine, docteur de l'Association, a fondé, avec une équipe de soignants, un réseau de soins à domicile de fin de vie qui permet aux malades de vivre leurs derniers jours, entourés des leurs et suivis par un personnel compétent, dévoué. Martine, que nous ne rencontrons que très rarement à notre gré, est venue semer quelques graines fertiles pendant la formation. Ses réponses à nos questions sont toujours justes, raisonnées, porteuses de vérité... interventions entrecoupées d'appels de détresse, de SOS, une famille en demande, un malade à placer, un autre à soulager, à aider à partir, à soutenir, à éponger... Martine, très demandée, est toujours attendue, bienvenue auprès des familles affligées.

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Nous étions cinq cette semaine à démarrer nos visites.
Véronique, belle jeune retraitée, nous explique son parcours: - Je suis restée égoïste de longues années, repliée sur moi-même, ne pensant qu'à mon égo, trop occupée par ma carrière, ma famille, mon petit 'moi'. Puis un jour, tête à tête avec ma sœur qui avait découvert la Bible: elle rayonnait en me parlant. J'étais tétanisée en l'écoutant. Que lui arrivait-il? Et que m'arrivait-il tout à coup? Un bouleversement total, une révélation, une lumière... Je me suis sentie poussée par une force divine; je ne croyais pas en Dieu et en quelques minutes, j'ai compris que je vivais sans donner de sens à ma vie... J'ai bu les paroles de la Bible comme une altérée qui s'abreuve à la source, sans m'arrêter, j'ai lu les évangiles, les paraboles, m'imprégnant de ces lectures. Quel avait été mon parcours jusqu'alors? Qui avais-je aidé d'un minuscule geste? Rien, le creux! J'ai compris le mot 'fraternité' et j'ai su que c'était en devenant fraternelle que je serai plus heureuse. Je venais de subir une épreuve difficile. J'étais décidée à m'investir pour les autres: je soutiendrai autrui dans le combat contre la maladie. Au moins, allais-je essayer!

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Juliette, dynamique, enjouée, sait depuis longtemps ce que le mot' secours' veut dire. Cette ambulancière dévouée, qui a toujours pris le parti de son client en l'accompagnant et en l'aidant à entrer dans de bonnes conditions dans le milieu hospitalier, travaille actuellement dans une société de pompes funèbres; elle a compris que dans ces ultimes moments, il faut soulager avec des mots, des actes. Elle prend à cœur d'offrir le café à la famille en deuil et dame Juliette tient absolument à ce que le défunt parte préparé et fleuri. Sa première expérience de bénévole lui a fait approcher un homme d'une quarantaine d'années qui, en la regardant, lui a dit qu'elle avait de la chance d'être en bonne santé et que, pour lui, c'était trop tard. Le lendemain, Juliette recevait ce même homme au funérarium et l'accompagnait en sa dernière demeure. Pascale, la plus jeune d'entre nous, aux yeux ciel d'azur, au flot de paroles impressionnant, nous apparaît écorchée vive mais quand elle parle de ses filles, son bleu d'azur passe au turquoise, plus rien ne l'arrête: mère tendre, à l'écoute de ces adolescentes et de leurs premiers émois, elle veut donner de son temps aux autres avant que sa maison ne se vide de ses petites, la laissant seule, sans le timbre joyeux de ces voix féminines. Emue par la détresse des autres, elle est appréciée des malades par son regard rieur, sa 16

gentillesse naturelle. Pascale grandit dans l'action de ce bénévolat. Paul cache, sous une apparence tranquille, un cœur tendre prêt à fondre devant le malheur de l'autre. Paul, discret, sensible, émouvant, aura-t-il la résistance nécessaire dans ces situations d'extrême douleur que nous côtoyons à chacune de nos rencontres? Il prendra aussi quelques responsabilités dans l'administration de l' Association pour récolter les fonds nécessaires à sa bonne marche et à sa survie.

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PREMIÈRE JOURNÉE

J'ai grimpé les deux étages de la clinique avec deux anciens bénévoles qui ont accepté notre présence dans cette démarche commune: bien que diamétralement différents, ils assurent depuis des années leur combat contre le désespoir, ils offrent une forme d'amour à ceux qui luttent pour cette vie qui leur est prise.
Claude, d'une bonhomie spontanée, a toujours un mot pour faire sourire, voix tonitruante qui peut se faire silencieuse pour écouter, m'attend le premier mardi de ma rentrée à la cafétéria: encouragements, conseils; mon parrain me soutient d'un tel réconfort que j'aborderai ma 3ème étage sans trop première visite seule au d'anxiété. Je salue le personnel soignant, j'écris sur mon carnet vierge les noms remarqués sur la plaquette, je pousse la première porte: le malade de ce lit 19

n'est pas bavard; n'insiste pas.
-

un sourire est échangé et je

Vous avez besoin de vous reposer? Je n'ai plus rien d'autre à faire, est sa seule

réponse. Je lui serre la main doucement, ses yeux me regardent intensément, nous ne tricherons pas tous les deux. La deuxième porte s'ouvre sur une jeune femme, jolie, triste, seule; elle a l'air heureux de ma visite; elle n'évoque pas sa maladie mais son inquiétude face à l'avenir de son fils encore si jeune: elle est seule à assurer leurs deux existences. - J'espère que je vais m'en sortir, que l'on ne me découvrira pas d'autres saletés. J'écoute longuement ses inquiétudes face à ce destin incertain. Nous parlons de choses diverses. Quel soulagement, ce beau sourire pour me dire 'au revoir' ! L 'homme portugais, avec qui j'avais tant bavardé la semaine de mon stage, qui était alors joyeux de se remémorer sa Lisbonne natale - que d'échanges avec cet homme à l'accent chantant, son épouse crochetant une nappe à son côté! n'est plus le même cet après-midi: je le retrouve épuisé, si fatigué que je n'insiste pas. Sa femme me paraît paniquée; je voudrais lui parler mais 20

elle refuse de quitter son mari. Je sais que je ne le reverrai plus. Chambre 310 : la femme, jeune encore, qui est assise dans le fauteuil près du lit, me paraît bien lasse; sa très jeune fille la couve du regard: - Comment te sens-tu, Maman? - Elle a raté son bac cette année, dit sa mère, et ce, par ma faute, à cause de mes problèmes de santé et du souci que je lui ai donné. La voix est faible, la fille est angoissée. J'attends le départ de la mère devant subir un examen pour revenir près de Céline qui se blottit dans mes bras et sanglote; je la console, lui murmurant des mots que j'espère apaisants. - Cela va si vite, elle n'a que 50 ans, elle n'était jamais malade! Je m'assure qu'elle a le soutien de son frère, de son oncle; je lui remets la brochure de notre Association pour le cas où elle voudrait nous joindre. Je dois aller à la rencontre d'un nouveau malade mais le visage de Céline et sa désespérance resteront gravés en moi longtemps.
Madame D., très nature, me paraît de suite sympathique; elle a un long parcours de maladie, une bataille d'une dizaine d'années; elle lutte encore tout en sachant que le fil de la bobine qui la raccroche à la vie se dévide plus rapidement ces

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