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Une vie sur la route

De
268 pages
Henry Bourceret, né en 1921 à Lyon, a cheminé pendant les deux tiers de sa vie en pèlerin errant et vagabond sur les routes d'Amérique latine, en portant le message de l'absolu de Dieu. Deux tomes réunissant sa correspondance retracent son parcours géographique et spirituel depuis son entrée à la fraternité des Petits frères de Jésus jusqu'en 1994 où la maladie l'oblige à renoncer à son itinérance et à se fixer à Santiago du Chili.
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UNE VIE SUR LA ROUTE

Histoire de Vie et Formation Collection dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de Bernadette Courtois, Pierre Dominicé, Guy Jobert, Gérard Mlékuz, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.

Déjà parus
Volet: Histoire de vie Joseph BARBARO, Quotidien d'une maison de retraite, 2007. Association des Anciens Responsables des Maisons Familiales Rurale (coord. par J.-C. Gimonet), Engagements dans les Maisons Familiales Rurales, 2007. Marie-Odile de GISORS et Joffre DUMAZEDIER, Nos lettres tissent un chemin, 2007. Michèle PELTIER, Le couchant d'une vie. Journal d'une cancéreuse croyante et coriace, 2007 Jacqueline OLIVIER-DEROY, Cœur d'enfance en Indochine, 2006. Jeannette FAVRE, En prison. Récits de vies, 2005. Françoise BONNE, A.N.P.E. MON AMOUR, 2006. Christian MONTEMONT et Katheline, Katheline, 2005. David JUSTET, Confessions d'un hooligan, 2005. Renée DANGER, Mon combat, leurs victoires, 2005. Danièle CEDRE, La porte-paroles. De Elles à... Elle, 2005. Guy-Joseph FELLER, Les carambars de la récré ! Une école de village en Pédagogie Freinet dans les années 60, 2005. Marie-Claire GRANGEPONTE, (sous la dir. de), Classes nouvelles et gai-savoir au féminin, 2004. Jean-Marie ALBERTINI, Mémoires infidèles d'une famille de Provence, 2004.

Henry BOURCERET

UNE VIE SUR LA ROUTE
Lettres dJun pèlerin vagabond

Tome1

(1950-1954)

L ' Harmattan

Pour mon Frère Enrique, pour tous ceux et celles qui ont marqué son chemin, et aussi pour chacune et chacun qui lui ont fait confiance pour le laisser vivre cette vie si atypique qui fut la sienne, je dédie ce poème. Il va, il va
Dieu seul sait où, Dieu seul le conduit. Le soir offre un spectacle de soleil étranglé. Et son poncho est couleur de bruIne dans le vent, Quand les lumières s'endorlnent en delni-teÙzte dans la plaine. épaule contre épaule,

Les crêtes et sOlnmets, là-haut, se rassemblent,

Dans un reste deJour laiteux qui hésite entre ciel et terre.

Il va, il va
Captif de la magie des chelnins, Amoureux de la Terre et de ses H Olnt/Jes. Tel une olnbre dans l'ombre, par ces collines, Il chelnine, tOUjours sans se lasser. ])ourvu que la nuit lui apporte un souvenir Qui rende moins pesante sa grande solitude.

Il va, il va
Porteur desJOoieset des chagrins du I1Jonde, Riche de la seule Tendresse de Dieu. S on regard est rempli des beautés rencontrées en chelnÙz, Des souffrances silencieuses croisées sur la route, Du 11rystère de chaque rencontre, Et de Celui de Dieu, son Père. Ses yeux sont le miroir de tant de sourires d'enfants,

Et ils ont ce reflet si beau de pudeur transparente, Qui se pose si intenséJnent sur les êtres et les choses sans JClJnais les posséder.

Il va, il va
Vagabond. ..

Xavier Allard, Petit Frère de Jésus

L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

@

75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr hannattan I @wanadoo. fr

ISBN: 978-2-296-04923-9 EAN : 9782296049239

Présentation

générale

En janvier 2006, un passage à Santiago du Chili m'a fait don d'une double rencontre. Celle de Martine et Grégoire, créateurs d'animation culturelle dans les banlieues de la ville et dans la dynamique de l'association « Si la beauté sauvait le J71011de Et grâce à eux, celle d'un homme ». que je croyais mort - Henry Bourceret - mais encore vivant avec son ange gardien, sa nièce Héléna, qui l'accompagne dans sa dernière étape de pèlerin vagabond. Tout en accompagnant cette dernière période, Helena a retranscrit les lettres de voyage que pendant cinquante ans, Henry a périodiquement écrites pour rendre compte de ce qu'il vivait sur les routes du monde, routes européennes, africaines mais surtout sud-américaines. Expression personnelle d'une expérience singulière extrêmement précieuse pour approcher une histoire de vie paradoxale, à la fois infiniment simple et complexe. C'est cette expression vive, brute de décoffrage, qu'offrent ces deux volumes au fll des jours, des ans et des lieux. La simplicité, parfois redondante et apparemment naïve, de cette première expression arrachée à une vie aventureuse et éprouvante sur les routes, ne doit pas faire illusion. À travers elle, avec beaucoup de pudeur, de volonté, d'intelligence, d'humour et d'ironie même, effleure la recherche passionnée d'un éclaireur de premières lignes, explorant les frontières de l'humain, du social, de l'invisible et de l'indicible. Entre autres dans une Amérique du Sud de la deuxième

moitié du XXème religieuse.

siècle,

en pleine

ébullition

socio-politique

et

Ces lettres de premières lignes s'offrent à plusieurs niveaux de lecture. de Benito Cassiers, de la Le premier - que présente le prologue Fraternité de Santiago - est le plus manifeste tout en étant le plus mystérieux. C'est celui d'une aventure existentielle quotidienne si profondément incarnée presque naturellement par Henry, qu'il résistait à utiliser les grands mots pour la nommer: spirituel, religieux, mystique. Avec raison. Ces grands mots sont surchargés de représentations héritées qui souvent empêchent de penser et de chercher. Ils voilent autant et sinon plus qu'ils ne dévoilent. Au-delà d'une langue de bois, leurs sens est à réinventer et à réincarner. La vie d'Henry sur les routes poursuit cette quête existentielle de construction de sens par une alliance toujours nouvelle entre l'humain et le transhumain. Comment exprimer, autrement qu'en balbutiant, les percées opérées par l'attraction passionnée d'une présence/ absence qui fait voir le tout dans le rien, la richesse dans la pauvreté, le frère dans l'agresseur, le Tout Autre dans le premier venu? Comment vivre au présent cette attirance mystérieuse, aimante et agissante, d'un Charpentier mort voilà deux mille ans et qui n'avait pas de pierre où reposer la tête? Comment surtout traduire en actes cette passion dévorante, sans se leurrer de mots? Cette traduction en actes plus qu'en mots de la construction d'une fraternité universelle est un leitmotiv d'Henry, comme du mouvement des Petits Frères de Jésus. Ces lettres arrachées aux dures et obscures incarnations quotidiennes de la fraternité, témoignent donc, à travers une vie singulière référant aussi à François d'Assise, Benoît Labre et Charles de Foucauld, d'une recherche collective historique d'actualisation d'un message évangélique d'Amour universel. La discrétion est le mot d'ordre de cette recherche à la fois collective et personnelle. D'ou l'importance des mots échappés et recueillis. A accueillir et cueillir comme des germes d'éternité. La passion même d'Henry pour la route - affichée dans le titre: une vie sur la route - appelle une seconde lecture plus sociale, socioculturelle et même socio-professionnelle. En effet sur la route, il n'y a pas que des errants, des vagabonds, des SDF. Il y a les professionnels de la route, les gens du voyage, à la culture si méconnue et si décriée par les sédentaires que nous sommes en majorité. Ses lettres sont émaillées d'un attachement profond aux gens du voyage qui 6

l'émeuvent comme de vrais frères, à travers et au-delà des rencontres vagabondes. « Ma plus grande joie du Brésil, fut de croiser une troupe de vrais Gitans. .. vous devinez combienje les ai eJnportésdans JJJonsac ainsi que tous les Gitans du Jnonde ». Le 24 mai, la fête des Gitans aux Saintes-Maries-dela-Mer n'est jamais oubliée. Essayer de lire socio-culturellement cet attachement aux gens du voyage au-delà d'une lecture seulement évangélique, oblige à ouvrir nos modes de compréhension trop statique d'habiter la terre. Les Gens du Voyage incarnent un mode dynamique de non-installation, d'horizon infini, d'ouverture permanente à l'ailleurs, à l'autre. Ils incarnent ce qu'on peut appeler « l'appel de l'ailleurs» ou la « pulsion migratoire ». « En devenant humain, l'homme acquiert, en JnêJneteJJJpsque la station debout et la Jnarche à grandes ef!Jambées,une pulsion ou instinct Jnigrateur qui le pousse à marcher sur de longues distances, d'une saison à l'autre. Cette «( ulsion)) est inséparable de son rystèJne nerveux et lorsqu'elle est réprÙnéepar p les conditions de la sédentarité, elle trouve des échappatoires dans la violence, la cupidité, la recherche du statut social ou l'obsession de la nouveauté» (Chatwin B., 1996, Anatomie de l'errance, Paris Grasset, p. 26). Sous peine d'interprétation possible d'inconstance ou d'instabilité plus ou moins caractérielle, référer à cette dimension formatrice vitale du mouvement qu'incarnent les gens du voyage, semble nécessaire pour comprendre le message porté par ce pèlerin vagabond. « Vraiment, j"ai trop besoin de changer d'air! ». Ce message est particulièrement d'actualité avec la fluidification des modes postmodernes d'habiter le monde. Avec la mondialisation et les flux migratoires inédits qu'elle entraîne, les déplacements et les voyages deviennent plus nombreux et centraux. Ils peuvent former non seulement la jeunesse, mais aussi la vie adulte et même la vieillesse. A condition de les réfléchir et de les travailler en ce sens. Cette «Vie sur la route» nous y aide. Elle rappelle la condition mouvante et émouvante fondamentale de l'homo vzator et de l'homo peregrinus. Elle en actualise aussi les conditions de réalisation. Cette actualisation géographique et historique sur les routes principalement transatlantiques nord et sud, serait le troisième niveau de lecture à développer. De Rome, Lyon, Montréal, Prince Georges, San Francisco, Rio, Aldea Tapirape, Maracaibo, Cali, Quito... Une carte serait à faire pour bien identifier la terre qu'a parcourue Henry, tout en dialoguant avec le monde entier, proche et lointain, présent, passé et futur. Un maitre d'autoformation Jnondialoguante! Il faut lire

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les détails précis sur tel lieu, tel jour, enchassés d'interpellations à tel frère dont c'est la fête à l'autre bout du monde. Henry habite terre et ciel en compagnie d'une multitude d'êtres et d'éléments. Ces dialogues d'un éclaireur de l'universel sont à lire et décoder systématiquement comme informations précieuses de l'évolution socio-religieuse vécue en cette fm de XXème siècle dans l'espace transatlantique. Nous espérons que ces deux tomes y contribueront. Merci à Henry et à Helena de nous offrir ces fioretti modernes. Gaston Directeur de la collection « Histoire Pineau

de vie et formation»

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Sommaire

Prologue aux diaires d'Henry. Route de Rome, 4 mai 1950
2 j uin

13 15

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24

D 'l talie, juillet 1950 Saint-Rémy, 2 décembre 1950 28 décembre Le Saulchoir, 7 janvier 1951 4 janvier Pari s, 24 janvier 1951 Lisieux, 13 février 1951 Con carn eau, 12 mars 1951 Redon, 7 avril 1951 Paris, mi-avril 1951 Montpellier, 2 mai 1951 Lyon, 17 mai 1951 Montréal, 22 mai 1951 Montréal, 4 juin 1951 Québec, à bord du Mac-Lean, 18 juin 1951 Sur le Saint-Laurent, à bord du Mac-Lean, 27 juin 1951 Région du Labrador, 24 octobre 1951 Montréal, 24 novembre 1951 Montréal, 8 décembre 1951 Montréal, 21 décembre 1951 Canada, Hearst,S janvier 1952 ...

29 33 36 39 40 43 47 53 57 61 63 67 71 73 79 83 87 91 95 99 103

22 décembre Hear st, 2 février 1952 Hearst, 17 février 1952 I<imso, Canada, 9 mars 1952 V an co uv er, 3 avril 1952 Vancouver, 23 avril19 52 Prince Georges, 10 mai 1952 Montréal, 25 juin 1952
Mon tr é al, 7 j uill et

103 109 111 113 115 117 119 123

1 9 52 .. . .. . . . . . . . . .. . .. . . .. . .. . . .. . . .. . .. .. . .. . . . . .. . . . .. . .. .. . .. . . . . .. . .. . .. .. .. 125

Fermie, 24 août 1952 Hearst, 2 septembre 1952 Prince Georges, 14 septembre 1952 San-Francisco, 21 octobre 1952 El Paso, 8 novembre 1952 Mexico, 20 novembre 1952 Santa-Maria, Mexique, 8 décembre 1952 Oaxaca, Mexique, 24 décembre 1952 Guatemala, 30 décembre 1952. ... Managua, 7 janvier 1953 Lima, 24 janvier 1953
C uz co, 12 février

127 129 131 133 137 143 149 155 157 163 169

1 953 .. .. .. . . . . .. .. .. .. . . .. . . .. .. . .. . .. . . . . .. . .. . .. . .. . . .. . .. . .. .. . .. . . . . . . . . .. ... 1 73

La Paz, 7 mars 1953 Talca, Chili, 10 avril19 53 Pucon, Chili, 26 mai 1953 Bueno s-Aire s, 27 juin 1953 Rio de Janeiro, 27 juillet 1953 Rio, 12 août 1953 Rio, 7 septembre 1953 10

175 179 183 185 187 189 191

Aldeia Tapirapé, 31 octobre 1953 Aldeia Tapirapé, 24 décembre 1953 Aldeia T apirapé, 28 janvier 1954 Marabi, Brésil, 2 mars 1954 Marabi, Brésil, 19 mars 1954 Belém, 2 avril 1954 Notre-Dame du Mont Pelé, La Martinique, 20 avril 1954

193 199 201 205 209 213 219 225 231 237 ... 239 247 249 251 255 261

La Martinique, Le Carbet, 30 avril 1954 La Désirade, petite île près de la Guadeloupe, 19 mai 1954, Guadeloupe, 2 juin 1954 Fatima, 18 août 1954 Lyon, 4 octobre 1954 Marseille, 21 octobre 1954 A bord du« lonia »,29 octobre 1954 Jérusalem, 22 novembre 1954 En mer, 9 décembre 1954

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Prologue aux diaires d'Henry

Comme chaque homJne, Henry est un enfant de son époque, portant en lui ses blessures et ses recherches,ses chances aussz: En Jnai 1940, lorsque la DeuxièJne Guerre mondiale affectait son pqys, il avait 18 ans, et donc 23, lorsqu'en 1945, se signait la Paix à ])aris. Il participa à la caJnpagne d'Italie en 44-45. Reprendre la vie ordinaire et routinière après cela n'était pas évident. Sur la base de son éducation chrétienne traditionnelle, s'éveille en lui une vocation religieuse. Très impressionné par la prOjection du film «(L'Appel du Silence)) il prend contact avec la naissante congrégation des Petits Frères de Jésus qui, à la suite du ])ère de Foucauld, cherche à se laisser séduire par Jésus de Nazareth, hOJnJ1Je du peuple ordinaire, solidaire pour autant, de nos heurs et Inalheurs, par lequel nous est révélé enplénitude l'alnour gratuit du Père. C'est là que, à la vezlled'accoJnplir ses 26 ans, il commence son noviciat. Il y rencontre le ])rieur de cette congrégation, Le Père René VoillauJne, soucieux, à cette époque, d'étendre aux hOJnJnes délaissés des 5 continents le J1JeSsage'amour du Christ, vécupar le Frère Charles d de Foucauld. Par delà les aspects non-classiques d'Henry, il saura y reconnazÎre un véritable appel du Seigneur et l'orienter peu à peu vers les "vagabonds" sur les routes.
C'est ainsi qu'un concours de circonstances et les diret'fives du ])ère VoillauJne conduit Henry à prendre la route des A Jnériques. de Jean Man'hand Tout COI1Nnençad'abord Rome en 1950 par la connaissance ont à

"envoûté" par ce pèlerin

vagabond et qui motivera son entrée chez les ])etits Frères, puis celle d'un Oblat de

Marie, le Père Steiman à St Jacques de COJnpostelle en 1951. Ce dernier rencontrepeu de temps après le Père VoillauJne à El Abiodh et lui deJnande de faire venir des Petits Frères chez les EskiJnos. Henry et Jean partent donc au Canada en mai 51 Jusqu'à septembre 52, date à laquelle, sur la delnande du Père

Voillaume, Jean rentre en Europe et Henry poursuit sa route vers le Sud traversant, la plupart du teJnps à pied, Etats- Unis, Mexique, Alnérique Centralepour rr:/oindre Fraternité de Lima puis cellede Santiago du Chilz: la

TOUjourssoucieux de recueillir les indications de son Prieur, z} refoit aussi celles de ses Frères dont il visite les .Fraternités, au hasard de ses routes latino-aJJJéricaines. La pauvreté aussi lui sert de guide pour apprendre à lire, au fil desJours et des circonstances, les indications de la Providence. C'est ainsi que peu à peu, z} s'orientera defafon plus précise vers les pèlerins vagabonds qu'il côtoiefaaleJJJent sur son chemin. Les dernières années de route au Chili et son rattacheJJJentà la Fraternité de Santiago, correspondent aux prémices d'une usure cardiaque et des Jambes, Henry qyant toutJuste jeté ses 73 printeJJJjJsen 1994. Au milieu de la dispersion naissante des Fraternités, poussés par leur J)rieur, les Frères, et Henry aussz~pour autant, commencent à prendre l'habitude d'écrire régulièrement ce qu'ils appelleront des «(diaires )), silJJjJleslettres fraternelles qui sont ensuite diffusées à toutes les Fraternités, où ils partagent sans prétentions littéraires, ce qu'ils vivent à la suite du Seigneur avec les gens qui les entourent. Cet humble partage fraternel devient vite, pour Henry, en particulier, coupé de toute vie comJnunautaire, un espace de clarté entre eux. Il convient de signaler également au lecteur que Petite Sœur Magdeleine, qu'il a paifois rencontré, est la fondatrice des J)etites sœurs de Jésus, qui partage et stilnule le Père VoillauJJJe dans cette ouverture universelle du Jnessage du Frère Charles. ÉgaleJnent à cette époque du début de l'existence des Fraternités, tous les Frères font leur noviciat à El Abiodh Sidi Cheik, au Nord Sahara, en Algérie quz~ de cefait, fait un peu fonction de «(Fraternité-Mère)) où les Frères se sont connus et se rencontrent. C'est ainsi que, dans ses diaires, Henry fait allusion à plusieurs Frères rencontrés à El Abiodh et bien d'autres azlleurs. Lieu de clarté et de partage fraternel, ces diaires d'Henry nous permettent de toucher du doigt, cOJnJnent,au cours de sa vie hasardeuse, le soutenait sa vie d'intimité avec son Seigneur, dans la prière et la pauvreté, vie soutenue et enrichie par ses nombreuses relations d'amitié que lui offraient tous les contacts humains sur la route. C'est ainsi que cette «(Vie sur la route )) nous apparatî comme un humble témoignage d'une vie avec Dieu au Jnzlieu
des hOJnmes.

Benito Cassier s, Petit .Frère de Jésus

14

Route de Rome, 4 mai 1950

Merci de vos lettres trouvées hier à Turin, quelleJoie de vous sentir ainsi si près, unis dans la prière, en adoration du JnéJne Dieu. COJnJneles Jnots sont faibles pour exprÙner cette soif d~Jnour qui doit tous nous dévorel~ de plus en plus, à texemple deJésus, du Père de Foucauld et de tous les Saints. Voici à peu près ce quefurent cesJours de route. En quittant 5 aint-MaxÙnin, le cœurgros etpar un temps gris, J"'ai retrouvé la Joie de la route en rencontrant deux Hollandais qui revenaient de ROJne. Union de pèlerinage, J"oieprofonde, ensuite, Je n'ai plus regardé en am"ère etJ"'ai regardé vers la 5 ainte Vie~e et Jésus etJ"'ai vraiJ1Jent pris conscienceque J"'étais délégué en pèlerinage au nOJn de tous les Petits ~rères. Ne plus me regarder mais penser à vous tous, à chacun, à tous ceux que ton rencontre qui travazjlent en usine, dans les champs, qui souvent ne pensent pas à Dieu qui les aÙne.
Le soù~ J"e vais chez un brave tYpe de la Réunion. Je lui avais donné un coup de

main pour rentrer du bois et il m'a invité pour diner et dorJnir. Triste appartement de vieux garçon, il a perdu sa feJnme zjy a trois ans. Le Jnatin, Je suis heureux de reprendre la route parmi les oiseaux. Alléluia! Alléluia!

20 avril
Messe à Brignole, joie de repartir le cœur léger, allégresse de l'action de grâce sur la route, lecture de la Bible dans les pins, le Seigneur me comble! Je fais route un moment avec un vieux routier, 25 ans qu'il fait le « ruban », on discute, il me raconte sa vie, au fond comme c'est matériel: boire, manger, dormir. Je demande au Seigneur de ne jamais devenir un «professionnel », je me sens davantage attiré par Jésus vers Benoît Labre, solitude, il faut prier pour tous. Je couche à la belle étoile, joie d'être le Petit Frère de Jésus qui attend tout de Lui, qui n'a rien. Comme je voudrais prier davantage et mieux, j'ai si peur d'être comme le Pharisien. Il faut se jeter avec une immense confiance dans l'Amour de Jésus pour nous et ne plus nous regarder, mais Lui seul.

21 avril
Après la messe, M. le curé m'offre à déjeuner et joie de reprendre la route. Un pauvre cantonnier me conseille d'aller à Sainte Roseline, j'y vais, c'était merveilleux. Un vieux petit monastère, le corps de sainte Roseline qui donnait du pain aux pauvres. Un jour, son père lui ayant en un demandé ce qu'elle portait dans son tablier, les pains se changèrent roses! Comme Dieu conduit les événements! Le soir, je retrouve ancien camarade

de collège, joie de se sentir ainsi le jouet du Seigneur.

22 avril
Je vais demander l'hospitalité pour ma retraite du dimanche à Roque Brune, désert Carmélitain, Carmes Déchaussés. Il y a quatre Pères, vraie solitude. Ils viennent faire des retraites d'un mois ou plusieurs années pour Le retrouver, Lui seul Jésus, trois heures d'oraison par jour, grande dévotion envers la Sainte Vierge et Saint Joseph. Ils me font une grande faveur en me gardant chez eux. Ils ont des cellules, je crois, un peu comme les Chartreux. Je comprends cette soif du tête-àtête aux pieds de Jésus, cependant pour acquérir cette solitude, il y a des exigences qui peuvent paraître aller un peu contre la charité mais il est vrai que c'est pour l'amour de Dieu et qu'il est plus que tout. Mais surtout je ne veux pas juger, il faut aimer tout le monde. Très beau chant du salve et bel office de nuit très lent et bien prononcé, on sent que le temps ne compte plus ou plutôt que leur seule raison d'être est pour prier le Seigneur.

23 avril
Journée de soleil, d'adoration, de plénitude. Le soir, avant de partir, le Père me bénit et me parle de confiance, paix, joie, obéissance, prière, dévotion à Saint Joseph. C'est vrai, très souvent nous l'oublions. Le soir pluie, à quelques kilomètres de Fréjus, je rencontre un Arabe d'Orléanville qui m'emmène dans une cabane au milieu des vignes. Il me prépare une couchette dans la paille puis me dit au revoir, joie profonde de trouver ainsi un pauvre arabe, toujours aussi charitable que chez eux. Comme je les aime eux aussi!

16

24 avril
Messe à Fréjus, puis route sur Cannes en passant par l'Estérel. Très belle région de montagnes, c'est le printemps partout. Je pense à tous les Frères, combien j'ai besoin de vos prières, je prie tout spécialement pour le Père, le Père Noël, Frère Benoît, tous les responsables. Comme on doit être uni et fou pour Jésus et comme Dieu nous comble! Mais cela doit nous inciter à être plus généreux et plus donnés. Alors que je regardais passer les voitures, poussé par un besoin de prier, je demande à quelqu'un où se trouvait la plus proche église. C'était un Corse qui avait fait la campagne d'Italie qui m'invite spontanément pour dormir, on me gâte, le Seigneur est bon et j'ai l'impression de trop parler et de ne pas être assez le « Petit Frère ». Je pense à Benoît Labre, abjection, humilité, pauvreté.

25 avril Étant entré à Notre-Dame des Pins pour lire un peu de Bible, je vois un prêtre, le Père Pradel qui me pose quelques questions et m'invite à déjeuner, j'ai, du reste, refusé. Il a proposé d'envoyer aux Petits Frères plusieurs livres qu'il a écrits. Je ne sais pas et je l'ai bien remercié. Il a une belle église où l'on prie bien. Le soir, j'arrive à Nice. Cherchant un asile de nuit, je rentre dans une église où il y avait beaucoup de cierges allumés, j'ai pensé qu'elle restait ouverte toute la nuit, elle était dédiée à sainte Rita que j'ai d'abord prise pour sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, maintenant j'aime bien sainte Rita. En fermant l'église, ce sont des prêtres italiens qui m'ont reçu très simplement et très chiquement. Ils m'ont donné une lettre pour leur maison de Turin, d'où je vous écris. Je n'avais pas l'intention d'y passer, mais c'est le temps et le besoin de vous tenir au courant qui m'y ont poussé.

26 avril Je m'arrête à Notre-Dame de Laghet, beaucoup d'ex-vota magnifiques. Descente sur Menton. Je dors chez un jeune sacristain. Je sens qu'il nous faut un christianisme large, c'est-à-dire qui n'a pas peur d'affronter le danger, les risques. Si vraiment nous sommes centrés sur Jésus et dans l'obéissance, que risquons-nous? Absolument rien.

17

27 avril
Messe, communion, on me donne de l'argent que je mets dans un tronc, puis belle journée de route solitaire dans la montagne sur Sospel. C'est magnifique et je songe à saint François, son amour de Dieu, de la nature, de toute la création. Dans une grande église j'entends cette belle prière d'un tout petit enfant: «Petit-Jésus je t'aime beaucoup ». C'est simple, mais combien cela doit plaire à Jésus. Souvent, nous compliquons peut-être trop: «Prier, c'est penser à Jésus en l'aimant ».

28 avril
J'étonne les gendarmes, c'est une région frontière. Belle région de forêts et de plantations d'oliviers, les gens sont braves. Je donne un coup de main l'après-midi à planter des pommes de terre. Un prêtre me reçoit assez froidement et le lendemain, me demande nom, prénom etc. et de signer sur un registre, à vrai dire, je râle un peu. Pardon. Joie de reprendre la route. Je visite un ancien monastère de Trappistes et une abbaye de Franciscaines, c'est merveilleux comme il faut se faire tout petit dans les mains de Jésus. Le soir à Tende, je frappe au presbytère en comptant faire ma retraite du dimanche. Refus du prêtre et j'en remercie aussitôt le Seigneur. Je ne lui avais pas assez fait confiance, je dois le laisser faire et ne rien demander. Les douaniers me reçoivent d'une façon vraiment très aimable. Ils se mettent en quatre pour me faire plaisir, ils m'offrent à manger et à coucher. Le lendemain à la messe du matin, M. le curé me remet de l'argent, je ne sais quoi faire, je le mets dans le tronc de sainte Rita, Alléluia! Je reprends la route, léger, léger et si heureux! L'Italie n'est pas loin et comme toujours, j'espère ouvrir une nouvelle page. Quatre kilomètres de tunnel et me voilà en Italie. Les douaniers italiens m'offrent à déjeuner avec eux pour la bienvenue, c'est de plus en plus simple, mais je ne prie pas assez. Je couche à la belle étoile, je me sens un peu seul, mais cela aide à se rapprocher de Jésus. Comme il faut l'aimer, Lui seul!

18

1er mai

Tout le monde travaille dans les champs, j'ai vraiment une allure de pèlerin. Un pauvre prêtre revenant de Rome me garde à manger, très simplement. Il veut me donner tout ce qu'il a, je lui parle de notre vie, du Père de Foucauld, j'aurais dû lui laisser les Écrits Spirituels mais je n'y ai pas pensé sur le moment, on ne doit vraiment tenir à rien. Journée de marche et de prière, solitude, chapelet. Merci au Frère François et au Frère Dominique, je prie aussi pour eux. J'avais gardé du pain d'hier, ce sera ma nourriture jusqu'à Turin. En principe, il vaut mieux ne rien garder pour le lendemain...

3 mai

Joie

de trouver vos lettres. Cottolengo: profonde impression d'abandon, de confiance en la Providence, continuelle générosité et prière de partout dès qu'il y a quelques minutes. D'abord, c'est immense, partout à travers la maison, les cours, il y a des autels, des prie-Dieu, des statues et partout on prie, il y a un grand courant de petitesse, de confiance, de dévouement sans compter. Il n'y a pas d'argent, des dons continuels au jour le jour. Il y a, je crois, 12.000 personnes, c'est magnifique la toute-puissance de Dieu.

J'y ai passé la nuit très simplement. Tout le jour et toute la nuit, il y a des religieuses qui se relaient pour venir prier à la chapelle: cela fait du bien cette immense montée vers le Seigneur et surtout l'abandon et la confiance en toute sérénité. Vu aussi le Saint Suaire, mais cela m'a paru trop beau. Ce matin, j'ai visité Don Bosco avec un Salésien français. J'ai beaucoup regretté Cottolengo. Dominique Savio a été béatifié le 5 avril dernier. Ce soir je suis avec tous, chers Petits Frères, aidez-moi à bien vous porter, que je sois plus généreux, plus pauvre, plus le dernier, le méprisé par amour de Jésus.

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Du pèlerin de Rome, juin 1950

Merci de vos lettres, de vos diaires, de vos prières. Bien que menant une vie un peu en dehors des cadres, à l'aventure, Je voudrais vous faire sentir cOlnbien réellelnent Je me sens uni à chacun de vous, faisant partie de la Inêlne fatJ2Ztle, délégué pour davantage prier, puisque ce doit être Ina seule raison d'elre. La route est très capricieuse comment et Inon pèlerinage expliquer sur Rome passe par des hirondelles, de 11lultiples détours filais tout y est intuition ou le vol capricieux

existence venant de Dieu, donc à sa louange. Il y a eu des hauts et des bas, mais it ne faut pas se regarder surtout en voyant Jésus sur la croix, c'est notre Tout, le reste n'a aucune Ùnportance et cela, de Inoins en Inoins.

23 mai Route banale durant laquelle on récite le chapelet plutôt mal que bien. Arrivé le soir à Florence, je ne résiste pas à la tentation d'aller écouter la musique d'une fête foraine. On se sent faible et tout petit au milieu de toute cette agitation, cette soif de plaisir, ce besoin de vivre, on est pris dans le courant et il faut lutter pour s'en dégager. «Vanité des vanités », soif de se retrouver aux pieds de Jésus dans une église où l'on m'invite à coucher, je me sens un peu comme un oiseau en cage. Je comprends Georges Francou qui, au séminaire, désirait aller coucher sous les étoiles. On fait tellement plus partie de la nature avec les fleurs, les oiseaux. On ne possède rien et cependant on a tout, un trésor que personne ne peut nous ôter, d'appartenir à Jésus et cela où que nous soyons. L'Arno a belle allure.

24 mai
Florence. Dans cette grande église on dit des messes de partout, au moins 4 ensemble, je me sens tout désorienté. Grande joie d'aller à la poste et de trouver tout votre courrier dont je vous remercie. Il fallait

payer

60 lires,

je ne

sais pas

pourquoi,

comme

je n'avais

rlen,

l'employé me dit: «Et pour manger que faire? ». Je lui dis: « Providenzia », à quoi il répond en me tenant le paquet de lettres: « Providenzia ». C'est tout simple, on ne s'étonne plus de rien. Dieu est tout puissant et nous sommes des petits enfants. Assis sous le porche d'une maison, je pense au Père prieur et au Père Noël à Marrakech et à leur voyage au Maroc. L'imagination vole, on voudrait être avec tous et de partout à la fois. Le Père me dit qu'il passera à Rome le 27 et qu'il sera dans le train le 26 au soir. Je n'hésite à Pise, quelle joie de le revoir à lui dire, mais simplement quelques minutes sans doute, comme notre d'habitude, pas à pas retourner grand-chose seulement

sur le quai de la gare. Je n'aurais près de lui qui est vraiment

le voir et me sentir tout petit Père pour nous

et si pleinement

conduire à Jésus. Comme il faut prier pour lui! Combien nos petites misères sont insignifiantes, mesquines en comparaison de ce grand élan vers Dieu. Joie, allégresse, d'hirondelle, je ne sais, mais je reprends c'est toujours m'appellent la route de Pise, caprice je récite le la route,

chapelet et je suis si heureux. Ce soir des « Zigaris », bohémiens, toute pauvre, ils m'offrent

sur la route, roulotte on s'assoit par terre,

le café et à manger,

comme les Arabes, on les sent libres. Il y a une petite fille Joséphine de 7 ans, paralysée des 2 jambes. Je l'emporte dans ma prière pour que Dieu lui donne, sinon la guérison, du moins la résignation. Ils me préparent un lit, une couverture et une paillasse pour la nuit. On dort tous à la belle étoile, c'est magnifique!

26 mai
J'arrive au matin à Pise. Matinée d'adoration aux pieds d'une Vierge de Fatima, toute pure, belle, calme, douloureuse, limpidité, pureté virginale, souffrance, simplicité... Il ne faut pas devenir des tièdes en Amour de Jésus mais être des ardents comme le Père de Foucauld et Le du moment que c'est pour le Christ, rien ne doit plus compter. curé de la paroisse m'invite très simplement à déjeuner.

Je lui parle des Petits Frères. Il me dit combien il sent le besoin de solitude, d'isolement pour se sentir en adoration aux pieds de Jésus et

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tout le temps

on vient le demander

de-ci, de-là. Puis 2 heures

avant

l'arrivée du train, me voilà sur le quai de la gare. On me laisse entrer, il y a beaucoup de monde, le train n'arrive toujours pas, j'ai envie d'être sur un chameau On se laisse disperser dans le désert, dans une caravane, loin de tout. et on ne pense plus à Jésus seul. Je me sens

bien lâche et bien faible, mais c'est si bon de s'abandonner, les yeux fermés, à Jésus. Sa volonté en tout, n'importe où. Les gendarmes ont des tenues de grenadiers, tricornes, gants blancs, des boutons d'argent, on se croirait un peu à la parade, cela devait beaucoup avoir grande allure arrive. .. Et le Père, Inch' Allah! du blanc, du rouge, du noir, des des épées dorées, des revolvers, mais ils sont très sérieux, de Napoléon. Le train il y avait

au théâtre, du temps Hélas,

quelle déception,

de noirs de Madagascar

qui allaient à Rome mais le Père n'y

était pas. Je tenais sans doute trop à le voir, je me sens tout désemparé et ne sachant que faire, je retourne à la Vierge de Fatima. Elle est toujours M. le curé m'offre aussi calme, aussi pure, mais je n'arrive à dîner et je reprends pas à prier. la route de nuit sur Florence.

28 mai
Pentecôte. Dominicains, Grand-messe dans ce petit davantage village célébrée André, par deux cela me rapproche de ceux de Saint-Maximin Michel,

en particulier d'Hubert et de Dominique, du Frère Louis, Georges et tous. Journée de recueillement.

31 mai Marche de nuit. Arrivée au matin à l'Alverne. Campagne en fleurs, genêts d'or, poussière de lumière et de parfum, sonnailles de troupeaux, chants d'oiseaux, sa Gloire. à profusion. au fond, ciel bleu, harmonie, tout est louange de Dieu et proclame beautés répandues la Sainte-Baume, lieu de grâces, On a du mal à s'arracher à tant de Retrouve un Franciscain français, vu à je râle contre ce besoin humain de

qui me fait visiter, on y est bien pour prier, c'est un mais

mettre des portes partout, de fermer à clef, ainsi à la chapelle des Stigmates, on ne peut y aller qu'à certaines heures, alors que dans la nature Dieu donne tout à profusion procession à la chapelle des Stigmates, 23 et en pure perte. j'essaye de retrouver La nuit, l'âme de

saint François qui aimait prier sous les étoiles, au soleil, au milieu des oiseaux, de la nature. Aucune inquiétude, Amour effaçant toute austérité, emportant tout vers Dieu.
1er juin Je passe cette journée à la recherche de saint François, je monte au sommet de l'Alverne, au milieu d'une grande forêt de grands arbres, de la verdure, des oiseaux. Comme cela devait être beau, cette première vie de saint François, tout abandonné à Dieu, avec le seul désir de l'aimer, ne rien posséder, aimer tout le monde comme œuvre de Dieu. C'est curieux, mais n'ayant pas trouvé tout ce que j'en espérais à l'Alverne, je me sens beaucoup plus près de Benoît Labre. Il n'y a rien que la Croix et l'Amour, toutes nos déceptions ne doivent-elles pas servir à nous montrer qu'il n'y a que Dieu qui compte et que tout ce que nous aimons ailleurs est en quelque sorte un moins d'amour pour Lui. Il y a trois ermites qui vivent isolés à

l'Alverne.

2 juin
Je visite avec joie l'Alverne, passe par le mont Oasedu, itinéraire suivi par saint François. Je retrouve la paix et la joie au milieu des genêts, dans la forêt. Les gens sont braves partout. Sur la route une femme m'attend avec 2 œufs, un morceau de fromage et un verre de vin, je ne sais comment remercier, le Seigneur est si bon.
3 juin Borgo San-Sepulcro au matin, parfum de roses, déception de me

sentir un peu repoussé, puis joie de penser à Benoît Labre, au Christ, porter sa croix, c'est normal. Puis, sur la route, le soir, on m'accueille avec tellement Tout est grâce. de gentillesse et de délicatesse et je le mérite si peu.

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