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Une vie sur la route (T2)

De
270 pages
Henry Bourceret, né en 1921 à Lyon, a cheminé pendant les deux tiers de sa vie en pèlerin errant et vagabond sur les routes d'Amérique latine, en portant le message de l'absolu de Dieu. Deux tomes réunissant sa correspondance retracent son parcours géographique et spirituel depuis son entrée à la fraternité des Petits frères de Jésus jusqu'en 1994 où la maladie l'oblige à renoncer à son itinérance et à se fixer à Santiago du Chili.
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UNE VIE SUR LA ROUTE

Histoire de Vie et Formation Collection dirigée par Gaston Pineau
avec la collaboration de Bernadette Courtois, Pierre Dominicé, Guy Jobert, Gérard Mlékuz, André Vidricaire et Guy de Villers

Cette collection vise à construire une nouvelle anthropologie de la formation, en s'ouvrant aux productions qui cherchent à articuler "histoire de vie" et "formation". Elle comporte deux volets correspondant aux deux versants, diurne et nocturne, du trajet anthropologique. Le volet Formation s'ouvre aux chercheurs sur la formation s'inspirant des nouvelles anthropologies pour comprendre l'inédit des histoires de vie. Le volet Histoire de vie, plus narratif, reflète l'expression directe des acteurs sociaux aux prises avec la vie courante à mettre en forme et en sens.

Déjà parus
Volet: Histoire de vie Henry BOUCERET, Une vie sur la route. Lettres d'un pèlerin vagabond, 2007. Joseph BARBARO, Quotidien d'une maison de retraite, 2007. Association des Anciens Responsables des Maisons Familiales Rurale (coord. par J.-C. Gimonet), Engagements dans les Maisons Familiales Rurales, 2007. Marie-Odile de GISORS et Joffre DUMAZEDIER, Nos lettres tissent un chemin, 2007. Michèle PELTIER, Le couchant d'une vie. Journal d'une cancéreuse croyante et coriace, 2007 Jacqueline OLIVIER-DEROY, Cœur d'enfance en Indochine, 2006. Jeannette FAVRE, En prison. Récits de vies, 2005. Françoise BONNE, A.N.P.E. MON AMOUR, 2006. Christian MONTEMONT et Katheline, Katheline, 2005. David JUSTET, Confessions d'un hooligan, 2005. Renée DANGER, Mon combat, leurs victoires, 2005. Danièle CEDRE, La porte-paroles. De Elles à... Elle, 2005. Guy-Joseph FELLER, Les carambars de la récré ! Une école de village en Pédagogie Freinet dans les années 60, 2005. Marie-Claire GRANGEPONTE, (sous la dire de), Classes nouvelles et gai-savoir au féminin, 2004.

Henry Bourceret

UNE VIE SUR LA ROUTE
Lettres d'un pèlerin vagabond

Torne II
(1955-1996)

L'Harmattan

(Q L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

75005

Paris

http://www.librairieharmattan.COIn diffusion.hannattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05596-4 EAN : 9782296055964

Pour mon Frère Enrique, pour tous ceux et celles qui ont marqué son chemin, et aussi pour chacune et chacun qui lui ont fait confiance pour le laisser vivre cette vie si atypique qui fut la sienne, je dédie ce poème. Il va, il va
Dieu seul sait où, Dieu seul le conduit. Le soir offre un spectacle de soleil étranglé. Et son poncho est couleur de bruJne dans le vent, Quand les lumières s'endorJnent en demi-teinte dans la plaine.

Les crêtes et sommets, là-haut, se rasseJnblent, épaule contre épaule, Dans un reste deJ'our laiteux qui hésite entre ciel et terre.

Il va, il va
Captif de la magie des chemins, Amoureux de la Terre et de ses HomJnes. Tel une oJnbre dans l'oJnbre, par ces collines, Il chemine, tot!J'ours sans se lasser. Pourvu que la nuit lui apporte un souvenir Qui rende Jnoins pesante sa grande solitude.

Il va, il va
Porteur desJ'oies et des chagrins du J1Jonde, Riche de la seule Tendresse de Dieu. S on regard est reJnpli des beautés rencontrées en cheJ1Jin, Des souffrances silencieuses croisées sur la route, Du nrystère de chaque rencontre, Et de Celui de Dieu, son Père. Ses yeux sont le miroir de tant de sourires d'enfants,

Et ils ont ce reflet si beau de pudeur transparente, Qui se pose si intensément sur les êtres et les choses sans Jamazs les posséder.

Il va, il va
Vagabond. ..

Frère Xavier Allard

Prologue

Prologue aux diaires d'Henry

Comme chaque homJJJe,Henry est un enfant de son époque, portant en lui ses blessures et ses recherches,ses chances aussz: En lnai 1940, lorsque la DeuxièlJJe Guerre mondiale affectait son pqys, il avait 18 ans, et donc 23, lorsqu'en 1945, se signait la ])aix à ])arzs. Il partÙ/ipa à la calnpagne d'Italie en 44-45. Reprendre la vie ordinaire et routinière après cela n'était pas évident. Sur la base de son éducation chrétienne traditionnelle, s'éveille en lui une vocation religieuse. Très impressionné par la prqjection du film «(L'Appel du Silence)) il prend contact avec la nazssante congrégation des ])etits _Frèresde Jésus qui, à la suite du Père de Foucauld, cherche à se lazsser séduire par Jésus de Nazareth, hOlnme du peuple ordinaire, solidaire pour autant, de nos heurs et lnalheurs, par lequel nous est révélé enplénitude l'amour gratuit du ])ère. C'est là que, à la veille d'accomplir ses 26 ans, il comlnenceson noviciat. Il y rencontre le ])rieur de cette congrégation, Le Père René Voillaulne, soucieux, à cette époque, d'étendre aux hOJJJJnes délazssés des 5 continents le lnessage d'amour du Chrzst, vécupar le _FrèreCharles de Foucauld. Par delà les aspects non-classiques d'Henry, il saura y ret'onnazÎre un véritable appel du Seigneur et to rz'en peu à peu vers les «vagabondr" sur les ter

routes.
C'est ainsi qu'un concours de circonstances et les directives du ])ère Voillaume ont conduit Henry à prendre la route des Alnérz'ques. Tout COlnlnen{ad'abord à Rome en 1950 par la connazssance de Jean Marchand "envoûté" par cepèlerz'n vagabond et qui motivera son entrée chez les ])etits _Frères, puis celled'un Oblat de Marie, le ])ère Steiman à S t Jacques de Compostelle en 1951. Ce dernier rencontrepeu de temps après le Père Voillaume à El Abiodh et lui delnande de faire venir des Petits Frères chez les EskiJnos. Henry et Jean partent donc au Canada en mai 51 Jusqu'à septembre 52, date à laquelle, sur la delJJandedu Père Voillaume, Jean rentre en Europe et Henry poursuit sa route vers le Sud traversant, la plupart du temps à pied, Etats-Unis, Mexique, Alnérz'que
Centrale pour re~joindre la Fraternité de LiJJJa puzs celle de Santiago du Chili. TOlfjours soucieux de recueillir les indications ses Frères dont il visite les Fraternités, de son ])rieul~ il re{oit aussi celles de

au hasard de ses routes latin O-aIJJ rz'caines. é

La pauvreté aussi lui sert de guide pour apprendre à lire, au fil des J'ours et des circonstances, les indications de la Providence. C'est ainsi que peu à peu, il

s'orientera defaçon plus pré(ise vers les pèlerins vagabonds qu'il (ôtoiefalileJ71ent sur son (heJnin. Les dernières années de route au Chili et son ratta(heJnent à la Fraternité de Santiago, (orrespondent aux prémi(es d'une usure (ardiaque et des Jambes, Henry qyant toutJuste jeTé ses 73 printeJnps en 1994. Au milieu de la dispersion naissante des Fraternités, poussés par leur Prieur, les Frères, et Henry aussz~pour autant, (OJnJnen(entà prendre l'habitude d'é(rire régulièrement (e qu'ils appelleront des «(diaires )), sÙ71jJlesettres fraternelles qui l sont ensuite diffusées à toutes les Fraternités, où ils partagent sans prétentions littéraires, (e qu'ils vivent à la suite du Seigneur ave( les gens qui les entourent. Cet humble partage fraternel devient vite, pour Henry, en parti(ulier, (oupé de toute vie (oJnmunautaire, un espa(e de (larté entre eux. Il (onvient de signaler également au le(teur que Petite Sœur Magdeleine, qu'il a paifois ren(ontrée, est la fondatril'e des Petites sœurs de Jésus, qui pal1age et stÙnule le ])ère T/oillauJ71e dans (ette ouverture universelle du Jnessage du _FrèreCharles. ÉgaleJJlent à (ette époque du début de l'existen(e des Fraternités, tous les Frèresfont leur noviciat à El Abiodh Sidi Cheik, au Nord Sahara, en Algérie quz~ de cefait, fait un peu fon(tion de «(Fraternité-Mère)) où les _Frèresse sont connus et se ren(ontrent. C'est ainsi que, dans ses diaires, Henry fait allusion à plusieurs Frères ren(ontrés à El Abiodh et bien d'autres ailleurs. Lieu de (larté et de pal1age fraterne!, (es diaires d'Henry nous permettent de tou(her du doigt, (oJnJnent,au (ours de sa vie hasardeuse, le soutenait sa vie d'intimité ave( son S eigneul~ dans la prière et la pauvreté, vie soutenue et enri(hie par ses nOJnbreusesrelations d'aJ7Jitiéque lui offraient tous les (onta(ts humains sur la route. C'est ainsi que (ette «(Vie sur la route)) nous apparazî (omJne UJ1 hUJnbletéJnoignaged'une vie ave( Dieu au lnilieu des hommes.

Benito Cassiers

A bord du« François L.D. », 10 janvier 1955

La dernièreJ"ournée en France a été si belle, un aJni nous ayant prêté .la voiture avec Jean Marchand. Vous pensez si on était heureux d'être enseJnble. Nous avons été à Autrèche, la _Fraternitédes lépreux. Il y a trois Petites Sœurs et pour le moment quatre lépreux, dont Jo, tOlfjours si rayonnant de paix, DaJnie, une petite fille de 14 ans épatante, aimant beaucoup la nature et riant tOlfjours et 2 autres malades. Le Père Steiman est venu passer 1 heure et deJnie avec nous. Ce fut une grande J"oiede nous retrouver,J"oieenprofondeur. N"ous aurions étéprêts à repartir avec lui chez les Eskimos et lui presque preY à venir chez les IndienJ ! Il est tOUJ"ours même. Par exeJnple : la nuit de Noè~ il devait, habillé en EskiJ'JJo, le J"ouerde l'accordéon sur les quais de la Seine pour les clochards. Pendant ce teJ7JjJs, Jean et quelques aJnis, distribueraient des casse-croÛteet quelques cadeaux. Mais il fallut bien se séparer, heureusement, J"'ai pu passer la dernière nuit au S acréCœur, cela a été un beau cadeau du Seigneur.

23 décembre 1954
Après la messe au Sacré-Cœur, on se retrouve avec Roberto à la gare du Nord et vers les 13 heures, on débarque à Dunkerque sous un vent violent et glacial. Gentillesse de tout le monde à la Compagnie. On nous conduit au bateau, en voiture. C'est un magnifique cargo, très confortable, construit depuis 2 ans, 150 mètres de longueur, marchant à environ 15 nœuds. Nous avons une cabine épatante avec Roberto, même luxueuse. Comme passager, il yale consul d'Uruguay et sa femme. C'est une référence et pour un peu nous irions bien faire un tour en Uruguay. Il nous a proposé les visas. L'ennui c'est qu'on reste bien longtemps à table. Le vent souffle toujours, l'écluse pour sortir du port est consignée.

24 décembre
Journée de courrier, d'attente. Finalement on quitte le port vers les 20 heures. Donc, Noël en mer. À la radio, nous écoutons une messe de minuit dans une abbaye Bénédictine, on se sent bien près de tous. Mais, comme on ne sait parler ni l'un ni l'autre, la veillée est bien intérieure, mais je crois profonde. Joie, douceur de Noël, Pauvreté, Détachement. Nous renouvelons nos vœux en union à tous, en suivant la messe. L'équipage du bateau est jeune et sympathique. Ils sont, je crois, quarante-trois à bord, Bretons pour la plupart. 29 décembre Escale de quelques heures pour « mazouter », à Las Palmas, île des Canaries. Une des spécialités de l'endroit semble être des canaris, on dit aussi que leur belle couleur jaune fond... sous la pluie! Spécialité de nappes de dentelle magnifiques représentant un grand travail d'art et de patience! La température devient nettement plus chaude. Je relis «L'Histoire d'une âme» de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Navigation sans grande histoire, je propose au commandant de travailler, mais chacun ayant son occupation, nous nous cantonnons entre le salon, où malheureusement, il y a une radio qui m'intéresse trop, surtout la musique. Notre chambre est tout en haut sur le pont, où il fait bon se sentir si petit au milieu de la mer, c'est comme le désert. Et cependant, je ne prie pas assez, manque de générosité pour réciter l'office ensemble, de courage pour la mortification, surtout dans la nourriture. Tout de même, on pense à tous, particulièrement le 1 er janvier. En mer, on rencontre quelques oiseaux de couleur noire et le commandant nous explique que ce sont les «âmes d'anciens capitaines au long cours qui ne donnaient pas assez à manger et boire à leurs hommes autrefois », alors ils sont condamnés à errer ainsi sur les mers! Bien sûr, c'est une légende. Peut-être aussi, n'avons-nous pas assez de contacts avec l'équipage qui est vraiment très sympathique, presque tous des jeunes de la région de Paimpol. Le commandant nous fait faire des hamacs, c'est vous dire leur gentillesse! La mer est bonne. Personne n'est malade, seulement un léger roulis. Au passage de la ligne, Roberto reçoit un petit seau d'eau en guise de baptême, maintenant il est tranquille.

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8 janvier 1955
Côte brésilienne. Nous entrons dans le petit port de Vittoria. C'est magnifique, chaotique, végétation luxuriante. Grande joie de retrouver les Brésiliens, si accueillants, allègres, joyeux, pauvres et simples.

9 janvier
Bonheur de retrouver les Sacrements, Confession, Communion. On ouvre ainsi une nouvelle page, toute blanche. Nous allons en pèlerinage à Notre-Dame de la «Penha », que j'avais traduit par... « plume », alors que cela veut dire... peine, douleur... Cela a beaucoup amusé Roberto et j'ai vraiment baissé dans son estime, j'en suis encore honteux!

10 janvier
Après la messe, nous allons faire un tour au marché, tout le monde est joyeux. Partons l'après-midi pour Rio. En rade, on croise un bateau japonais, son nom est écrit en lettres japonaises, on croirait des fleurs et je pense à André. Nous n'avons pas oublié Lucien, le 8 ! Et sur la table de la cabine, nous avons mis la Sainte Vierge que nous a donnée Georges Francou, cela fait penser à tous ceux de SaintMaximin. Quand il y avait trop de roulis, nous la posions couchée pour éviter les chutes. Il y a quelque temps, il y a un jeune prêtre, sans doute de la Mission de la Mer, qui a embarqué comme matelot, il a laissé un bon souvenir. Nous pensons souvent à Yvon, il y a bien la place pour des Petits Frères et vraiment les marins sont isolés. Par exemple: un bateau fait du « tramping », ce qui veut dire vagabondage. L'année dernière, ils étaient partis pour six mois et je crois qu'ils ont fait dix-huit ou vingt-six mois, de Buenos-Aires, ils ont été au Japon, de là en Australie, puis Canada, Chine etc. Nous tâcherons de trouver un bateau de ce genre pour revenir! Tout à l'heure, au commencement de la nuit, un officier a essayé de m'expliquer un peu quelques noms d'étoiles. Cela rapproche de Dieu et on se demande comment on peut être admis à contempler tout cela qui, pourtant, est inanimé!

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Rio de Janeiro,

25 janvier 1955

En route pour les Tapirapés,

de Roberto et Henry

Dfjà quinze Jours que nous SOlnmesau BrésiL C'est beaucoup, surtout que notre vie a été très agitée. Il nous tarde de prendre le large. Nos déJ1zan'hes our les p papiers sont enfin terminées. Cela a été long et laborieux. Hier Inatin, à t'Cluse de la couleur de l'encre, il a fallu tout reCOJ1zmencer. Cinq Ininutes pour ent'Cltsser, PUtS on s est remts. .Finalelnent, tout s'est bien passé et le soir tout était terlJziné. Quel soulagement! Dans quelques heures nous allons partir pour Belo .Horizonte et Rocas Novas voir J)etite Sœur Geneviève-Agnès qui vit chez les T apirapés et quifait sa retraite chez les Bénédictines.

y

11 janvier 1955
Nous faisons escale à Rio, pour 2 jours. On nous apprend que deux Petites Sœurs nous attendent au port. Nous profitons de la vedette de la compagnie pour descendre à terre. Les Petites Sœurs sont là et nous conduisent à leur Fraternité dans une pauvre favela, groupement de maisons très pauvres, faites de bois et de terre. Il y en a un peu partout, autour de Rio. Elles abritent 500.000 personnes environ. Le soir, après le souper, nous montons au Corcovado. Au sommet de ce pic rocheux, Corcovado veut dire bosse, il y a un très grand SacréCœur. On dit qu'il a 30 mètres de haut. Il est illuminé par une trentaine de projecteurs très puissants et on le voit de toute la ville et de très loin en mer. Ses bras sont grands ouverts. Nous pensons à tous les Petits Frères, aux Fraternités, au Père, à Sœur Magdeleine, aux Petites Sœurs, à nos parents et à tous nos amis. Nous pensons tout spécialement aux marins de notre bateau que nous avons en face de nous, demandant au Seigneur qu'il se trouve des Petits Frères marins. Nous pensons aussi aux Indiens que nous allons bientôt rencontrer.

13 & 14 janvier
C'en est fini du bateau. Nous débarquons vers les 16 heures. Adieu à l'équipage, à ceux que nous avons mieux connus, adieu au commandant qui nous a fait faire 2 hamacs. Nous nous sommes attachés à ce milieu marin et nous prions le Seigneur pour eux, car ils sont souvent plus malheureux et plus seuls que les autres. Leur vie est difficile, car sans soutien d'une vie de famille normale. Deux heures de car et nous sommes à Sâo-Paulo. Nous rencontrons Jean Chaffarod ainsi que Frei Jean-Baptiste, chez qui nous restons. Il y a une petite chapelle très belle qui fait penser à une chapelle de Fraternité. Frei Jean Baptiste nous parle des évêques et des prêtres du Brésil qui sont très peu nombreux. Il nous demande de prier pour le clergé. Il attend les Petits Frères. Il a vu Jean Saphores qui est resté un mois à Sâo-Paulo.

15 & 16 janvier
Nous quittons Sao-Paulo pour Rio, 500 kilomètres. A moitié chemin, nous nous arrêtons à Aparecida. C'est le sanctuaire de Notre-Dame le plus fréquenté au Brésil. Il y a une petite Vierge noire que les pêcheurs ont ramenée dans leurs fllets. Beaucoup de gens prient dans l'église toujours pleine. La Vierge est là, présente et tout le monde la prie avec confiance. Il y a un monastère de Rédemptoristes, nous y passons la nuit. Le dimanche matin après la messe, le car s'en va sans nous. Nous passons la matinée au sanctuaire. A 11 heures, nous partons avec le train. Ce n'est pas cher mais il ne faut pas être pressé: nous mettons 13 heures pour faire 270 kilomètres. À minuit, nous arrivons à Rio et nous allons coucher chez les Dominicains. C'est un peu tard pour sonner, aussi nous dormons devant l'hôtellerie jusqu'au matin, où le bruit des installations du marché nous réveille.

Du 17 au 26 janvier
Notre séjour à Rio s'est écoulé entre les démarches pour nos papiers et des visites à des gens qu'Henry connaissait déjà. Nous sommes passés plusieurs fois chez les Bénédictins où Henry connaissait Dom Basile et Dom Marcos. Nous y avons vu aussi Dom Laurent, parent de la Petite Sœur novice de Rocas Novas, Terezinha. Nous sommes passés aussi plusieurs fois chez les Petites Sœurs. En particulier, une

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nuit d'adoration avec des gens de la favela, des jeunes filles de la JOC et un voisin des Sœurs, un ami de Francisco. Il y a eu aussi Jocio, un ami de Chico qui soigne gratuitement les pauvres, Dana Laura, qui fait la classe à une centaine de jeunes enfants et s'occupe beaucoup des gens des favelas. Contact profond avec la JOC. Une jeune fille nous parle longuement des très pauvres pêcheurs du Nordeste, Fortaleza, Recife, Natal, on en avait déjà parlé au Père. Vu aussi un ami de Francisco à la prison. On y a rencontré un jeune homme condamné à 65 ans de prison, 7 meurtres, sujet à des crises d'épilepsie, alors il ne se reconnaît plus, c'est terrible, on se sent si impuissant. Prière. Nous avons appris qu'en indien « Tapirapé » veut dire la piste du tapir, le tapir est un animal genre petit tigre... C'est tout de même plus glorieux que... carpette usée! Nous allons partir au train. Joie de prendre le large! Merci pour toutes les lettres: Beyrouth, Quetta, Christian, Yvon. Les autres aussi.

Porto Nacional,

11 février 1955

Nous sommes toujours en route, pour la première fois, Roberto est monté en avion aujourd'hui et en l'air. Son impression était qu'on «restait sur place ». Nous devons arriver demain à Conceicao, la route va donc finir pour quelque temps. Il y a quinze jours, en quittant Rio, nous nous sommes arrêtés 24 heures à Juiz-de-Fora où les Dominicains ont une école apostolique. J'ai eu beaucoup de peine en voyant que l'année passée, il n'y avait rien et, maintenant, il y a un grand immeuble de trois étages, c'était si beau l'an passé. Ensuite, nous avons été à Belo Horizonte, où nous trouvions, par hasard, les Petites Sœurs de Rocas Novas venues pour des courses en ville. Joie de trouver une Fraternité et puis aussi Sœur Jeanne-Sarah qui est Gitane, alors vous comprenez, c'est un peu la route. Il y aussi Sœur Geneviève-Agnès qui nous donne des nouvelles des Tapirapés, puis deux novices brésiliennes. Le lendemain, nous partons tous pour Rocas Navas, environ 60 kilomètres de là. Roberto est heureux, on a quitté la ville et moi aussi, la nature est belle, coucher de soleil splendide, je pense au monde entier. Lever à 4 heures et nous partons en pèlerinage à la Vierge de la Piedad, à environ 4 heures de marche de là. Il faut grimper, quelle beauté en arrivant au sommet! Frère Rosario, Dominicain, vivant un

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peu en sorte d'ermite, très différente de l'idée que je me faisais d'un ermite, mais très chic, comme quoi il ne faut pas avoir d'idées préconçues, est tout heureux de nous recevoir, sa cuisinière beaucoup mOllis.. . Nous y passons la nuit et repartons le lendemain après-midi. Il y a beaucoup de mines dans cette région, des montagnes entières de fer à 75%. Il Y a aussi des mines d'or dont l'une a 3.000 mètres de profondeur et emploie 6.000 ouvriers. Conditions très insalubres, poussière, au bout de 10 ans les ouvriers ont une retraite, beaucoup meurent avant. Rocas Novas est un petit village merveilleux, 2.000 habitants environ, pas d'électricité, cultivateurs tout simples. Je n'ai presque jamais vu autant prier, présence à l'église, communion, prière, c'est merveilleux et c'est sur terre! Plusieurs hommes restent des heures à l'église et on les sent si humbles auprès de Dieu. Les Petites Sœurs assistent à la messe au village et le soir pendant l'adoration, des voisins viennent passer de longs moments aux pieds du Seigneur. Pour les Petites Sœurs, le travail ne manque pas: jardin, bois, etc. Roberto déclare qu'il y aurait du travail pendant 2 ans pour deux Frères ou 1 an pour quatre Frères. Nous pensions rester 2 jours, mais le 2 février, Fête, Purification, l'autobus part sans nous, c'est vraiment un signe de la Sainte Vierge... Quelques jours plus tard, nous apprenons que Sœur Mathilde qui devait aller au Mexique, va arriver ces jours-ci, nous l'attendons donc ici. Travaille matin, prière l'après-midi, c'est une vraie grâce, je relis les conférences du Père. Nous logeons chez des voisins très sympathiques et prenons les repas à la Fraternité. Roberto fait des meubles avec des caisses, moi j'arrache quelques mauvaises herbes, en essayant tout de même de laisser quelques haricots entre les plants de maïs! Le samedi, Sœur Mathilde arrive, la joie est grande. Nous passons la journée de lundi à Belo Horizonte, je vois le Père V ringas qui voudrait faire partie de l'Institut Séculier, très chic et profond. Il nous emmène dîner chez Mgr, qui nous reçoit très simplement, on n'est presque pas intimidé. Il aime beaucoup les enfants et les oiseaux et il a 71 ans, il souhaite que des Petits Frères viennent. Et puis on repart, un peu de tristesse comme toujours, mais il fait si beau, c'est impossible de rester. Peutêtre retrouverons-nous Sœur Mathilde et Sœur Claire à Goaima, s'il y a de la place dans l'avion. Dans l'autobus, nous parlons avec un exilé espagnol, heureux de pouvoir parler, il se sent très isolé ici au point de vue amis. Le soir, il

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nous emmène chez les Dominicaines où une Sœur âgée, 50 ans au Brésil, Aveyronnaise, est toute heureuse de parler avec Roberto. Elle a un neveu chez les Petits Frères, Jean Lacombe, comme on se sent petit, c'est toujours la même joie de rencontrer manifestement la Providence. Le lendemain, avant de nous séparer, notre ami espagnol nous offre avec joie un excellent déjeuner, puis nous prenons un train qui va nous traîner pendant 20 heures. Je rencontre de vrais Gitans et comme j'étais descendu pour leur parler, j'ai bien failli manquer le train. J'étais bien triste de les quitter et je vous assure que le soir je faisais une bien sale tête, je n'avais plus du tout envie d'aller chez les Indiens. Nous sommes arrivés avec 7 heures de retard, c'est un vrai enseignement de la relativité de tout ici, patience, humilité, douceur des gens. Accueil très cordial des Salésiens. Et le matin, nous trouvons juste deux places, les deux dernières, pour l'avion de Conceicao. Joie de voyager avec les Sœurs Mathilde et Claire qui montent aux Tapirapés. Ces jours-ci, je pense beaucoup à la pauvreté, cela vient peut-être de la conférence du Père à Saint-Paul, l'an passé. J'ai si peur qu'en grandissant nous aimions moins la pauvreté, c'est si normal, si contre notre nature et on trouve de si bons prétextes... Et il y a l'EnfantJésus de Bethléem, saint François, Benoît Labre... La joie parfaite et c'est vrai nous prenons l'avion, je suis sûr que c'est exceptionnel, qu'il faut garder le cœur très libre, mais j'ai de la peine, Petits Frères, sans . . saVOir pourquo1.

Aldeia Tapirapé, 14 mars 1955
Ra berto me demande d'écrire le diaire depuis l'arrivée à l'aldeia, soit presque déj à trois semaines en visière, or, dans deux ans il y a 24 mois et dans chaque mois 4 semaines. Vous voyez d'ici les calculs pour raccourcir le plus possible le temps à venir et à la chapelle pendant l'adoration, il y a certains jours où je me sens si loin, que je me demande comment je suis encore ici! Quand nous sommes arrivés à l'aldeia, il n'y avait que les Petites Sœurs, Francisco, François Jentel et les femmes, les hommes étaient partis en forêt pour 5 nuits, chercher des habits de danse, faits en lianes. L'an passé, je les avais quittés à la même époque: ils étaient partis et à leur retour nous n'y étions plus, cette année, ils sont partis et à leur retour nous y serons, comment

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ferons-nous l'an prochain? On est tout de même un peu ému. Il y a 4 petits garçons tout à fait comme «Parana». Ils ont grandi en un an, certains sont morts entre autres, un petit garçon né le 8 septembre, mort le 8 septembre suivant et ayant été baptisé par Dom Luis, quelle belle place il doit avoir au ciel! Nuit d'adoration. Dès le lendemain, avec Francisco et Roberto nous partons à la ruca, terrain de culture, chercher du maïs car les femmes n'ont presque plus rien à manger. C'est assez loin en forêt, 1 heure et demie pour aller, 2 heures pour revenir avec nos hottes pleines. En arrivant à l'aldeia, les hommes étaient rentrés, on se retrouve très simplement, dans une joie profonde. La vie normale a tout de suite repris. Les Petites Sœurs ont beaucoup de travail: griller le maïs, riz, soins, cuisine, lessive, raccommodage. Voici à peu près notre horaire: lever 5 heures et demie, laudes 6 heures, messe 6 heures et demie, petit déjeuner 7 heures et demie, travail jusqu'à midi, déjeuner. Le Saint Sacrement est exposé de 14 heures 30 à 18 heures, vêpres, dîner 19 heures 30, complies 20 heures 15. Évidemment, c'est tout fait pour être bousculé et c'est bien ainsi, autrement nous deviendrions de vieux garçons! L'autre jour par exemple, nous sommes partis toute la journée avec Roberto, accompagner à la chasse deux Indiens. Nous avons marché du soleil levant au soleil couchant et je n'étais pas trop fier car nous rapportions deux grosses tortues et quatre gros oiseaux. Je crois que Ra berto ira à la chasse plus souvent que moi. Mais, d'un autre côté, je suis si heureux de partir! C'est merveilleux de voir combien les Indiens sont à l'aise en forêt, comme les nomades au Sahara, repérant traces de bêtes, de gens, toujours aux aguets et infatigables. La petite case Fraternité est bien, simple, aérée, tout près de l'aldeia, pour le moment Francisco y dort, Roberto et moi dormons à la case des hommes qui est très belle cette année. Ils l'ont faite comme dans leur ancienne aldeia. Je suis profondément heureux ainsi, plus au milieu d'eux, même impression que lorsqu'il m'arrive de coucher dans un asile de clochards. Pour la langue, j'ai la tête bien dure, j'arrive tout juste à dire le Je vous Salue Marie en portugais. Pour Roberto, natif du midi, c'est facile: il sait le Notre Père, Je crois en Dieu et d'autres prières encore, je l'admire. Pour le Tapirapé, c'est encore plus difficile et pourtant ils sont d'une patience, répétant facilement dix fois le même mot. Enfin, au départ je sens que cela me dépasse, mais ne me trouble pas du tout, je prierai davantage.

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Dans

tYpique

des

Tapirapés

autour

de

la

« Churuata))

C'est les sent

la

saison plus L'autre nous,

des éloignés

danses de jour, ils dansons vous». le tronc aussi

et, nous,

aussi de

malheureusement, Jésus. par la prier Pour très instable deux, toute exemple: journée et se le et Ils viennent

l'époque moins

où à

on la

Fraternité. fête le lâche, <<uba», nous un lac pour dimanche même canot sommes voisin.

disaient toute Il faut

«Aujourd'hui, toute la moi Roberto nous. journée Avant-hier, pêcher nuit, qui

c'est comme suis est si en

nous pour pendant en partis

sacrifier, moment, pour la

Carême... d'arbre, tous

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jardin autres aller

vaches,

Cela

allait,

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arbres dans la forêt, mais aussi il y a d'autres travaux moins intéressants comme le calfatage d'un petit bateau. Et après une journée de travail ardu, on s'aperçoit que le bateau prend l'eau presque autant qu'avant, pour ne pas dire plus! Nous avons aperçu de près, une dizaine de mètres, un beau cerf pas du tout farouche, je pensais un peu au Paradis d'autrefois, avant le péché. Ce même jour, nous avons aperçu aussi un petit singe qui allait si vite et si légèrement dans les feuillages d'un arbre qu'on aurait dit un oiseau, il se servait aussi bien de ses pattes que de sa queue! Heureusement, Roberto n'avait pas encore son arc. A midi, nous lisons « vingt-et-un ans chez les J)apous », c'est intéressant et on se retrouve presque en pays connu. Les premiers jours, il y a eu des choses un peu ennuyeuses, on me demandait mon avis pour les horaires, vous voyez le tableau d'ici! Le plus embêtant c'est qu'il n'y a pas de route par ici, on se déplace par bateau, avion ou quelque fois à cheval. Enfin, on essaye d'y penser le moins possible et le temps passe... Alléluia! Mais dans quelque temps, quelle route... Depuis 8 jours, Francisco est fatigué, coup de pompe et rhume qui dure à la suite d'une journée passée à la pêche avec pas mal de pluie et rien à manger, mais heureusement pas de fièvre. Roberto est presque accoutumé aux moustiques et quand il commence à voir le temps long, il va faire un tour, armé d'un couteau ou d'une hache et il rapporte du bois ou des cannes à pêche, il en a déjà 3 ou 4, ou encore des fruits. Pour la nourriture, cela va: on a remplacé le pain par la «farinha» de manioc et les pommes de terre par le maïs et le riz! Certaines fois, je pense que nous sommes bien gâtés de pouvoir ainsi passer de longs moments aux pieds de Jésus, c'est un peu une vie de Trappiste, malheureusement, malgré le Carême, je me sens toujours bien lâche en face de la mortification. Pardon à tous. Les vœux perpétuels, le pèlerinage à Jérusalem, n'ont guère changé le vieil Henry. Ce serait si magnifique si c'était autrement. Certains jours sont tout de même bien beaux! Rien que d'y penser, me revoilà dans la joie, comme cela tient à peu de chose! Aujourd'hui, malheureusement, j'ai vu les Tapirapés se servir des frondes pour tuer des oiseaux, pour nourrir leur «gavian», sorte d'épervier, auxquels ils arrachent les plumes et j'ai de la peine, même je râle contre Roberto qui continue à faire des frondes. En principe, les Petites Sœurs, Francisco et quelques Tapirapés doivent partir le 17, à 2 jours de bateau d'ici, pour que des Sertaneges, gens de l'intérieur, bien isolés, aient la messe le jour de saint Joseph, faire aussi quelques baptêmes et

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mariages. Francisco potasse un petit sermon en portugais avec quelques mots de Tapirapé. Nous restons donc seuls avec Roberto et nous tâcherons de ne pas tout mettre à feu et à sang et surtout, à l'avance, j'espère que tout le monde sait nager dans le bateau, car c'est celui que nous avons calfaté!

Aldeia Tapirapé, 31 mai 1955

Dfjà plus d'un Jnoi.r que Je suis revenu de Rio, c'était la J'oie de retrouver la Fraternité, Robe710, Francisco, les ])etites Sœurs étant parties pour Marabd et BeléJn, malheureusement, l'enthousiasme fut de courte durée. De loin,J'e Jnefigure tOUJ'ours ue tout seraformidable, sans difficulté, Jnais voilà, nous ne SOJnmes as q p encore au ])aradis et, avec mon caractère bizarre, cela n'arrange pas la vie de la Fraternité. Certains soirs, où on se cOJnprendJnoins, lepauvre Roberto ne sait que regarder les étoiles et me dire : (~ue veux-tu queJ'e dise, Henry? )). Et c'est vrat~
il n a que le Seigneur qui peut m'adoucir, après un bas, les lendeJnains sont beaux.

y

ne pas se regarder et généralement,

Avec Francisco non plus, J'e ne réussis pas du tout à Jn 'ouvrir, teJnpéraJnents bien opposés et manque d'humilité de Jna part et de douceur, pour faire les preJJJiers pas. Mais, aUJ'ourd'hui, il Y a de la J'oie dans l'air. D'abord, J"ai parlé avec des Carqjas, J'e les aime beaucoup à cause un peu de leur tempérament, ce sont un peu des Gitans quarantaine et puis, sans doute demain, nous allons descendre en uba, canot, à une de kms, pour que les gens aient la messe leJ'our de la Pentecôte. On espère que les Petites Sœurs am'veront avant le départ. ])our JJJoi, c'est la J'oie du départ, pour Roberto, pas trop, _Francisco, J'e ne sais pas. ])our le mOJnent,

Robe710 est à la Pêr-'he, cela apporte une bonne aide à la cuisine, _Francisco fait la cuisine, les enfants ne J'ouent pas loin avec de petits arcs et flèches à tirer sur des papillons ou des lézards etJ'e suis avec vous tous. Men'i à tous les Frères qui nous ont écrit: Xavier, Francisco, RaYJnond ~zsset, André Picard, Francis,J'e ne crois pas que nous qyons le courage d'écrire à tous, c'est vrai qu'ici on ne se sent pas très porté à écrire. Deputs 3 semaines, il Y a eu pas JJJal de travail. C'était la récolte du riz et nous avons aidé des vOtsins. Au fond, c'était de bonnes J'ournées en plein que, depuis avant-hier, nous SOJJJtJJeseureux h d'avoir

soleil qui nous sortait de nous. On coupe tout au couteau et ensuite on le bat et les grains tombent. N'empêche retrouvé l'aldeia. Hier, avec Roberto et trots Tapirapés, nous avons été coupés des

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arbres sur les futurs

terrains de plantation.

Jean Marchand

aurait été content: reins.

tout à la hache, mais le soir on est bien raide depuis les Jnains Jusqu'aux

Les Petites Sœurs ne vont sans doute pas tarder à revenir. ])resque tous les enfants ont eu des infections dans les yeux, JO'avais COJJJmencé série, alors on a eu qu'à la appliquer le même remède: des gouttes dans lesyeux. Une des particularités aussi de la Fraternité, et paifois, est le nombre de JOeunesgens qui viennent pour se Jnarier, c'est cryant d{jà été mariés civilement, du Jnoins à ce qu'ils disent confier tout cela nous rêvons d'aller chez les Motilones Bolivie ou au ])érou, JJJais bien délicat, plusieurs

ils ne veulent pas dire toute la vérité. Là ausst~ il faut vers d'autres Indiens, Jusqu'en...

bien fort au Seigneur. Avec Roberto paifois, et aussi à l'aventure on ne sait pas bien comJnent sy prendre,

car on ne peut pas partir tous les deux,

comme cela, seuls dans la forêt. Je n'aime t0'1jours pas beaucoup la forêt, surtout quand JOe ense au Sahara... Paifois, c'est une vraie nostalgie. Heureusement, nous p entrons dans la belle saison, il ne pleut presque plus et bientôt les belles plages qu'aiment habiter les Carqjas vont réapparatîre le long de l'Araguaia. Avec les Tapirapés, la vie est t0'1jours sans grandes histoires, hOJnJnes et enfants viennent demander quantités à Roberto des hameçons. Presque tous les JOours ausst~ nous recevons de petites attentions Nous délicates. Une feJJJJJJe,nous apporte de la bouillie de de manioc, un hOJJJJJJe, quelques bananes, un peu de ne somJnes pas encore Jnorts de faÙn ! Il y avait ces teJnps-cz~Je n'ai pas assez regardé vers

maïs, une autre, de la farine viande ou des poissons. aussi de nombreux bien et puis le Seigneur

colis envqyés par les Petites Sœurs de Rio. Tout cela nous aide est là. Mais

Lut~ abandonnant tout, cOlnme sur la route, esscryant de vivre pleinelJJent l'instant présent. Mais c'est t0'1jours pareil, il faut le vivre et non le dire. Le 24, nous avons bien pensé sommes heureux Fraternités. Indes, Nous aux Saintes-Maries de la Mer et à tous les Citans. il faudrait N-ous que Frei Cil soit passé à S aint-MaxÙnin, avons été emballés par là, où JO'irai finir cela suscitera peuttellement de aux

être des vocations de Frères bien mûrs et solides. Mais ce sera peut-être

le diaire du Père sur les Sikhs

mes JOours, sur une route, bien sûr,

Inch'Allah ? L'autre JOour, en allant se baigner, Francisco a aperf'U un crocodile rêvant sur le lac. Il est remonté rapideJnent prévenir un Tapirapé qui l'a tué de 4 coups de fusil, suivi de nombreux coups de bâton sur la teTe, il JJJesurait 2 JJJètres de long, mais JOecrois qu'ils ne sont pas JJJéchants, ici tout le monde est doux. Hier soir, avant que nous cryonsfini de dfner, six personnes arrivent, c'était un mariage pour ce matin. Cens simples, menant une vie rude et isolée. On leur prépare et des oranges, nous sOlnlnes frappés en rapidement un peu de riz et de farine

général de leur frugalité.

Les Petites Sœurs ne sont pas encore arrivées etJOecrois

bien que nous allons partir.

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30 mai 1955
Santa-Terezinha. Finalement, nous ne sommes partis hier matin que Francisco et moi, Roberto ne voulant pas venir, ne se sentant pas encore très à l'aise en uba. Messe de la Pentecôte, à 4 heures du matin, à la Fraternité. J'ai de la peine de laisser Roberto tout seul, mais ce n'est que pour 2 ou 3 jours. Et aussi vraiment, j'ai trop besoin de changer d'air. C'est une route merveilleuse sur l'Araguaia : lever du soleil, les plages, grands oiseaux qui se baignent en attendant les poissons, les Carajas. Je pense que c'est là que je trouverai mon équilibre, en faisant des échappées. C'est comme le Sahara et, au moins, pas besoin de regarder où on pose les pieds comme en forêt, c'est aussi comme la route, on a l'esprit libre. Après 4 heures de route, on arrive à Santa- Terezinha, où Francisco célèbre la messe. Puis, une famille nous reçoit très simplement, ensuite on va à pied à Turo-daPedra, à environ 1 heure de marche. Et le soir, Francisco célèbre la messe, la 3ème, les gens sont heureux. Enfin, on va réciter le chapelet dans une famille, le propriétaire a fait le vœu de réciter le chapelet chez lui, chaque année, pour la Pentecôte, ensuite des chants. Puis, chacun vient baiser en s'agenouillant une image de la Sainte Vierge et pour terminer, un repas est servi pour tous les gens présents. Francisco en a compté plus d'une centaine qui sont venus à pied, cheval ou canot. Cela me rappelle les fêtes de temple hindou, vues en Guadeloupe, où après les sacrifices, il y avait aussi distribution de nourriture pour tous. Et pour finir, il Y aura danses au son de guitares, tambourins et chants toute la nuit. Messe ce matin à Turo-da-Pedra, atmosphère recueillie, suivie de baptêmes, dont deux enfants de 2 ans. Puis, nous repartons chez les Tapirapés. C'est la joie de reprendre la route aquatique au lieu du goudron et des pistes, mais c'est vraiment aussi bien beau. Hier, la seule vraie ombre a été que le soir, c'est nous qui avons commencé le repas comme hôtes d'honneur. Je n'étais pas du tout à mon aise, alors que tout le monde attendait que nous ayons fini pour commencer. Heureusement, il faisait nuit et les gens sont très simples et nous avions une faim de voleur. Joie aussi d'avoir trouvé du courrier. J'ai, bien sûr, tout de suite regarder les affectations pour l'année à venir et, de me voir fixer, ici, jusqu'en 1956, m'a jeté un petit froid dans le dos... Mais c'est vrai que maintenant il y a l'Araguaia. Et il va peut-être falloir aller chercher les Petites Sœurs à Marabi. Merci à Michel Jentel de sa lettre, joie et force de se sentir uni en Jésus et la Sainte Vierge.

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Aldeia Tapirapé, 31 juillet 1955
Cela fait drôle de regarder avec un Jnois de recul et ce n'est pas bienfacile de tout écrire avec les nuances, car ily en a et avec un srylo on se sent bien maladroit, du reste avec les mots aussi. Fin du Jnois deJuin-début Jttillet, J"ai étépassé 8 J'ours avec une dizaine de T apirapés à 5 anta- Terezinha, à une quarantaine de kiloJJzètres d'ici. PrimitiveJnent, c'était un terrain des DOJninicains. Ils avaient construit une chapelle, un petit couvent et une maison, mais J'e crois, que pratiqueJnent, ils
ne sy sont Jamais installés. Quand Je suis parti il y a deux ans, il n y avait rien,

depuis, tout a été acheté par une Compagnie avec plusieurs patrons. C'est un terrain d'une assez grande étendue, à peu près 70 kiloJnètres en profondeur et ily a desplans pour une véritable petite ville de 30.000 habitants. je ne croispas que nous verrons cela, mais il y a d{jà un beau te1il'aind'aviation et, environ, une centaine de personnes. Ils installent une scierie, ce qui est un événeJJlent our le p pqys, carJusque là on coupait toutes les planches à la scie, à la Jnain. L'avion vient toutes les semaines etJusqu'à présent les directeurs sont vrazJJlenttrès chics pour nous. C'est cet avion qui nous a apporté courrier etpaquet de Rio et qui m'a également ramené gratuitement de Rio. Beaucoup de gens d'ici vont y travailler quelque temps pour gagner un peu d'argent. Les Tapirapés y ont été aussi. Actuellement, il doit y avoir une trentaine de Carcyas qui y travaillent. ÉvideJnment, on peut seposer pas mal de questions et on enfinit plus, pour Jnoz~ J'e crois qu'il peut y avoir du bien de partout. Et de teJnps en teJnps, celafait du bien de sortir de l'aldeia et de se plier à un horaire régulier de travail, carpaifois J"aipeur que l'on manque d'horaire à la Fraternité, c'est de JJza faute, mais J'e ny amOve pas. Chacun fait un peu ce qu'il veut, c'est vrai qu'il y a aussi desJ'ournées plus chargées, mais c'est bien cOJnpliqué et J'e crois que J'e fais un pauvre responsable... Notre travail à Santa- Terezinha était de désherber le terrain d'aviation. Cela a mis 8 J'ours, 1.200 mètres depiste et les à-côtés. Un T apirapé avait emmené sa femme pour nous faire la cuisine. Au fond, c'était chic de partager cOJnplètementleur vie. Au retour, il y avait à la _Fraternité 2 prêtres belgesse rendant en Bolivie, faisant partie de la JOC. TemPéraments bien différents Jnais formant une vraie équipe. j'ai été frappé de leur sens apostolique. Le samedi à d{jeuner, il faisait chaud dehor:f, l'un d'eux dit: «(3prêtres ici c'est formidable, vous ne seriez pas d'avis, qu'au moins un, descende célébrer la messe du dimanche à 5 anta- Terezinha et au petit village voisin)). Il n'était Jamais monté dans une uba etpas habitué à la chaleur. Nous y sommes allés avec Roberto et nous ne somJJzesarrivés qu'à la nuit. je reconnais que tout seul, J'e ny aurais pas pensé et qu'on aurait tendance à s'installer.

Évidemment, nous n'avonspas tous la JJzême vocation,Jnais il faut voir
l'isolement des gens

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12 juillet 1955 Mort de Paul, un Tapirapé de 25 ans environ. C'était un peu le troubadour de la tribu. Il était moins adroit que les autres et avait un caractère un peu spécial. Je l'aimais bien et une heure avant de mourir, il m'a demandé de prier pour lui. On le confie à vos prières. J'avais oublié de vous dire qu'un groupe de cinéastes était arrivé: 1 Américain, 1 Canadien, 1 Français, 1 Anglais, plus 2 professeurs de l'Université de Philadelphie. Tous, venus pour ftlmer les Tapirapés. C'est un ftlm en couleurs, pour un institut scientifique de New-York correspondant au Musée de l'Homme. Alors pendant 10 jours, ce fut le grand cirque, f1lmant toute la vie des Tapirapés, pêche, retour de chasse, cuisine, danses, chants... Évidemment, ils avaient trop peu de temps et ils ont fait en 8 jours le cycle d'une année. Au début, j'étais un peu en réaction, ensuite j'ai pensé que c'était des hommes comme nous, qu'ils faisaient leur travail, du reste ils étaient chies. Mais, on se sentait gêné quand ils demandaient à tous les Tapirapés, hommes et femmes, de se mettre nus pour les danses et toutes les photos, mais nous n'y pouvions rien du tout. Ils étaient recommandés par le SPI, Service de Protection des Indiens. Ils prenaient les repas avec nous. Ils avaient un appareil enregistreur de son, comme le Père pour son courrier et cela a beaucoup amusé les Tapirapés de reconnaître leur voix. Marcos nous a dit: «Alors, quand je serai mort, ma voix restera ici». Tout de même pendant cette période un peu agitée, j'ai perdu le silence intérieur, l'union à Jésus, l'esprit de prière et de recueillement.

15 juillet
Après de multiples hésitations, achat d'une uba. C'est la joie, bonne fête à tous les Henri. Le professeur de l'Université de Philadelphie, Cubain, nous explique que le vagabondage est comme un venin et que, depuis 2 ans qu'il vagabonde ainsi avec son ami, il ne se voit plus du tout professeur à l'université, du moins pour le moment... Départ des Petites Sœurs pour le Congrès Eucharistique de Rio. Elles ont pu avoir 2 aller-retour gratuits par la Cie Santa- Terezinha. Puis, départ des cinéastes. Je me sens le cœur bien lourd et, malgré le soleil, cela ne va pas. Francisco est aussi parti pour Rio, je lui ai conseillé de rester quelques temps soit à Rio, soit ailleurs, pour se retaper.

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