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Correspondance politique de brumaire an IV 1823

De
250 pages
Dans sa correspondance suivie avec l'opposant politique Pierre Mesnil, Robert Lindet fait part de ses sentiments sur la politique du Directoire puis de Napoléon Bonaparte, de ses efforts pour échapper l'exil suite au retour des Bourbons, et enfin de son opposition la loi sur la conversion des rentes. Une galerie de portraits de ses contemporains clôt cet ouvrage. Un témoignage des événements marquants de la société européenne relatés par l'ancien responsable de la politique économique du Comité de Salut public.
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Correspondancepolitique
debrumaireanIVà 1823Illustrationdecouverture
Portrait présumédeRobertLindetparJacques-LouisDavid, 1795.RobertLindet
AncienmembreduComitédeSalutpublic
CoRReSPonDAnCe
PoLItI qu e
de brumaireanIVà 1823
Recueillie etannotéepar
François PASCAL
K
KRONOS
Ce volumeestle cinquante-cinquièmedelacollectionKronos
fondéeetdirigéeparericLedru
SPM
2011Dumême auteur
- Robert Lindet, L’ économie dans la Terreur, Paris, SPM, coll. Kronos,
1999.
-Répertoiredesfamillesnoblesdel’EmpireetdelaRestaurationtitulaires
d’un majorat sur demande, (avec Sigurd Stegmann von Pritzwald), Paris,
SPM,coll.Kronos,2005.
-PremièreéditioncomplètedesMémoiressurlaConventionetleDirectoire
deAntoine-Claireth ibaudeau,Paris,SPM,coll.Kronos,2007.
- edition originale des Mémoires d’exil de Antoine-Claire th ibaudeau,
Paris,SPM,coll.Kronos,2008.
en préparation
-editioncommentéedesMémoires(Consulatetempire)d’Antoine-Claire
th ibaudeau.
Copyright:SPM,2011
ISSn : 1148-7933
ISBn :978-2-901952-80-0
SPM 34,rueJacques-Louvel-t essier75010 Paris
t él.: 01 4452 5480 –télécopie:01 4452 5482 –couriel:Lettrage@free.fr
DIFFuSIon – DISt RIButI on : L’Harmattan
5-7, ruede L’ecole-Polytechnique 75005Paris
t él:01 404679 20 – Fax:01 43 2582 03 – Site:www.harmattan.frPRÉSENTATION DE L’OUVRAGE
LacarrièrepolitiquedeRobertLindet,undesmembresdu«grand»
Comité de Salut public de la Révolution française les moins connus, a
étérelativement brève.
Né en 1746, avocat dans sa ville de Bernay, en Normandie, il en
fest élu maire à la création des municipalités en février 1790, puis,
procureur syndic de district (nos arrondissements actuels) à celle de
l’administrationlocale,jusqu’àsonélectionàl’Assembléelégislativeen
octobre1791 oùilsespécialisadanslesaffairesfinancières.
Facilement réélu à la Convention, il y retrouva son frère aîné
Thomas lequel avait embrassé, sans vocation particulière, la carrière
ecclésiastiquequil’avaitmenéauxÉtats-Générauxdevenusl’Assemblée
constituante puis, lors de la constitution civile du clergé, à la tête de
l’évêché d’Évreux.
Robert (comme Thomas) s’est situé à gauche sans s’affilier toutefois
auxjacobins.Chargéd’établirl’acted’accusationdeLouisXVI,ilconclut
par la demande de condamnation à mort présentée le 11 décembre à
l’assemblée.
C’est avec la création le 6 avril 1793 du Comité de Salut public que
commence son rôle majeur, obscur, mais solide et constructif, qui se
poursuivra, quoique diminué, pendant la Convention thermidorienne
jusqu’à son arrestation, comme membre de«l ’ancien Comité » en
prairialanIII(mai1795).
A salibération deux mois plustard (thermidor anIII), ilreprend la
plumeetsemanifesteavecvéhémence,prenantpositionessentiellement
surlesproblèmesfinanciers,àtelpointquelepouvoirveutl’arrêterpour
le museler, en l’impliquant dansl’affaire Babeuf. Ceci l’incite àaller se
cacherenNormandiejusqu’àl’issueduprocèsetsamisehorsdecause
5chez Pierre Mesnil, administrateur du département du Calvados, un
ancienopposantpolitiquequ’ilanaguèresauvédelaguillotineetdont
il épousera alors la fille, Agathe, âgée de 25 ans. Il aura de ce mariage
unefilleunique,Arsenne,néeen1799,mariéeen1825avecunfinancier,
Alexandre Bodin, petit-fils d’Etienne de Montgolfier et ancêtre des
descendantsactuels.
La correspondance privée qu’il tient à cette période du Directoire
avec des divers interlocuteurs dont principalement son beau-père
ainsi que quelques écrits politiques constituent la matière du premier
chapitredu présent ouvrage.
IlresteàCaen jusqu’àl’appelqu’ilreçoit de Parisle2thermidoran
VIII(23juillet1799)pourprendrepossessionduministèredesFinances
qu’ildirigerapendantlestroisderniersmoisdu Directoire.
A la suite du coup d’Etat du 18 Brumaire, RobertLindet prendune
retraite politique définitive et renoue avec sa profession d’avocat tout
en poursuivant, essentiellement avec son beau-père à Caen pendant
plus de 20 ans, un commentaire épistolaire des événements auxquels
il assiste, relatés dans les trois chapitres suivants : Consulat, Empire,
Restauration, notamment 1816 pendant laquelle il se démène pour
échapperàlaproscription.
Robert Lindet meurt le 16 février 1825, quelques jours avant sa
femme. Sasépulture au Père-Lachaise, alléeSaint-Louis, amaintenant
disparu.
Sa vie obscure, bien que son action ait été importante, a éloigné de
luileshistoriens.Laseulebiographiedeluiœuvreauresteouvertement
partisane, étaitplusquecentenaireetintrouvableactuellement.
Leprésent ouvrage, quipeut-êtreconsidérécommeuncomplément
de la nouvelle biographie publiée en 1999 chez le même éditeur,
reprend, pour la cohérence de l’exposé, certains lettres qui y figurent,
et est complété par les portraits qu’il a tracés de quelques-uns de ses
contemporainsqu’ilavaitbienconnus.
Les lettres présentées ici sans mention d’origine ou mentionnées
«Papiers Lindet » proviennent des archives familiales qui m’ont été
aimablement communiquées et photocopiées par ses descendants
(familleBodinetGalle-Bodin).Je lesremerciechaleureusement.
Celles sans nom de destinataire sont adressées à M. Mesnil et un
grand nombre d’entre elles, où la signature de Lindet ne figure pas,
sont fragmentaires. Plusieurstraitent au moins partiellement de sujets
de politique locale : elles ont été néanmoins maintenues dans leur
intégralitéactuelle.
6LEDIRECTOIRE
Robert Lindet, qui avait été arrêté le 9 prairial an IIIcomme ancienmembre du Comité de
Salut public, a été libéré le 12 thermidor suivant. Il est alors recueilli par son frère Thomas,
rue de la Sourdière à Paris. Amnistié à la dernière séance de la Convention le 4 brumaire an
IV,ilestéluen Vendémiaire suivantauDirectoire surlalistecomplémentaire du département
du Nord,maiscetteélectionestinvalidécarilétait resté inéligible.Ilrevientalorschezluirue
(Saint)-Honoré.
Ilentamealorsunepolémiqueavecsescontradicteurssurlapolitiquefinancièredumoment,
commeentémoignent leslettres suivantes.
Letexteci-dessousestpubliéenformedeplacardparl’Amideslois.
7SAUVEZ
LESFINANCES
SAUVEZL’ÉTAT
Ona déclarémarchandisesles combattants, elle n’aurait pas
espèces monnayées frappées au conquis le Palatinat, la Belgique,
coinde l’Etat. elle n’aurait pas triomphé de la
1
M. le Couteulx de Canteleu nature et de ses ennemis dans
avait sollicité et obtenu cette les défilés et sur les hauteurs des
disposition de l’assemblée AlpesetdesPyrénées;ellen’aurait
constituante. Elle fut rapportée pas pris onze cents bâtiments
par un décret de la Convention aux puissances ennemies, dans 9
nationaledu8avril1793.Cedécret mois.
et celui du 15 du même mois, en Toutl’oretl’argentdelaFrance
prohibantlecommercedesespèces et de l’Europe n’auraient pas suffi
monnayées et en ordonnant pour exécuter des entreprises
le cours et la circulation des aussi vastes avec l’ensemble et la
assignats dans toutes les parties rapiditéquienontfait lesuccès.
de la république, nous donnèrent Cependant, la Convention
lesmoyensdeleveretd’entretenir rapporta,en floréalan 3, le décret
douze cent mille hommes sous du 3 avril 1793, et déclara les
les armes, de créer de nouveaux espècesmonnayéesmarchandises,
arts pour la guerre, de reprendre comme l’Assemblée constituante
le territoire de la république l’avaitordonné.
envahi par l’ennemi, de réparer Le 3 prairial, elle crut devoir
nos défaites, et d’entreprendre rapporter ce dernier décret qui
de vastes projets de conquêtes n’en fut pas moins exécuté. C’est
pourenimposeràdenombreux... enfin un décret rapporté qui fixe
ennemisetnousmettreenétat de notre état et notre législation sur
fixernoslimites lecoursdelamonnaienationale.
Si le commerce des espèces Depuis ce temps, les assignats
frappées au coin de l’Etat n’avait sont tombés dans l’avilissement
pas été sévèrement défendu, si et n’ont eu ni valeur, ni cours
les assignats n’avaient pas eu légal. Tout honnête homme avait
un cours légal, s’ils avaient été jusqu’alors été persuadé qu’un
soumis à l’agiotage, la France assignat de mille livres était une
n’aurait pas eu douze cent mille reconnaissance nationale d’une
pareille somme;que cette valeur
1J ean-BarthélemyLecouteulxdeCanteleu
devait être un jour réalisée,
(1746-1818), banquier, aux Etats-Généraux, au
ConseildesAnciens;ilserallieraàBonaparte.
soit en effets, soit en domaines
IlestlevendeurdeMalmaisonàJoséphine.
8nationaux, soit en monnoye, que lorsqu’ils seraient satisfaits. On a
lareconnaissancenationaledevait commencé par des dilapidations
faire la fonction de monnoye, et des brigandages:on a volé; on
que l’Etat émettant des assignats a prodigué lesassignats. Ona été
hypothéquéssurgage,devait être corrupteuroucorrompu.
considéré comme un particulier Leproblèmede l’interrègneou
qui délègue à ses créanciers des de l’abolition de la royauté n’était
contrats ou des reconnaissances pas encore résolu, et l’édifice
sursesbiens,qu’il n’étaitpasplus des finances ne pouvait plus se
permisd’aviliroudedéprécierles soutenir, on tenta, en fructidor,
reconnaissances nationales, que de retarder la dégradation trop
les contrats et le reconnaissances rapideducréditpublic:lescomités
d’unparticulier, garantiespardes de gouvernement invitèrent
propriétés connues. On croyait et déterminèrent plusieurs
que les assignats devaient bien banquiersetnégociantsàtirerdes
moinsperdrequen’avaientperdu lettres de change sur l’étranger;
les contrats sur l’Hôtel de Ville, onjetaceslettresdechangesurla
les actions sur la Compagnie de place;onretira quelquesmillions
Indes, les actions et les coupons d’assignats; le crédit parut se
des emprunts antérieurs à la relever; on crut ramener bientôt
Révolution; puisque si l’on ne la confiance; mais ces traites, ces
pouvait pas les réaliser sur- lettres de change, tirées sur des
le-champ vis-à-vis de l’Etat, étrangers qui ne devaient rien,
en monnaie, on pouvait les furent protestées. On reconnut la
réaliser chaque jour en objets mainoulegéniedugouvernement
de commerce et en domaines et le discrédit fut au-delà de
nationaux. Pourquoi donc est- tout ce qu’il aurait été possible
il arrivé que les assignats ont de prévoir:le gouvernement
été plus avilis et ont plus perdu fut obligé de venir au secours
que n’auraient jamais perdu les des banquiers et des négociants,
contrats et les effets royaux. Il qui avaient compromis pour lui
s’est trouvé des hommes qui ont leur fortune, leur crédit et leur
voulu plus fortement perdre honneur.
l’État que d’autres n’ont voulu le Le gouvernement a, depuis,
sauver. Nouveaux républicains, adopté un nouveau plan pour
ilsontregardélafortunepublique satisfaire ses créanciers sans
comme le patrimoine de ceux émettred’assignats.Ils’estproposé
qui osaient s’en emparer. Ils ont de leur délivrer trente millions
même regardé le gouvernement de rescriptions remboursables
populaire comme un interrègne en valeur métallique au premier
dont ils devaient profiter pour floréalprochain.Ilsemblerait que
s’enrichir et qu’ils feraient cesser ces rescriptions, qui sont réduites
9en valeur réelle à la trésorerie Lorsqu’enfin, le Conseil a,
nationale, ne doiventp lus dernièrement,d élibérés ur le
éprouver ni perte, ni réduction; sort desrentiers, il voulut leur
cependant,ellesperdent30ou40 accorder un secours, la livre de
pourcent,maisceuxquireçoivent viande s’estélevéede50à130
cesnouveauxeffetsenpaiement, francs,etlesassignats,dansleur
ne veulentpas supporter cette avilissement, ontencoretrouvé
perte;legouvernementpourvoit un terme d’abjectionau-delà du
àleurindemnité et ne sera pas néant.
moinsobligédefaire acquitter Quel secoursa ccorde-t-on
le montantd es rescriptions auxr entiers? Celuiq ui avait
entrel es mainsd es porteurs. 100francsderenterecevramille
Le résultat de cetteo pération francs,c ’est-à-direlav aleur
estp ourl ’Étatu ne surcharge de vingtlivresdepaintandis
de 30 à 40 pour cent de sa dette ques on revenu devait luie n
quisetrouverépanduedansles assureraumoins 666 livres.Ce
mainsdeceuxqui donnentau sexagénaireq ui at ravaillé4 0
gouvernement de pareils avis. ansavecsafemme, poursefaire
Lorsqu’onproposa l’emprunt un revenu de2000 francs sur
forcé, quin’était pasune mesure l’ancien hôtel de ville, recevra
nouvelle,lad iscussionf ut 65 00 francs avec lesquels il
secrète; l’inquiétude, générale pourra se procurer cent trente
etpublique.Lalivredepain,qui livresde pain,sansviande, sans
n’avaitpasencreétévendueplus vin, sans bois,sansmêmequ’il
de 16 ou 18 francs,fut portée puisse se procurer une voie
à50f rancs. En déterminant d’eaunipayer le loyerd’unasile
l’emprunt, on ne réglapas avec où il puisse manger ce pain de
assezdeprécision lesmesures douleur.
assignats, le prix de toutes les L’insuffisancedessecoursque
denrées augmenta. l’onavoulu accorder attesteque
Lorsque le Conseil des Cinq- cen’estpaspardesopérationset
Centsdélibéraencoreencomité descalculs de financiersqu’on
secret,s ur la demanded e peut sauver l’État :envainle
quinze centsmillionsprésentée gouvernement s’engagerait-ilde
par le gouvernement et qu’ilmit fairel ’aumônea ux indigents.
àladisposition du Directoire, Réduiredeuxcentmillecitoyens,
des forêts, des châteaux et tout dansuneseulecommune,àvivre
le mobilier appartenantàl a d’aumônes! Quelle pensée!
république,l es assignats, déjà Qued eviendront lesh abitants
si avilis, le furent encore plus; desa utresc ommunesr éduites
lesdenréesreçurent unegrande au même désespoir dont le
augmentation de prix. gouvernement n’entendra pas
10les cris déchirants? Qui peut dernier excès de nos maux. Ne
avoir conçu de faire subsister sommes-nouspasdescendusassez
ses créanciers d’aumônes, et de baspourque vousnousreleviez?
dégrader et d’avilir une grande Ne voyez-vous pas l’abîme prêt à
partiedelanation? serefermersurnous?Lesmoyens
Ceuxquiontdirigélesfinances qui peuvent seuls nous sauver
vont sans doute reconnaître sont à votre disposition. Vous
leurs funestes erreurs. Ils vont les cherchez, vous les trouverez.
avouer leur impuissance et ne Rendez aux assignats leur crédit;
s’obstineront plusàprolongernos et puisqu’il vous est impossible
mauxfaisantparcourirlecerclede de gouverner, et à nous de
leurs conceptions, de leurs essais subsister, en payant comptant
etdeleursexpédients. nos charges et nos dépenses en
Depuis que le recouvrement espèces monnayées, maintenez
de l’emprunt forcé est dans la la valeur des reconnaissances
plusgrandeactivité,leprixdel’or nationales, hypothéquées sur les
augmente chaque jour; celui des domaines nationaux et sur toutes
denrées devient incalculable. Les les propriétés de la république;
assignats de cinq livres sont au- traitez comme des citoyens
dessusdu prixdelamatièreetde égarés ceux qui vous ont dit que
lafabricationCemoyenn’estdonc ces reconnaissances qui peuvent
pasleseulquel’ondoit employer. perpétuellement s’échanger et
Mandataires du peuple, la se réaliser en domaines et en
confiance publique s’attache objets de commerce, n’ont qu’une
à vous; écartez les conseils valeur d’opinion : mais traitez en
perfides qui vous ont égarés. Si ennemisouencoupablesceuxqui
l’on pouvait vous procurer assez sesontsaisisdecetteopinionpour
de valeurs métalliques pour centupler leur fortune ou pour
soutenir le service public, le plan en élever de nouvelles. Rappelez
de banqueroute coûterait encore un principe oublié depuis
à la France plus de deux millions longtemps:le respect dû aux
de ses habitants; mais il est propriétés individuelles a pour
impossible de vous procurer les base et pour garantie le respect
valeurs métalliques nécessaires dû àlapropriétécommune.
pour le seul entretien des armées R.LINDET
de terre et de mer. Prévenez le
DE L’IMPRIMERIEDE L’AMIDESLOIS
RUEHONORÉN° 2
AU COINDE CELLEDE LARÉVOLUTION
111. Fin brumaireanIV (début novembre 1796). Au représentant du
1
peupleEschassériauxainé .
Représentant,
Jesuisparvenuavecbeaucoupdedifficultésàmeprocurerlalecture
devotrerapportdu22brumairesurlacausedelasituationdesfinances
et les moyens de les régénérer. Je combattis avec succès, il y a quinze
moislesystèmequevousprésentez,jel’aicombattudernièrementdans
un essai sur le crédit public. Je l’attaque encore plus directement par
desréflexionssurlesfinancesquejevaisfaireinsérerdansunjournal.
Ce n’est pas pour vous entretenir de mes opinions et de mes vues
que je vous écris. Vous pourriez me désapprouver et ne pas me lire.
Maisj’aiàvousparlerde votrerapport. Vousavezcommisunegrande
injusticeenversmoi.Jedoisvouslafaireconnaître. Vousnecroirezpas
pouvoir vous dispenser de me lire. Vous avez confondu des époques
que vous deviez distinguer. Et cette confusion fait retomber sur des
hommesirréprochables tous les reproches que vous deviez adresser à
deshommesquevousconnaissezbien.
2
Vous dites que lorsque la commission des approvisionnements
parut, elle fut suivie d’une armée d’agents qui couvrit la république
de son activité, qu’elle amena le bouleversement de toute l’économie
politiqueetlesfauxprincipes,que[?]etl’imposturedominaient,quela
commissionavaitunearméedequatorzemilleagents.
Il ne tient qu’à vous de vous assurer que la commission n’envoyait
jamais plus de deux agents dans chaque département, que le nombre
de ses employés de toutes les classes à Paris, pour les subsistances
militaires,pourlesapprovisionnementsmaritimes,pourl’habillement
des troupes, pour le commerce intérieur et extérieur n’a pas
dépassé1500, que la commission n’a jamais envoyé d’agents dans
les départements et en pays étranger sans des motifs d’utilité et de
nécessitéjustifiéesetapprouvéesparlecomité. Voussaviezetjepense
quev ousdeviezobserverque c’estdepuismaretraite, et surtout
depuis la suppression de la commission décrétée le 18 nivôse de l’an
III avec lesnouvelles organisations, quelenombredes agents s’estsi
prodigieusement et multiplié au-dedans, au-dehors et sous toutes les
formes. Vous avez imputé à l’ancienne commission les désordres de
la commission établie depuis le 18 nivôse. Je doute même que cette
commissionveuillesechargerdelaresponsabilitédetantd’opérations
désastreusesdont lesauteurssont bienconnus.
1J oseph Eschassériaux (1754-1831), dont le frère cadet René est également conventionnel,
avaitfaitle22brumaireanIVunrapportsurlescausesdelasituationdesfinancesetlesmoyens
delesrégénérer«quiprovoquauneréponseécrasantedeRobertLindet»(Kuscinski,op.cit.)
2Elleétaitsoussonautorité.
12Vous reprochez à la commission d’avoir amené le bouleversement
de toute économie politique et les faux principes;la commission était
obligée de se conformer à vos lois. Vos lois étaient faites, vos bases
étaientposées,lorsqu’ellefutcréée.
Examinez ses traités, ses achats, dans l’intérieur et chez l’étranger,
la distribution et l’emploi des denrées et des matières, l’ordre des
paiements.
Elle n’acheta, elle ne paya les denréestirées de l’étranger que sur le
pieddeleurvraievaleurdanstouslesmarchésdel’Europe.Comparez
ses achats à ceux que l’on a faits depuis sa suppression et vous
remarquerezquel’onafaitdoublerdansnosportsdepuiscetteépoque
le prix de toutes les denrées étrangères quoique ces denrées n’eussent
éprouvéaucunevariationniaugmentationde prixdansl’étranger.
Lesachatsfaitsdansl’intérieursefaisaientsurdescommissionsqui
désignaient la nature et la quantité des objets que les agents étaient
obligés de faire viser et certifier par les administrateurs des lieux. Le
prixétaitrégléparvoslois.
Vous voyez que l’on avait pris toutes les précautions nécessaires
pour prévenir les abus. Il est cependant possible qu’il s’en soit glissé;
commeilestpossiblequ’unhuissiervoleleseffetsd’uncitoyenlorsqu’il
est chargé de le citer devant untribunal : ce n’est pas alors unvice de
l’établissement.
Je dois encore vous rappeler que l’on ne doit pas confondre les
agentsdelacommissionquiétaientpresquetoujoursassezbienchoisis
avecles agentsdesreprésentantsdu peuple quinefurent pastoujours
heureuxnipeut-êtreassezcirconspectsdansleurchoix.
Vous sentez que cela ne regarde ni la commission ni celui qui la
dirigeait. Et ma correspondance et ungrand nombre d’arrêtés que j’ai
rédigésvousferontconnaîtrecombienl’onétaitattentifàprovoquerles
mesuresquipouvaientdiminuerlesdésordres.
Comment avez-vous pu dire que la pénurie commença et que les
assignatss’avilirentlorsquelacommissionparut?
Lacommissionnefutcrééequeparcequel’onmanquaitdetout,qu’il
étaitimpossibledefairesubsisterParis,quelesarméesétaientdansun
dénuement absolu, que notre territoire était envahi, que la guerre de
l’Ouest, le siège de Lyon et la prise de Toulon avaient occasionné une
consommation prodigieuse et une disette extrême dans une grande
partie de la France. Tout nous manquait et c’est parce que tout nous
manquait que vouscréâteslacommission.Combien n’est-ilpasinjuste
dedirequecefutlacommissionquifit toutmanquer.
Souvenez-vous qu’en 1793 on ne récolta que du blé, que tous les
autres grains et légumes manquèrent absolument. Cependant, nous
13parvîmes à alimenter toute la France, la flotte qui fut créée et l’armée
deterreportéeà1200000hommes.
Nousparvîmesàhabiller,àéquipertouteslestroupes.Onfit ceque
l’onneferajamais.
Souvenez-vousencorequevousaviezcrééunearméerévolutionnaire
pourtenirlieud’administrationetqu’ondutrendreàlanationleservice
de la préserver d’un redoutable fléau que la commission n’employa
jamais.
Vous ignorez peut-être que l’expédition de Dumouriez avait fait
tomber le crédit de nos assignats et que l’argent était à 24 pour 100
lorsquejefusappeléauComitédeSalutpublic.Nousavonsremontéle
crédit.Nousl’avonsportéetsoutenujusqu’àmaretraiteàuntauxassez
avantageuxpourobtenir38pour100.
Maintenant vousn’avezplusqu’unpourcent quarante.
Vous avouez que la crainte d’alarmer le peuple par de fréquentes
émissions d’assignats et l’énormité des dépenses fit jeter quelque voile
surlesémissions.
Avez-vousoubliéquechaquemoisonfaisaitimprimeretdistribuer
l’état des dépenses et l’état des assignats émis ou fabriqués ? Avez-
vous oublié que jamais la commission ne fit faire aucun paiement
que sur des sommesmises à sadisposition parundécret formel de la
Convention?
Ce n’est que depuis ma retraite, représentant, et même depuis la
suppression de la commission, que de simples comités ont émis des
assignats, que de simples comités ont ordonné des paiements jusqu’à
concurrence de huit milliards, sans que les fonds eussent été mis par
undécretformelàladispositiondeladernièrecommission.
Ce n’est que depuis ma retraite que l’on a jeté un voile sur les
dépensesetquel’onafaitfabriqueretémettredesmilliardsd’assignats
sansdécret.
Vousavezraisondedirequelejugementdeceuxquisesontrendus
coupables d’une administration si extraordinaire appartient aux lois.
Mais pourquoi appelez-vous sur ma tête et faites-vous peser sur moi
la prévention, lorsque vous savez que tout cela s’est passé depuis dix
mois?
L’intention trop manifeste de votre rapport est de faire porter sur
une époque et sur certaines personnes des faits qui appartiennent à
uneautreépoqueetquiinculpentd’autrespersonnes.
Ne deviez-vous pas distinguer les temps et les personnes?Au
reste je ne cherche pas à me soustraire à un jugement. Mettez-moi
promptement à portée d’être jugé. Vous avez confondu les personnes
etlestemps, jesauraibienlesdistinguer. LaFranceentière, lesarmées
14autrefoisapprovisionnéesetdepuiséprouvantladisetteetledénuement
sauront encore les distinguer mieux que moi. Onsaura si je favorisais
lacupidité,l’immoralité.Onsaurasic’estpendantquejesurveillaisles
approvisionnements et les dépenses que des milliers de citoyens ont
élevé des fortunes scandaleuses sur les débris de la nation, ou si cela
n’estpasarrivé depuismaretraite.Onsaurasilanationsouffrit autant
pendant que je dirigeai les commissions qu’elle a souffert depuis. On
considèreralescirconstancesdanslesquellesjemesuistrouvéetcelles
danslesquelles mes successeurs ont été. Voilà les premières réflexions
quisesontprésentéesàmapenséeàlalecturedevotrerapport.J’attends
aveclesentimentpénibleetdouloureuxde l’impatiencelesmoyensde
soumettre promptement l’examen de ma conduite aux juges qui me
seront destinés et à la France qui doit connaître ceux qui l’ont servie,
ceuxquil’onttrahie,ceuxquil’ontpersécutée.
Lindet
2. Le 7 frimaire an IV (27 novembre 1795). Au représentant du
peupleEchassériauxainé.
Représentant,
Tous les forfaits relatés dans votre rapport ont été commis. Mais
vous, qui saviez dans quel temps et par qui ils ont été commis, vous
avez confondu les temps et les personnes. Vous avez rapporté à l’anII
ce qui appartient à l’an III; et la calomnie pèse sur celui qui dirigeait
dans l’an II plus d’affaires et de plus grandes que n’en dirigea jamais
unseulhomme en France. Je n’aieu aucune part aux crimes des deux
époques. J’ai préservé la France des plusgrands maux. J’ai diminué le
poidsdescalamitéspubliques.
Vous m’écrivez que vous aviez leschosessousles yeuxet que vous
ne faisiez aucune attention aux personnes. Mais vous avez dit que le
jugement des personnes appartenait à la loi et c’est en provoquant le
jugement despersonnesquevousimputezàuneépoqueetàcertaines
personnesdesforfaitsquileursontétrangersetquevoussavezavoirété
commisdanslasecondeépoquepardeshommesquevousconnaissez
bien.
J’aibienluvotrerapport.J’enaibiensaisilesensetl’intention.Pouvez-
vous charger ceux qui dirigeaient les affaires publiques de l’an II de
l’émission clandestine de milliards d’assignats, de la suppression des
étatsdesrecettesetdesdépenses,d’achatsfrauduleux,de brigandages
etdemonopoles?Voussavezqueceshorreursappartiennentàl’anIII;
sielless’étaientintroduitespendantl’anII,laFrance n’existeraitplus.
Vous avez dit que le jugement des hommes coupables des forfaits
que vous avez retracés appartient à la loi. Eh bien!Je demande à être
15jugé.Mettez-moiàportéede l’être.Laseulechosequ’ilme soit permis
de solliciter, c’est l’accélération de ce moment. Avant trois ans, nous
serons tous jugés. Je désire l’être le plus tôt possible. Il ne s’agit point
ici de générosité; il s’agit moins encore de fierté et d’énergie. Vous
m’avez accusé sans me nommer. Je ne cède point aux mouvements
d’une sensibilité mal entendue et irritée par d’indignes traitements. Je
ne perds jamais de vue les vrais principes, l’intérêt de la patrie. Il ne
faut pas que le crime soit voilé, il ne faut pas que la France connaisse
tous les désastres. Les ressources ne sont point épuisées. Mais il faut
enchaîner le crime, il faut que les brigands soient connus et punis. La
Franceestperduesionneluirévèlepastoutcequ’elledoitsavoirdans
ce moment. Elle le saurait plus tard, mais ses maux se prolongeraient.
Hâtez-vous, représentant de me mettre en état d’être jugé. Vous dites
que vous avez été juste envers moi. Est-ce lorsque vous avez voté mon
arrestation?Il n’y a pasunhonnête homme qui enait été plusaffecté
quemoi.
Si votre rapport avait fait reparaître le pain, en avait fait baisser
le prix, je me serais oublié. Mais on suit constamment le même plan.
On ne propose que des systèmes de banqueroute et de famine, et on
attribue persévéramment à une certaine époque tous ces fléaux que
l’oncréechaquejour.
Lindet
16Estpubliéletexte suivant:
3. Le 11 frimaire an IV (2 décembre 1795).RobertLindetaux
citoyensde Paris,surlessubsistancesetle comptedu représentant
3
Boissyd’Anglas .
Le peuple demande du pain : depuis sept mois, il supporte
constammentlapluscruelle disette.Ses souffrancesseprolongent
depuisquelaFranceest approvisionnéeparlaplusabondanterécolte
parce que l’on persévère à vouloir justifier et soutenir les fautes et les
erreurslesplusgravesde gouvernement etd’administration.
Jeneconnaisnilesjournaux,nilesplacardsdontparleBoissy.Pour
moi,j’aiditqu’iladonnélafamineàlaFrance.Dequoiseplaint-il?Ne
faut-ilpasqu’onlesache?N’importe-t-ilpasaugouvernementetàtous
lesFrançaisdeconnaîtrelesfautesd’unadministrateurpourleséviter
etfairecesserunfléauquidésolelaFrancedepuisle6germinal?
L’ancienne Commission du commerce et desapprovisionnements
administrée par les hommes les plus laborieux et les plus éclairés
étaitparvenue, malgré la dévastationdeplusieurs départements,à
alimenter les armées, la marine nouvellement rétablie, Paris et toutes
les communes de la République pendant l’an II. Dans les derniers
mois de cette même année, elle prépara toutes les ressources et tous
lesmoyensnécessairespourlatroisièmeannée.
Elle dressa le tableaudes approvisionnements nécessairespour
Paris, et desdistricts quipouvaient et devaient lesfournir;ondressa
de pareilstableauxpourlesarméesetlesdépartements.
Ce travail fut fait sur les états vérifiés des recettes de 1793, et sur
lesétats de l’ancien gouvernement.Jamaistravail ne futpréparé et
exécuté avec plus d’attention et d’exactitude, et par des hommes plus
instruits.
La Commission dressa dans le même tempsl ’étatd es
approvisionnements qu’elledevaittirer de l’étranger pour la même
année.
Elle acceptalasoumissiondedeuxmaisons de l’Amérique et elle
n’en accepta pas d’autres; elle ne délivra aucune commission. Son
3F rançoisBoissyd’Anglas(1756-1826),auxEtats-GénérauxetàlaConvention.Modéré,ilsort
er
de l’ombre après Thermidor. Populaire pourson attitude courageuse à l’émeute du 1 prairial.
IlaremplacéLindetauComitédeSalutpublicoùils’estmontrétotalementinsuffisant. Voicice
que Kuscinskiécrit à ce proposdansle Dictionnaire des conventionnels :«Particulièrement chargé
dessubsistancesauComitédesalutpublic,aprèsRobertLindet,ilfutau-dessousdesatâche,ilnesutrien
prévoiretlaissatoutdésorganiser. Lorsquelapénuriedessubsistancessefitsentiretamenauneagitation
dans la population, Boissy d’Anglas l’attribua naturellement à la malveillance, mais bientôt, il fut obligé
d’avouer le manque de vivres et en restreindre la distribution. On le surnomma Boissy-famine et le
surnomresta,mêmesousleDirectoire ».
17choixfutsibienfaitqueleCongrèsdeEtats-UnisenafélicitéleComité
deSalut public.
Elle arrêta de continuer ses relations dansle Nord avec Constantin
Brun, Luber et une autre maison qui approvisionnait les ports de la
Manche.
Elle accepta la soumission d’une seule maison dans le Nord, pour
lesapprovisionnementsdelamarine.
Toutétaitdistribuéavecordre,sansconfusionniconcurrence;ilétait
impossible de prendre moins d’engagements, il aurait été imprudent
d’enprendrede plusnombreux.
Elle assura l’approvisionnement de l’armée d’Italie, en acceptant la
soumission de Saint-Esteban, qui fournissait tous les mois quarante-
cinqmillequintauxdegrains,au prixdesmarchésde l’Italie.
Elle assura l’approvisionnement des départements méridionaux,
parl’acceptationde lasoumissionde lamaison Rossi;etlacompagnie
d’Afriquenousassurait pourMarseilleetlesdépartementsvoisins, les
grainsetlesapprovisionnementsdesBarbaresques.
Pour économiser les subsistances du territoire assigné à
l’approvisionnement de Paris et se réserver des ressources pour
les armées si elles n’avaient pas pu se maintenir et subsister dans la
Belgique,onfitentreretconsommerdansPariscinqcentcinquante-six
millequintauxdegrainsétrangers, depuislarécoltede l’anIIjusqu’au
30nivôsede l’anIII.
Toutes ces dispositions furent approuvées et soutenues même
pendant trois mois après que je fus sorti du Comité de Salut public,
mais on voulut tout bouleverser. On calomnia les deux maisons
d’Amériqueetle Comitéaétéobligé depuisde lesinviter de continuer
leurs opérations pour la République. Elles ont alimenté Bordeaux, et
ontexpédiéplusdesoixantevoilespourtouslesportsdelaFrance.
Onarésilié,repris,révoqué,rétabli,rétracté,continuéetdiscontinué
de mois en mois les engagements pris avec les fournisseurs de la
marine.
Onvoulaitenfindesintermédiaires,desmaisonsdebanqueàParis.
Ainsi,l’onanégligéLuber;l’onaprodiguélestrésorsdelaRépublique;
etl’onapayé lesgrains50pourcent au-dessusde leurvaleur.
OnarejetélasoumissiondeSaint-Estebanpourtraiteravecdesjuifs
quiontvenduleursgrainscenttroislivreslachargequeSaint-Esteban
nousfournissaitpoursoixantelivres.
On a abandonné Rossi, l’un des plus fidèles fournisseurs de la
République.
Quels moyens Boissy a-t-il substitués à ceux qu’on lui avait
transmis?
18Ilditqu’unemaisondeParisnouvellementformée,afourni,depuis
la fin de germinal jusqu’au mois de thermidor, plus d’un million de
quintauxdegrainsquionttousserviàalimenter Paris.
Cemilliondequintauxconsommédanscinqmoisauraitassuréune
distribution de6666 quintaux par jour, tandis que la consommation
la plusfortedanslestempsd’abondance ne s’estjamaisélevéeà6200
quintaux, en compensant et calculant les distributions par décade ou
parmois.
Si vous ajoutezles fournituresdes autres négociants étrangerset
nationaux, lessecours de l’intérieur expédiés parhuitreprésentants,
et les nombreux agents envoyés dans les départements, vous vous
demanderez ce ques ontd evenus tous cesg rains, et parq uelle
dilapidationonaabsorbéoufait disparaîtretant deressources.
Boissydéclarequ’enoutrelesdeuxcenttrente-neufmillequintauxde
grains,remisàsadispositionparl’anciennecommissionducommerce,
dont les états n’ont éprouvé aucune contestation, il a fait verser dans
lesmagasinsdeParis plus de 600000 quintaux de grains pendant
cesquatremois;qu’uncommissionnaire acheteur et le représentant
Roux ont tiré de l’intérieur 200000 quintaux ce qui compose un
million trente-neuf mille quintaux. Joignez à cette quantité le million
de quintaux fourni par la maison de Paris, vous trouverez que, sans
parler de la quantité de grainstirée de l’intérieur, par les successeurs
deBoissyetde Roux,cesdeuxreprésentantsontprocuréàParisdeux
millions trente-neuf mille quintaux de grains pendant dix mois; ce
qui donne une distribution de six mille sept cent quatre-vingt-seize
quintaux par jour. Comment peut-on présenter de pareils comptes au
peuple quel’onaaffligéd’une si cruelledisette,que l’onaréduità
deux onces de pain ? Convient-il d’insulter dans des placards à vos
longuessouffrances?C’estcependantainsiqueBoissyatoujourstraité
lessubsistances,lesaffairespubliques, lespersonnesetleschoses!
Je ne conteste pas néanmoins que l’État n’ait payé ces immenses
quantités de grains qui n’ont pas été livrés, ou qui n’ont pas été
employés à leur destination. Mais quel surcroît de désordres et de
mauxquipèseront longtempssurlaFrance!
La Commission du commerce et des approvisionnements était
un ministère sur lequel Boissy n’avait que la surveillance. Il voulut
administrer;il fit supprimer cette commission le 17 nivôse. Il en fit
créerune autrelemêmejour. Il ne se bornapasàêtrelesurveillant
et le directeur de la commission. Il fut le principal et l’unique
administrateur.T outesles affaires se proposèrent et se conclurent
au comité. On y traitait, on y achetait, on y vendait, on y faisait des
distributions. La nouvelle commission n’était qu’une assemblée de
19commis, de dépositaires, de gardes-magasins, aux ordres de grands
négociants.
Lacommissionsuppriméele17nivôseremit,le18,àBoissy,l’étatde
touteslesressources.
Suivant cet état, la commission laissait pour l’approvisionnement
de Paris, deux cent trente-neuf mille quintaux de grains et farines
disponibles,deuxcentdouzemillequintauxétaientdanslesmagasins,
entrepôts et greniers de Paris, dix mille à Vernon, le surplus dans
les ports et sur la Seine. Elle laissait1797 mille quintaux de grains à
prendre par voie de réquisition sur treize districts. Les armées et les
placesétaientapprovisionnées.
S’ils’étaitglisséquelqueerreur,s’ilyavaiteuexagérationdansl’état,
la nouvelle commission en aurait été instruite sur-le-champ, puisque
l’on continua, du moins pendant quelque temps, l’ordre établi par
l’anciennecommission,defairedresseretdefaireremettechaquejour
au comité l’état d’entrée et de sortie des magasins, l’état du versement
desentrepôtsetmoulinsdanslesmagasinsde Paris.
Boissy se plaint de ce qu’il n’est arrivé qu’une faible quantité de
grains étrangers pendant les trois mois d’hiver. Ne sait-il pas que la
navigationestinterrompueparlesglaces,pendanttroisouquatremois
danslesmersduNord,etdelapartieseptentrionaledesEtats-Unisqui
fournitlefromentetleseigle.
Ilseplaintdecequelesressourcesassignéessurlesdistrictsétaient
chimériques. Peut-il ignorer que le Chartrain, la Beauce, la Brie, le
Soissonnais, la Picardie ont toujours alimenté Paris?Mais il a eu la
hardiesse de bouleverser tous les plans, toutes les mesures, de tout
renverser, de tout détruire;etiln’a pu soutenirle servicequejusqu’au
6 germinal, avec les immenses ressources qu’on lui avait préparées.
Pourquoi le service est-il tombé tout à coup, et dans le temps où l’on
devait le moins s’y attendre, puisque c’était la saison des transports,
des emmagasinements et de la circulation la plus active ? C’est que la
conduite de Boissy, gouvernant et administrateur,fut continuellement
en opposition avec les discours qu’il prononçait à la tribune et les
décretsqu’ilfaisaitrendre.
Boissy envoyait huit représentants et une foule d’agents dans les
districts,presserlerecouvrementetlesachatsdesgrains.Leshabitants
desvillesetdescampagnesleurdisaient:«Parisveuttoutaccapareret
toutabsorber;ilestapprovisionné;Boissyl’adit».Etilsreprésentaient
lesrapportsdeBoissyquirépétaitjournellementqu’ilavaitfait acheter
des grains du Nord, que les subsistances de Paris étaient assurées
pourlongtemps.Sesrapportsemphatiquesetdangereux,danstousles
pointsdevue, luifirentfermerlesgreniersdelaBeauceetdelaBrie.
20Boissy déclamait à la tribune contre les réquisitions, et il les faisait
supprimer, lematin, pardeslois;illesrétablissait lesoir,pardesactes
d’administration; il envoyait des ordres de faire battre les grains de
force!
Il prescrivait un emprunt forcé des deux tiers de la consommation
de deuxmois!
Il ordonnait de prélever le cinquième de toutes les provisions
existanteschezlescultivateurs.Dispositionaussiabsurdequebarbare.
Ilprenaitlecinquièmeàl’indigentquin’avaitpasassezdegrainspour
lui et n’exigeait du riche cultivateur que le cinquième de son superflu.
Toutes les ressources devaient manquer, et le peuple entier devait se
soulevercontreParis,puisqu’ondemandaitauxindigentslecinquième
de leurs grains qu’ils n’avaient pas en quantité suffisante pour eux-
mêmes, etqu’onlaissait auxgrandscultivateurslesquatrecinquièmes
quipouvaientseulsassurerleservice.
Quels germes de haine ces dispositions ne portèrent-elles pas
dans le coeur d’un grand nombre de Français contre les habitants de
Paris?Onne pouvaitcroire queBoissy, qui avait sifréquemmentet si
fastueusementannoncé qu’il avait assuré les subsistances, avait réduit
leshabitantsdecettecommuneàdeuxoncesde pain.
Pourtenterlacupiditédespropriétaires,Boissymitdescommissaires
en mouvement, pour faire acheter sous-main, les grains et farines qui
setrouvaientàvendre.
Il introduisit le premier la clandestinité et la corruption. Il semble
inviter les esprits pénétrants à conjecturer quels moyens de même
nature il sent encore employer dans le coeur de son administration;
comme s’il ne lui suffisait pas d’avoir violé la loi du 4 nivôse qui
réglait le prix des achats de grains sur le pied du cours des marchés,
d’avoircorrompudeconcitoyens, d’avoirdonnélafamineetpréparéla
banqueroutequiperpétuelafamine.
Iln’avait,dit-il,nimaximum,niréquisition,niarméerévolutionnaire
àsadisposition.
Ilestvraiqu’aulieu de faire payer lesgrainsau cours desmarchés,
suivant la loi du 4 nivôse, il a employé le ressort de la cupidité et de
la corruption, pour finir par une banqueroute qui anéantit également
l’aisance légitimement acquise, les ressources de l’indigent, et le fruit
delacorruption.
JeveuxbienqueBoissyn’appellepasréquisitionlesactesparlesquels
il prescrivait de faire battre les grains de force, de faire des emprunts
forcés des deux tiers de la consommation de deux mois, de prélever
le cinquième de toutes les provisions existantes chez les cultivateurs.
C’étaitdesordres,desordonnancesou descommandements.
21L’ancienne commission n’employa jamais l’armée révolutionnaire.
Nous sûmes préserver la France de ce fléau que la Convention avait
créédansunecrisede désespoirexcusable, lorsque l’ennemi,profitant
des trahisons et des intelligences qu’il entretenait dans l’intérieur,
envahissaitnosdépartementsets’emparait de nosflottes.
Boissy parle des succèsqu’il a obtenus. Quels sont-ils ? Lepeuple a
éprouvélapluslongueetlapluscruellefamine.Combiencettefamine
n’a-t-elle pas fait périr de Français ? Combien de suicides attestent
l’excèsdelamisère,du malheuretdu désespoir?
Il a, dit-il, rétabli par l’exactitude des paiements, le crédit affaibli
par la mauvaise administration de l’ancien comité; il aurait dû dire
de l’ancienne commission. Mais il a cru qu’en citant un nom odieux,
nul n’oserait lui répondre. Il ne s’agit point ici de l’ancien comité, il
s’agitbienmoinsencoredeRobespierre,quin’entenditjamaisparlerde
commerceetd’approvisionnement.
OnpeutconsulterleministredeGênes,touslesnégociantsdesvilles
hanséatiques et recueillir leur opinion sur les membres de l’ancienne
commission, et sur le représentant avec lequel cette commission
correspondait.
J’exceptelamaisonduChapeauRougedeHambourg,j’enexposerai
les motifssi l’on veut; j’excepteencorelamaison HuppéLangue Gelot
et Compagnie de Paris. Je ne parle ici ni des intrigants, ni des voleurs
quiontgagnédepuisdixmoisdesmillionsdanslesaffairespubliques;
ilsne m’ontnivuniconnu.
Nous n’avonspointaffaiblile crédit puisque nous n’avons achetéet
payé les denrées, que suivant les cours desmarchés de toute l’Europe.
Les assignats ont eu plus de valeur et de cours dans l’étranger qu’ils
n’avaienteuauparavantetqu’ilsn’enonteudepuis.
Qu’a donc fait Boissy pour rétablir le crédit ? Il a fait acheter à
l’étranger à un prix excessif. Il a prodigué les assignats et les a fait
tomberdansl’avilissement.
Le devoir du gouvernement et des législateurs est de rappeler la
confiance, le calme et la sécurité, de rassurer la France contre tous
les projets de banqueroute; de garantir aux Français, la première et
la plus sacrée des propriétés, leur vie, leur conservation; de renoncer
aux moyens de corruption, de cesser de tenter la cupidité du riche, de
rappeler qu’il est dû une juste indemnité au cultivateur qui ne peut
refuser les grains nécessaires à la consommation; que ni l’Etat, ni les
particuliersnesonttributairesdesonavarice;defaireconnaîtreleprix
desachats,lesnomsdesvendeursetdesacheteursou agents.
PoursauverlaRépublique,ilfautconsoliderlesassignatsparl’ordre
etl’économie.Danslesdépenses,parlerecouvrementdescontributions
22arriérées, et des nouvelles contributions augmentées en raison des
besoins, obliger le cultivateur à vendre des grains, moyennant une
justeindemnitéetle prixcourant desmarchés publics;faireexaminer
les nouveaux marchés ou traités, faire rendre et publier les comptes
descommissionsetdesadministrations;faireexaminerlaconduitede
ceux qui les ont surveillés, ou qui ont usurpé leurs fonctions et leurs
pouvoirs,et les faire mettreen jugement. Voilà ce queje proposepour
Boissy,pourmoi,etplusencorepourlesalut de l’Etat.
Papiers Lindet (égalementenaffiche)
Le 25 Floréal an IV ont lieu des arrestations consécutives au complot de
Babeuf.Lindet, recherchéparlapolice,àlasuited’unedéclarationmensongère
4 5
d’un témoin , quitte alors Paris pour se cacher dans une ferme de Villons
(actuellement Villons-les-Anisy), village voisin de Caen, par les soins de son
amietprotégé PierreMesnil.C’estdelà quevientla lettre suivante.Leprocès
s’ouvre à Vendôme le 2 ventôse an V.
4. Pendant sa réclusion volontaire entre floréal an IV et prairial
anV (mai1796àjuin1797).Aundestinatairenondésigné.
6
La personne à laquelle vous vous intéressez se porte bien. Soyez
tranquille comme elle. Elle ne peut vous écrire dans ce temps-ci. Les
voies indirectes ne sont pas faites pour elle. Vous en recevrez bientôt
des nouvelles Mais elle ne préviendrait pas d’un quart d’heure le
moment où elle pourra, où elle devra vous en donner. Ce moment
est prochain. Comme elle a sauvé le pays qu’elle habite, il n’est pas
étonnant que plusieurs s’en souviennent. Sa vie est peu connue. Ceux
même qui lui doivent tout savaient à peine son nom. Comptez sur le
plaisir que vous partagerez bien de le revoir bientôt et surtout de le
revoircommeunhommequiaméritéquelquereconnaissancedetous
ceux qui aiment leur pays et ce pays est fort étendu. Vous recevrez
bientôt de ses nouvelles. Vous en recevrez plus tôt encore de son ami
qu’ilvoitchaquejour.
4VraisemblablementsuscitéparCochonpoursedébarrasserd’uncenseurgênant.
5Oùj’aiétéreçuen2000parlapropriétaireactuelle.
6Lui-même.
23Au procèsde Vendôme ouvertenventôse an V où est jugée l’affaire Babeuf
et dans lequel Thomas Lindet s’est fortement impliqué pour la défense de son
frère, l’innocence de Robert est reconnue. Il est acquitté le 7 prairial. Il sort
alors desacachette,mais reste àCaen.
5. S. d. (prairial anV?mai-juin 1797). A un destinataire non
désigné.
Puisquevousvoussouvenezdemoi,citoyengénéreux,amisensible
et que vous me parlez au nom de l’amitié, écartons tout ce qui s’est
passé;jen’aiplusqu’à meféliciter.
Je puis facilement sortir de France et me rendre à Hambourg. Il ne
mefautqu’unpasseportdel’administrationcentraledudépartementdu
Calvados.Je n’envoudraispassolliciterdanslesbureauxdesRelations
extérieuresparce l’on me fit proposerilyaunan, desconsulatset des
places en pays étranger et que je ne fis aucune réponse. Un passeport
de l’administration départementale me suffirait. Je puis donc voyager.
Je pourrais aussi transférer mon domicile au Havre avec assez de
facilité. Je croyais, en vous écrivant que je pourrais suivre les conseils
que je vous demandais. Mais je ne sais si tout n’est pas changé : les
circonstancesdeviennent plusembarrassantes.
NosloisnepermettentpointauxFrançaisdeseretireroudevoyager
dans des lieux qui sont réputés en état de guerre avec la République.
J’apprends que tous les agents du directoire ont quitté Hambourg. Il
semble qu’il se forme des orages dans le Nord; il me serait peut-être
difficile d’y arriver et il me serait peut-être un jour bien plus difficile
d’en sortir. Que sais-je?Il serait possible qu’on me portât sur une
liste d’émigrés par la seule raison qu’on imputerait mon voyage à des
craintes,àdesdéfiancesdont ons’offenseraitenFrance.
Si je vais m’établir au Havre dans ce moment, on pourra encore
supposer que ce sont les mêmes craintes, les mêmes défiances qui
me poussent vers un rivage de la mer. Je ne me doutais pas, il y a un
mois,que les nuages du Nord s’épaissiraient au point de m’intercepter
presque toute la lumière. Je voudrais voir comment sortiret comment
rentrer. Je ne suis pas moins inquiet sur le succès de ce que je
pourraisentreprendre dans des circonstances si difficiles et au milieu
d’événementsquiprésagentencorede plusgrandesdifficultés.
Jeconcevaisdernièrementquelqueespoir,parcequel’onm’apprenait
quelesAnglaislaissaientlesbâtimentsneutresentrerauHavre.Maisce
quisepasseàHambourgnemepermetpasd’espérerbeaucoup.Jecrois
quetoutcequejepourraisfairenepourrait avoirunebaseraisonnable
que sur la présomption d’une paix prochaine. Si je ne puis pas avoir
cetteprésomption,jedoissuspendrel’exécutiondemesprojets.
24Étranger à toutes les affaires, à toutes les intrigues, à tous les
désirs, à toutes les ambitions, à toutes les espérances, je ne cherchais
qu’un genre d’occupation qui peut me convenir. Votre empressement
à m’accueillir est pour moi une jouissance, une satisfaction que je ne
puis vous exprimer. Des divers partis que vous me proposez, celui
qui me conviendrait le plus serait de me fixer au Havre. Mais les
événements actuels paraissent me faire un devoir de suspendre toute
détermination. J’ignore où s’arrêtera, où se portera l’incendie qu’on
vient de rallumer. Le commerce du Nord sera-t-il encore longtemps
libre pour la France ? Je n’abandonne point mon projet. La réponse
que vous avez bien voulu me faire m’y attache bien plus encore que
je ne l’étais. J’y trouve cependant une grande difficulté;les temps de
guerre ne sont pas toujours défavorables au commerce. On y trouve
quelquefois plus d’avantages que dans les temps d’une profonde paix.
Maisquisaitquelleespècedeguerrenousauronsetquelsévénements
peuvent en résulter, lors surtout qu’il y a à craindre que l’on n’observe
plusaucunesortededroitdesgens?
Me voilà plus embarrassé que je ne l’ai jamais été si vous ne
me communiquez des lumières et si vous ne percez le nuage qui
m’enveloppe. Je suis aujourd’hui si indécis, j’ai l’âme si bouleversée de
mes conjectures que pour reprendre ma sérénité je ne dois plus dans
ce moment que vous parler de la sensibilité avec laquelle j’ai reçu les
marquestouchantesde votreamitié.Soyezbienpersuadé,jevousprie,
quelessentimentsquej’éprouvesontineffaçablesetquejenetrouverai
jamais d’acquisition plus précieuse à faire que celle d’un ami tel que
vous.
Lindet
7
Entre temps, il a demandé lamain de la fille de sonhôte .
lle
6.Le25germinalanVI(14avril1798).AM Mesnil.
Mademoiselle,
Mon bonheur commence. Votre papa, votre maman connaissent et
ontlabonté d’approuvermessentiments. Votrecoeur, votremainsont
l’unique bien auquel j’aspire. Votre seule volonté me rendra heureux.
Permettez, je vous prie, que je vous apprenne quels chagrins, quelles
inquiétudes me consumaient. Je craignais de n’avoir ni assez de
moyens,niassezde ressourcespourvousprocurertouslesagréments
et aller au-devant de vos désirs. Je craignais que vous ne fussiez pas
assez heureuse. Votre seulintérêt m’occupait. Je fus toute ma vie trop
7M arie-AgatheMesnil,néele 16 septembre 1776,filledePierreMesnil,vivant desonbien,
me
etdeM néeMarieBoisne.
25