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Évolutions sociotechniques des bibliothèques numériques (traité STI)

De
211 pages
Le développement de bibliothèques numériques à travers le monde témoigne de la maturité technologique de ces dispositifs documentaires sophistiqués. Destinées à un large public dont les profils informationnels sont délicats à saisir, elles se confrontent aux usages en perpétuelle évolution des TIC. Les internautes disposent désormais d'espaces numériques hybrides où le rapport virtuel/réel est revisité. Les sites de réseaux sociaux recensant plusieurs millions de membres et les plates-formes de partage (photos, vidéos) voient se développer des usages fondés sur la participation et le contributif au sein de communautés virtuelles. C'est dans ce contexte où technologies du numérique et activités sociales s'amalgament, s'amplifient et se nourrissent mutuellement, produisant des fonctionnements inédits, qu'apparaissent ces bibliothèques numériques essentiellement technologiques. Évolutions sociotechniques des bibliothèques numériques rassemble quelques pistes de réflexion sociotechniques, qu'il serait souhaitable de garder à l'esprit dans tout projet de bibliothèque numérique afin d'éviter que ces coûteuses machines technodocumentaires, au service de l'information et de la connaissance, et à l'usage de tous, ne soient reléguées au rang de dépôts numériques, extensions méconnues des usagers des bibliothèques traditionnelles.
Préface - Fabrice PAPY. Chapitre 1. Pour une prise en compte du point de vue de l'utilisateur dans l'aide à la navigation dans une bibliothèque numérique. Chapitre 2. Des sites ressources à la tentation contributive. Chapitre 3. Les logiciels libres et open source dans les bibliothèques françaises. Chapitre 4. Observatoire intelligent : de l'information aux connaissances au travers de collections numériques. Chapitre 5. Nomades ou sédentaires ? Les internautes des bibliothèques publiques. Chapitre 6. Multilinguisme et accès aux ressources des bibliothèques. Chapitre 7. L'indexation de la musique, vers de nouvelles approches à l'ère des réseaux sociaux. Index.
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Evolutions sociotechniques des bibliothèques numériques



































© LAVOISIER, 2011
LAVOISIER
11, rue Lavoisier
75008 Paris

www.hermes-science.com
www.lavoisier.fr

ISBN 978-2-7462-3145-0
ISSN 2104-709X


Le Code de la propriété intellectuelle n'autorisant, aux termes de l'article L. 122-5, d'une part,
que les "copies ou reproductions strictement réservées à l'usage privé du copiste et non
destinées à une utilisation collective" et, d'autre part, que les analyses et les courtes citations
dans un but d'exemple et d'illustration, "toute représentation ou reproduction intégrale, ou
partielle, faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est
illicite" (article L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce
soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du
Code de la propriété intellectuelle.
Tous les noms de sociétés ou de produits cités dans cet ouvrage sont utilisés à des fins
d’identification et sont des marques de leurs détenteurs respectifs.


Printed and bound in England by Antony Rowe Ltd, Chippenham, January 2011.





Evolutions sociotechniques

des bibliothèques numériques












sous la direction de

Fabrice Papy
















Il a été tiré de cet ouvrage
25 exemplaires hors commerce réservés
aux membres du comité scientifique,
aux auteurs et à l’éditeur
numérotés de 1 à 25
Evolutions sociotechniques
des bibliothèques numériques
sous la direction de Fabrice Papy
fait partie de la série
ENVIRONNEMENTS ET SERVICES NUMÉRIQUES D’INFORMATION
dirigée par Fabrice Papy


TRAITÉ DES SCIENCES ET TECHNIQUES DE L’INFORMATION
Le Traité des Sciences et Techniques de l’Information répond au besoin de
constituer un fonds commun de connaissances dans les domaines où les technologies
ont transformé la production, l’organisation et la diffusion de l’information.
Agrégeant les disciplines traditionnelles comme la documentation et la
bibliothéconomie, les sciences de l’information occupent un champ particulier où se
rencontrent l’informatique et les sciences humaines et sociales. Elles permettent
ainsi de croiser les approches technicistes avec celles de l’étude des processus
d’information.

Conçu volontairement dans un esprit d’échange disciplinaire, STI représente
l’état de l’art dans les domaines suivants retenus par le comité scientifique :
Environnements et services numériques d’information
Standards et normes en TI
Structuration et organisation de l’information
Usages et compétences

Les ouvrages du Traité des Sciences et Techniques de l’Information analysent les
différents aspects d’une discipline étendue et diverse : les contenus et leur gestion,
l’information dans la société, la communication personne-système, les
communications instrumentées entre individus ou entre groupes sociaux, la
représentation, l’instrumentalisation et l’exploitation des connaissances. Ils abordent
les technologies de base, les institutions, les grandes options méthodologiques et les
savoir-faire.

Chaque volume étudie aussi bien les aspects fondamentaux qu’expérimentaux.
Une classification des différents chapitres contenus dans chacun, une bibliographie
et un index détaillé orientent le lecteur vers ses points d’intérêt immédiats : celui-ci
dispose ainsi d’un guide pour ses réflexions ou pour ses choix. Liste des auteurs

Muriel AMAR Florence GAUDET
BnF BPI
Paris Centre Georges Pompidou
Paris
Agnès CAMUS-VIGUE
BPI Widad MUSTAFA EL HADI
Centre Georges Pompidou Université Charles-de-Gaulle Lille 3
Paris
Fabrice PAPY
Alexandra CIACCIA Nancy-Université / LORIA
Consultante en ergonomie
DIXID Frédérique PEGUIRON
Paris Université Nancy 2

Jean DEBAECKER Claire SCOPSI
Université Charles-de-Gaulle Lille 3 CNAM / INTD
Paris
Christophe EVANS
BPI Geneviève VIDAL
Centre Georges Pompidou Université Paris-Nord
Paris

Christian FLUHR
CADEGE / GEOL Semantics
Paris





















Table des matières
Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
Fabrice PAPY
Chapitre 1. Pour une prise en compte du point de vue de l’utilisateur
dans l’aide à la navigation dans une bibliothèque numérique . . . . . . . . . . . 29
Alexandra CIACCIA
1.1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
1.2. Les conditions d’une recherche d’informations dans les bibliothèques
numériques pour les usagers . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
1.2.1. Ce que les bibliothèques numériques proposent. . . . . . . . . . . . . . 31
1.2.2. Les conditions d’usage pour les utilisateurs des bibliothèques
numériques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
1.3. Rechercher de l’information : les grandes étapes et leurs implications
pour l’usager . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
1.3.1. Du besoin au problème de recherche d’informations. . . . . . . . . . . 34
1.3.1.1. Emergence du besoin d’information . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
1.3.1.2. Transformation du besoin d’information en problème de
recherche d’informations : le besoin spontané et le besoin prescrit. . . . 35
1.3.1.3. Formulation de requêtes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
1.3.2. Les activités cognitives mises en œuvre en situation de recherche
d’information. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
1.3.2.1. Les enjeux cognitifs de la recherche d’information
dans un système d’information complexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
1.3.2.2. Modèle cognitif de l’activité de recherche. . . . . . . . . . . . . . 46
1.4. Etude portant sur l’analyse des traitements associés à la recherche
d’information . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4910 Evolutions sociotechniques des bibliothèques numériques
1.4.1. Problématique de l’étude. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
1.4.2. Méthode de l’étude . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
1.4.3. Résultats. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
1.5. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
1.6. Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
Chapitre 2. Des sites ressources à la tentation contributive . . . . . . . . . . . . . 61
Geneviève VIDAL
2.1. De nouvelles médiations interactives. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
2.2. L’émergence d’un Web 2.0 muséal. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
2.3. Structurer pour contenir la participation et le potentiel contributif . . . . . . 73
2.3.1. Oser et rester prudent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 74
2.3.2. Maîtriser la diffusion à l’heure de l’innovation 2.0 . . . . . . . . . . . . 77
2.4. En guise de conclusion : l’invitation contributive, un détour . . . . . . . . . 80
2.5. Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
Chapitre 3. Les logiciels libres et open source dans les bibliothèques
françaises . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
Claire SCOPSI
3.1. Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
3.2. Retour sur les logiciels libres. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
3.2.1. Logiciels libres ou open source ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
3.2.2. Une part faible mais croissante du marché du logiciel français . . . . 88
3.2.3. Des modèles de développement communautaires qui bousculent
le secteur de la production logicielle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
3.3. Les logiciels libres en bibliothèque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
3.3.1. De nombreux logiciels développés selon le modèle libre trouvent
leur place en bibliothèque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91
3.3.2. Les SIGB libres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
3.3.3. L’engouement pour les SIGB libres : une spécificité française ? . . . 95
3.4. Usagers et communautés des SIGB libres . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
3.4.1. Arguments initiaux en faveur du SIGB libre. . . . . . . . . . . . . . . . 99
3.4.2. Caractéristiques des communautés d’usagers: une évolution
du modèle initial qui pose problème. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101
3.4.3. Un modèle communautaire pas si facile à s’approprier . . . . . . . . 102
3.5. Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
3.6. Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10611Table des matières

Chapitre 4. Observatoire intelligent : de l’information aux connaissances
au travers de collections numériques ......................... 109
Frédérique PEGUIRON
4.1. Introduction..................................... 109
4.2. Aspect conceptuel ................................. 110
4.2.1. Vers une dimension géopolitique des bibliothèques .......... 110
4.2.1.1. Localement .............................. 110
4.2.1.2. Politiquement ............................. 111
4.2.1.3. Mondialement............................. 111
4.2.2. Mise en valeur de collections numériques réparties .......... 111
4.2.2.1. Préalable ................................ 112
4.2.2.2. Pourtant des difficultés ! ...................... 112
4.2.2.3. Enjeux des transferts de l’information .............. 112
4.3. Aspect pragmatique114
4.3.1. Processus d’aide à la connaissance.................... 114
4.3.1.1. Passage de l’information à la connaissance ........... 114
4.3.1.2. Modélisation des produits numérisés et/ou à numériser .... 115
4.3.1.3. Normes et standards comme point d’appui............ 116
4.3.2. Quelques bibliothèques numériques à l’aube de 2010 ........ 118
4.3.3. Plateforme de dépôt ORI-OAI ...................... 121
4.3.4. Une exposition virtuelle au service d’une phase expérimentale ... 121
4.4. Aspect expérimental................................ 125
4.4.1. Emprunter aux TICE et au Web social ................. 125
4.4.1.1. Phénomène d’appropriation .................... 125
4.4.1.2. Qu’est ce qu’un wiki sémantique ? ................ 125
4.4.1.3. Mise en valeur d’un patrimoine académique ........... 126
4.4.2. Modélisation des collections par les objets numérisés
et/ou à numériser .................................. 127
4.4.3. La modélisation de l’utilisateur dans un contexte de recherche ... 127
4.4.4. Perspective de recherche.......................... 130
4.5. Bibliographie .................................... 132
Chapitre 5. Nomades ou sédentaires ? Les internautes des bibliothèques
publiques ........................................... 133
Muriel AMAR, Agnès CAMUS-VIGUÉ, Christophe EVANS, Françoise GAUDET
5.1. Une offre nationale encore sous-dimensionnée................ 134
5.2. La Bpi, un observatoire des attentes et les usages .............. 137
5.2.1. Les internautes de la Bpi : deux profils contrastés........... 137
5.2.2. Des pratiques dans lesquelles Internet s’immisce140
5.3. Du privé au public et réciproquement ..................... 142
5.3.1. Consulter Internet en public ........................ 143






























12 Evolutions sociotechniques des bibliothèques numériques

5.3.2. Un espace familier dans la bibliothèque : retrouver son Internet . . 144
5.3.3. Entre l’espace domestique et la bibliothèque : optimiser les tâches
et gérer son temps ................................. 146
5.4. Conclusion ..................................... 149
5.5. Bibliographie .................................... 150
Chapitre 6. Multilinguisme et accès aux ressources des bibliothèques .... 153
Christian FLUHR
6.1. Multilinguisme et accés aux ressources des bibliothèques ......... 153
6.2. Accès à l’information au travers d’un vocabulaire normalisé ....... 155
6.2.1. Usage du vocabulaire normalisé ..................... 155
6.2.2. Elaboration d’un vocabulaire normalisé multilingue : ........ 156
6.2.3. Méthode de mise en correspondance .................. 158
6.3. Accès au texte intégral .............................. 158
6.3.1. Bref rappel sur les technologies d’accès aux textes .......... 158
6.3.2. Accès interlingue (cross-language) ................... 160
6.3.2.1. Utilisation de traducteurs automatiques .............. 161
6.3.2.2.n d’un modèle statistique ................ 161
6.3.2.3. Utilisation de dictionnaires bilingues ............... 162
6.4. Méthodes linguistiques pour l’accès aux catalogues ............. 168
6.4.1. Accès interlingue aux catalogues des bibliothèques du CEA .... 169
6.5. Evaluation de l’accès aux catalogues avec des méthodes à vocabulaire
ouvert ........................................... 172
6.5.1. Présentation de l’évaluation des systèmes de recherche textuels . . 172
6.5.2. CLEF et l’accès au catalogue des bibliothèques ............ 174
6.6. Conclusion ..................................... 179
6.7. Bibliographie .................................... 180
Chapitre 7. L’indexation de la musique, vers de nouvelles approches
à l’ère des réseaux sociaux ................................ 183
Jean DEBAECKER,Widad MUSTAFA EL HADI
7.1. Le projet ICOMUSIC ............................... 183
7.2. Les métadonnées, définitions et typologie................... 184
7.2.1. Métadonnées de la musique et Web. 2.0 ................ 185
7.2.2. Indexation et musique ........................... 186
7.3. Panorama des indexations associées aux œuvres musicales ........ 188
7.3.1. Indexation en vocabulaire libre, centrée sur l’usager ......... 189
7.3.2. Indexation en vocabulaire semi-libre pour l’usager, centrée
sur le logiciel .................................... 190
7.4. Formalisation d’un modèle............................ 192



















13Table des matières

7.4.1. Modèle n°1 : partage social de la musique ............... 193
7.4.2. Modèle n°2 : découverte sociale de la musique ............ 194
7.4.3. Traitement post-modèle des métadonnées ............... 195
7.4.4. Indexation en vocabulaire libre pour l’usager, centrée
sur le logiciel .................................... 197
7.5. Moteurs de recherches .............................. 198
7.6. Synthèse et perspectives ............................. 199
7.7. Bibliographie199
Index ............................................. 203






Préface
Les questionnements et problématiques, soulevés par l’impact des techniques et
des technologies dans les activités humaines et leurs prolongements sociaux, sont
extrêmement nombreux. Ils se réexpriment sans cesse, se régénérant au fil des
innovations que les sciences et les techniques offrent à la modernisation de la
société. Si elles nourrissent en général les champs des sciences humaines et sociales,
ceux de la philosophie, de la sociologie, de la psychologie, de l’anthropologie, de la
communication en font un plus large écho [MAR 67, BAL 85, DEN 87, HAB 90,
BOU 93, ELL 04, STI 03, BAN 02].
A mesure que croît cette pression conjuguée des sciences et des techniques au
sein d’une société ayant accordé son devenir aux réalisations technoscientifiques
(automatisation administrative, informatisation, pilotage administratif et comptable
des organisations, production en juste à temps, gestion des ressources humaines,
spécialisation des tâches, technicisation des médias de masse, financiarisation des
économies, etc.) [DEN 87, PRA 92, CHA 01], les analyses critiques sont devenues
plus fréquentes, plus acerbes et plus spécialisées, témoignant par leur vigueur d’une
pénétration réellement conséquente des sciences et des techniques dans tous les
secteurs de la société [BRE 93, BAL 85, LAT 95, OGI 95, PAV 00, WOL 00,
SFE 02].
L’automobile, l’aéronautique, l’énergie, la médecine, le bâtiment, les finances,
les industries culturelles sont quelques-uns des domaines éminemment concernés
par la dynamique technique. Parallèlement, la montée en puissance de
l’informatique (calculateurs, clustering, stockage, ferme de données, numérisation,
normes, génie logiciel, visualisation, terminaux nomades, etc.) et le développement
exponentiel des réseaux de télécommunications (téléphonie filaire et mobile, réseaux
satellitaires et hertziens, haut et très haut débit, etc.) ont contribué à l’édification de
complexes systèmes techniques, à l’appétit féroce en innovations technologiques16 Evolutions sociotechniques des bibliothèques numériques

[FLI 95, MAY 95, THE 03, VIN 07]. L’injonction récurrente à l’innovation a mené
ces macro-systèmes à une forme d’addiction technologique, aveuglés par la quête
d’une augmentation de leur performance économique. Depuis quelques années, les
plus grandes nations (post)industrielles, converties aux bienfaits de la technoscience,
se sont engagées dans une transformation fondamentale de nos sociétés en sociétés
de l’information [MAT 01, MAT 05, DOU 08]. Des programmes nationaux
1d’envergure ont été définis affectant tous les domaines de la société : du politique
au social, de l’économique au culturel [LED 03]. En quelques années, la
démocratisation de l’accès aux équipements informatiques et aux réseaux
2informatiques a accompagné le déploiement rapide et important d’une multitude de
3services numériques. Le Web 2.0 , Web participatif par excellence illustre cette
transformation technique, culturelle et sociale profonde d’Internet et du Web
[BER 08].
Rattrapés par les initiatives politiques, économiques et industrielles,
accompagnant et amplifiant les innovations technologiques, les sphères publiques,
privées, personnelles, collectives, professionnelles, culturelles, sociales, etc., se sont
trouvées contaminées par les réalisations numériques outillées par les TIC : la
dématérialisation progressive de l’administration, le développement du commerce
en ligne, la prolifération de services électroniques gratuits, onéreux, restreints,
accessibles depuis les micro-ordinateurs, les téléphones portables, les PDA et autres
smartphones, etc. ont fini par bâtir des environnements socionumériques complexes,
interopérables, où les individus sont invités – nolens, volens – à organiser leur
existence et à vivre les interactions sociales [LAT 00, DUB 01, LEL 04 , JAU 07,
KIY 09].
Les forums, les chats, les weblogs, les jeux en ligne et les sites de rencontre
[COU 10, ZAB 09, CRAI 09, BRO 07, LAR 05] sont autant de nouveaux lieux où
les relations sociales réelles se prolongent, se (re)construisent, se créent ou
s’inventent. Les internautes disposent désormais d’espaces numériques hybrides où
4le rapport virtuel/réel est revisité . Les sites de réseaux sociaux qui rassemblent, tel

1. Programme d’action gouvernemental pour la société de l’information (PAGSI), Plan pour
une REpublique numérique dans la SOciété de l’information (RESO 2007), plan de
développement de l’économie numérique France Numérique 2012, programme national Très
haut Débit, etc.
2. « Près de 3 personnes sur quatre disposent d’un ordinateur à domicile (…) deux personnes
sur trois sont connectées à domicile » [BIG 09].
3. Tim O’Reilly, What Is Web 2.0 ? Design Patterns and Business Models for the Next
Generation of Software, www.oreillynet.com/pub/a/oreilly/tim/news/2005/09/30/what-is-
web-20.html, 30 septembre 2005.
4. L’environnement numérique en ligne Second Life (secondlife.com), élaboré par la société
Linden Research Inc témoigne de cette tension qui se fait jour entre les interactions des
individus connectés au sein d’un univers numérique effectivement irréel et les interactions
17Préface
Facebook, plusieurs millions de membres, les plates-formes de partage de photos et
de vidéos (Flickr, MySpace, YouTube, etc.) voient se développer des usages fondés
sur la participation et le contributif au sein de communautés virtuelles aux frontières
5incertaines [BEU 02, CAL 08, CAM 03, COM 06, RES 08].
C’est dans ce contexte où technologies du numérique et activités sociales
s’amalgament, s’amplifient et se nourrissent mutuellement, produisant des
fonctionnements inédits, que s’est formé un creuset propice à l’élaboration des
bibliothèques numériques. Celles-ci sont, dans la grande majorité des cas – et même
si elles se présentent comme des artefacts technologiques autonomes – des
extensions du monde de la bibliothèque traditionnelle (Gallica, Europeana, la
Bibliothèque électronique de Lisieux, le Centre virtuel de la Connaissance sur
l’Europe, la bibliothèque numérique de l’INHA, etc.).
Ainsi, l’appareillage technologique puissant, qui instrumente désormais sous
forme numérique les informations de toutes natures (texte, image, animations, sons,
vidéos, metadonnées, etc.) a engendré un processus de modifications rapides et
profondes des rapports individuels et collectifs avec l’univers informationnel et
documentaire. Si, depuis, le monde des bibliothèques s’est confronté à des remises
en cause douloureuses et des menaces en raison de la pression exercée par les TIC et
les nouveaux usages qu’ils induisent auprès des lecteurs, il voit aussi s’ouvrir des
possibilités de développement inédites [GAZ 08, SCH 05, MOU 02].
On ne peut que constater que les techniques jusqu’alors résolument
documentaires [CHA 71] (caractéristiques d’un milieu socioprofessionnel identifié
et d’une culture professionnelle reconnue, de savoir-faire alimentés par des
préoccupations séculaires de conservation de documents), ont été en très peu
d’années, comme « filigranées » par le territoire flou et instable des TIC. Non pas
qu’elles aient disparu en tant que telles (une telle attitude serait impossible à tenir)
mais le développement et le déploiement massif des TIC ont imposé une inversion
improbable mais aisément vérifiable : celui du contenant et du contenu. Dans ces
domaines documentaires où, à l’évidence, les technologies apparaissaient « au
service » de la technique, et constituaient l’expression finale et opératoire d’un
processus technique documentaire, c’est précisément la force de la manifestation

avec des entités du monde (économique) réel. Des sociétés commerciales distributrices de
produits et de services sont apparues dans Second Life (Dell, IBM, Nissan, Adidas, Reuters,
BBC, etc.) et créent de surprenantes passerelles entre monde virtuel et monde réel [COG 09,
POT 09].
5. DMOZ, le projet d’annuaire ouvert (www.dmoz.org) ; Wikipedia, le projet d’encyclopédie
libre, etc.18 Evolutions sociotechniques des bibliothèques numériques
opératoire, fonctionnelle et instrumentale qui en est devenue la caractéristique
6essentielle .
Malgré cette inconfortable situation, le premier rapport mondial de l’UNESCO
place la bibliothèque au cœur des enjeux économiques liés au nouveau paradigme de
l’information, depuis l’avènement de l’ère numérique et l’émergence de la Société
e
de l’Information et de la Connaissance : « Depuis qu’au XIX siècle les bibliothèques
se sont vues reconnaître une fonction sociale publique, fortement liée à l’éducation,
à l’université, à la recherche ou au développement des facultés humaines, elles ont
joué un rôle clé dans la mise à disposition publique des connaissances. Elles doivent
désormais assurer cette mission non seulement au sein même des sociétés, mais
aussi entre les pays et les régions du globe… ». [UNE 05].
Malgré ce constat flatteur, il serait peu raisonnable de nier que la conséquence
majeure de l’évolution numérique pour les bibliothèques est la diminution de la
prééminence de leur statut (incontesté) de structures de référence pour l’accès aux
ressources documentaires et l’organisation du savoir. Les nouveaux usages apparus
avec le développement du Web et sa continuité en Web social (social bookmarking,
folksonomie, modèle contributif et participatif) n’intègrent plus guère les notions de
prescription, de hiérarchisation, de cohérence et d’architecture du savoir, valeurs
fondatrices de la structure même des missions traditionnelles des bibliothèques
[ESP 03, ROS 06, CHA 10]. De fait, la situation actuelle apparaît des plus
contradictoires au moment où des initiatives conséquentes de numérisation ne
cessent de voir le jour dans un ordre quelque peu dispersé.
Les bibliothèques numériques conçues jusqu’à présent, tendent à vouloir hériter
de l’image des bibliothèques traditionnelles dans ce qu’elles ont de plus noble en

6. Il suffit, pour s’en convaincre, de garder à l’esprit ce que représentait le catalogue de fiches
bibliographiques en papier. Au-delà d’une utilisation restrictive, en raison notamment du
mode de classement (recherche limitée in fine aux ouvrages d’un auteur), voire inadaptée pour
des recherches bibliographiques exploratoires (à l’image de ce qu’offre l’associativité
instrumentée par l’hypertexte), il constituait la preuve d’un aboutissement de l’action
technique complexe des bibliothécaires pour offrir aux usagers des fonds documentaires
organisés. Depuis l’informatisation des catalogues et leur évolution en OPAC, la richesse des
possibilités de recherche sur l’ensemble des champs descriptifs de la notice bibliographique, a
imposé de façon spectaculaire des mécanismes essentiellement technologiques (au sens d’une
instrumentation par les TIC) dépendant pourtant toujours de l’action technique
professionnelle des bibliothécaires. Cette partie technologique émergée de
documentaire et bibliothéconomique autrement plus vaste, concourant à construire
spectaculairement l’autonomie d’un usager peu enclin à s’embarrasser de questions relatives
aux techniques documentaires, conduit à considérer ces réalisations technologiques comme
l’objectif ou l’aboutissement d’une démarche technique documentaire reconsidérée alors
comme un outil.19Préface
matière de préservation et diffusion de l’information et des connaissances, à
destination de tous publics. Dans le même temps, les modèles de conception des ces
artefacts techno-documentaires [PAP 09, PAP 09b] font abstraction de l’expérience
cumulée des bibliothèques dans la connaissance des publics qu’ils servent, de leurs
pratiques, de leurs usages, de leurs besoins et de leurs attentes (même lorsque ces
deux derniers ne sont pas toujours clairement exprimés par les usagers) [PAP 07a,
PAP 07b].
Alors que les bibliothèques traditionnelles se sont enrichies au fil des décennies
des missions sociales et culturelles qui leur ont été confiées, les réalisations techno-
documentaires les plus récentes se montrent incapables d’exploiter ces expériences
socioculturelles acquise de longue haleine [TAB 97, MAR 03, BER 04, UNE 05].
La situation est d’autant plus troublante que l’évolution sociale du numérique (Web
social) se manifeste intensivement avec ces communautés internationales de
millions d’individus qui entretiennent des rapports sociaux instrumentés par les TIC.
Sur cet aspect manifestement majeur, les bibliothèques numériques, plantées sur le
paradigme technologique de l’information et de la communication (numérisation,
pérennisation, interopérabilité) ont accumulé un retard considérable. Les timides et
rares tentatives d’introduire des mécanismes d’interaction (comme les forums
modérés), mettent en évidence les directions vers lesquelles doivent tendre les
bibliothèques numériques afin de servir tous les publics (à l’image du rôle destraditionnelles), sans amputer la multiplicité des rôles qu’elles jouent
au sein de la société.
De fait, les déclinaisons numériques des bibliothèques ne parviennent pas
s’inscrire dans la dynamique des usages numériques actuels. Bien que les plates-
formes informatiques sur lesquelles s’appuient les bibliothèques numériques
exploitent les mêmes caractéristiques d’interopérabilité que celles qui sont utilisées
par les dispositifs phares du Web 2.0, les bibliothèques numériques, malgré la
qualité de leurs contenus, peinent à émuler, ou plus simplement à approcher la
popularité de ces dispositifs. Le souhait d’une appropriation individuelle et
collective des contenus numériques et numérisés par des communautés (virtuelles)
d’intérêt apparaît, aujourd’hui encore, bien irréalisable.
Les expériences menées ces dernières années dans des contextes expérimentaux
spécifiques et souvent liés à des environnements éducatifs (école, université,
entreprise, etc.) pointent systématiquement que les genèses instrumentales donnant
la clef de l’appropriation des techniques par les usagers sont
particulièrement fragiles. Les incessantes modifications des paramètres techniques
des systèmes d’information et de communication engendrent en quelque sorte un
effet négatif de l’innovation qui ralentit le processus complexe de genèse
instrumentale. Espérer alors une appropriation des contenus des bibliothèques
numériques par des communautés avant même que ne soit garantie l’appropriation

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