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Les innovations dans les télécoms mobiles (Collection technique et scientifique des télécommunications)

De
266 pages
Le secteur des télécommunications mobiles connaît d'importantes innovations technologiques et de services. Elles ont pour conséquence une réduction des coûts de transmission et un enrichissement de l'offre. Cet ouvrage présente une analyse de la diffusion des innovations et particulièrement de l'attitude des producteurs et des consommateurs face à l'introduction de nouvelles technologies. L'auteur analyse également les stratégies des opérateurs confrontés à de nouveaux entrants et à des opportunités de diffusion d'innovations. Comment les opérateurs ont-ils adapté leurs conditions d'exploitation aux évolutions des souhaits des clients, des technologies disponibles et des politiques de régulation ? Ce livre illustre la variété de ces réactions et présente l'impact d'une norme, l'UMTS, sur le jeu concurrentiel des acteurs du domaine.
Introduction générale. Les conditions de diffusion des innovations : une revue de la littérature économique. L'adoption des innovations. Le mode de diffusion des technologies mobiles. L'adoption de nouvelles technologies dans les télécommunications mobiles. Les conditions de base à l'exploitation des technologies. Les stratégies des opérateurs devant les innovations. Modélisation de stratégies d'exploitation d'une innovation technologique. L'innovation technologique exploitée par un opérateur. La concurrence sur l'offre issue de la nouvelle technologie. Conclusion générale. Annexes. Lexique.
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INTRODUCTION GENERALE
L’étude des dynamiques économiques associées aux innovations est particulièrement riche d’enseignements dans les télécommunications. Ces modes de transmission d'informations recouvrent des marchés variés, qui peuvent être distingués selon les technologies exploitées telles les technologies filaires traditionnelles, celles de fibres optiques, du câble ou encore des satellites. Ces marchés présentent un développement caractérisé par une ouverture progressive à la concurrence. Les activités productives y étaient initialement exercées par des monopoles publics en raison de rendements croissants d’échelles et de leur statut de services d’intérêt général susceptibles d’être soumis à une intervention publique. Les télécommunications connaissent des évolutions technologiques fréquentes dont le développement et l’adoption requièrent des investissements conséquents de la part de leurs exploitants, c’est-à-dire les équipementiers et les opérateurs qui transmettent les signaux sur des réseaux d’infrastructures. Certaines de ces innovations aboutissent à des échecs une fois qu’elles sont mises sur le marché faute de demande suffisante ; il s’agit notamment de certains réseaux de satellite ou du déploiement de fibres optiques en surcapacité. Ces industries appellent donc des analyses pour évaluer l’incidence des évolutions technologiques sur leur développement ainsi que pour y cerner les conditions d’émergence et de diffusion des innovations. Les recherches correspondantes requièrent aussi bien la compréhension des politiques d’encadrement et de régulation de ces secteurs que l’évaluation des opportunités et des risques que comportent ces innovations pour les acteurs de ces marchés. L'analyse menée dans cet ouvrage porte sur des marchés issus des technologies de transmission cellulaire. Les télécommunications mobiles ont connu une dynamique de croissance qui s’est effectuée essentiellement au cours de la dernière
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décennie à un rythme rapide. L’exploitation commerciale des premiers systèmes à transmission analogique date du début des années quatre-vingt. A partir de leur introduction auprès des consommateurs, il a néanmoins fallu à ces technologies cellulaires huit ans pour atteindre une pénétration moyenne de 2%. En revanche, à partir de 2001, le parc de terminaux mobiles sur les marchés européens dépassait le nombre de lignes fixes. Sur le plan mondial, le nombre d’abonnés équipés de téléphones portables atteignait 590 millions fin 2000 [0CD 01]. Ce chiffre est passé à 1,5 milliard en juillet 2004 et devrait franchir les deux milliards fin 2005. Le pourcentage des revenus de France Telecom issus de la téléphonie mobile 1 relativement à son chiffre d’affaires est passé de 7 % en 1997 à 35 % dés 2002 . Cette croissance s'est accompagnée de nombreuses innovations technologiques : 2 de la transmission analogique aux normes numériques avec le GSM , le WAP, le GPRS, l'EDGE, l'UMTS qui marque le développement de la troisième génération de télécommunications mobiles, et également avec les technologies de connexion sans fil Bluetooth, Wifi, et Wimax. Ces innovations ont accru le débit des transmissions et élargi le champ des services, passant de la voix, aux données, aux messages et images fixes puis animées. L'offre accessible depuis le téléphone portable consiste désormais à prendre et envoyer des photos, écouter de la musique, consulter et recevoir ses mails en temps réel, accéder et télécharger rapidement chansons et films, voir son interlocuteur et filmer un paysage en lui envoyant ces images, jouer en réseaux, regarder la télévision (foot, news, séries, émissions). Ces innovations ont un impact sur la croissance du secteur avec des répercussions considérables sur la concurrence et les performances des acteurs de marché. Nous chercherons donc dans cet ouvrage à évaluer plus précisément leurs effets en répondant aux questions suivantes : comment ces innovations se sont-elles imposées dans le secteur, comment ces opportunités de développement ont-elles été exploitées par les opérateurs et comment les stratégies engagées ont-elles fait évoluer la structure industrielle ? L’opérateur de réseau mobile utilise les technologies de transmission cellulaire pour fournir une offre de services à partir de terminaux de réception portables. Pour réaliser ces prestations de services, l’opérateur doit déployer des infrastructures en réseaux. Ses décisions d’adoption de nouvelles technologies vont alors déterminer leur diffusion auprès de sa clientèle, se composant tant de particuliers que d’entreprises. L’objet de notre recherche va donc consister à étudier dans quelles conditions l’opérateur est amené à adopter des innovations technologiques et les stratégies qu’il peut engager pour les exploiter. L'adoption d’une innovation technologique représente en effet des investissements considérables. Une innovation 1 cf. www.francetelecom.com 2  La signification de l’ensemble des sigles mentionnés se trouve dans un lexique établi en annexe.
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va par exemple nécessiter d’établir un réseau d’infrastructures qui lui soit adapté, d’acquérir parfois des licences d’exploitation coûteuses et par ailleurs, lorsque l’innovation introduit de nouveaux types de communications, de subventionner les premiers clients utilisant ces technologies pour les initier à leurs usages. L’investissement dans une nouvelle technologie comporte donc des risques car si cet investissement ne peut être amorti par des revenus conséquents, il génère des pertes menaçant la survie de l’opérateur. L’innovation technologique peut toutefois avoir pour effet d’améliorer significativement les performances des opérateurs. Elle peut autant réduire leurs coûts d’exploitation, comme lors de l’introduction des technologies numériques, qu’affecter le contenu de leur offre de services en élevant sa qualité ou en permettant l’introduction de nouveaux services tels l’envoi de données et d’images. L’arrivée de nouvelles technologies va par ailleurs faire évoluer les conditions de la concurrence sur le marché. Dans la téléphonie mobile en particulier, les innovations les plus radicales peuvent être à l’origine de l’entrée de nouveaux opérateurs en suscitant de nouvelles attributions de licences de la part des autorités de régulation sectorielles. Pour les nouveaux entrants, pénétrer sur le marché en exploitant une innovation technologique les différencie des offres traditionnelles et leur permet de concurrencer les opérateurs installés en dépit de la base de clientèle et des infrastructures dont disposent déjà ces firmes plus anciennement implantées dans l’activité. L’exploitation des innovations par les opérateurs et leur choix d’adoption de nouvelles technologies sont donc à l’origine d’enjeux stratégiques considérables, qui peuvent être évalués par l’ampleur des investissements qu’ils y engagent. Les données disponibles sur le secteur [IDA 01] [IDC 01] ont permis de constater l’ampleur des dépenses engagées dans le déploiement des infrastructures adaptées aux innovations ainsi que dans l’acquisition des licences d'exploitation associées aux nouvelles normes technologiques. Les investissements des opérateurs dans l’adoption des innovations technologiques ont un effet qui dépasse largement le cadre du secteur d’activité du fait de leur incidence sur l’activité des entreprises et des ménages qui utilisent ces services. Ces investissements sont ainsi à l’origine de la création de revenus et d’emplois. Les investissements cumulés dans les réseaux à la norme GSM ont par exemple été estimés à 70 milliards d’euros en Europe [GEO 01]. L’introduction de cette norme technologique y a en outre été à l’origine de la création de 445 000 emplois. Les technologies de transmission de signaux par voie radio ont en effet une incidence directe sur les modes de communication et de transfert d’informations entre les particuliers et au sein de l’entreprise, ainsi qu’entre les entreprises et leurs clients ou leurs fournisseurs. Comme l’ensemble des technologies d’information et de communication, elles peuvent être utilisées par les entreprises à des fins organisationnelles en interne ou dans les relations avec la clientèle. Ces technologies d’information et de communication amènent les activités traditionnelles à évoluer du
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fait de leurs applications de services. Elles ont eu notamment des effets sur des secteurs comme la finance, le commerce ou encore la santé. Elles entraînent en outre l’émergence de fournisseurs spécialisés dans ces technologies et suscitent des investissements de la part des entreprises pour s’implanter rapidement sur ces marchés apparaissant à fort potentiel de valeur ajoutée et de croissance [HAM 02]. L’activité des opérateurs de télécommunications étant encadrée par des autorités de régulation de la concurrence, ces investissements soulèvent par ailleurs des enjeux institutionnels pour déterminer le cadre le plus favorable à son développement, tant au niveau des prix auxquels les consommateurs pourront bénéficier des nouvelles technologies que selon des critères de qualité de service. La politique engagée par ces institutions va contraindre les conditions d’exercice de l’activité [SAM 01]. Les objectifs et moyens de la régulation s’adaptent néanmoins aux évolutions du marché et notamment aux perspectives issues des innovations technologiques affectant la filière. Les investissements des opérateurs dans les nouvelles technologies suscitent aussi l'intérêt des marchés financiers. Ceux-ci exercent un rôle considérable dans le développement de l’activité et le renforcement de sa croissance, tant par les crédits bancaires accordés que par l’apport en fonds propres dans le capital des entreprises. Lors des dernières années et en particulier de 1999 à 2002, les opérateurs ont ainsi atteint de hauts niveaux d’endettement pour financer les investissements nécessaires à l’exploitation des innovations technologiques. A l’occasion de l’introduction de la norme technologique de l’UMTS, ont été empruntés plus de 320 milliards pour l’ensemble des opérateurs européens. Les dettes d’opérateurs comme France Telecom et Deutsche Telekom ont atteint plus de soixante milliards d’euros fin 2002. Les mouvements de capitaux sur ces marchés financiers s’appuient sur l’évaluation de la viabilité des projets de développement des acteurs du secteur. Cette valorisation conditionne la disponibilité des capitaux et le rythme des investissements engagés. L’importance de ces enjeux requiert donc d’approfondir la compréhension des conditions de rentabilité de l’exploitation des nouvelles technologies. Deux perspectives de recherche peuvent être distinguées. La première s’appuie sur des études empiriques soulignant des régularités statistiques qui se manifestent dans les activités économiques. Ainsi, la fréquence et la nature des innovations, qu’elles soient par exemple de produits ou de processus, ou qu’elles comportent différents degrés de rupture, tout comme les caractéristiques des firmes innovantes (taille, ancienneté, mode d’organisation), peuvent être rattachées au type d’environnement où les innovations sont introduites. L’introduction des innovations a notamment été liée aux évolutions de la demande [SCH 66], au cycle de vie de l’activité [ABE 78] [GOR 82] [KLE 96] ou aux caractéristiques productives du secteur selon la taille du marché et le contenu technologique de l’offre [PAV 84]. L’introduction de l’innovation a aussi été liée à la concurrence, qui se trouve alors
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évaluée par le nombre de producteurs et leur taille relative [PHI 71] [KAM 82]. Ces observations empiriques permettent d’en déduire des tendances ou des faits stylisés. Une perspective de recherche complémentaire consiste à recourir à des modélisations qui vont mettre en évidence des effets d’enchaînements fondés sur différents liens de causalité appliqués à un état ou à une situation donnée. Ces modèles peuvent être résolus par des calculs analytiques pour déterminer les comportements et les politiques optimales pour les entreprises ou pour une collectivité. Les modèles de Loury ou de Fudenberg et al. déterminent par exemple comment les firmes investissent en recherche et développement selon l’espérance de découvrir une innovation et selon la menace que leurs concurrents ne la découvrent avant eux [LOU 79] [FUD 83]. Des modélisations peuvent aussi être utilisées pour réaliser des simulations qui permettront d’observer différentes configurations de marché. Les configurations obtenues vont varier selon les processus d’évolutions considérés et les caractéristiques de l’environnement. Le modèle de Nelson et Winter relève ainsi différentes trajectoires aboutissant à des structures de marché variables selon le rythme d’évolution technologique et selon les comportements d’investissement et d’aversion au risque des entreprises [NEL 82]. Le présent ouvrage s'inscrit conjointement dans ces deux types de recherche. Nous réalisons en effet l’examen approfondi d’un secteur d’activité en relevant le type d’innovations qui y sont introduites, les incitations des firmes à les exploiter et les comportements qu’elles manifestent sur les marchés. Nous engageons ensuite des modélisations pour étudier plus précisément certaines stratégies d’entreprises dans des configurations issues de notre étude sectorielle. Dans la recherche appliquée à la téléphonie mobile, l’incidence de l’introduction des innovations technologiques apparaît peu étudiée en partie du fait du caractère relativement jeune de cette activité. Récemment, l'arrivée de la norme technologique constituée par l’UMTS a suscité des travaux qui analysent les critères d'attribution des nouvelles licences par la régulation, notamment par l'étude des procédures d'enchères [CUR 00] [CRE 00]. D'autres recherches exposent les conditions d'émergence des standards en présentant les relations de coopération entre les équipementiers au sein des institutions de normalisation [FUN 01] [GLI 01]. Relativement à ces recherches, nous concentrerons notre analyse sur la situation des opérateurs de réseaux en présence de l’introduction d’une innovation technologique. Certaines études, plus proches de cette optique de recherche, ont évalué la rentabilité de l’implantation d'un opérateur de télécommunications sur un nouveau marché en analysant les profits associés à l’exploitation de l’UMTS [GRU 00] [DID 02] [POU 02]. Leur approche se fonde néanmoins sur des prévisions exogènes en considérant différents scenarii d’évolution. La diffusion de la nouvelle technologie comme les revenus qu’elle permet de générer ne dépendent pas des stratégies engagées par les opérateurs.
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