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Citoyenneté et démocratie

De
116 pages
La citoyenneté, dans le monde gréco-romain, a de multiples sens, allant du cosmopolitisme (Diogène) aux lois d'Athènes (Socrate). La démocratie, née en Grèce, se métamorphosera jusqu'à s'imposer comme une évidence politique (Tocqueville). Mais depuis le XIXè siècle, ce modèle montre ses limites avec la globalisation. Elle se transforme sans cesse, avec la montée des populismes, le rejet des élites et des partis politiques. Soulignant de nouveaux enjeux contemporains, les nouvelles revendications citoyennes vont-elles bouleverser la démocratie actuelle ?
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CITOYENNETÉ ET DÉMOCRATIE
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Citoyenneté et démocratie
Philippe Fleury Citoyenneté et démocratie
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« Georg Lukács, Ernst Bloch et l’expressionnisme », La Pensée, n° 284, nov.-déc. 1992.
« Dialectique négative et hégélianisme », La Pensée, n° 293, mai-juin 1993.
« Horkheimer et la philosophie de l’histoire », La Pensée, n° 298, avril-mai-juin 1994.
« L’ange comme figure messianique dans la philosophie de l’histoire de Walter Benjamin », ème Archives de sciences sociales des religionsannée,, n° 78, 37 avril-juin 1992.
« Lumières et traditions, Jürgen Habermas face à Hans-Georg Gadamer », Philosophie, Institut catholique de Paris, Comprendre et interpréter, éditions Beauchesne, 1993.
Hegel et l’Ecole de Francfort, L’Harmattan, Ouverture philosophique, 2015.
Philosophie de l’histoire et cosmopolitisme, L’Harmattan, Ouverture philosophique, 2015.
Nicolas de Cues et Giordano Bruno, philosophes de la Renaissance, L’Harmattan, Ouverture philosophique, 2016.
Figures du gnosticisme, L’Harmattan, Ouverture philosophique, 2016.
Désenchantement et mondialisation, L’Harmattan, Ouverture philosophique, 2016.
© L’HARMATTAN, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12378-3 EAN : 9782343123783
Démocratie, citoyenneté et philosophie La démocratie et la citoyenneté évoquent beaucoup plus qu’une forme de gouvernement ou l’engagement politique. C’est aujourd’hui une manière de vivre, une philosophie implicite et pour certains, cela tient presque lieu de spiritualité ou de religion. La démocratie, par exemple, transcende sa propre réalité, portée qu’elle est par un idéal, l’espérance d’un monde meilleur. Elle est le produit inextricable de réalités, de croyances, ce qui a pour effet de l’animer, de la transformer. Démocratie et citoyenneté peuvent faire l’objet d’une étude historique, sociologique, économique, psychologique et philosophique sans que le sens en soit épuisé. A la fois idéal régulateur et constitutif, à l’œuvre effectivement dans de plus en plus de pays, elle paraît aussi à l’horizon de l’évolution dans de nombreuses contrées. Son idéal, son modèle, ne sont pas forcément généralisables, tout au moins à court terme, mais elle reste, pour une majorité d’entre nous, la meilleure possibilité de vivre ensemble, plus exactement pour mieux vivre ensemble au sens aristotélicien. Ne serait-ce pas notre ultime vocation ? l’homme apparaissant animal civique ou animal politique par excellence. Qu’elle est la place du lien entre citoyenneté et démocratie ? On parle tout autant du mouvement des citoyens, de la citoyenneté administrative, du citoyen post-national, du citoyen devenu consommateur, de l’entreprise citoyenne, de la citoyenneté sociale, ou de l’éco-citoyenneté. Tout ceci marque l’appartenance à de multiples collectivités. La citoyenneté est donc devenue un concept abstrait et flou, proche de celui de nationalité, renvoyant à celui de participation ou d’intégration. En langage courant, citoyenneté et nationalité se superposent.
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Déjà sous l’Ancien Régime, citoyen et régnicole, c’est-à-dire l’habitant d’un royaume, étaient confondus. L’avènement des Etats-nations renforce cette confusion entre citoyenneté et nationalité. Au sein des Etats-nations, être citoyen signifie être titulaire d’une parcelle de souveraineté. Cependant, les juifs et les protestants, bien que nationaux, ne devinrent citoyens qu’en 1789 par décret. La Constitution de 1791 distinguera la citoyenneté active et passive, dans le sillage de Siéyès. Si le citoyen passif est membre de la société, le citoyen actif est admis à exercer des droits politiques, les étrangers n’étant que citoyens passifs. L’ère napoléonienne consacrera la distinction entre citoyenneté et nationalité dans le droit colonial : le sénatus-consulte de 1865 inspirera le droit colonial jusqu’en 1946. Ainsi, les indigènes étaient français, nationaux, mais pas citoyens. Le Traité de Maastricht, entré en vigueur en novembre 1993, instaure la citoyenneté européenne. Il prolonge le Traité de Rome, reconnaissant la liberté de circulation et d’établissement, liberté de traitement et de travail, dans la sphère économique. Au-delà, la citoyenneté européenne implique le droit de vote et d’éligibilité, la protection diplomatique et consulaire, le droit de pétition et celui de porter des plaintes auprès du médiateur.
Force est de constater cependant que la citoyenneté est en crise. La crise du civisme, de la participation politique, des appartenances, associée aux défauts des institutions, à la carence de l’insertion, à la marginalité, à la ghettoïsation, aux pertes de repères, laisse apparaître une décomposition des liens sociaux. La crise du civisme se double d’une crise de l’Etat. La souveraineté est mise en échec, la territorialité incertaine, l’universalisation douteuse et les réinvestissements communautaires s’amplifient.
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L’exemple grec L’Antiquité ne nous a pas légué de traité sur la démocratie. On l’identifie toutefois à l’idéal athénien, défini par Périclès lorsqu’il prononce l’oraison funèbre des guerriers morts pendant la première année de la guerre du Péloponnèse. Ce discours est rapporté par Thucydide au livre II de l’Histoirede la guerre du Péloponnèse. Périclès incarne la plus célèbre illustration de l’homme politique démocrate, tant par ses qualités d’homme d’action que d’homme de parole. L’épitaphe, ou l’éloge des guerriers qu’il prononce, se transforme en une célébration ou glorification d’Athènes. La démocratie, au sens où l’entend Périclès, est originale, propre à Athènes et peut servir de modèle à d’autres cités. Elle se caractérise par la souveraineté de la multitude. Cette souveraineté repose sur deux principes fondamentaux : l’égalité des lois - l’isonomieet la liberté d’opinion - l’ - iségorie. Il y a d’abord égalité civile et politique : les lois s’appliquent à tous. Les citoyens sont égaux dans la solution des différends, dans l’obtention des honneurs, due au mérite et non à l’origine de classe. La participation aux affaires publiques est ouverte à tous, y compris aux travailleurs manuels. Cette participation n’est pas uniquement un droit mais c’est aussi un devoir. Il n’y a donc plus ici de distinction permanente entre les gouvernants et les gouvernés. Tels sont les caractères de l’isonomie. L’isénomieest complétée par l’iségorie, ou encore le droit égal de parler à l’assemblée. Ce modèle favorise bien sûr l’éloquence et nous pouvons l’opposer au laconisme spartiate, présent à Lacédémone. Le modèle démocratique athénien valorise la délibération d’ordre oral. A ceci, il faut ajouter la fraternité entre citoyens, la tolérance et la
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