Conversion et souverain bien chez Blaise Pascal

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Montrer que le rapport de la conversion au Souverain Bien chez Pascal nous invite à ausculter philosophiquement la notion d'émotion : c'est ce que Jean-Louis Bischoff entend montrer dans la présente étude. L'enjeu de son enquête est clair : il entend affoler et subvertir l'approche commune du mot « émotion ». Pour mener à bien son projet, l'auteur mobilise les lumières de philosophes comme Marion, Levinas, Ricoeur, Greisch ou Romano.
Publié le : dimanche 1 juillet 2012
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EAN13 : 9782296499171
Nombre de pages : 204
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CONVERSION ET SOUVERAIN BIEN CHEZ BLAISE PASCAL
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Jordi COROMINAS, Joan Albert VICENS,Zubiri. La Xavier solitude sonore (1898-1931), 2012. Daniel NOUMBISSIÉ TCHAMO, Justice distributive ou solidarité à l’échelle globale ? John Rawls et Thomas Pogge, 2012. Stéphane VINOLO,: la philosophie commeClément Rosset anti-ontologie, 2012. Roger TEXIER,Descartes, la nature et l’infini, 2012. Dominique CHATEAU,Dialectique et antinomie ? Comment penser, 2012. Jean-Paul CHARRIER,Une étrange modernité, 2012.Jean-Thierry NANGA-ESSOMBA,La philosophie de l’altérité d’Emmanuel Levinas,2012. Martine PELLETIER,Marshall McLuhan. De la médianomie vers l’autonomie, 2012. Hans COVA,De la question stratégique en philosophie politique. Essais sur la politique, la culture, l’écologie, 2012. José CUPIDO,Metaphysica theoria, 4 tomes, 2012.Olivier CAULY,Mise en scène(s) de la répétition, 2012.Leyla MANSOUR,Corps de guerre. Poétique de la rupture, 2012. Benjamin RIADO,Le Je-ne-sais-quoi. Aux sources d’une théorie esthétique au XVIIe siècle, 2012. Patrick KABAKDJIAN,La pensée en souffrance, 2012.
Jean-Louis Bischoff CONVERSION ETSOUVERAIN BIEN CHEZ BLAISE PASCAL
Du même auteur
Aux éditions L’Harmattan Dialectique de la misère et de la grandeur chez Blaise Pascal(coll. Ouverture Philosophique, 2001) Tissu, voile et vêtement(coll. Religions et Spiritualité, sous la dir. de Daniel Faivre, 2007). Tribus musicales, spiritualité et fait religieux – enquête sur les mouvances rock, punk, skinhead, gothique, hardcore, techno, hip-hop(coll. Univers Musical, 2007), Les spécificités de l’humanisme pascalien(coll. Ouverture philosophique, 2010) Lisbeth Salander, une icône de l’en-bas, (coll. Ouverture Philosophique, 2011).
© L'Harmattan, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99327-3 EAN:9782296993273
À mon père.
Remerciements et avant-propos Approfondir notre dialogue philosophique avec Pascal : c’est l’objet de notre présent travail. Il fait en effet suite à trois publications sur Blaise Pascal. La première qui prolongeait une thèse dirigée par Jean-Robert Armogathe (soutenue à l’École Pratique des Hautes Études le 12 novembre 1998) était un ouvrage intituléDialectique de la misère et de la grandeur chez Blaise Pascal; il visait à détruire l’image d’un Pascal triste, janséniste et politiquement conservateur. La seconde était une enquête – « L’érotisme du Dieu pascalien » – insérée dans un ouvrage collectif,Tissu, voile et vêtement. Il voulait montrer que le projet pascalien gagnait en intelligibilité s’il était rapporté à des catégories (les notions d’érotisme et de caresse lévinasienne) forgées par la philosophie contemporaine. La troisième, quant à elle entendait faire surgir l’éthos de l’humanisme pascalien. Notre présent travail, situé à la confluence de nos précédents chantiers, souhaite donc prolonger notre exploration du continent pascalien. Une précision s’impose toutefois : notre étude reprend également des cours donnés pendant l’année universitaire 2009-2010 à des étudiants en Master en sciences de l’éducation (Centre universitaire Catholique de Bourgogne – CUCDB). Mes remerciements vont en conséquence d’abord au professeur René Nouailhat qui m’a accueilli au sein du CUCDB. Il sait mieux que moi ce que je lui dois. Ils vont ensuite à Boris Noyet, qui s’est chargé de la tâche ingrate de la relecture et de la mise en page. Ils s’adressent enfin et surtout à Blaise Pascal.
INTRODUCTIONMontrer que le rapport de la conversion au Souverain Bien chez Pascal nous invite à ausculter philosophiquement la notion d’émotion : c’est le but de notre présent chantier. D’où nous premières explications visant à définir, globalement et provisoirement, les catégories de conversion, de Souverain Bien et d’émotion. Première approche de l’usage pascalien du mot conversion Le mot latinconversio, qui traduit le terme grecépistrophé, désigne d'abord l'acte physique de revenir sur ses pas. C’est seulement ensuite qu’il fera signe vers un changement d'attitude au profit des valeurs ancestrales. Dans ces conjectures, le mot noue alors des liens insécables avec le champ lexical du retour. Fort de cette très brève enquête étymologique, on dira alors, globalement et provisoirement, que c’est dans le sens d’un changement radical (retournement), entendu au sens de transformation ontologique et continuée (changement de rationalité, de sensibilité, de volonté et de praxis), qu’il convient de se rapporter primordialement à l’usage pascalien du mot conversion. En précisant un peu notre première approche, on ajoutera qu’en bon héritier de la pensée judaïque, Pascal utilise le terme au sens de l’hébreushub, qui signifie « rencontre de l’homme et Dieu ». En ce lieu de notre introduction, une précision s’impose toutefois : en réalité, dans lesPensées, Pascal utilise assez peu la catégorie de conversion ; nous trouvons en effet seulement neuf occurrences du terme, ce qui est assez peu si l’on en juge par la liste exhaustive des dix premiers (douze avec les pluriels) substantifs de la table de fréquence, fournie par la concordance de H. Davidson et H. Dubé : Dieu (687 occurrences), homme(s) (344 et 251), chose(s) (163 + 207), nature (218), raison (218), vérité (204), monde (194), miracles (174), peuple (166). Reste alors à se demander ce que nous apporte une lecture cursive des neuf occurrences ;a priori, rien de bien surprenant ; en effet, dans les fragments où il apparaît, le terme est d’abord associé cinq
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fois au Christ présenté comme médiateur ou Messie « la conversion véritable consiste à reconnaître qu’on ne peut rien sans lui [Dieu] […] et à reconnaître qu’il y a une opposition invincible entre Dieu et nous et que sans un médiateur [Le 1 Christ] il ne peut y avoir de commerce […] (378) », « la conversion [véritable] n’est due qu’à la grâce du messie » (447), « c’est mon affaire que ta conversion », fait-il dire au Christ dans le fragment baptisé « le mystère de Jésus » (919), « il était prédit que le messie convertirait les nations […] comment les nations se fussent-elles converties au messie […] » (180). La catégorie est ensuite intrinsèquement liée à un terme de dogmatique « Prophéties » (330), à l’Esprit de Dieu « le juste agit par foi dans les moindres choses. Quand il reprend ses serviteurs, il souhaite leur conversion par l’Esprit de Dieu » (947) à son action, « conversion des gentils » (489), à l’Église qui, pour Pascal, semblerait être en charge de « la conversion des hérétiques » (991). Dès lors, une première interrogation surgit immanquablement : au regard de son approche de la notion de conversion, Pascal serait-il à jeter dans 2 la sphère des dogmatico-traditionalistes ? Tel n’est absolument
1  Nos références renvoient auxŒuvres complètesPascal, coll. de « L’intégrale », éd. du Seuil, Paris, 1963 (texte établi et annoté par Louis Lafuma). Lorsqu’il s’agit desPensées, nous donnons le numéro du fragment ; lorsqu’il s’agit d’un autre texte, nous abrégeonsO. C., indiquons son titre et la pagination. 2 Notre objectif est très clair : nous souhaiterions montrer que, pour Pascal, la tradition n’est ni une science intellectuellement transmise, ni un dépôt confié aux scribes, ni un hypothétique âge d’or. En d’autres termes, nous aimerions faire apparaître la manière par laquelle Pascal a élaboré l’intelligence de la tradition, bref comment, il a, à sa manière propre, non pas reçu passivement, mais fait fructifier la charité, la grandeur véritable. En cette matière, la tradition hébraïque nous éclaire : Marc-Alain Ouaknin explique (in Invitation au Talmud, Flammarion, Paris, 2001, p. 73) : il y a deux types d’hommes qui transmettent la tradition. Le premier est simplement une mémoire du sens ; il transmet sans enrichir ladite tradition ; dans ce cas, la tradition entendue comme transmission d’undepositum; le second, lui, est reste lettre morte situé dans une fidélité créatrice ; il est bien plus qu’une mémoire. S’il reçoit le sens acquis, il ne se sent pas le droit de le retransmettre sans avoir préalablement apporté sonhiddouchqui, en hébreu, signifie innovation (ce personnelle). Notre étude visera, en conséquence, à faire saillir l’éthos de l’innovation personnelle pascalienne.
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