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Essai sur la sensibilité individualiste libertaire

De
188 pages
S'indigner contre Tout, contre Rien, selon certains. Ne céder à aucun compromis pour garder son moi intact. Refuser de tolérer le tolérable, pour ne pas légitimer socialement l'intolérable.
Résister au trop de réalité, pour se donner et se garder le droit de rêver. Ce livre veut réveiller la part de vie qui reste en vous. C'est pourquoi, je vous souhaite : Etre sans délai ou de n'Etre rien.
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Une physiologie réactive

Lysiane MORIAUX

Essai sur la sensibilité individualiste libertaire
Une physiologie réactive

Préface de Louis Marmoz

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

(Q L'Harmattan,

2004

ISBN: 2-7475-6259-X EAN : 9782747562591

«

n est admis

ici que tout l'organisme pense, que toutes les formations organiques participent au penser, au sentir, au vouloir, et, en conséquence, que le cerveau est seulement un énorme appareil de concentration ».

NIETZSCHE

Préface
Ceci n'est pas une préface, juste un avertissement. Car ce livre est sans doute dangereux! Illégitime la résistance et propose des sources à sa nécessité. Pourtant, « résister)}... Le mot paraît presque désuet. Ceux qui, en, France, ont connu la Résistance et peuvent s'en souvenir meurent. Les références sont rangées, la mémoire se fige. À un moment où le libéralisme le plus violent s'habille encore de démocratie et des voiles du choix col1ectif, il peut paraItre étonnant de présenter l'individu nécessairement porteur de révolution et donc de l'avenir commun. Le mouvement -ou l'état- actuel serait plutôt à l'acceptation généralisée, apparente, subie ou sans pudeur. Une acceptation qui est pauvreté, oubli du devoir de critique, lâcheté et peurs. Il est cependant déjà possible de faire le bilan des conquêtes du libéralisme moderne: une absence de politique et des conduites parcellaires et désordonnées. Ces conduites sont marquées par J'obsession de passer devant l'autre, coûte que coûte, en signe de survie, en parfait mépris de l'autre auquel on peut être aussi identifié. Mépris des autres parce qu'on les mesure à l'aune de son propre mépris de soi. Ces conduites sont marquées aussi par la croyance en la nécessité de l'alignement - avec des chefs de file qui pour garder leur place restent immobiles, coûter que coûte, sans se retourner. La subordination devient Je maître mot. Et la conformation un destin: le conformiste a trop peur de ses propres formes pour résister aux tensions extérieures; il se soumet à ce qu'il croit nécessaire, à ce qu'il se crée nécessaire, à ce que l'on lui crée nécessaire. Le désir de catéchiser de certains, le désir de faire des émules, sans puissance de reproduction, de mettre des êtres sous sa dépendance en pensant les créer, permet des apparences de survie intellectuelle.

I

Ces conduites sont également marquées par la manie de la collaboration, de l'assujettissement qui supposerait pour le moins d'avoir un sujet à dominer; mais l'assujettissement sans sujet devient l'oppression nue, sans bénéfice pour l'oppresseur puisque ce qu'il voulait exploiter est détruit. Et la sujétion détruit le sujet. Elles sont parfois argumentées au nom d'un entrisme qui n'est qu'auto hypocrisie: les praticiens de l'entrisme ont bien montré par leurs fonctionnements que ce qu'ils pensaient pénétrer et manipuler finalement les vampirise et les soumet. Vivre suppose donc de résister. Est-ce plus facile à certains, au nom de quelque gène sauvage? J'aimerais que non car, moralement, c'est à dire fonctionnellement, je tiens à la responsabilité du sujet, à sa volonté, donc à son existence. Il n'a que trop d'alibis pour se nier. L'important est pourtant bien que résister est vivre, que la chance des hommes est la liberté de chacun et que c'est la nécessité même de la rébellion qui est fondatrice... Alors les questions, « peut-on résister? rloit-on résister? » perdent tout sens; et seule demeure une question, «peut-on s'empêcher de résister ?», fondatrice d'analyse de ce que l'on vit et de visions pour le futur. Par cette question et la précision avec laquelle elle en traite, Lysiane Moriaux nous aide à le construire.

Louis Marmoz Professeur des Universités.

n

Avant

- propos

Je ne connaissais pas Georges Palante. Néamnoins, j'ai eu l'immense privilège de le rencontrer à travers l'un de ses ouvrages: «La Sensibilité Individualiste». Instantanément, cette rencontre fortuite allait éclairer sous un nouveau jour ma réflexion sur la réactivité de J'individualiste libertaire. En effet, jusqu'à ce jour, je m'étais laborieusement fourvoyée sur les chemins de la pensée libertaire anarchiste, mais celle-ci ne correspondait pas à la sensibilité réactive que je cherchais à cen1er. En réalité, l'objet de mes préoccupations était l'individualisme Palantien et c'est à partir de cet ouvrage que j'ai essayé d'appréhender la particularité réactive du libertaire. Dans cet essai, je vais montrer que la sensibilité réactive libertaire se détermine uniquement contre une réalité sociale à laquelle elle ne veut et ne peut pas se plier. Que la dotation physiologique libertaire est socialement encombrante pour l'individu qui en hérite. Que cette sensibilité réactive provient d'une fonne de dérive génétique liée au hasard et qu'elle constitue la première forme de résistance que peut opposer le vivant à se reproduire de manière programmée. «L'homme ordinaire» défmit de manière négative la sensibilité réactive du libertaire car, elle s'oppose à la sensibilité sociale qui prime et s'exprime chez lui. Le libertaire se complait dans sa singularité physiologique. Il n'hésite pas à se réfugier dans le sentiment de sa différence et de son unicité quand sa nature réactive revendique un vif besoin d'indépendance d'esprit pour développer une pensée nomade que 7

l'ambulation favorise. D'ailleurs, qu'elle soit physique ou psychique son ambulation constitue une part Îlnportante de sa résistance à l'emprise sociale et l'esprit grégaire l'identifie rapidement comIne une forme active de rébellion individuelle. La voie de la révolte individuelle n'est pas très confortable pour l'individu qui l'emprunte, il y rencontre souvent la solitude et le doute. Néanmoins, même après y avoir séjourné longuement, il ne renie jamais son choix car elle demeure à jamais celle qui valait la peine d'être choisie. L'individualiste libertaire oppose toujours un esprit qui nie et défie la réalité sociale. Il désire s'affranchir de la conscience collective, dépasser l'esprit grégaire pour faire émerger la conscience individuelle. Son utopie créative rejette tout système de domination de l'individu. Cet éveilleur des consciences et des valeurs endonnies sait découvrir et sentir dans le présent les potentialités futures. Ce sujet vertigineux, posé sur les crêtes de son utopie créative refuse l'étroitesse du réel et du raisonnable. Sa physiologie particulière développe une angoisse vertigineuse à la mesure de son refus à accepter les choses telles qu'elles sont ou telles qu'on les lui présente. En effet, le libertaire n'abandonne jamais son droit de penser, de critiquer, de juger, de s'indigner et de s'engager au nom de ses valeurs. Quand il s'engage, personne ne peut venir s'immiscer dans ses décisions, c'est toujours une affaire entre lui et lui-même. En «organisation-limite », il évolue dans le monde philobatique de Balint, celui du vertige maîtrisé qui échappe à l'individu institutionnalisé. Son narcissisme biologique lui permet de développer une personnalité cyclonique. Mais, comme il semble difficile de séparer les forces cycloniques des forces chaotiques, l'individualiste libertaire apparaît aussi comme un système dynamique chaotique au sein duquel de petites causes ont la particularité de provoquer des effets d'une puissance et d'une ampleur imprévisibles. Le libertaire en homme « bionomique » veut organiser seul sa puissance. C'est pourquoi, il contraste étonnamment des hommes «biomimétiques» avec lesquels il ne veut surtout rien avoir à faire. Dans sa manière d'être au monde, le libertaire privilégie « l'intuition de l'instant », préserve le côté animal qui sommeille 8

en lui et bannit de sa vie toutes formes de répétition. Il désire que son rythme individuel soit sauvage et endiablé. Et, pour rester vivant, il n'hésite pas à faire de «l'expérience intérieure », une expérience personnelle enrichissante. Cet homme poétiquement déraisonnable promène sur le monde son regard transdisciplinaire et sa raison sensible sert d'expression à sa personnalité dynamique et chaotique. Il refuse toutes formes d'éducation, se forge ses propres valeurs et ne donne à personne le droit de lui en inculquer de nouvelles au nom de la citoyenneté ou de je ne sais quoi encore. Sa réflexion organique commence lorsque les choses ne vont plus de soi. Au moment, où, ce qui est évident pour tout le monde ne l'est plus pour lui. Il pense qu'il existe au monde autant de personnalités que de personnes, il veut libérer en chaque individu ce qui peut l'empêcher de s'épanouir selon sa propre singularité et sa propre nature. Pour cela, il préconise de lutter constamment contre le milieu social pour le dépasser, s'en affranchir, et secouer les influences grégaires qui peuvent venir ternir l'originalité première de J'individu. En conséquence, il s'insurge constamment contre le rôle prioritaire de l'éducation qui fait disparaître la part de nature sauvage qui subsiste au sein de l'individu. Le corps physiologique du libertaire produit la substance de son tempérament, de son caractère et de sa sensibilité individualiste libertaire. Sa pensée organique est directement liée à la quantité d'énergie vitale qu'il possède, imprévisible elle refuse de juger moralement tout comportement. Elle croit que l'individu ne peut réussir à s'émanciper de la civilisation qu'en donnant la prépondérance à ses passions et qu'en respectant toutes les aptitudes humaines. Mais surtout, elle prône l'appel à la jouissance, à la culture de l'imaginaire et ne parvient pas à se reconnaître dans la pensée d'une société où dominent les sentiments de frustration et d'hypocrisie. En un mot, cette pensée tout organique représente une belle forme d'utopie existentielle qui revendique la primauté du principe de plaisir et refuse le principe de réalité. Pour cela, respectons-la!

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l

Une physiologie réactive.

1- Un essentialisme de la résistance.
« En biologie, on ne peut pas dire que ça n'existe pas »1. La recherche en génétique du comportement essaie de répondre, d'une certaine façon, au besoin d'attribuer une origine rationnelle et précise aux comportements individuels. Aujourd'hui, certains travaux pennettent d'isoler des gènes liés à des particularités psychopathologiques et ils autorisent à penser que 2 à la racine en intervenant l'on peut éradiquer le «mal» directement sur l'agent perturbateur: le mauvais gène. «Récemment, une association a été lnise en évidence entre un marqueur d'ADN et la personnalité, ce qui est un début dans l'isolement des gènes liés à des particularités psychologiques» 3. Ces différentes recherches sur les gènes prennent en compte plusieurs aspects du comportement comme les mécanismes nerveux, les aspects psychologiques, physiologiques et génétiques. Elles devraient se regrouper autour d'une réflexion pluridisciplinaire globalisante qui porterait sur l'ensemble des résultats de ces recherches. Néanmoins, on peut se demander si
1 Rouger , 1999. 2 Mal: pathologie. 3 Plomin, Defries, Me Clearn, Rutter, 1999, p.287.

Il

nous ne sommes pas sitnplelnent face à une recherche plurielle, spécialisée et sectorisée qui rationalise, isole, réduit les phénolnènes pour les expliquer. De cette façon, morceler, réduire, J'individu pour en appréhender le comportement, semble être à la base des programlnes de recherche choisis par les chercheurs ou imposés par l'institution. Ces différentes études posent directement l'importance de l'influence de l'héritabilité sur le comportement individuel, et nous font voir sous un jour nouveau le rôle que lui accorde l'environnement. Certes, ces recherches nient le côté déterministe de leurs résultats en exprimant que l'héritabilité n'est pas synonyme de déterminisme génétique. Pourtant, elles renforcent l'importance de l'influence biologique sur le comportement individuel et enferment l'individu dans sa fatalité biologique. L'environnement, relégué à un rôle d'accessoire, ne peut plus intervenir de manière efficace pour compenser le poids de l'héritabilité. Cette représentation d'un déterminisme biologique est commode pour le « social »4. Aujourd'hui, grâce aux résultats de ces recherches, l'individu naît délinquant, il ne le devient plus à cause d'un environnement social défavorable. La délinquance des banlieues peut être due à un mauvais gène, ainsi, on passe d'une tare sociale à une tare familiale. Cette manœuvre permet à l'institution de se tirer d'une situation sociale qu'elle ne sait pas gérer. Le mauvais gène déculpabilise le social en accablant l'individu qui se trouve attaqué dans son être et dans sa transmission de la vie. C'est l'individu seul et sa lignée qui sont responsables de cette tare socialement identifiée. De cette façon, le social en culpabilisant l'individu dans son origine lui enlève toute forme de résistance. La tare sociale devient un péché que l'individu porte en lui et que le social doit racheter pour lui. Un génie génétique peut-il venir troubler la masse des «adorateurs du social» en s'insérant de façon fortuite chez certains individus? Ce génie génétique a-t-il une importance dans la constitution de la différence interindividuelle? N'y a-t-il qu'une seule forme de génie génétique? Nous répondrons à ces questions en disant qu'il existe deux formes de génie génétique. Le bon génie génétique qui

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Social: ensemble des institutions. 12

provient de « l'ordre organique »5, et le mauvais génie qui sort de l'éprouvette du chercheur. Néanmoins, ces deux génies ont la capacité commune d'activer un gène muet, « d'éliminer un gène ou d'en insérer un nouveau qui modifiera grandement le développement de ce caractère» 6.Le chercheur peut se substituer à l'ordre organique, activer, éliminer un gène ou en insérer un nouveau pour modifier, voir normaliser le comportement de l'individu. À partir de la notion de génie génétique, toute extrapolation intellectuelle s'avère possible. Alors, pourquoi ne pas imaginer que « l'ordre organique» puisse, à partir de sa résistance biologique à reproduire le même, activer un gène muet, le « gène sauvage »7 lié à des particularités psychologiques? Un gène qui contribuera largement à la différence interindividuelle en augmentant la capacité de résistance de l'individu qui en hérite. Le génie génétique de l'ordre organique insère grâce au gène sauvage, dans le génotype de certains individus, un potentiel énergétique réactif. Et, si cette sensibilité réactive trouve un environnement chaotique propice, elle pouITa laisser s'exprimer le phénotype particulier de la « sensibilité individualiste» 8, celui du caractère révolté. Ainsi, grâce à la présence du gène sauvage et de sa rencontre fortuite avec« l'ADN égoïste »9, il s'inscrit dans le patrimoine génétique de certains individus une énergie réactive singulière. Lors de cette réflexion, j'identifie le gêne sauvage au gène du refus qui donne à «l'individualiste })lOla capacité de
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Ordre organique: organisation biologique constituée de manière que son organisation trouve son impulsion à partir d'elle-même, rassemble et exprime à sa manière et établit une conjonction nouvelle avec des éléments du passé. Maffesoli, 1996, p.85. 6 Plomin, Defries, Mc Cleam, Rutter, 1999, p.27. 7 Gène sauvage: un gène peut exister soit sous sa forme normale la plus fréquente, ou sous la seule forme rencontrée dans une population: c'est le gène sauvage. . Rouger, p.230. 8 Sensibilité individualiste: sensibilité réactive. 9 ADN égoïste: segment d'ADN sans signification phénotypique évidente. 10 Individualiste: individu doté de la « sensibilité individualiste» au sens que lui donne Georges Palante. 13

s'éloigner «des paroles d'Evangile» donc, de se révolter. Cependant, la raison, dans sa lenteur, ne peut plus suivre l'esprit qui se révolte. Aussi, l'individu raisonnable dans sa lenteur prudente s'acharnera à faire disparaître Ja « sensibilité individualiste» chez l'homme du refus et de J'insoumission. L'homme domestiqué, l'homme raisonnable craint cette sensibilité réactive particulière qui se moque du temps, de la raison, et qui permet à l'individualiste de se tourner vers sa nature première, sa seule vérité pour en extraire tout ce qu'elle charrie de culture fossilisée. Cependant, la vraie transformation de l'individu dépasse la loi, la richesse et le gouvernement. Il doit savoir à un moment dépasser ses limites, et se décider à choisir une fois pour toutes, entre vivre ou survivre. Ce jour-là, il ne doit plus préférer faire ceci ou cela, mais choisir. «Un sentiment très fort fait croire à la possibilité du choix: celui que l'on éprouve quand on est mis en face d'une alternative, lorsque la duplicité des termes doit se changer en un seul terme, en un Absolu; réduction nécessaire par suite de la limitation de l'espace et du temps. Les possibles, à mesure qu'on avance dans le temps, deviennent de plus en plus rares, l'esprit se sent, de plus en plus serré entre eux. Il faut . 11 "', pourtan t opter, et par la meme s appauvrIT» . L'individu qui hérite du gène sauvage détient l'énergie libertaire qui lui donne le courage d'abandonner les valeurs existantes pour celles qu'il se forge lui-même à partir de son indignation. L'indignation qui l'anime est un sentiment qui le pousse un jour à dire face à une situation qu'il juge intolérable: « À partir d'aujourd'hui, c'est [mi, je ne supporterai plus jamais cela! » Cependant, il existe une autre fonne d'indignation, l'indignation banale, celle qui fait dire à l'individu, les fesses bien calées devant son poste de télévision: «Aux chiottes l'arbitre! » L'indignation commune n'a pas la capacité de mettre l'individu en mouvement. Simplement, elle lui donne bonne conscience devant une situation qui dérange son confort. L'indignation libertaire est celle du refus. Elle va plus loin dans l'insupporté, dans l'intoléré et pousse à refuser le tolérable. Le tolérable, parlons-en! Il façonne le tissu des rapports humains
11 Grenier, 1941, p.114. 14

et COITOlnptl'individu dès qu'il le reconnaît carnIne valeur d'échange. Indéfinissable par excellence, on ne sait pas où il prend sa source ni COlTIlTIent entraîne l'individu dans sa logique. il L'acceptation du tolérable entraîne l'individu à plus ou 1110inslong tenlle vers sa déchéance Inorale. De tolérable en tolérable, il en arrive tout simplelnent à normaliser l'intolérable. L'indignation du refus du libertaire fait du tolérable une monnaie de singe. Elle gronde au plus profond de son âme comme un tonnerre, COlnlneune rage sourde et lnuette qui attend son heure pour éclater. Que faut-il pour qu'éclate cette énergie réactive du refus alnassée chez l'individualiste? Peut être simplement un déclencheur, un choc émotionnel intense: l'expérience fondatrice existentielle. Selon Michel Onfray, «l'expérience fondatrice existentielle» 12 est indispensable pour tremper le caractère de l'individu. Il faut que l'individu subisse un choc émotionnel intense dans ses plus jeunes années, pour que s'imprime dans sa chair et s'enracine en lui pour toute sa vie un caractère qualifié de résistant. À partir de cette «expérience fondatrice existentielle », pour l'individualiste libertaire, c'est une question vitale de mener un combat durable, détenniné, et sans merci contre toutes les tentatives d'aliénation du Moi. Faut-il que cet éprouvé s'imprime dans la chair pour que se grave chez l'individualiste un message que nulle parole ne peut apprendre? Résister! La réactivité de l'individualiste libertaire est comme un burin qui grave dans sa chair trop sensible les tables de sa loi et de son intolérable. Dès que sa chair est marquée, l'indignation lui fait voir les situations en dépersonnalisant les acteurs. À ce moment, là, il ne s'indigne plus contre tel ou tel individu, il s'indigne contre la situation dans ce qu'elle a d'injuste et d'intolérable. Cette capacité à identifier certaines situations comme des situations intolérables est impérative pour que le sentiment d'indignation puisse éclater. L'indignation impose donc une réaction envers et contre ce qui se passe. Alors, des impossibilités ignorées apparaissent et attestent de la force de l'indignation.
12 Expérience fondatrice existentielle: choc émotionnel intense ressenti chez l'individu dans ses jeunes années. 15

L'indignation du refus prend corps chez l'individualiste libertaire quand un tiers, connu de lui ou non, se trouve lésé. À ce titre, l'indignation est certainement l'affect de l'intolérable! Et, dans ces conditions, s'indigner, résister pour insupporter le supportable, signifie pour l'individu insurgé de livrer un combat au quotidien contre toute tentative d'aliénation du Moi. La résistance de l'individualiste libertaire est tout entière « affectuelle ». Elle est acte, conduite et geste. Son indignation est le fait qui le mobilise, le met en action, un fer rougi à blanc qui grave dans son corps l'empreinte de l'âme pour que sa mémoire du corps et celle de son âme ne forment plus qu'un et laissent s'exprimer son « génie colérique» 13.Colère indignée et invincible que l'individualiste destine au monde entier dès qu'il se complaît dans sa fatalité en matière d'injustice. Colère assimilable à un coup de foudre qui attend la faculté de pulvériser, de détruire, de casser en deux les institutions. Colère physiologique issue de l'ordre organique qui prend sa source dans la pensée d'un corps qui se souvient. Colère de « la raison sensible »14qui permet au libertaire de passer de la sensation à la perception. Mais surtout, principe actif qui juge et permet de percevoir les situations en les évaluant et en y introduisant une valeur personnelle. C'est à partir de ce principe actif que le libertaire se construit ses propres valeurs. Et, « si l'homme alors ne veut pas périr dans les nœuds qui l'étouffent, il lui faudra les trancher d'un coup, et créer ses propres valeurs »15.Ici, parler de valeur, ce n'est plus désigner la représentation fausse ou exacte d'un devoir. C'est approuver et condamner des pratiques jugées bonnes et la condamnation de celles jugées mauvaises. Ainsi, ces références, « bonnes» ou « mauvaises », formeront l'expérience historique de l'individu et c'est à partir de ce filtre des valeurs qu'il accédera à la réalité. La mémoire indignée de son corps qui se souvient fera qu'il y aura d'autres souvenirs, d'autres rages enfouies au plus profond
Génie colérique: colère indignée, invincible de J'individualiste qu'il destine au monde entier dès qu'il se complaît dans sa fatalité en matière d'injustice. 14 Raison sensible: pensée qui est réconciliée avec la vie, savoir dionysien, pensée audacieuse qui dépasse les limites du rationalisme. Maffesoli, 1996, p.62.
15 Camus, 1951, p.98.

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