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Essai sur les passions

De
214 pages
Publié en 1907, cet ouvrage complète l'étude positive de la vie affective que Ribot avait commencé à nous donner dans ses précédents ouvrages. Il a pour objet de fixer avec toute la précision possible les caractères propres aux passions, de retracer leur généalogie, de rechercher pourquoi et comment elles finissent.
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ESSAI SUR LES PASSIONS

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas
La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXc siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Dernières parutions Pierre JANET, L'évolution de la mémoire et la notion du temps, 2006. William JAMES, Les émotions (Œuvres choisies I) (1884-1894),2006. William JAMES, Abrégé de psychologie (1892),2006. F. J. GALL, Les fonctions du cerveau (vol. 2, 1822),2006. F. J. GALL, Les fonctions du cerveau (vol. 3, 1823),2006. John Stuart MILL, La psychologie et les sciences morales (1843),2006. A. BINET, Introduction à la psychologie expérimentale (1894),2006. Dugald STEW ART, Esquisses de philosophie morale (1793),2006. Joseph DELBOEUF, Etude critique de la psychophysique (1883),2006. Th. FLOURNOY, Etude sur un cas de somnambulisme (1900),2006. A. GARNIER, Précis d'un cours de psychologie (I 83 1),2006. A. GARNIER, La psychologie et la phrénologie comparées (1839),2006. A. JACQUES, Psychologie (1846), 2006. G. J. ROMANES, L'évolution mentale chez l'homme (1888), 2006. F. J. GALL, & G. SPURZHEIM, Des dispositions innées (181 I), 2006. Th. RIBOT, L'évolution des idées générales (1897),2006. Ch. BONNET, Essai analytique sur les facultés de l'âme (1760),2006. Bernard PEREZ, L'enfant de trois à sept ans (1886), 2007. Hippolyte BERNHEIM, L'hypnotisme et la suggestion (1897), 2007. Pierre JANET, La pensée intérieure et ses troubles (1826),2007. Pierre LEROUX, Réfutation de l'éclectisme (1839), 2007. Adolphe GARNIER, Critique de la philosophie de Th. Reid (I 840),2007. Adolphe GARNIER, Traité des facultés de l'âme (I 852) (3 vol.), 2007. Pierre JANET, les médications psychologiques (I 919) (3 voL), 2007. J.-Ph. DAMIRON, Essai sur l'histoire de la philosophie (I 828),2007. Henry BEAUNIS, Le somnambulisme provoqué (1886),2007. Joseph TISSOT, Théodore Jouffroy, fondateur de la psychologie, 2007. Pierre JANET, Névroses et idées fixes (vol. l, 1898),2007. RAYMOND, & P. JANET, Névroses et idées fixes (vol. II, 1898),2007.

Théodule RIBOT

ESSAI SUR LES PASSIONS
(1907)

Introduction de Serge NICOLAS

L'HARMATTAN

@ L'HARMATTAN,2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fi harmattan 1(a)wanadoo.fi

ISBN: 978-2-296-03370-2 EAN: 9782296033702

INTRODUCTION Essai sur les passions (1907)1

Ajouté à ceux que Théodule Ribot2 (1839-1916) a précédemment publiés sur la Psychologie des sentiments3 (1896) et sur la Logique des sentiments4 (1905), l'ouvrage intitulé Essai sur les passions (1907) complète l'étude positive de la vie affective qu'ils avaient commencé de nous donner. Il a pour objet: 1° de fixer avec toute la précision possible les caractères propres aux passions et les éléments qui les constituent (chap. I) ; 2° de retracer leur généalogie, en les rattachant aux tendances primitives dont elles sont issues et de montrer par queUes changeantes combinaisons s'expliquent leurs variétés (chap. II et 1lI) ; 3° de rechercher pourquoi et comment elles finissent (chap. IV). Dans le premier chapitre (pp. 1-44) intitulé Qu'est-ce qu'une passion? Ribot rappelle la distinction qu'établissait Kant entre l'émotion et la passion. "L'émotion, peut-on lire dans l'Anthropologie, liv. III, agit comme une eau qui rompt sa digue, la passion comme un torrent qui creuse de plus en plus profondément son lit. L'émotion est comme une ivresse qu'on cuve; la passion comme une maladie qui résulte d'une constitution viciée ou d'un poison absorbé." Les psychologues anglais et américains contemporains de Ribot, notamment Bain et James, ont
I Ribot, Th. (1907). L'essai sur les passions. Paris: Alean. 2 Nicolas, S. (2005). Théodule Ribot. Philosophe breton, fondateur française. Paris: L'Harmattan.

de la psychologie

3

Ribot, Th. (2005). La psychologie des sentiments (1896). Paris: L'Harmattan (coll.
de 1896 réalisée (coll. Trouvailles

Encyclopédie psychologique). Édition en fac-similé de J'édition originale sous la direction de S. Nicolas. 4 Ribot, Th. (1998). La logique des sentiments (1896). Paris: L'Harmattan

et retrouvailles). Édition en fac-similé de l'édition originale de 1905 réalisée sous la direction de J. Chazaud.

abandonné cette distinction; ils confondent passion et émotion et se servent ordinairement de ce dernier mot pour désigner tous les états affectifs. Ribot pense que "la position de Kant doit être reprise, mais avec les méthodes et les ressources de la psychologie contemporaine, et en rejetant cette thèse excessive qui regarde toutes les passions comme des maladies" (p. 4). Les manifestations de la vie sentimentale peuvent, selon Ribot, être réparties en trois groupes: I ° les états affectifs, d'une intensité faible ou modérée qui expriment les appétits, besoins, tendances inhérents à notre organisation psychologique et qui constituent le cours régulier et ordinaire de la vie; 20 les émotions qui ont pour caractère de commencer par un choc, par une rupture d'équilibre; 30 les passions qui sont caractérisées par la prédominance d'un état intellectuel (idée ou image), d'où résultent leur stabilité et leur durée relatives. Il fait remarquer que ces deux derniers groupes, malgré un fond commun, sont non seulement différents, mais contraires. "L'émotion est un état primaire et brut, la passion est de formation secondaire et plus complexe. L'émotion est l'œuvre de la nature, le résultat immédiat de notre organisation; la passion est en partie naturelle, en partie artificielle, étant l'œuvre de la pensée, de la réflexion appliquée à nos instincts et à nos tendances. L'émotion s'oppose à la passion, comme en pathologie, l'état aigu à l'état chronique. On peut même prolonger la comparaison: la passion, comme la maladie chronique, a des poussées imprévues qui la ramènent à la forme aiguë, c'est-à-dire au fracas de l'émotion; une passion à longue durée est toujours traversée par des actes d'émotion" (p. 7). Le premier chapitre est aussi consacré à l'origine des passions. Les causes externes de la naissance des passions sont le milieu, l'imitation, la suggestion. Les causes essentielles sont de nature interne, réductibles à une seule: la constitution physiologique de l'individu, son tempérament et son caractère. Le tempérament passionné doit se distinguer, d'une part, du tempérament sentimental, à états affectifs communs et d'intensité moyenne; d'autre part, du tempérament émotif-impulsif. Pourquoi une passion surgit-elle plutôt qu'une autre? Cela dépend des circonstances et de la prédisposition. Il y a lieu de considérer, dans la naissance des passions, le rôle de l'association, de la dissociation, de l'imagination, des opérations logiques, des éléments moteurs. L'imagination est surtout affective chez les grands passionnés. L'imagination intellectuelle engendre des passions factices plutôt que réelles. Les opérations logiques contribuant à la naissance d'une passion sont le jugement de valeur, le VI

raisonnement constructif, le raisonnement de justification. I ° À l'encontre du jugement ou concept purement rationnel, le jugement de valeur ou jugement affectif contient deux éléments, l'un intellectuel, l'autre émotionnel, dont la puissance relative varie selon les cas. 20 Le raisonnement constructif ou imaginatif est propre aux passions réfléchies, calculatrices. 30 Le raisonnement de justification est un effort défensif pour éliminer les objections avec un parti pris masqué par de la logique. Du point de vue moteur, on peut distinguer des passions dynamiques ou impulsives, et des passions statiques ou inhibitrices. Ribot souligne cependant que la base physiologique sur laquelle les passions, et surtout chaque passion, se forment et évoluent, est insuffisamment étudiée. Dans le deuxième chapitre (pp. 45-94) et le troisième chapitre (pp. 95- 136) consacrés à la généalogie des passions, Ribot montre l'origine des passions dans les tendances ou instincts qui sont l'expression fonctionnelle de l'organisation physique et psychique de l'homme. Il divise ces tendances en quatre groupes: 1° tendances ayant pour but la conservation individuelle; 20 tendances propres à la conservation de l'espèce; 30 tendances qui contribuent à l'expansion de l'individu, à l'affirmation de sa volonté de puissance; 40 besoins plus rares, moins exigeants chez la plupart des hommes, par conséquent moins aptes à devenir prépondérants. Le premier groupe ne produit que deux passions issues de la faim et de la soif: la gourmandise et l'ivrognerie. De l'instinct sexuel, qui forme le deuxième groupe naît celle, entre toutes les passions, dont la littérature est de beaucoup la plus abondante, l'amour. La passion amoureuse est une construction complexe qui présente des aspects divers selon les éléments affectifs qui s'y combinent. Ribot analyse avec une rare sagacité ces composés, hétérogènes et contradictoires, l'amour jaloux, l'amour accompagné du mépris, le mélange d'amour et de haine, souvent dépeint par les romanciers et les dramaturges (pp. 63-71). Les passions qui ont leur origine dans la tendance à l'expansion (troisième groupe) se divisent en trois catégories suivant que cette tendance s'opère par sympathie, par conquête, par destruction. L'expansion par sympathie produit des sentiments ordinaires et quotidiens, d'intensité moyenne, mais peu de passions. Quand la tendance expansive prend une allure conquérante, elle donne naissance à la passion des aventures, à celle du jeu de hasard, à l'ambition et à l'avarice. La forme destructive que prend, en certains cas, la tendance à l'expansion a pour point de départ l'antipathie, qui peut être VII

subconsciente, instinctive ou pleinement consciente. Les passions qui viennent de cette source sont: la haine, qui est faite de tendances statiques à la répulsion et de tendances dynamiques à la destruction (p. 89), et dont la vengeance est le dénouement logique (p. 90) ; la jalousie, passion plus complexe que la haine et, dans laquelle entre trois éléments: "1° la représentation d'un bien possédé ou désiré, élément de plaisir qui agit dans le sens de l'attraction et de l'excitation; 2° l'idée de la dépossession (l'amant trahi) ou de la privation (l'homme frustré d'une succession attendue), élément de chagrin qui agit dans le sens de la dépression; 3° l'idée de la cause vraie ou imaginaire de cette dépossession ou privation (p. 91)." Les passions qui se rattachent au quatrième groupe de tendance, c'est-à-dire aux besoins qui ne sont ressentis que par un petit nombre d'hommes, sont: la passion esthétique; la passion religieuse, qui peut être contemplative et à caractère individuel, se manifestant par le mysticisme ou par l'ascétisme, ou active et à caractère social, agissant, soit par la persuasion (apostolat), soit par la force (fanatisme persécuteur) ; la passion politique dont on peut distinguer deux types: le type réaliste qui se confond avec l'ambition personnelle et le type idéaliste, qui tend vers le mysticisme et où la passion ressemble à un impératif moral; le patriotisme, plus simple dans sa composition psychologique, que la passion politique, et quelquefois contraire à cette passion (p. 119) ; la passion morale qui "se manifeste sous deux formes: par l'apostolat de la pensée, par les actes (p. 120)". Une émotion peut-elle se transformer en passion? La colère ne suffit pas à engendrer la haine, seules les tendances, et non les émotions, produisent des passions. Dans le quatrième et dernier chapitre (pp. 137-180) consacré au déclin des passions, Ribot s'est demandé comment les passions finissent. Cette question est liée à celle de savoir comment elles naissent et se développent. Toute passion a un début lent, insidieux; sa formation échappe le plus souvent à la conscience. "Le coup de foudre" n'est pas le moment où la passion naît, mais celui où elle se révèle: c'est l'émotionchoc qui la fait surgir à la conscience. "Les cas supposés sans incubation ne sont qu'une gestation abrégée." Tandis que "l'émotion est un organisme préformé, la passion est une construction qui, si rapide qu'elle soit, exige la fixité et le temps". Peut-être les passions sont-elles d'autant plus durables qu'elles sont plus lentes à se former. Elles finissent de cinq manières différentes par épuisement, par transformation, par VIII

substitution, par la folie et par la mort. Si l'idée fixe devient intermittente, c'est l'extinction qui commence; s'il surgit une idée rivale, c'est la substitution; si l'idée fixe devient obsédante, c'est la fin par catastrophe. D'une façon générale, une passion a d'autant plus de chances de s'éteindre qu'elle a plus d'éléments émotionnels et moins d'éléments intellectuels à l'état systématisé. 1° La passion meurt par épuisement, assouvissement ou satiété. Ainsi meurt par l'effet de l'âge, par simple usure organique, l'amour sexuel. Ainsi meurent également les passions intellectuelles: l'ambition, la passion religieuse. L'ambitieux se dégoûte du pouvoir; le mystique passe de l'exaltation de l'amour divin à la sécheresse. Quand la passion est morte, de tout ce qui tenait à elle il ne reste plus qu'un souvenir sec, un état purement intellectuel, dénué de toute résonance affective. 2° et 3° Une passion peut être remplacée par une autre par transformation (ayant avec elle un fond commun) ou par substitution (totalement différente). Pour qu'il y ait transformation, il faut, d'une part, une somme d'énergie à dépenser: c'est ainsi qu'il y a, dit-on, dans de grands pêcheurs l'étoffe de grands saints; de l'autre, l'apparition d'un but, d'une idée directrice. La transformation atteint son maximum, quand une passion se change en son contraire, par exemple l'amour en haine, la passion de plaisir en ascétisme. La substitution d'une passion à une autre semble se produire naturellement par l'effet de l'âge: chaque âge a ses passions; l'enfance a les passions nutritives, la jeunesse, l'amour; l'âge mûr, l'ambition; la vieillesse, l'avarice. De plus, à côté des hommes d'une seule passion, qui sont les passionnés vrais, il y a les hommes de plusieurs passions coexistantes ou successives. 4° La passion se termine quelquefois par la folie. Est-elle donc un état pathologique? Il est difficile de le soutenir. Sans doute elle est souvent nuisible à l'individu ; mais, si elle fait son malheur, elle cause aussi toutes ses joies. La passion fausse le mécanisme de la conscience; elle est une adaptation unilatérale, donc anormale, elle est une idée fixe. Mais l'idée fixe du passionné n'est pas celle du fou. Le passionné a conscience de sa passion; le fou n'a pas conscience de sa folie. La folie est souvent accompagnée d'hallucinations, la passion, jamais. Les passions sont au plus des formes mitigées, des équivalents psychopathiques de la folie; elles l'annoncent, elles en sont le prélude. Passion et folie paraissent à Ribot taillées dans la même étoffe; le difficile, est de fixer la limite. La passion a ses formes atténuées, ses formes graves; les dernières seules seraient morbides. 5° Enfin toutes les passions sans exception peuvent IX

conduire à la mort violente, au suicide. Il semble qu'elles entrent ainsi en lutte avec l'instinct de conservation; en réalité elles s'y ramènent. La passion joue donc dans la sensibilité le rôle que la sensibilité elle-même joue dans la vie psychologique; un rôle capital. Les grandes passions marquent le point culminant de la vie affective. Elles sont rares comme le génie, qu'elles inspirent, dont elles sont une forme. Dans la conclusion (pp. 181-188), Ribot revient sur cette opposition caractéristique de l'émotion et de la passion, qui est l'idée maîtresse et fait l'originalité et la grande valeur philosophique de ce livre. "La passion s'oppose à l'émotion comme le stable à l'instable; malgré sa permanence, elle subit des variations secondaires que l'émotion ne connaît pas. Les passions, grandes ou petites, sont sans nombre et changent selon les individus, les conditions sociales et les époques de l'histoire. Enfin signalons une autre opposition. La psychologie évolutionniste soutient que ce qui différencie une émotion des autres émotions est dû primitivement aux réactions différentes suscitées par les événements. À leur tour, ces réactions sont déterminées par des circonstances qui remontent peut-être jusqu'aux temps lointains de la préhistoire; mais, pour réussir, elles ont toujours exigé des formes spéciales de coordination ; c'est à ce titre seulement qu'elles ont pu être utiles et tendre à se fixer organiquement par hérédité. Toute réaction émotionnelle est donc la survivance d'actes profitables à l'origine. Que l'on accepte cette explication à titre de fait ou d'hypothèse, il reste vrai que l'émotion, au sens strict, est plutôt spécifique qu'individuelle. Au contraire, la passion, parce qu'elle est une forme du caractère, est une marque plus individuelle que spécifique. Et, quant à son utilité dans la lutte pour la vie, elle est très contestable. Son individualisme est aussi l'œuvre d'une forme d'imagination propre au vrai passionné, qui est surtout affective. La passion, en raison de sa durée, vit non seulement dans le présent comme l'émotion, mais dans le passé et l'avenir; elle se nourrit de souvenirs qui ne peuvent être des représentations sèches, mais qui sont puisées dans la mémoire des sentiments. Nous avons montré que les passions réelles et profondes sont construites avec des images de cette espèce et sont ainsi, pour une bonne part, l'œuvre non de la nature, mais de l'homme (p. 187)". La passion, état permanent de systématisation, est l'équivalent affectif de l'attention stable et de la volonté soutenue. Parce qu'elle est une forme du caractère, la passion est individuelle avant tout: au contraire, l'émotion,

x

qui peut être considérée comme la survivance d'actes profitables à l'origine, est moins individuelIe que spécifique.

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale Université de Paris V - René Descartes - Institut de psychologie. Directeur de L'Année psychologique Laboratoire Psychologie et Neurosciences cognitives. CNRS - FRE 2987. 71, avenue Edouard VailIant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France.

XI

FÉLIX

ALCAN,

ÉDITEUR

BWLlO'fllÈQlIE

DE 1'1lILOSOPIIJE

CONTElIIl'OIlAINE

u U V UA GES DE M. rI'H. Il IBO T
ENsai !!Inl' les passions. 1 volume in-So "3 fl'. 75 La logiqne des sentiments. 1 volume in-So 2" édit. 3 fl'. 75 Essai Sill' l'imugiuation créatt'ice. 2" edit. 1 vol. in-So 5 fr. La ps~'chologic '(les sentiments, 5° édition, rp-vue et augmentée, i vol. in-So 7 fl'. 50 L'é"olntioll des idées générales. 2' édit. 1 vol. in-S. 5 fl'. Les maladies de la volonté. 22" édition. 1 vol. iu-iS. 2 fl'. 50 Les maladies (le la mémoire.19' édition.i vol. in-iS. 2 fl'. 50 Les maladies tic la llel'sonnalité. 12° éd. i vol. in-i8. 2 fl'. 50 La Ilsycbologie de l'attcntion. So édition. i vol. in-fS. 2 fro 50 l.a IIS~'cbologie anglaise contemporainc (École expél'imenlale). 3' édition (nouveau tirage). 1 vol. in-S. 7 fro 50 J.a Ilsychologie allemande contcmporainç (École expé1'imentale). .}" édition, revue et augmentée. t vol.in-8. 7 fl'. 50 L'hél'édité psychologitllle.S' édition, revue. 1 vol. in-So 7 fro 50 La pllilosopbic de Schopenhaner. tO. édition. f volume in-tS. Prjncjll(~S (le Itsyelaologie de Herbert SllcncCI', collaboration avec M. A. Espinas. 2 vol. in-So traduits en 20 fl'.

REVUE 1)11ILOSOPHIQUE
DE LA FRANCE
Dirigée
~klllb.." tic I1l1Slitlll,

ET DE L'ÉTRANGER
par Th. RIBOT
au Col1i>I;{' de Fl'auce

(.18' (LImée, /907)

l'l'ufesseLU'

hUl!urail'c

ParaÏ:;:;anl

lous les mob, depuis

le l"r janvier m-8, 30

1876 1'1'.
33 {l'.

Chaque aunée l'onne ::! !lot. f)mnd
AllnNNL~ILNT : Ull an (du /,.,. j<lIIvÜ'/'): La livraison: 3 fr,

Paris, 30 {l'.; d6pul't.

el élranger,

1361-06. -

Coulommiers,

Imp. PAUL BRODA RD. -

10-05.

ESSAl
SUR

LES PASSIONS
PAll

TH.
Professeur

RIBOT

Membro de l'Inst.itut honoraire au Collège de France

-~

~..------

PARIS
FÉLIX ALCAN, EDITEUR
LIBRAIHIES FÉLIX ALCAN ET GUlLLAUMlN RÉUNlES 1 08 , BOU LEV AnD S A I N T GE II loL\IN, 1 08

-

t907
Tous droils lie Il'ulluclion ci de r"llI'odll<:liOIl """"'VI'S

PRÉFACE

En ajoutant préeédemment Logique

ee nou vcau volume aux deux aul1'es publiés sur la Psychologie j'essaie et sur la un un de pt'éscnter

de.') sentiments,

tableau à peu près complet de la vie affective. .Je n'ai pas la prétenlion téméraire d'écrire

Traité des passion!-; qui exiget'ait des années de lravail, d'auLanl plus que je n'atu'ais pour appui que de rares monographies, méthodes régnant, précités. conçues et conduites Malgré d'après le les contempOl'aines I. préjugé

le sujet des passions méritait D'ailleurs, la psychologie semble

une étude à pathologique, inviter à eel les n0111fixe el Jes

part et j'espèrc actuellement bl'eux travaux obsessions
t. EIIes seront

l'avoir faite sans répéter les ouvrages lrès florissante, sur la nature

essai el nous promellre

quelque appUI: de l'idée

peuvenL nous éelaircl'.
indi(Jllées dans le cours de cet ouvrage.

VI

PRÉIi'ACE

Mon but est de délimiter cette classe de faits systé-

matiquement omise, sous prétexte que le mot « passion » est vague et élastique. Le terme « émotion »,
actuellement en faveur, ne l'est-il pas encore plus'? La question est de savoir s'il existe des manifestations spéciales de la vie humaine qu'on peut ranger sous ce titre spécial. Pour l'établir, je me suis resh'eint à trois points: caractères rattachant Fixer avec toute la précision propres possible les aux passions et les éléments qui

les constituent;

-

Retracer leur généalogie, en les
primiLives dont elles sont combinai-

aux tendances

issues et montrer par quelles changeantes sons s'expliquent Précédemment, leurs variétés; pourquoi et comment elles finissent. en étudiant l'imagination

Enfin, rechercher
créatrice,

j'ai essayé de réagit> conh.e une tradition inexplicable qui semble la limiter il l'esthétique et aux sciences, quoique toutes les manifestations (la politique, pratique le commerce, et mécanique, <lel'aetivÏlé humaine l'invention etc.) offrent des aussi merveilde les religions, imaginative

la guerre,

exemples de construction

leuses que celles de l'art. Pour les passions, de même: il en est un petit nombl'e lOUjOUl>S citées, servant type aux descriptions psychologiques. J'ai d'élargir ce cercle, sans prétendre essayé

à une énumération

complète et en (~vil.ant la faute de ceux qui, au der-

PIÜJ~'ACE

VII

nier siècle,

ont transformé contribuera

presque

tous les faits si c'est

affectifs en passions. Cette élude nécessaire, mentation aussi à monlrer, in térieure que l'observation el l'expéri-

seules ne. sufnsent pas pour constituel' une Sans l'hisloire et les docudans ses variétés et sa on ne sort pas des généralités

psychologie des sentiments. ments biographiques,

vagues et la vie passionnelle,

réalité concrète, reste fermée et inaccessible.

ESSAI

SUR LES PASSIONS

CHAPITRE
QU'EST-CE

PREMIER
PASSION?

QU'UNE

I Quoique l'étude des l)assions soit aussi ancienne que l~s plus anciennes spéculations de la philosophie, je ne crains pas de la reprendre ici, mais sous une forme spéciale, restreinte, en des limites qui seront fixées avec précision. Cette étude me paraît justifiée par deux raisons principales. La première c'est que, bien que les passions ne puissent pas, toutes, et dans leur intégralité, être qualifiées de maladies, quelquefois eHes s'en rapprochent tellement que la différence entre les deux cas est presque insaisissable et qu'un rapprochement s'établit forcémenL La deuxième raison, c'est que ce terme est tombé en désuétude - sans motifs valables, à mon avis - et qu'il
RIBOT. PaRsions. -

:l

2

ESSAI SUR LES PASSIONS

est pour recherches

aInSI dire sans Je

empl.?i dans la psychologie livré à de minutieuses de à des titres

contemporaine.

me suis

sur ce point. J'ai consulté une vingtaine

tmités, écrits dans diverses langues, jouissant peine si deux ou trois consacrent aux passions. une énumération

divers de la faveur du pubJic et j'ai constaté que c'est à quelques courtes pages de lui présenter Le lecteur me dispensera
(

de noms qui serait oiseuse. Chez beau-

coup d'auteurs le mot
l'inscrivent tiennent passions. en passant, qu'on

passion»

ne se rencontre pas
etc.). D'autres avec les ou avec

même une seule fois (Bain, 'V. James, termes « émotions» D'autres ou sentiments se contentent

mais pour le confondre

en général et ils souémotions de remarquer,

peut dire indistinctement.

raison d'ailleurs, que c'est une expression vague et élastique; ils ne semblent pas supposer qu'elle puisse être précisée. Il n'y a que de très rares exceptions à cet abandon uni vel'seli. Tandis qu'au xvn6 siècle (Descartes, plus tard, on donnait à l'expression un sens si large qu'il équivalait d'états affectifs, embrassant presque entière, de la psychologie
(

Spinoza) et. même passions de l'âme» actuelle

à l'expression

ainsi la vie des sentiments qu'à titre Je locution

ce mot s'est trouvé de nos jours rayé ou ne subsistant

I. Par exemple Hôlfding, Psychologie, VI, E. 5. Tl déclare. employer le mot passion dans un sens plus étroit que ne le fait l'usage ordinaire qui n'établit pas une distinction nelle entre l'émotion et la passion _. Au congl'ès de Rome (avril 1905) le Dr Renda (de Campobasso) a aussi soutenu, en même temps que nous, la thèse de la distinction et même de l'opposition tranchée entre l'émotion et la passion.

QU'}i:;ST-CE QU'UNE

PASSION '?

3

populàire. Cet ostracisme, autant que j'ai pu le vérifier, est d'origine et d'importation angl,aise. Le. livre de Bain: Emotions and Will, et l'ouvrage célèbre de Dal'win sur l'Exp1'ession des émotions me paraissent avoir eu, à cet égard, une influence décisIve I. Celte identification de l'émotion et de la passion qui sont deux modes distincts de la vie affective- ou plutôt la confiscation d'un mode au profit exclusif de l'autre qui devient le terme général me paraît malencontreuse et propre à emhrouiller une nomenclature déjà très trouble. On ne peut contester qu'il y a un grand inconvénient à désigner par le même mot « émotion »

-

d'une part des états affectifs, grands et petits. violents et modérés, éphémères et tenaces, simples et. complexes; le chad'autre part des phénomènes tères spécifiques, classification spéciaux ayant leurs caracque si, dans une Je même terme

tels que la peur, la colère, on appliquait

grin, etc. C'est aussi peu raisonnable scientifique, au genre et à ses espèces.

L Sur ce point, le passage qui suit me paraît instructif. Il est de James Sully, The lIuman Mind, tome JI, p. 56 : « La/nomenclature des sentiments (feelings) n'est point fixée d'une manière satisfaisante. Le mot. émotion" seul commence à être généralement adopté pour dési~ner le ~roupe supérieur des sentiments. Les termes affection et passion ont aussi chez les anciens écrivains un emploi qui cOl'respond à ce que nous appelons maintenant passion. Il semhle cependant préférable d'employer émotion comme terme générique et de réserver affection et passion pOlll' certaines modifications. Ainsi, il est préférable de restreindre la passion aux manifestations les plu;; violentes du 'sentiment (amour et haine passionnés) que nous meHons communément en Ol.position avec pensée ou raison. » Nous verrons plus loin que la violence n'est pas propre à toutes les passions et que leur caractère spécil1que, s'il )' en a, est ailleurs.

-