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Éthique et politique chez Hans Jonas

De
254 pages
Est-il vrai que la préoccupation pour l'environnement ne s'accommode pas avec toute forme d'organisation démocratique du pouvoir politique ? Dans son livre intitulé Pour une éthique du futur, Hans Jonas avoue que la « tyrannie serait toujours préférable au désastre », et qu'il approuve moralement une telle option « pour le cas où ce genre d'alternative se présenterait ». Mais choisir la tyrannie face à la catastrophe, n'est-ce pas opter pour une catastrophe contre une autre ? Instituer des régimes forts au nom de l'urgence écologique ne contrasterait-il pas avec les revendications quotidiennes en faveur de l'implantation de gouvernements démocratiques véritables ?
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Cyrille SEMDE
ÉTHIQUE ET POLITIQUE CHEZ HANS JONAS
Pour une philosophie politique de l’environnement
CHEZ HANS JONAS
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
14/12/15 22:45
Éthique et politique chez Hans Jonas
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Edmundo MORIM de CARVALHO,Paradoxes et peinture I : Escher, Klee, Kandinsky, Matisse, Picasso, 2015. Edmundo MORIM de CARVALHO,Paradoxes et peinture II : Monochrome, Hyperréalisme, expressionnisme abstrait et pop art, 2015. Lenka STRANSKA, Hervé ZÉNOUDA (dir.),Son – image – geste. Une interaction illusoire ?, 2015. Jean-Luc EVARD,Du sensible au sensé, 2015. Philippe FLEURY,Philosophie de l’histoire et cosmopolitisme, 2015. Aouichaoui Mohamed KARRAY,Thomas Hobbes et l’idée de puissance, 2015. Jalal BADLEH,De Derrida à Lévinas, La dette et l’envoi, Le temps de l’autre, La déconstruction et l’invention du futur, 2015. Lilia BACHA,Le Regard en-péché, Réflexion sur le regard porté sur le corps féminin, 2015. Andreas WILMES, Johan-Antoine MALLET (eds),Figures philosophiques du conflit, 2015. Adrien DIAKIODI,Le combat philosophique de Maurice Blondel contre la double ignorance des masses,2015. Samir MESTIRI,L’ironie de Socrate. Essai sur l’ironie philosophique, 2015. Paul DUBOUCHET,De la guerre au terrorisme… Les véritables causes, 2015. Etienne PIERRE,Le boudoir de la mort ou l’imposture de Sade, 2015. Gérald ANTONI,Le Saint Nom de Jésus. Mystère et révélation, 2015. Stéphane MOURAD,L’unité de l’intellect. Histoire d’une controverse, 2015. Jean-Louis BISCHOFF,Corps et pop culture, 2015.
Cyrille SEMDEÉthique et politique chez Hans Jonas
Pour une philosophie politique de l’environnement
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07592-1 EAN : 9782343075921
À MonsieurJean-Hubert YAMEOGO
PRÉFACEL’auteur du présent ouvrage m’a fait l’honneur de m’en confier la préface. L’acte est sans doute loin d’être banal car cette sollicitation est le signe d’une amitié, dans l’expérience de la simplicité de la vie mais aussi à l’épreuve partagée de diverses contingences… Le caractère inédit et singulier de l’exercice mais aussi la proximité avec l’auteur ont rendu cependant ma plume quelque peu hésitante. Il n’est pas aisé de parler d’un ami, même quand il est question d’en être le préfacier. Cyrille Semdé, enseignant de philosophie à l’Université de Ouagadougou, est connu pour s’être engagé dans ses enseignements sur les sentiers très spéculatifs et exaltants de l’idéalisme allemand, de la phénoménologie mais aussi dans un dialogue fécond avec certaines figures référentielles de l’éthique environnementale. On le sait, la crise écologique contemporaine est investie par des sciences telles que la géologie, la climatologie, la biologie, le droit... Mais elle doit requérir, pour être bien pensée, les vertus d’un discours qui interroge les choses dans leur pesanteur métaphysique, les questionne dans leur dimension éthique. L’affirmation d’un sens et d’une nécessité de la philosophie tient à son souci des préoccupations des hommes. L’écrit que l’auteur offre aux lecteurs est une méditation philosophique sur la crise environnementale. Il est articulé sur la pensée de Hans Jonas, pensée incontournable en ce qu’elle prend, de manière radicale, la mesure de la crise contemporaine consécutive au déploiement de la science et de la technique. Le choix de la philosophie de Hans Jonas comme cadre théorique d’examen de la problématique environnementale se justifie d’abord par l’intérêt personnel qu’il accorde à la phénoménologie et au questionnement dont elle peut être l’objet. Une telle approche critique se rencontre chez le philosophe qui, comme il l’avoue lui-même, doit à cette école son initiation à la philosophie. Il a en effet été disciple de Heidegger dont il critique la pensée même si elle marque un pas décisif par rapport à celle du maître, Husserl. Ensuite, par-delà la
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phénoménologie, la théorie de la responsabilité offre l’occasion d’un regard en arrière critique sur l’histoire de la philosophie ; elle contraint à nouveau la philosophie à se questionner, afin de discerner son rôle dans la crise de l’humanité contemporaine, dont l’une des formes n’est rien d’autre que la crise écologique. L’auteur est bien conscient qu’il n’aborde que l’une des dimensions de la théorie qui, en plus de ses implications écologiques, soulève d’autres questions telles que celles qui touchent à la bioéthique, à l’éthique appliquée aux sciences de la santé, à la théologie, à la métaphysique…La question écologique constitue une porte d’entrée non seulement à la pensée du philosophe, mais aussi une ouverture au débat sur les implications philosophiques des problèmes contemporains, notamment ceux de l’éthique et de la politique. Mais le tout de la réflexion est supporté en arrière-plan par un projet philosophique plus spécifique : celui de la quête des fondements d’une philosophie politique de l’environnement. La crise de la nature appelle une responsabilité fondatrice d’un souci pour les générations futures et pour un développement durable. Nous connaissons ce passage de Hans Jonas : « Le Prométhée définitivement déchaîné, auquel la science confère des forces jamais encore connues et l’économie son impulsion effrénée, réclame une éthique qui, par des entraves librement consenties, empêche le pouvoir 1 de l’homme de devenir une malédiction pour lui. » La pensée jonassienne a ouvert une perception inédite etLe principe-responsabilité. Une éthique pour la société technologique, texte monumental qui aspire à réinstaurer une nouvelle alliance entre l’homme et la nature, a illuminé le ciel de la philosophie contemporaine. Cyrille Semdé, dans cette réflexion, traite surtout des implications et conséquences éthiques et politiques du projet jonassien, notamment de la place qu’il accorde à la liberté, au régime démocratique. Il évalue la préférencea priorijonassienne pour la tyrannie qui serait le contrepoids véritablement opérant à la catastrophe qui menace l’humanité. Si on peut donc soutenir que le philosophe allemand fait progresser l’éthique de manière notable et substantielle pour une humanité en quête de survie, la liberté semble dans ce mouvement être traitée de manière problématique. Cet essai nous fait voir la richesse et la fécondité de la pensée de Jonas tout en mettant l’accent sur les 1  Hans Jonas,Le principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique,trad. par Jean Greisch, Paris, éd. du Cerf, 1990, p.13 - 8 -
conditions politiques de sa réalisation. Dans son explicitation de la pensée du philosophe allemand, l’auteur convoque de manière habile, avisée, divers courants et options de l’éthique tenant de l’anthropocentrisme, du biocentrisme, de l’écocentrisme mais aussi des figures référentielles tels que Platon, Emmanuel Kant, Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Edmund Husserl, Martin Heidegger, Jürgen Habermas, Karl Otto-Apel. Dans un style alerte, sans les radotages ni les obscurités dans lesquels semblent exceller certains philosophes, l’auteur argumente son choix de la démocratie délibérative, fondée sur l’éthique de la discussion. Je me rappelle l’insistante question d’une dame allemande m’interrogeant sur les raisons de mon choix de rédiger une thèse sur la figure de l’esprit objectif selon Hegel. Elle cherchait le bien-fondé d’un tel projet dans la mesure où la pensée de ce philosophe lui semblait très éloignée des préoccupations du continent noir et de ses habitants, y compris de ses intellectuels. Cette dame, inspirée sans doute non pas par le préjugé qu’un Africain ne pourrait pas comprendre Hegel mais par une sorte d’inquiétude généreuse ou d’indignation vertueuse, n’avait pas compris que les philosophes ne brillent pas seulement pour leurs espaces culturels immédiats et qu’il y a dans toute pensée authentique quelque chose d’universel. Les véritables penseurs, nonobstant leurs limites et même en vertu de celles-ci, projettent des lueurs substantielles aussi bien sur leurs contemporains que sur leur postérité. J’ai attiré l’attention de mon interlocutrice étonnée sur des aspects relevant chez Hegel d’une mauvaise anthropologie, notamment ses propos ahurissants sur l’Afrique noire mais aussi sur le fait que cheminer avec lui est une si bonne compagnie qui nous permet, au-delà des scories, de mettre la main sur des pierres précieuses, qui pourront être des repères pour les hommes qui veulent aller de l’avant, quelles que soient leurs déterminations culturelles. À ceux qui, en proie à une sorte d’incrédulité, seraient tentés de poser la même question à l’auteur de cet ouvrage, on pourrait dire qu’une pensée comme celle de Hans Jonas ne peut être enfermée dans un espace socio-culturel et qu’elle est loin d’être anachronique. L’homme est un prédateur pour la nature partout sur la terre. Le péril écologique est universel : dégradation de l’environnement, exploitation immodérée des ressources naturelles, déforestation, destruction d’espèces animales et végétales,… DansL’ingérence
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