Existence et valeurs IV

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Le développement et le sous-développement ne constituent en rien des réalités en soi, des réalités monolithiques et isolables. Au-delà des explications dominantes, communément admises, il convient en effet de relier le sous-développement, comme production historique, à la dialectique double de la puissance technoscientifique et de la domination rendue désormais possible grâce à elle, à l'échelle de la planète.
Publié le : dimanche 1 mai 2011
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EAN13 : 9782296461222
Nombre de pages : 268
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EXISTENCE ET VALEURS IV UN DÉVELOPPEMENT « HUMAIN » RÉFLEXIONS ÉTHIQUES ET POLITIQUES
COLLECTION « PENSÉE AFRICAINE » dirigée par François Manga-Akoa
e En ce début du XXI siècle, les sociétés africaines sont secouées par une crise des fondements. Elle met en cause tous les secteurs de la vie. Les struc-tures économiques, les institutions politiques tels que les Etats et les partis politiques, la cellule fondamentale de la société qu¶est la famille, les valeurs et les normes socioculturelles s¶effondrent. La crise qui les traverse les met en cause et au défi de rendre compte de leur raison d¶être aujourd¶hui. L¶histoire des civilisations nous fait constater que c¶est en période de crise que les peuples donnent et expriment le meilleur d¶eux-mêmes afin de contrer la disparition, la mort et le néant qui les menacent. Pour relever ce défi dont l¶enjeu est la vie et la nécessité d¶ouvrir de nouveaux horizons aux peuples africains, la Collection« PENSEE AFRICAINE »participe à la quête et à la création du sens pour fonder de nouveaux espaces institution-nels de vie africaine.
Dernières parutions
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Pius Ondoua
EXISTENCE ET VALEURS IV UN DÉVELOPPEMENT « HUMAIN » RÉFLEXIONS ÉTHIQUES ET POLITIQUES
Préface du Pr Jean-Marc Gabaude
© L¬Harmattan, 2011 5-7, rue de l¬Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-54780-3 EAN : 9782296547803
AVANT-PROPOS
Le développement et le sous-développement peuvent-ils être considé-rés comme des réalités en soi, monolithiques, indépendantes l¶une de l¶autre? Peuvent-ils aussi être considérés comme des réalités anhistoriques ou transhistoriques, acquérant un statut d¶essence, hors du processus histo-rique effectif, c¶est-à-dire comme des formes et des niveaux de déploie-ment et de réalisation nécessaires du réel et de l¶histoire ? Nous ne le pen-sons guère.
C¶est pourtant ce que l¶idéologie dominante tente de faire accréditer, en situant le développement et le sous-développement dans le cadre d¶une vision unique et unilinéaire de l¶histoire humaine et de son déploiement, dont l¶actualité de la modernité occidentale, désormais étendue à l¶ensemble de la planète, (mondialisation oblige!), présenterait la forme la meilleure et la plus achevée, la forme indépassable, au regard de l¶uniformisation d¶un monde désormais régi par l¶axiomatique de l¶intérêt et la religion du profit. L¶internationalisation des économies, l¶explosion des flux ainsi que l¶uniformisation des normes ne sont-elles pas la preuve la plus évidente d¶une réelle divinisation du capital, ainsi que de l¶enfermement du schéma de l¶évolution historique à l¶intérieur de ce seul cadre libéral ?
Or, le développement et le sous-développement doivent être considé-rés comme deux pôles d¶une même réalité: la réalité de la domination et de l¶exploitation qu¶exercent les pays du pôle développé sur ceux du pôle sous-développé. Il s¶agit donc dès le départ d¶une création historique; comme création et production, elle reproduit et réalise dans l¶histoire une seule et même logique: la logique de la domination de la nature, de l¶homme, du social et de l¶ensemble des sociétés, une logique qui est la reproduction et le déploiement de plus en plus intégral de la rationalité technologique, de la « puissance rationnelle ( ?) ». Sur la rationalité même de cette puissance, sur les possibilités qu¶elle offre à l¶humanité de s¶anéantir elle-même tout en anéantissant le cadre existentiel, c¶est-à-dire la planète, possiblement con-damnée à un néant d¶avenir, que de réflexions, que d¶interrogations, désor-mais! Des interrogationsmétaphysiquesetontologiquessur l¶essence de l¶homme, désormais construite/déconstruite/reconstruite grâce au pouvoir de « l¶homme-dieu » de « créer la vie » ou de la modifier, et de la gérer en fonc-tion d¶intérêts découlant directement des urgences du système libéral; des interrogationssimplement économiquessur la possibilité même de la per-manence de la vie, si l¶irrationalité de la dissipation sans limites des possibi-lités limitées de la planète persiste, et, de ce point de vue, nous sommes les témoins vivants de l¶inégale répartition des richesses mondiales, de l¶inégale consommation des ressources non renouvelables, de la dégradation accélérée
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Avant-propos
de la biosphère, ainsi que des lourdes hypothèques qui pèsent désormais sur les générations futures; des interrogationséthiquesetpolitiquesenfin, sur la gestion du réel et la gestation de l¶avenir de sujets en obligation d¶affecter à leur existence sens et valeur, au regard de ce qu¶ils sont eux-mêmes : des transcendances appelées à se réaliser dans le sens de l¶authenticité et de la plénitude.
Il est donc normal que la philosophie, réflexion critique, normative et éthico-axiologique, démystifie la réalité du développement et de son envers dialectique, le sous-développement, par la prise de conscience du fait que le sous-développement est une aliénation programmée et une négation tendan-cielle en marche de l¶Afrique et des Africains. Il est normal que la philoso-phie, au bout de cette démystification, postule une négation de la négation, c¶est-à-dire, une autocréation et une auto-émancipation créatrices d¶un ave-nir humanisant, au-delà de toute aliénation, de toute reproduction d¶une forme servile déterminée, voire unique, de maîtrise et de domination de la nature, ainsi que d¶organisation de la socialité (la forme libérale), une forme/figure historiquement contingente, dont les contradictions multiples (internes et externes) en font, de manière au moins tendancielle, une socialité de l¶inhumain.
L¶Afrique peut-elle donc faire l¶économie d¶une telle réflexion cri-tique, normative et éthico-axiologique, pour la définition de son présent et la configuration de son avenir? Nous ne le pensons guère. Cette réflexion, pour l¶Afrique, est à notre avis une nécessitéa priori. L¶Afrique a certes besoin de sciences et de techniques pour la maîtrise de la nature, l¶organisation de la socialité et de l¶inter-socialité, en un mot, pour le développement. De ce point de vue, elle ne peut que s¶atteler à devenir, selon le vü de Descartes, « maître et possesseur de la nature ». Pourtant, elle n¶a en rien besoin d¶une simple reproduction mimétique du modèle de développement dominant, reproduction souhaitée par une idéologie dominante pétrie d¶opératio-nalisme théorique et pratique, dont l¶objectif essentiel est l¶élargissement et la consolidation dustatu quode la domination. L¶Afrique a besoin, à notre avis, avant tout et surtout, contrairement à ce que l¶on pourrait penser, de philosophie.
Serait-ce là un idéalisme inopérant et un éloge indu pour cette disci-pline dont on ne voit guère les résultats se décliner en termes d¶efficience, c¶est-à-dire en termes de réalisations concrètes? Certainement pas. Pour nous, la philosophie décrypte, norme et doit finaliser, de façon humaniste, le développement, le déploiement des hommes et des sociétés dans l¶histoire, à partir de leurs potentialités ainsi qu¶à partir des contraintes naturelles et so-ciales. C¶est bien là sa vocation première, sa vocation essentielle.
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Avant-propos
Au-delà et au-dessus des avancées exponentielles des sciences et des techniques, au-delà et au-dessus de la volonté récurrente de la science d¶énoncer levrai, et de la technique de réaliser lebien, subsiste la nécessité de la réflexion philosophique, soucieuse de redonner dignité et prix à l¶homme, après l¶avoir défini comme valeur essentielle. Sur ce plan, la phi-losophie invite désormais l¶homme à faire advenir une socialité humanisante grâce à un convivre fait d¶harmonie et de paix, en lieu et place de l¶actuelle socialité de l¶inhumain. Devant cette insoutenable pression de l¶avenir, et au regard d¶un présent qui réalise plus ou moins globalement la socialité de l¶inhumain ci-dessus évoquée, n¶est-ce pas à la philosophie d¶indiquer les voies et les modalités de cette sagesse du présent, dont le déficit est criard, (un déficit éthique ayant plus ou moins vidé l¶homme de sa substance hu-maine) et ce, pour redonner aux techniques et aux sciences leur horizon de vérité et de réalisation, et à l¶homme, la pleine dimension de ce qu¶il est, à savoir une véritable transcendance ?
Nous soumettons donc enfin au grand public, sous le titre:Existence et valeurs.IV.Un développement«humain».Réflexions éthiques et poli-tiques,le texte de notre thèse de doctorat de IIIème cycle, soutenue devant l¶Université de Toulouse-Le Mirail, avec comme titre:Rationalité techno-logique et problématique africaine du développement.Cette publication aura été ardemment souhaitée autant par le Professeur Jean-Marc Gabaude qui en a rédigé la préface qui suit que par nombre de nos collègues et étu-diants. En dépit de l¶effondrement du mur de Berlin, qui a consacré l¶arrimage du bloc de l¶Est au bloc de l¶Ouest, ainsi que la résorption globale de tous dans le Tout libéralo-capitaliste, en dépit de l¶apparente obsolescence 1 d¶une pensée de Marx désormais considérée comme en échec parce que caduque du fait des multiples dérives de sa mise en üvre à l¶Est, nous n¶avons modifié de cette thèse ni la structure, ni les intuitions fondamentales, ni les conclusions essentielles qui,mutatis mutandis, nous semblent toujours valables. L¶évolution historique, et spécifiquement la mondialisation libé-rale, avec ses dérives multiples, de même que l¶intensification actuelle des réflexions et des préoccupations éthiques et politiques, l¶inflexion urgente et 2 nécessaire de l¶orientation à affecter au développement technoscientifique ainsi qu¶à la gouvernance du monde en général, ne prouvent-elles pas à suf-fisance que rien n¶a fondamentalement connu de changement depuis une trentaine d¶années?
1 La pertinence de la pensée de Marx a bien été démontrée ces dernières années, avec la sévère crise du capitalisme libéral. Au point où l¶on peut affirmer sans aucune inquiétude que Marx n¶est pas mort! 2 Pour passer de la « technodémence » à la « technosapience »! 9
Avant-propos
En tout état de cause, les accents triomphalistes de Francis Fukuyama vantant dansLa fin de l’histoire et le dernier hommele méliorisme absolu du système libéral posé comme réalisation de la raison dans l¶histoire, et enfer-mant dès lors le déploiement de cette histoire dans sa seule trajectoire ac-tuelle vers la mondialisation, ne peuvent différer indéfiniment la réponse urgente à donner à cette question d¶Axel Kahn : « Et l¶Homme dans tout çà ? », qui ouvre sur la problématique d¶un vraihu-« développement main » ;et l¶ouvrage d¶Axel Kahn est bien, comme l¶indique son sous-titre, unPlaidoyer pour un humanisme moderne.Cette question s¶ouvre aussi sur une autre, qui lui est corrélative: dans quel monde, cet homme, et un monde structuré en fonction de quelles valeurs ?
S¶il est vrai que le développement exponentiel des technosciences au-ra permis une maîtrise tout aussi exponentielle du réel, peut-on en déduire que nous sommes devenus par le fait même plus sages? Et quelle sagesse, sans la réalisation de cette « reliance éthique » à laquelle nous invite Edgar Morin lorsqu¶il dit : « Il faut, pour tous et pour chacun, pour la survie de l¶humanité, reconnaître la nécessité de relier : - se relier aux nô- setres ; 3 relier aux autres ; - se relier à la Terre-Patrie » ? Quelle sagesse sans adhé-sion résolue à cet humanisme planétaire qui est, simultanément, articulation de la diversité et de l¶unité, de l¶universel et du singulier, et insertion de la vie dans un cadre existentiel qui mérite au plus haut point d¶être sauvegardé, cette sauvegarde constituant la conditiona prioride tout maintien d¶un ave-nir ouvert et illimité?
1- Edgar Morin. La méthode ; 6. Ethique.Paris. Editions du Seuil. 2006. p. 248. Nous lisons d¶ailleurs avec beaucoup d¶intérêt ces lignes de Dominique Bourg : « Il y a désormais une contradiction patente entre l¶organisation de nos sociétés et la préservation de l¶habitabilité de la Terre. Héritiers que nous sommes de la philosophie contractualiste, nous pensons que ce qui fonde la légitimité de l¶organisation politique du corps social est de garantir à chacun la possibilité de maximiser son avantage, à savoir de produire et de consommer de plus en plus. Or, force est de constater aujourd¶hui que l¶accumulation de ces productions-consommations dégrade de façon accélérée les biens communs qui conditionnent la viabilité de la planète, au premier chef la stabilité du climat et les services écologiques »Développement durable. Encyclopaedia Universalis. Edition 2010. 10
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