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Fabriques de l'insécurité

De
118 pages
Les auteurs, philosophes et non-philosophes de sensibilités différentes, expriment ici leurs convictions, témoignent de la façon dont ils éprouvent et pensent la conjoncture : l'insécurité a-t-elle des responsables, des théoriciens? est-elle un prétexte ? s'agit-il d'une question pratique ou d'un sentiment ? ne serait-elle pas, avec la sécurité, le fruit d'une même fabrique, celle qui produit les concepts, la philosophie ?
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François Laruelle (éd.)

Fabriques

de l'insécurité

L'Harm.attan

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03300-9 EAN : 9782296033009

Du Principe de Sécurité (PS) à la Défense générique
par

François LAR DELLE

Les « principes» récemment émergents comme celui de « précaution» ne sont pas énoncés par la philosophie traditionnellement assignée à ce genre d'énoncés. Ce sont des valeurs ou des « tonalités» de société élevées à la dignité de « principes» par leur généralité mondialisée et qui donnent occasion d'intervenir à la philosophie. Ces généralités mondialisées modifient les figures classiques de la lutte politique par la recherche de consensus, et parfois s'y substituent, ce sont des transcendantaux objectifs. « Sécurité» désigne ici 1. des institutions (la « Sécurité» comme service policier de surveillance, de dénonciation et de répression), 2. des activités ou technologies spécifiques (la « sécurisation » des lieux, des biens, des activités, des messages, des personnes) usant de moyens mathématiques, informatiques et philosophiques de sauvegarde ou de protection, 3. des idéologies dites « sécuritaires », voire des philosophies entières (Hobbes), 4. enfin un Principe fondant et distribuant tout cela. On appellera PS le principe qui gouverne la métaphysique classique et moderne de la certitudo comme fondation assurant la validité de la connaissance soit en extériorité (Descartes, Husserl), soit en immanence (Badiou), la sécurité poli-

tique des citoyens (Hobbes), la police ordinaire ou d'exception, toutes les institutions qui ont leur service de sécurité (1'État autoritaire ou non, l'Église, l'Enseignement, etc.), ou la protection des activités comme le commerce international ou le secret militaire. Nous suivrons le plan, 1. Description du PS en fonction des besoins auxquels il répond, nous défendons la thèse qu'il s'agit fondamentalement de protéger ou de défendre l'Individu au sens « moderne» du terme, d'assurer l'intégrité de son être et éventuellement de ce qu'il en reste dans le « sujet ». 2. Critique, sous la forme d'une « dualyse », de la notion d'Individu et de son ontologie dont se soustrait de lui-même, sans opération philosophique, le concept plus primitif et radicalement immanent de l'Homme-enpersonne puis du Sujet qui lui correspond. Nous décomposons l'Individu unitaire en la dualité unilatérale ou générique de l'Homme-en-personne et du sujet-Étranger. 3. Enfin nous proposons un changement de fonction du PS en le transformant et le mettant au service d'une défense générique de l'Homme-enpersonne et de son sujet. Nous substituons la notion de Défense générique à celle de sécurité de l'Individu. Un mot sur l'Individu. L'individu classique, logico-substantiel, un et/ou multiple, doué de représentation et de désir à la manière leibnizienne, est bien connu. Il est opposable au sujet kantien, non-substantiel et doué d' altérité réelle. Nous en proposons un concept plus large qui vaut de ces deux et les réunit en une seule entité et accomplissant l'animal rationnel de la métaphysique. L'Individu requiert trois caractères formalisés ainsi, 1. sa donation intuitive ou extatique et transcendante à la manière d'un étant voire d'un objet, 2. son auto-référence ou l'auto-connaissance dont il est doué, 3. l'opération supplémentaire d'un métalangage. Ces trois traits sont accentués et indissociables dans sa forme historiquement « moderne». Nous lui opposons une conception générique de l'homme sous la forme d'une dualité unilatérale de l'Homme-en-personne et du sujet-Étranger. Le générique ne se définit plus ici par un renversement matérialiste de Hegel, soit physique et sensible (Feuerbach), soit mathématique (Badiou), mais dans le contexte d'une « messianité » strictement humaine. Le séminaire fera circuler le thème de la sécurité de l'Individu à cette autre conception 6

de l'homme. Le PS est le métalangage philosophique nécessaire qui pose la sécurité comme prédicat de l'Individu. Notre problème sera de transformer le PS et d'en permettre un nouvel usage dans le cadre plus général d'une éthique de défense ou de protection de l'homme puis d'une théorie des victimes.

PRINCIPE

TRANSCENDANT

ET PRINCIPE TRANSCENDANTAL

DE SÉCURITÉ

La sécurité s'étend à travers tout le champ social, de la médecine à la théologie. Sa mise sous principe répond à un certain nombre de conditions d'apparition qui l'ont toutes évidemment précédé mais qui finissent par franchir le seuil de la généralité principielle en laquelle elles précipitent après-coup. Le Principe alors les rassemble, les organise et légitime transcendantalement. Ces conditions d'apparition sont les suivantes, des plus superficielles ou plus immanentes, qui conduisent le PS vers son état transcendantal. 1. L'extension du libéralisme commercial et communicationnel, l' internationalisation des échanges et la mondialisation du marché. Plus les échanges de biens supposés individuels se multiplient (marchandises, connaissances, lieux, personnes, messages militaires ou religieux), plus leur sécurité devient une exigence. La sécurisation accompagne la communication généralisée, l'innovation technologique et même les techniques de la sécurisation et du secret exigent le secret. Ce qui est échangé doit être conservé à travers le risque que représente l'échange ou le passage d'un bien, d'un message d'une personne à l'autre, c'est l'individu comme atome social (Marx) défini par l'échange et lissé par la sécurité. Le PS pourrait apparaître comme une modalité du Principe de précaution, lui aussi est protection de la vie humaine contre ses activités mortifères. Mais la définition du risque et de son horizon (écosphère biologique/activités interhumaines de la politique et de la guerre) et du coup son mode d'évitement ne sont pas les mêmes. Cette fonction de défense et d'affirmation de l'Individu signe ses limites politiques, historiques et idéologiques. 2. Plus profondément la sécurisation est inséparable d'un syndrome de perte ou de vol de l'objet possédé. Elle répond ici à des situations incertaines de communication, fluentes ou labiles où les échanges, paroles, messages sont susceptibles d'être dérobés ou caviardés, donc à des objectifs de défense autres que ceux de la guerre qu'elle peut accompagner mais à quoi 7

elle ne se réduit pas. De là par exemple la recherche moderne d'un punctum inconcussum pour les jugements dont la validité pourrait être dérobée par un Malin Génie, ou bien d'un mathème pour la transmission intégrale du savoir, de l'être et de la vérité. Cet agon n'est pas un problème, au contraire, pour les multiplicités ouvertes ou de métissage, pour les entités pré-personnelles, altérités pré-individuelles ou rapports de forces qui sont les objets derniers de la philosophie contemporaine et qui vont avec une certaine insécurité (Deleuze, Foucault, Derrida, mais pas Badiou, philosophe « moderne» soucieux de sécurité par la fermeture du système et du mathème dans l'être, de la « fidélité» dans l'événement et la procédure de soustraction de la vérité, quoique matérialiste et refusant l'Individu et sa
présence)

.

3. Ontologiquement, l'oubli métaphysique du sens et de la vérité de l'Être est l'origine du problème de la sécurité au moins autant que de celui de la technique. La sécurité vicarie la perte du sens authentique ou originaire de l'être. L'être comme sécurité fait comprendre son devenir-technologique et sa présence (plutôt que l'inverse ?), la sécurisation (l' « assurance») est une tendance originale distincte de l'exploitation même si elle est l'objet d'une planification, par ce biais elle entre dans la constitution de l'Individu. D'ailleurs le principe de Raison Suffisante, qui assure contre le risque « calculé» d'un manque de raison de l'Individu, pourrait bien être une modalité du PS. Comme le PS il a pour objet la protection et doit assurer l'intégrité planifiable et exploitable de son « ontologie ». 4. La sécurisation se complique avec la pensée contemporaine. C'est essentiellement une posture de défense qui fait corps avec un syndrome de menace, non seulement de perte de l'objet possédé, mais d'angoisse ou de peur vitale, d'une attaque à la fois intérieure et extérieure à l'Individu comme si cette peur pouvait être anéantie par le règne de l'ordre et de la loi. En posant la peur d'être tué au fondement de l'autorité, Hobbes a une conception classique-moderne de l'Individu comme mécanisme susceptible d'être détruit, et fonde une politique à motivation sécuritaire. Mais pour nous les Contemporains l'Individu se complique de nuances en particulier judaïques. L'angoisse et la souffrance endurées de l'intérieur autant que de l'extérieur ne peuvent plus être contemplées eidétiquement, comme si elles avaient pour objet le risque de cessation d'un mouvement mécanique selon le principe d'inertie, ni admis l'agir sous des règles innées (la menace « moderne» du chaos comme incitation ou « chantage» à l'obéissance, voire à la philosophie - Descartes, Kant, Husserl, cf. la critique de 8

Deleuze). Nous avons peur d'autre chose que d'une destruction mécanique par un Autre moi qui serait lui aussi un mécanisme. L'expérience subie par les «juifs» et la pensée que le judaïsme a su en tirer nous ont débarrassés de ces fantasmes modernes-trop-modernes. Cette angoisse interdit la parole et le contrat, l'usage des signes, c'est la « victime» qui apparaît sous ou dans l'Individu, et pour elle la sécurité a encore un tout autre sens que pour un automate ou un sujet rationnel. Car en sa personne torturée ou exterminée, viennent à coïncidence ou réversibilité les extrêmes de la sécurisation et de l'insécurité. La victime ne peut plus se démettre de sa volonté par un autre acte de volonté et confier au tyran ou au tortionnaire le sort ultime des aveux qu'il lui arrache. Il faut des mesures de sécurité ou de défense d'un type nouveau,une défense de sa subjectivité ou de ce qui lui en reste, de son dernier narcissisme d'individu, à quoi aucun sujet philosophique ne peut renoncer même dans la mort. Le PS devient principe d'immanence de« sécurité insécure », principe transcendantal un peu hésitant et non plus principe transcendant et substantiel comme celui des Modernes les plus affirmés. Avec le problème de la protection et du secret de la terre dus aux victimes et même aux morts sous la forme de derniers rituels de sécurisation des corps (enterrement, enfouissement, dispersion localisée et réglée des cendres, même les charniers, même les morts en terre d'exil conservent un dernier reste de sécurisation), il atteint ses limites d'immanence, là où la sécurisation des morts touche à l'insécurité totale ou coïncide avec elle au minimum de différence près. Il perd sa transcendance de principe, mais reste transcendantal, s'immerge ou s'immanentise dans les réseaux de la sécurisation. Sécurité et insécurité s' enroulent l'une dans l'autre, s'entament l'une l'autre, jusqu'à devenir ellesmêmes une marchandise, le secret comme bien achetable et vendable. 5. Revenons à l'ontologie de l'Individu et à son histoire. Aucun secret ne peut rester absolument secret et doit être montré ou accessible à une instance ex machina ou un méta-langage (Dieu, machine logique, philosophe, analyste) par où se glisse un risque d'insécurité. La sécurisation a un procédé, c'est le secret qui se montre comme secret ou mise au secret, la visibilité des lieux, des personnes, des biens comme étant cachés, visibilité des messages secrets qui doivent pouvoir être accessibles à une crypto-analyse ou identifiés par un algorithme. Il faut enfermer ou emprisonner pour rendre visibles l'emprisonné et l'emprisonnement. La phénoménologie rend manifeste et surveille les phénomènes, c'est une manière de garder leur être secret. La « parousie» passe pour pleine lumière, mais elle a quelque chose d'un « éclaircissement» ou d'une « clairière» par où elle se montre 9

se cachant. Parallèlement la sécurité elle-même se laisse gagner ou envahir par l'insécurité. Le PS démontre son caractère ultime de cercle vicieux, comme si l'atome de l'Individu avouait ses replis, sa dispersion interne, différence ou altérité, comme si la sécurité reconnaissait sa faillibilité. Mais c'est toujours un cercle vicieux.

DUALYSE

DU PRINCIPE

DE SÉCURITÉ

Avant de se demander quelle critique faire de la sécurité qui ne se contente pas d'un refus tout aussi idéologique, il convient, comme nous venons de le rappeler, de lui faire franchir le seuil qui sépare le transcendant et le transcendantal car c'est au-delà de celui-ci que nous devons encore aller, au-delà de son cercle vicieux. De multiples critiques du PS qui ébranlent sa transcendance ou l'immanentisent partiellement sont possibles (Foucault, Deleuze, Derrida), au nom de la production des illégalismes, des minorités et des marginalités, de la dénonciation des normes du contrôle sécuritaire, ou même de la liberté individuelle. Mais ces pensées sont de la Différence, soit encore de l'individu mais évidemment affecté d'un supplément interne et/ou externe d'altérité, et ne peuvent que transiger avec la sécurité comme opération transcendante de sécurisation. Le principe devient ainsi simplement transcendantal et flottant, lui-même insécure. Nous devons chercher un usage plus radical de la sécurité, plus « humain», générique pour tout dire, refusant de compromettre les victimes avec leurs bourreaux, et moins « principiel » et circulaire. Nous définissons en effet la philosophie comme la défense-et-affirmation ensemble de l'homme comme Individu en milieu hostile. Mais nous définissons la « non-philosophie» comme la seule défense de l'homme comme Victime en milieu philosophique c'est-à-dire globalement hostile parce que protecteur déficient et de mauvaise foi. Dans ce contexte le PS ne peut que subir une refonte de sa nature de principe et de ses objectifs de défense et de protection. Il en va de la sécurité comme des droits humains, dont elle fait partie, il aurait fallu élucider au préalable la question de I'homme et des humains pour savoir quels sont leurs droits et à quelle sécurité ils peuvent prétendre en toute justice. Nous défendons les humains non comme Individus ou sujets philosophiques mais en fonction de leur messianité, comme génériquement « Étrangers-pour-cette-terre ».
C'est substituer au PS et à ses ambiguïtés non pas un autre principe mais un autre usage du même principe, quoique transformé dans sa nature de

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principe, sous le nom de défense générique. Il ne diviserait plus la protection en sécurité et en insécurité pour aboutir à un cercle vicieux, mais lui donnerait son identité radicale et ferait de la sécurité une défense a priori indivisible de l'homme. Ce qui est en jeu dans le PS c'est moins la sécurité des humains que celle de l'Individu comme concentré de l'essence de la philosophie, en vertu de l'axiome (justifié par un ensemble d'autres) que toute décision philosophique se fait finalement en vue de renforcer celleci. Les intérêts théorique et pratique de la Raison sont les intérêts de la philosophie, la raison suffisante et sécuritaire est en dernière instance celle de la philosophie qui énonce cet intérêt. Notre problème est de proposer un autre usage de la sécurité qui ne soit plus au service de la philosophie et de l'Individu mais des humains comme sujets-Étrangers. TIn'est évidemment pas question de modifier le PS sans modifier d'abord profondément nos concepts de 1'Homme et du Sujet. Cet autre axiome destiné à transformer les objectifs et les moyens de la sécurité peut se formuler ainsi, il y a un point des humains qui doit être forclos au cercle vicieux du PS, à l'insécurité sécuritaire ou à la sécurité insécure. Les Modernes appellent un point de ce type le fondement ou la fondation ou le premier Étant, le sol ou la Terre. Mais il résulte chez eux d'une décision de partage du cercle, d'un choix de la seule sécurité comme première, ou bien de l'insécurité, pour finalement rétablir leur réversibilité, et en croyant que leur décision détermine réellement l'Homme. Très différemment nous posons que c'est l'Homme-en-personne qui, cessant d'être l'objet des mesures de sécurité ou des techniques de sécurisation, peut seul, comme sans-rapport à l' (in)sécurité, déterminer (<<en-dernière-instance») la balance de leurs rapports. Au lieu de mettre une instance sécurisante donc insécure comme Dieu, l'État ou l'Ordre géométrique avec leur police (Descartes, Hobbes, Spinoza) dans un Absolu interne et externe aux sujets, au lieu d'y mettre un acte insécure et donc sécure comme le chaos ou le jet de dés (Nietzsche, Mallarmé, Badiou), et de faire de l'homme un mode de l'Absolu ou une « fonction d'humanité », nous « constituons» (définissons sur le seul plan axiomatique) les humains avec une Dedans radical ou une immanence mais qui vient à sa manière, qui sous-vient seulement puisqu'il reste le Dedans qu'il est lorsqu'il se fait Dehors. Dehors d'autant plus solide qu'il est la sous-venue clandestine (autre manière de dire une manifestation unilatérale) de l'immanence. Cette posture immanente, qui reste ce qu'elle est sans s'aliéner, ne s'extériorise qu'à moitié, comme un Dehors ou un Être mais solide phénoménalement, résistant contre la suffisance même du hasard et menace métaphysique. L'HommeIl

en-personne donne l'être du tout qu'est l'insécure sécurité auquel il a de droit accès. Ille donne en lui résistant ou en abolissant sa suffisance philosophique. Au lieu que les humains soient le jouet du PS, c'est le PS qui devient un symptôme et un matériel que l'Homme, par le moyen du Sujet, doit déterminer et transformer comme réel, ce qu'il n'était pas et ce qu'il prétendait être (symptôme). C'est sur cette base d'indifférence à toute (in)sécurité, que la posture humaine livre les moyens de la police et de la justice philosophiques comme ontologiquement clandestines sans les déférer à un Être de grand jour ou de parousie, et avant que le sujet-Étranger n'en use comme de mesures contre le tout-sécurité ou le tout-insécurité. Ces « mesures» sont de lutte contre le doublet de l' (in)sécurité qui, rappelons-le, a changé de nature entre-temps et n'est plus celle des choses ou des événements intérieurs au monde mais celle qu'est pour les humains la philosophie comme forme du monde. Ces sujets (indivisibles par les différences philosophiques, signifiantes, dialectiques) ont pour origine la sousvenue de l'Être mais ils ont affaire à la présence suffisante et inaugurent la lutte hors et dans l'espace politico-policier des lois, normes et principes du mélange philosophique de l'ln-sécurité. Ce sont des Étrangers de messianité, ou des messies d' « Étrangéité », ils se présentent comme le Dehors ou le semi-dehors clandestin qui introduit une extériorité ou un phénomène de bord, qui abordent le monde. Parce que l'Homme n'est pas une fonction d'humanité, les sujets-Étrangers sont une fonction de messianité.

LES CATÉGORIES DE LA DÉFENSE GÉNÉRIQUE

Nous postulons par un ensemble d'axiomes qui font l'objet de la nonphilosophie que l'Homme-en-personne et le sujet-Étranger sont unilatéralement distincts et que l'Individu, qui soutient le PS, est leur confusion. L'Étranger présuppose l'Homme (et par ailleurs le monde) qui ne le présuppose pas (ni le monde). On ne peut plus tenir des formules comme celle de Foucault, « ni visible ni caché », en les croyant constituantes du Réel. La double négation, même décapitée de sa dialectique, comme altérité plus ou moins autonome, continue de mesurer I'Homme-en-personne au monde ou à la philosophie qui en est la forme. Il est plutôt ce qu'il y a de positif, c'est-à-dire d'identité radicale ou de réel donc de Sans-rapport, dans le Mi (-lieu) ou l'entre-deux du nL.. ni. Mais pour user à bon droit des nL.. ni, il faut y avoir déjà accès, se les laisser être-donnés. Le terme réel, I'Homme-en-personne, qui a la primauté sur les contraires, et qui donc 12

n'est déterminé ni par l'un ni par l'autre, sous-vient comme Mi(-lieu) ou comme unilatéral. Or l'unilatéral n'est pas la moyenne entre deux termes ou une relation. Il ne peut s'agir d'une moyenne ou, puisqu'il n'yen a pas de toute façon en philosophie, d'une dualité bilatérale. Le Mi( -lieu) est unilatéral, c'est une dualité radicalement asymétrique dont le « terme» réel (1'Homme) n'est pas un terme ou est radicalement immanent. Mais surtout, ceci expliquant cela, sa radicalité ou son immanence fait son identité impartageable. En un sens, on retrouve l'identité qui est un trait de l'Individu, mais elle est devenue radicalement indivisible et inaliénable. L'unilatéralité pourrait se dire « indivi-dualité » à condition qu'il ne s'agisse pas d'une synthèse. C'est l'Identité qui sous-vient comme dualité unilatérale, en quelque sorte comme semi-dualité et définitivement pas comme Individu. Donc trois conditions sont nécessaires pour penser d'une manière générique au sens non-philosophique de ce terme, 1. l'Hommeen-personne en tant que, futural, il sous-vient comme accès a priori à la philosophie, aux principes, etc. ou au monde, 2. cet accès lui-même ou l'Être qui est sous-venue et forme un Mi(-lieu) de clandestinité impartageable, 3. le sujet existant-Étranger auquel l'Être fournit le matériel de symboles qu'il agence dans les axiomes de son discours, messianité du Sujet qui use du philosophique tel que donné sous condition réelle ou humaine contre la philosophie spontanée ou suffisante. Pour la sécurité de son être-secret, l'Homme a donc une autre voie que de se montrer, de se cacher, de mélanger les deux dans des techniques de sécurisation et de cryptographie de son existence, ou bien encore de les refuser l'un et l'autre, de s'y soustraire relativement par un anté-prédicatif (les phénoménologues) ou absolument par le vide matérialiste (Badiou). Tout cela implique une dernière attache supposée constitutive au monde, ce sont des symptômes. Ni manifestation phénoménologique ni inapparence ou non-apparence pour l'Homme, mais parce que l'Homme sousapparaît ou sous-vient, ce pour quoi l'Être n'est ni visible ni caché mais clandestin comme « Étranger» en général ou Mi (-lieu) indécidable du visible et du caché. C'est pourquoi le geste postural de l'Homme-en-personne pour sa propre défense se distingue de l'opération du philosophe qui est de retrait ou de soustraction. C'est un geste, plutôt une posture nonopératoire de sous-venue clandestine et à la clandestinité et qui s' accomplit dans la messianité. Se demander quel est le mode de manifestation de la clandestinité est déjà supposé résolu le problème, elle est alors comprise comme un mode 13