Gouvernance camerounaise et lutte contre la pauvreté

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Dans le cadre de sa philosophie de la gouvernance, l'auteur s'interroge sur la capacité de la gouvernance camerounaise actuelle à lutter efficacement contre la pauvreté. Pour lui, la médiocrité politique de cette gouvernance, remarquable à travers la prospérité des activités illicites désormais banalisées, et le développement du phénomène de la pollution éthique compromettent sa lutte contre la pauvreté.
Publié le : jeudi 1 janvier 2009
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EAN13 : 9782296220256
Nombre de pages : 138
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Gouvernance camerounaise
et lutte contre la pauvreté
Interpellations éthiques et propositions politiquesLucien AYISSI
Gouvernance camerounaise
et lutte contre la pauvreté
Interpellations éthiques et propositions politiques
L'Harmattan@
L'Harmattan, 2009
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion. harmattan@wanadoo.fr
harmattan l@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-07842-0
BAN: 9782296078420AVANT-PROPOS
Ce texte est la forme développée d'un exposé fait,
le 23 novembre 2006, au Centre Culturel Français
François Villon de Yaoundé, dans le cadre du programme
de L'Harmattan au Cameroun. Si le concept dont ce texte
est la forme amplifiée reste, pour l'essentiel, le même en
compréhension, nous avons tenu à l'étendre, en prenant en
compte les interventions pertinentes de ceux qui ont
participé au débat ayant suivi l'exposé de Yaoundé. C'est
principalement pour cette raison que ce qui avait
initialement le format d'une communication d'une
quinzaine de pages, est ici publié sous la forme d'un essai.
Pourquoi s'interroger sur la nature du rapport de la
gouvemance camerounaise actuelle à la lutte contre la
pauvreté?
Une telle interrogation correspond à deux finalités:
il s'agit d'abord d'une préoccupation citoyenne dont
l'objectif est de voir si les interpellations éthico-politiques
à la sanction desquelles la gouvemance camerounaise
actuelle est soumise dans le cadre de cette réflexion,
peuvent contribuer à l'amélioration qualitative de
l'expression de l'humanité et de la citoyenneté des
Camerounais dans ce monde d'Héraclite dont on
proclame, à tort ou à raison, la fin de I'histoire et de la
géographie. Ensuite, étant donné que le Cameroun est pour
nous une métaphore politique, ce que nous pouvons y
vérifier est aussi valable pour les gouvemances analogues
ou semblables. En réfléchissant sur une gouvemance
métaphorique, relativement à la question de la pauvreté,
nous voulons penser, par le fait même, toutes celles dont
elle est l'illustration politique la plus représentative.PRÉFACE
Une philosophie de la gouvemance est-elle
possible? Si oui, de quelle pertinence peut-elle être à côté
des diverses théories du management, surtout par rapport à
celles dont les idéologues de la mondialisation néolibérale
font tapageusement la propagande, et en fonction des
principes méthodologiques desquelles les Institutions de
Bretton Woods exercent effectivement des pressions de
conformité politique et économique sur les États qui sont
financièrement assistés par leurs programmes
d'ajustement structurel?
Répondre à ces questions, revient aussi à définir la
philosophie de la gouvemance, afin de pouvoir la spécifier
soit des théories qui ont le même sujet de réflexion
qu'elle, soit des modes de pensée qui se partagent avec
elle une méthodologie et une infrastructure logique
semblables.
Une philosophie de la gouvemance est possible.
C'est d'ailleurs à travers sa grille de lecture que nous nous
proposons d'évaluer le niveau de pertinence éthique et
politique de la gouvemance camerounaise, relativement à
la lutte contre la pauvreté. Elle peut être définie non
seulement par la spécificité de son infrastructure
conceptuelle, comparée à celle des diverses théories
managériales connues, mais aussi par rapport à sa
méthodologie et à sa téléologie. En focalisant son analyse
sur la qualité de l'exercice du pouvoir politique, en
référence à la place qu'il accorde à liberté, à la justice
sociale et à l'intérêt général, la philosophie de la
gouvemance apparaît comme l'un des aspects de la
philosophie morale et politique qui couvre un champ
conceptuellement plus vaste. Cependant, la philosophie dela gouvernance ne s'intéresse pas à la querelle des
anthropologies qui structure conceptuellement la plupart
des philosophies morales et politiques, au point de les
prédisposer à un conflit de dogmatismes sans issue.
L'intérêt théorique de cette philosophie est centré non
seulement sur le mode de civilisation des préférences
appétitives des individus par les gouvernants, mais aussi
sur la nature des solutions qu'ils apportent au problème de
l'aspiration de l'homme au bien-être et au bonheur ou à
l'amélioration de l'expression de son humanité et de sa
citoyenneté.
Si les analyses de la philosophie de la gouvernance
portent, par exemple, sur la pédagogie citoyenne qui
consiste en l'instrumentalisation des normes publiques de
référence pour donner un sens citoyen et un contenu
républicain à l'expression des préférences particulières,
c'est pour pouvoir penser la performativité de la
gouvernance, non plus suivant les seuls critères
économiques de compétitivité ou de rentabilité, mais par
rapport à l'efficacité avec laquelle l'exercice de ces
normes prévient, empêche ou réduit la dynamique
prédatrice des asticots sociaux et la pollution éthique de
ceux qui se rapportent habituellement au vivre-ensemble
sur le mode de la transgressivité.
En s'intéressant à l'étiologie de la médiocrité
politique et à la pauvreté éthique des gouvernances
conjoncturelles, cette philosophie vise la détermination
des conditions de possibilité de sa correction dans le sens
de l'amélioration de l'expression de l'humanité et de la
citoyenneté de I'homme dans le vivre-ensemble.
En évaluant la stylisation du pouvoir politique
camerounais, relativement au traitement de la question de
la pauvreté, nous inscrivons donc notre réflexion dans le
8champ conceptuel qu'il est convenable d'appeler la
philosophie de la gouvernance. Si nous faisons de la
gouvernance, concept devenu très usuel dans les
différentes théories managériales, un sujet de réflexion
philosophique, c'est d'abord parce que la philosophie a un
spectre conceptuel si ouvert qu'elle peut aussi, en fonction
de sa propre méthodologie, procéder à l'analyse d'un type
d'exercice du pouvoir suivant les défis qu'il doit relever
face, par exemple, à l'appauvrissement de l'humanité et de
la citoyenneté de l'homme dans un monde qui tient de plus
en plus le discours marchand et de moins en moins le
langage humain. Cela s'explique aussi par le fait que la
question de la gouvernance est trop importante pour que
les théories managériales puissent suffire à la cerner. Si la
philosophie a intérêt à figurer la gouvernance parmi ses
sujets de réflexion, c'est parce que de son orientation
éthico-politique dépend considérablement la qualité de
l'expression de I'humanité et de la citoyenneté des
hommes dans le vivre-ensemble.
Comme on peut le remarquer, la philosophie de la
gouvernance relève d'une approche différente de celle des
théories managériales dans lesquelles la gouvernance est a
priori technologisée et médicalisée. En subordonnant
beaucoup plus la «pragmatisation» du politique aux
intérêts économiques qu'aux intérêts humains ou en
élaborant des programmes d'ajustement économique
dépourvus de toute plus-value éthique, les théories
managériales surtout influencées par l'idéologie de la
mondialisation néolibérale, sont discréditées par la
philosophie de la gouvernance dont la fin est d'évaluer le
niveau de pertinence éthique et politique d'un style de
pouvoir, relativement aux fléaux qui, comme la pauvreté
et la corruption, minent l'humanité et la citoyenneté de
l'homme.
9En concevant la politique comme un programme
ou une méthode d'action qui destine le pouvoir à la
protection de l'humanité et de la citoyenneté de l'homme
dans le vivre-ensemble, la philosophie de la gouvemance
se distingue de la techno-politique et de la techno-
économie dont la fin est d'élaborer des recettes
managériales indispensables à la performativité des
organisations.
Parce qu'elle n'émarge pas simplement dans le
positivisme caractéristique des disciplines qui, par pudeur
méthodologique, se contentent d'analyser l'existant et
préfèrent les jugements de fait ou de réalité aux jugements
de valeur, la philosophie de la gouvemance partage avec la
philosophie morale et politique le souci d'ordre
téléologique, celui de finaliser le politique sur
l'amélioration de la qualité de l'expression de l'humanité
et de la citoyenneté de I'homme dans le vivre-ensemble.
Comme la philosophie morale et politique dont elle
participe, la de la gouvemance subordonne ses
analyses à la conception de meilleurs paradigmes éthico-
politiques. Si elle investit, par exemple, son analyse dans
le traitement de la question du sens citoyen et du contenu
républicain à donner à l'expression des préférences dont la
partialité et l'hétérogénéité sont de nature à compromettre
le vivre-ensemble, c'est parce qu'elle ne se contente pas
de rendre intelligible un style de pouvoir donné. Si son
analyse est nécessairement assortie d'interpellations
éthiques et de propositions politiques, c'est parce qu'elle
est très soucieuse de voir I'humain occuper davantage de
place dans telle ou telle gouvemance, quitte à faire de
l'État un espace véritablement éthique.
En plaçant cette réflexion sous le signe de la
philosophie de la gouvemance, nous voulons évaluer
l'intention axiologique de la gouvemance actuellement en
10vigueur au Cameroun par rapport à la question de la
pauvreté. Étant donné que nous considérons ce style de
pouvoir comme politiquement métaphorique, nous
estimons que les solutions à proposer éventuellement pour
la correction de ses défauts d'efficacité dans la lutte contre
la pauvreté, peuvent valoir pour toutes les gouvemances
semblables.
Lucien Ayissi
11INTRODUCTION
La notion de gouvernance n'apparaît pas chez les
premiers penseurs sociaux. Selon Philippe Moreau
Defarges, «le terme serait né en France au
XIIe siècle, avec un sens très technique: la direction de
bailliages. Les historiens anglais du Moyen Âge se
réfèrent à la governance pour caractériser le mode
d'organisation du pouvoir féodal. »1 Pour Bernard Cassen,
c'est plutôt au XIIIe siècle que le terme gouvernance est
utilisé dans l'ancien français pour désigner l'art de
gouverner. Après être tombé en désuétude, il réapparaît à
la fin des années 1980 dans le discours de la Banque
Mondiale, pour être repris, dans un sens idéologique, par
les autres agences de coopération, le Fonds Monétaire
International et par le Programme des Nations Unies pour
le Développement2 qui lui assignent la fonction de réduire
la souveraineté de l'État au profit d'un marché sur les
intérêts économiques duquel il doit se contenter de veiller
en bon gendarme.
Toutefois, qu'il s'agisse de son acception
technique, politique ou idéologique, le concept de
gouvernance a pour référence un style de pouvoir ou
d'administration de la cité. C'est pourquoi la gouvernance
renvoie d'une part à une méthode de gouverner, et d'autre
part à une finalité politique. C'est par rapport à cette
double référence méthodologique et téléologique qu'il est
par exemple possible de parler de gouvernance dans la
cybernétique de Platon. Chez ce philosophe, l'idée de
gouvernance est remarquable à travers les métaphores
1- Philippe Moreau Defarges, La Gouvernance, Paris, PUF, Collection
« Que sais-je? », 2003, p. 5.
2- Bernard Cassen, «Le Piège de la gouvernance », in Le Monde
Diplomatique, juin 2001, p. 28.

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