Henri Bergson en Espagne

De
Publié par

Henri Bergson, l'un des grands restaurateurs, à la fin du XIXe - début du XXe siècle, de la métaphysique et d'une pensée concrète sur l'homme, connaît en Espagne une histoire « contrariée ». Pourtant, dès le début du siècle, ses philosophèmes circulent et se métabolisent à travers de nombreuses sphères de la pensée espagnole. Qui en sont les grands protagonistes dans ce pays ? Des acteurs souvent inattendus, qui, pour beaucoup, entretiennent un lien « contrarié » avec lui.
Publié le : mercredi 1 juillet 2015
Lecture(s) : 22
Tags :
EAN13 : 9782336387338
Nombre de pages : 216
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
travaille actuellement sur la spéciIcité de la philosophie espagnole. Elle a publié, en 2013,
13-062537-7.
Camille LACAU ST GUILY
HENRI BERGSON EN ESPAGNE
Une histoire contrariée (1875  1930)
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
Henri Bergson en Espagne Une histoire contrariée(1875 - 1930)
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Robert PUJADE,Fantastique et Photographie, Essai sur les limites de la représentation photographique, 2015. Nassim EL KABLI,La Rupture. Philosophie d’une expérience ordinaire, 2015. Laurent CHERLONNEIX,De la volonté de vérité à la Mort de dieu, 2015. Paul DUBOUCHET,De Georg Wilhem Friedrich Hegel à René Girard. Violence du droit, religion et science, 2015. Oscar BRENIFIER,Apologie de la métaphysique. Ou l’art de la conversion, 2015. Reza ROKOEE,L’attitude phénoménologique comparée, de Husserl à Avicenne, 2015. François BESSET,L’âme de la guerre. Petite métaphysique de la Nation, 2015. Philippe FLEURY,Hegel et l’école de Francfort, 2015. Pierre ZIADE, Généalogie de la mondialisation, analyse de la crise identitaire actuelle, 2015. Hamdi NABLI,Foucault et Baudrillard : la fin du pouvoir, 2015 Richard GROULX, Michel Foucault, la politique comme guerre continuée. De la guerre des races au racisme d’État, 2015.Miklos VETÖ,De Whitehead à Marion. Éclats de philosophie contemporaine,2015.Auguste NSONSSISSA,Recherches philosophiques sur les théories des formes complexes, 2015. Nikos KAZANTZAKIS,Friedrich Nietzsche et la philosophie du droit et de l’État, 2015. Thierry HOULLE,Eau et reflets dans la philosophie de Platon, 2015. Paul DUBOUCHET,Tout comprendre avec René Girard du moi aux grands problèmes actuels, 2015.
Camille LACAUSTGUILYHenri Bergson en Espagne Une histoire contrariée(1875 - 1930)
Ouvrage « du même auteur » : María Zambrano,La tumba de Antígona (y otros textos sobre el personaje trágico)», octobre 2013 (programme deSérie Espagnol , Paris, Puf-CNED, « l’agrégation interne 2014),ISBN 978-2-13-062537-7, 190 p. © L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-06668-4 EAN : 9782343066684
Introduction Dans son livreLa gloire de Bergson, François Azouvi montre comment le plus grand philosophe de la Troisième République française, Henri Bergson (1859-1941), et sa pensée philosophique, le bergsonisme, à un moment en France, dans les années 1900-1914, « a coloré toute la culture ». L’originalité de la démarche d’Azouvi provient de son travail d’historien culturel. Jamais ce qu’il appelle les sphères « excentrées » de la métaphysique, que la philosophie bergsonienne a beaucoup animées, ne sont envisagées avec dédain. Comme lui, je ne peux pas concevoir que le transfert d’une pensée comme celle de Bergson dans des univers non métaphysiques, qui entraîne de fait la dilution de ses contours philosophiques, corresponde à une forme de « dégradation » ou de déperdition intellectuelle. J’ai essayé de restituer l’ampleur [de l’« effet » Bergson, de ce phénomène sans précédent qu’a été sa gloire] en procédant par cercles concentriques, depuis le milieu des spécialistes aptes à discuter à armes égales avec l’auteur […], jusqu’aux réseaux de plus en plus larges, de plus en plus éloignés du monde des philosophes, les réseaux de ceux qui entendent dans cette philosophie l’appel de 1 Dieu, la voix de l’exaltation esthétique et un hymne à la libération politique . Il ajoute : « Il va sans dire que, s’il y a eu un phénomène Bergson, c’est à l’écho de sa doctrine dans ces mondes excentrés qu’on le doit 2 entièrement. » Il ne faut pas voir, comme le font certains, ces « échos » comme des contre-sens. L’herméneutique rigoureuse des textes philosophiques n’est pas la seule réponse que l’on peut leur donner, l’unique existence possible de ces textes en-dehors d’eux-mêmes. D’autres peuvent les comprendre et les faire vivre dans un espace disjoint de l’espace philosophique, des spécialistes. Et c’est ce que j’aborde dans ce livre qui a fait l’objet de ma thèse soutenue en 2010, à Paris III, sous la direction de 3 Serge Salaün . Ce livre ne consiste pas en une analyse du bergsonisme stricto sensu, même si l’étude philosophique des trois premières grandes
1 François Azouvi,La gloire de Bergson. Essai sur le magistère philosophique, Paris, Gallimard, Nrf, 2007, p. 18. 2 Idem. 3 Camille Lacau St Guily, « Une histoire contrariée du bergsonisme en Espagne (1889- années 1920) », thèse soutenue le 27 novembre 2010, à Paris III.: FrançoisComposition du jury Azouvi, Paul Aubert, Marie Franco, Yvan Lissorgues, Serge Salaün. Consultable dans son intégralité sans les annexes :Une histoire contrariée du bergsonisme en Espagne (1889-années 1920), Alicante, Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes, 2011, 662 p. Je remercie particulièrement mon directeur de thèse, le Professeur Serge Salaün, qui m’a accompagnée, dans ce travail, avec une très grande bienveillance et confiance, ainsi que le laboratoire du CREC de Paris III, où je n’ai pas seulement rencontré un groupe de chercheurs, mais des amis.
5
œuvres de Bergson Essai sur les données immédiates de la conscience(1889),Matière et Mémoire(1896) etL’Évolution Créatrice(1907) — a été un préalable nécessaire. Mon but consiste à y découvrir l’histoire de ce que certains voient comme des « contre-sens » et que j’interprète comme des « sens » bergsoniens, non pas dans le pays où ils émergent initialement, mais chez son voisin, où ils sont réinventés secondairement : l’Espagne. Ainsi, je considérerai la vie du bergsonisme, dans des circonstances singulières, celles de l’Espagne de la Restauration, contemporaine du bergsonisme, sans perdre de vue ce qu’il signifie en soi : une philosophie de la durée, de la liberté, une philosophie qui découvre en l’homme une conscience créatrice, intuitive, dynamique et fluctuante, qui s’oppose au moi social, superficiel et spatial, celui de ladoxa. Dans l’histoire des idées, le bergsonisme signifie la restauration de la métaphysique, de la spiritualité, mais d’une métaphysique « positive », au sens philosophique où elle cherche à parler du réel, du concret de l’homme, de la vie de la conscience. Il critique, en cela, les e e philosophies de la fin du XVIII et celles qui ont régné sur tout le XIX , comme le positivisme, le mécanisme, le déterminisme, le matérialisme, le dogmatisme, tout intellectualisme conceptuel, oublieux de la vie, tel que le kantisme ou l’hégélianisme. Il est, en ce sens, anti-intellectualiste mais non pas anti-intellectuel. Le bergsonisme correspond à la soif idéaliste qui se déclare dans une Europe qui asphyxie sous l’empire souvent déshumanisant de la science. Il est donc un sursaut idéaliste, spiritualiste, vitaliste qui e e secoue l’Europe à la fin du XIX - début du XX siècle. Friedrich Nietzsche (1844-1900), William James (1842-1910), Edmund Husserl (1859-1938), John Dewey (1859-1952) ainsi que les esthètes symbolistes, sont d’autres icônes de cette réaction « humaniste ». L’homme, dans sa réalité concrète et intime, et ses « impressions » acquièrent de nouveau une valeur 4 critériologique . Or, pourquoi étudier le bergsonisme en Espagne ? Plusieurs raisons expliquent ce choix. D’abord, lorsque Rose-Marie Mossé-Bastide montre que Bergson est devenu, « entre 1900 et 1914, l’éducateur de toute l’élite 5 intellectuelle de la nation française » , et qu’Azouvi expose le magistère exercé par Bergson, en France, situant lui aussi son exercice entre 1900 et 6 1914 , un hispaniste ne peut que se demander quel fut son impact sur l’Espagne. En effet, comme le souligne Serge Salaün, « il n'y a jamais eu de Pyrénées pour les intellectuels espagnols soucieux de modernité : la France
4 On le voit notamment à travers le mouvement philosophique, initialement américain, du pragmatisme dont William James est une grande figure de proue et auquel Bergson est associé, dès 1907, avec la parution de sa troisième grande œuvre,L’Évolution Créatrice. 5 Rose-Marie Mossé-Bastide,Bergson éducateur, Paris, Puf, 1955, p. 73. 6 Après la Grande Guerre, la philosophie de Bergson perd de sa force et de son influence. Les responsabilités politiques du philosophe, son prix Nobel de littérature reçu en novembre 1928, entre autres, font de lui un « classique », une figure académique qui n’attire plus ceux qui construisent les nouvelles modernités culturelles de l’époque (Azouvi,op. cit., p. 317).
6
et, à travers elle, toute l'Europe leur ont toujours fourni des modèles et des 7 références, politiques et culturels » . L’Espagne, particulièrement à la fin du e e XIX et au début du XX siècle, voit dans la France un paradigme intellectuel et culturel dont elle tente d’acclimater certaines idées. À cette époque, les pensées les plus hétérogènes, comme celles des Français Hippolyte Taine (1828-1893), Ernest Renan (1823-1892), Théodule Ribot (1839-1916), Émile Durkheim (1858-1917), Charles Baudelaire (1821-1867), Stéphane Mallarmé (1842-1898), Paul Verlaine (1844-1896), déferlent sur l’Espagne, tout comme celles des Allemands Nietzsche, Arthur Schopenhauer (1788-1860), du Danois Søren Kierkegaard (1813-1855) et d’autres encore, le font par le canal de la France. Celle-ci n’est donc pas seulement un paradigme mais aussi un vecteur culturel pour l’Espagne. Une partie du pays est, dès le début de la Restauration bourbonienne, en 1875, désireux de se reconstruire, comme le montre déjà la période du Sexenio democráticoLes intellectuels espagnols progressistes (1868-1874). ne tolèrent plus la décadence dans laquelle leur pays est enlisé. Il faut le « régénérer ». Dès le début de la Restauration bourbonienne et avant même l’émergence des grands théoriciens du régénérationnisme — tels Joaquín Costa (1846-1911) qui publie, en 1898,Colectivismo agrario en España et Oligarquía y caciquismo como la forma actual de gobierno en España, ou Lucas Mallada (1841-1921) qui publie, en 1901,Los males de la patria y la futura revolución española(1890), ou Ricardo Macías Picavea (1847-1899), El problema español. Hechos, causas, remedios—, un courant, en 1899 régénérationniste espagnol émerge, en Espagne, porté notamment par des « hétérodoxes » krausistes. Ces hommes sont les héritiers de Julián Sanz del Río (1817-1869) qui a tenté de se faire le passeur culturel de la philosophie allemande de Krause (1881-1932). Mais paradoxalement, les « krausistes » ne sont pas très attachés au contenu idéaliste, post-kantien, de cette philosophie. Leur obédience krausiste est surtout le signe qu’ils souffrent de l’autarcie culturelle dans laquelle vit l’Espagne ; et l’une des grandes solutions au problème espagnol est, pour eux, « l’Europe ». Ils cherchent, en s’exprimant à toutes les tribunes possibles, à synchroniser leur pays décadent avec les modernités intellectuelles d’alors, européennes et mondiales. Leur rôle est fondamental, il s’agit de dissoudre la « légende noire » qui pèse sur lui, depuis la guerre de l’Espagne post-tridentine de Philippe II (1527-1598) contre le protestantisme et le sortir de son obscurantisme. Chaque siècle e apporte son lot de débâcle à l’Espagne. Le XIX siècle s’achève sur le « désastre de 1898 », la rétrogradant au banc des nations dégénérescentes. Ainsi, avant même que ne soit théorisée cette notion de « légende noire » espagnole, un sentiment assaille les régénérationnistes, à la fin du
7 Serge Salaün, « Les Avant-gardes poétiques espagnoles (années 20 et 30) : Mimétisme et originalité »,Semiotische Weltmodelle, Hartmut Schröder, Ursula Bock (Hg.), Berlin, Lit Verlag, 2010, p. 481.
7
e XIX siècle, celui d’être une nation « problématique ». On parle du «problema español». Face à cette « légende noire », les krausistes se veulent les héritiers des Lumières, en Espagne ; ils cherchent à sortir leur pays de « l’état de 8 tutelle » , dans lequel il est maintenu. Ils actualisent leur opposition, en créant, en 1876, une Institution pédagogique libre, appeléeInstitución Libre de Enseñanza(ILE), sorte de réponse régénérationniste des Lumières à l’obscurantisme qui ne cesse de les retarder. Ils veulent, eux aussi, comme l’ont fait les autres pays d’Europe, accéder à leur âge de raison. Les « institutionnistes » pensent que la régénération de l’Espagne ne viendra pas du politique, au sens strict, dans un processus descendant, mais de l’éducation, de façon ascendante. Pour eux donc, si l’Espagne « officielle » vit en autarcie, enracinée dans le conservatisme et un dogmatisme, entre autres, néothomiste, l’Europe est la solution, le vecteur essentiel de la régénération nationale. Pourtant, malgré l’européanisme des « régénérationnistes » de laILE, ils ne semblent pas accueillir, du moins à la e e fin du XIX - tout début du XX siècle, la tentative de restauration de la métaphysique que constitue le bergsonisme, dans la modernité d’alors, comme l’un des moyens pour libérer l’Espagne des fers qui la retiennent, dans l’ombre d’une Caverne obscurantiste. Mais alors pourquoi se lancer dans l’analyse de l’impact de Bergson et du bergsonisme, si l’Espagne est une terre qui leur esta priori? inhospitalière J’ai commencé mes recherches doctorales avec un fort préjugé. J’étais convaincue que l’Espagne avait accueilli Bergson, avec enthousiasme, et je trouvai rapidement suspect, presque inquiétant, que personne n’ait jusqu’à présent travaillé, de façon globale, sur l’histoire espagnole du bergsonisme. L’Espagne étaita priorila terre d’une philosophie, certes non systématique, mais existante. Les penseurs espagnols ne sont pas, en effet, pour la plupart des métaphysiciens, mais des (méta-)physiciens. Leur pensée élève l’organique, l’intériorité humaine, viscérale et charnelle à unlogos qui n’accorde pas de primauté à la raison. Leur « logique » est paradoxale : elle est -physique. J’ai donc pensé que la philosophie de Bergson devait avoir eu un fort impact dans ce pays. Et, alors que j’imaginais défendre l’hypothèse doctorale de l’hispanisation du bergsonisme, que l’Espagne avait transformé le bergsonisme réel en un bergsonisme organique, charnel et viscéral, en une mystique organique, qu’elle l’avait « inviscéré », je fus déçue de constater que Bergson n’avait pas tant enthousiasmé les penseurs espagnols,a prioridu moins et dans ses premiers contacts. Comment une terre de tradition mystique, fascinée par l’intériorité et l’intime, pouvait-elle se désintéresser d’une philosophie qui avait éveillé, en France, en Europe et dans le monde, la joie presque extatique de redécouvrir le concret, la réalité intime, fluctuante, ondulante et durative de l’homme ? J’ai sans doute pensé trop 8 Emmanuel Kant, « Qu’est-ce que les Lumières ? ».
8
vite que l’Espagne produirait un bergsonismesui generischair et de« de sang » et qu’elle accueillerait Bergson tout autant que Nietzsche, en sauveur dionysiaque. C’était peut-être trop confondre justement le nietzschéisme et le bergsonisme. La destinée du bergsonisme serait autre, en Espagne, que triomphale et glorieuse. Par ailleurs, beaucoup ne croyaient pas en la pertinence de ce travail, considérant que l’Espagne n’était pas une terre de philosophes et qu’elle était même une sorte d’antonomase de la nation aphilosophique. Et même si je ne croyais pas que la philosophie ne pût revêtir qu’une forme d’existence possible — la pensée systématique —, il m’apparut aussi, progressivement, que l’Espagne ne montrait pas d’appétence particulière à philosopher, mêmesui generismême sur et Bergson, initialement du moins. Pourquoi donc s’intéresser à un pays, peu animé par le « sens philosophique », qui, de surcroît, n’était pas capable de produire de « vrais » philosophes, des philosophes de système ? Après tout, l’Espagne n’avait-elle pas toujours pâti d’un « déficit doctrinal » (Serge Salaün) ou théorique, dans tous les domaines ? À la suite de ces découragements qui me navraient peut-être moins pour mon travail personnel que pour entendre dire que l’Espagne ne savait pas « philosopher », je voulus comprendre pourquoi la « vraie » philosophie ne semblait pas circuler en Espagne. Pourquoi beaucoup d’hispanistes lançaient-ils d’un ton sceptique : « Je ne savais pas que Bergson avait eu une influence particulière en Espagne. Pourtant l’Espagne n’est pas une terre de philosophes » ? N’est-ce pas une interrogation légitime que de demander quels facteurs ont pu empêcher certains transferts culturels philosophiques, alors que la poésie de Baudelaire, celles de Mallarmé ou de Verlaine, avaient été facilitées dans leur diffusion espagnole ? Pourquoi, alors qu’en 2007, Azouvi publiait un texte prouvant le magistère exercé par Bergson, en France, ce dernier n’avait-ila prioripas connu une « immense gloire » dans le pays voisin — la France constituant depuis longtemps un intermédiaire de toutes les modernités culturelles pour l’Espagne ? Cette absence — qui se révéla plus tard être plutôt une « présence contrariée » — ne semblait pas avoir jusqu’à présent étonné grand monde. Peu de choses ont été écrites sur Bergson en Espagne. C’est toujours de façon sporadique que la critique s’est arrêtée sur le bergsonisme dans la péninsule ibérique, ne se demandant jamais s’il y eut un « bergsonisme espagnol » ou pour quelles raisons il aurait été inexistant. Ou alors certains, comme Alain Guy — qui se consacra à l’étude de la philosophie espagnole —, soutenaient dans leurs articles l’omniprésence du bergsonisme, en Espagne, comme une évidence, dans les milieux intellectuels « fin-de-siècle », mais ne la prouvèrent pas toujours de façon satisfaisante. Yvan Lissorgues, spécialiste de l’écrivain et critique littéraire Leopoldo AlasClarín(1852-1901), est l’un des rares à s’être penché sur la question, en adoptant une méthode d’histoire culturelle. Il a cherché à donner une
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.