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Histoire des ongles

De
104 pages
Les ongles font partie des productions apparentes et persistantes à la surface de la peau, que l'on regroupe sous le nom de "phanères", mot qui à l'origine signifiait visible, évident, apparent, manifeste. Les ongles ont donné lieu à une symbolique tout aussi ancienne qu'abondante (croyances populaires, registres médicaux ou religieux, esthétiques de Poe et de Mallarmé...). C'est donc à partir de ces interprétations que se révèlent certains enjeux de la forme artistique, puisque l'art lui-même est apparent et manifeste.
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Éric Hervieu
HISTOIREDES ONGLES Essai sur l’apparent et le manifeste
HISTOIRE DES ONGLES
Acteurs de la Science Fondée par Richard Moreau, professeur honoraire à l’Université de Paris XII Dirigée par Claude Brezinski et Roger Teyssou La collection Acteurs de la Science est consacrée à des études sur les acteurs de l’épopée scientifique moderne ν à des inédits et à des réimpressions de mémoires scientifiques anciens ν à des textes consacrés en leur temps à de grands savants par leurs pairs ν à des évaluations sur les découvertes les plus marquantes et la pratique de la Scienceέ Dernières parutions Letizia JOUFFROY,Bach et Händel, Deux musiciens illustres dans le noir, Les barbiers à l’aube de la chirurgie, 201θέ Michel ROUFFET,Mais comment en est-on arrivé là ? La terre de 4000 à 4,5 milliards d’années,201θ Roger TEYSSOU,Jean Wier. Des dieux, des démons, des sorcières,201θέ Sofiane BOUHDIBA,Pavillon jaune, Histoire de la Quarantaine, de la Peste à Ebola,201θέ François DEMARD, Pierre MANDRILLON,Dans l’œil du cyclotron, 201θέGilles GROS,Pierre Fauchard, ce génie de l’épistémologie en art dentaire, 201θέ Robert LOCQUENEUX, L’électricité au Siècle des lumières.Nollet, Franklin & les autres,201θ.Jean PERDIJON,Les physiciens sont-ils des intellectuels ? Petit traité (illustré) de culture physique, 201θέ Francis WEILL,: mémoiresFolie du monde et vertige des religions d’un vieux médecin,201θέ Jean Dominique BOURZAT,Une dynastie de serruriers à la cour de Versailles. Les Gamain, 201θέ François TRON,Maladies auto-immunes. Quand notre système de défense nous trahit, 2015 Roger TEYSSOU,Orfila. Le doyen magnifique et les grands procès criminels au XIXè siècle. El decano magnifico, 2015 Gilles GROS,Histoire et épistémologie de l’anatomie et de la e physiologie en art dentaire, de l’Antiquité à la fin du XX siècle, 2015 Simon BERENHOLC,L’Homme social, à son corps dépendant. Analogies comportementales entre les cellules biologiques et les sociétés humaines, 2015έ
Éric HervieuHistoire des ongles Essai sur l’apparent et le manifeste
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttpμ//wwwέeditionsάharmattanέfr ISBN μ 9ι8ά2ά343ά1108θά8 EAN μ 9ι823431108θ8
« L’amour s’étend et grandit sans cesse, de sorte que nos ongles insensibles sont capables d’aimerέ » Gέ Green,La fin d’une liaisonέ
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Un vêtement d’ongles
Nous disons compter sur ses doigts mais ce sont les ongles que nous observons, ou plutôt qui nous observent en train de compterέ Ceci ne doit pas étonner outre mesure, si nous considérons une certaine théorie sur l’origine des chiffres qui connut quelque succès en son tempsέ Nous la tenons d’un ouvrage anonyme intituléGerbes d’histoires africaines, paru à Alger en 1928, et dont l’auteur nous informe qu’il la tient luiάmême d’un livre, autre livre, lui aussi anonyme, ayant pour titreVoyage en Algérie de Napoléon III en 1865.Cette théorie confère à nos chiffres une origine qui n’est ni arabe, ni indienne, mais plutôt juive puisqu’elle la rattache au roi Salomonέ C’est un certain Gerbert, appelé Gerbert d’Aurillac qui en serait l’auteur, mais la postérité le conservera sous un autre nom que nous dirons tout à l’heureέ
On situe mal son année de naissance, 935 ou 940 en Aquitaine, la date n’est pas sûre, non plus d’ailleurs que l’endroitέ On dit qu’il fut élevé au monastère bénédictin de SaintάGérauld, à Aurillac justement, où il s’y fit remarquer par le comte de Barceloneέ La raison précise de cette distinction nous échappeέ Il faut croire qu’elle prit de la place dans l’esprit du comte puisque celuiάci décida de l’emmener avec lui en Espagneέ Gerbert séjourna d’abord à Séville, puis à Cordoue, où il
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s’initia à la connaissance de l’arithmétique et de la cosmographie auprès de divers mathématiciens arabesέ Il consacrait ditάon beaucoup de temps au travail et à l’étude, de sorte qu’il fut bientôt décrit comme l’un des plus savants de sa générationέ
 Évidemment, cette renommée fit des envieuxέ Ceuxάci, ruminant leur amertume, rapidement convertie en haine, ne laissèrent pas échapper une occasion de médire sur son compte et de se soulager un peuέ Des calomnies jaillirent, se propagèrent, firent du bruit, sibien qu’on en vînt un jour à soupçonner Gerbert de sorcellerie et notre savant dut s’enfuirέ  Il partit pour l’Allemagne où Otton II, empereur d’Occident, l’accueillit favorablement ν et pourtant, on retrouva bientôt Gerbert à Reims où l’archevêque Adaîbéron le nomma écolâtreέ Il se fit des disciples, parmi lesquels Robert, fils de Hugues Capetέ  En 990, le successeur de l’archevêque, Arnould, ayant été déposé par le concile de SaintάBasle, Gerbert fut nommé pour prendre sa placeέ Mais il ne demeura pas très longtemps dans ses fonctions archiépiscopalesέ Il démissionna en 99θ, effectua ensuite un séjour auprès de l’empereur Otton III, dont il était l’ami après en avoir été le précepteur, et s’en alla trouver le pape Grégoire V qui lui attribua l’archevêché de Ravennes en 99ιέ Deux ans plus tard, Gerbert fut élu pape et prit le nom de Sylvestre IIέ  C’est sous ce nom que Gerbert d’Aurillac passa donc à la postéritéέ  Malgré un pontificat assez court – il mourut à Rome en 1003 – on dit qu’il fut énergique et qu’il sut imposer son autorité, notamment aux princes chrétiens, en les obligeant à respecter les institutionsέ Mais sa grande
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préoccupation fut de lutter contre l’expansion de l’Islam en Orientέ C’est sur ce terreau que poussa sa théorie des chiffres dont il rattacha l’origine au roi Salomon, et à laquelle par ailleurs il consacra un ouvrage intituléSur les nombresέ  De ce fait, cette théorie est sujette à caution, dans la mesure où elle se mêle à une volonté de rompre la domination musulmaneέ Mais un autre point mérite d’être souligné qui n’apparaît pas dans la théorie de Sylvestre IIέ  On dit que le roi Salomon régnait sur plusieurs royaumes, de l’Euphrate jusqu’à la Méditerranée, de Tifsah jusqu’à Gaza, c’est pourquoi cet immense territoire était appelé Transeuphratèneέ La seule puissance était loin de caractériser Salomon dont les subordonnés étaient déjà des rois, de même que l’étendue presque sans fin ne caractérisait son royaumeέ Il connaissait la célébrité et sa célébrité était doubleέ Elle concernait sa sagesse et sa richesseέ  Sa sagesse tout d’abord dont on dit qu’elle s’en vint toucher les oreilles de la reine de Saba, et qu’elle lui rendit visite pour cette seule raisonέ Une sagesse qui surpassait celle de Etân l’Ezrahite ou même celle des fils de Maholέ Pour tout dire, aucun homme ne le surpassait en sagesse, comme en attestent ses 3000 proverbes passés eux aussi à la postéritéέ  De sa richesse enfinέ On a dressé la liste de ses besoins quotidiens, pour lui et sa suite, liste plus étendue que son propre royaume μ 30 kors de semoule, θ0 kors de farine, 10 boeufs gras, 20 bœufs de pâturage, 100 moutons, des gazelles, des chevreuils, etcέ Une liste plus étendue que son royaume, on le voitέ  Certainement, mais au fait comment comptait Salomon ς
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