IDEES (DES) CRITIQUES EN CHINE ANCIENNE

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Au début du XXIe siècle, qu'en est-il de la compréhension de la réalité du Monde Chinois ? Pourquoi l'analyse de l'antiquité chinoise est-elle essentielle à cette perspective ? Une connaissance réelle de la culture chinoise offre au lecteur l'accès aux débats internes, aux tensions entre les points de vue. Pour explorer la dimension critique de la culture chinoise, il faut lire les textes de la Chine ancienne qui n'appartiennent pas au corpus officiel et en chercher le sens.
Publié le : samedi 1 janvier 2000
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EAN13 : 9782296398672
Nombre de pages : 136
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DES IDÉES CRITIQUES EN CillNE ANCIENNE

Collection L'Ouverture Philosophique dirigée par Dominique Chateau et Bruno Péquignot

Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou ... polisseurs de verres de lunettes astronomiques.

Dernières parutions

Didier RAYMOND (éd.), Nietzsche ou la grande santé, 1999. Michel COVIN, Les mille visages de Napoléon, 1999. Paulin Kilol MULATRIS, Désir, sens et signification chez Sartre, 1999. Marcel NORDON, Quelques énigmes scientifiques de l'Antiquité à notre temps, 1999. Alexandra ROUX, La question de la mort, 1999. Bourahima OUATTARA, Adorno et Heidegger,' une controverse philosophique, 1999. Agemir BA V ARESCO, Le mouvement logique de l'opinion publique, 1999. Michel VERRET, Dialogues avec la vie, 1999. Nicolas FÉVRIER, La théorie hégélienne du mouvement à Iéna (1803-1806), 1999. David KONIG, Hegel et la mystique germanique, 1999. Gérald HERVÉ et Hervé BAUDRY, La Nuit des Olympica, Essai sur le national-cartésianisme (4 tomes: Descartes tel quel, Descartes inutile, La France cartésienne, Adieu Descartes), 1999 :

@ L' Harmattan, 1999 ISBN: 2-7384-8407-7

Agnès CHALIER

DES IDÉES CRITIQUES

EN
CHINE ANCIENNE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

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L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

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Remerciements

Innombrables sont ceux qui m'ont aidée dans cet itinéraire. Je tiens à remercier les Professeurs W-M Tu et B.Schwartz (Harvard), K-L. Shun (Berkeley) et 1 Bloom (Barnard College). Je tiens à exprimer ma gratitude aux Professeurs MLewis, P. Lipton, G. Lloyd, M Loewe, D.McMullen et L. Taub de l'université de Cambridge, ainsi qu'au Professeur F de Gandt (Paris). Je remercie également Karine Chemla, Sally Church, Amira Katz-Goehr, Célia Milstein, John Moffet, Robert Neather, Michael Nylan. Dominic O'Brien, C.R., FR.D., Lisa Raphals. Jin Si Yuan, Rivka et Moshé Ulmer et Z

Il va de soi queje suis seule responsable des erreurs
éventuelles qui peuvent figurer dans ce livre.

"L'erreur d'Aristote, Ptolémée, Tycho, la vôtre et celle de tous les autres trouve sa racine dans l'idée bien arrêtée et invétérée que la Terre est immobile; de cette idée, vous ne pouvez ou ne savez vous dépouiller, même quand vous voulez philosopher pour voir ce qu'il résulterait de l'hypothèse du mouvement de la Terre." (1) "La vérité attend l'aurore, à côté d'une bougie. Le verre de la fenêtre est négligé. Qu'importe à l'attentif." (2) "Si une phrase, un vers survivent à l'oeuvre, ce n'est pas l'auteur qui leur a donné cette chance particulière aux dépens des autres, c'est le lecteur." (3)

I. Galilée, Dialogue sur les deux grands systèmes du monde. Paris. Seuil. 1992. Traduit de l'italien par R.Fréreux avec le concours de F. de Gandt. p.190. 2. R.Char, Les Matinaux, Paris. Gallimard. 1950, pA2. 3.E.Jabés, Le Livre des Questions, Paris, Gallimard, 1963, pAO.

INTRODUCTION

Au début du XXIème siècle, qu'en est-il de la compréhension de la réalité du "Monde chinois" (1) ? Pourquoi l'analyse de l'antiquité chinoise est-elle essentielle à cette perspective? Une connaissance réelle de la culture chinoise offre au lecteur l'accès aux débats internes, aux tensions entre les points de vue. Pourquoi évoquer pour la Grèce la rationalité et non Delphes et la Pythie et pour la Chine, le mandat du ciel et non la mesure des angles d'un triangle? Depuis Marc Bloch, le sens de l'histoire ne s'inscrit-t-il pas entre les "explications légendaires" et "les premiers essais d'interprétation rationaliste" ? (2) Il existe une dimension critique dans la culture chinoise. Ne serait-il pas plus créatif de comprendre comment tel fait ou telle question a été compris, discuté, voire réfuté au lieu de privilégier un consensus obligé? Pour explorer cette dimension critique, il faut lire des textes de la Chine ancienne qui n'appartiennent pas au corpus officiel (3) et en chercher le sens. Quels étaient précisément les textes lus dans cette antiquité? (4) L'usage que les Chinois ont fait de leurs textes, le rôle qu'ils ont assigné au corpus des Classiques dans la formation des fonctionnaires a probablement contribué à faire ignorer bon nombre d'autres textes. Comment mesurer les conséquences d'un corpus établi uniquement en fonction des "examens" ? (5). Cette situation a-t-elle réellement changé aujourd'hui? Alors que les écrits de l'antiquité grecque ou latine sont accessibles depuis longtemps, les textes chinois quant à eux ne le sont que depuis peu. Il est donc possible maintenant de découvrir des idées critiques dans cette

pluralité sans s'immobiliser sur ce qu'E. Saïd a appelé l "'Orientalisme" terme qui est le titre d'un de ses ouvrages (6). Les contradictions, les discussions de ces tèxtes (7) renverront le lecteur à des sujets qu'il connaît. Et c'est ainsi qu'un dialogue s'inventera et se structurera avec la lecture de toutes ces propositions. L'étude des sciences semble entre autres indiquer de telles possibilités, comme en témoignent les travaux d'O. Neugebauer, T. Heath, A. Koyré et G. Lloyd sur la construction de la science occidentale ainsi que ceux d'Ho Maspero, J. Needham, Ho Peng Yoke, N. Sivin et C. Cullen qui concernent plus particulièrement la Chine. L 'histoire des sciences est pour nous intéressante parce qu'elle autorise la découverte de faits empiriques comme les inondations, les saisons, les éclipses et pose des questions épistémologiques comme l'erreur, l'exactitude (8) D'ailleurs, n'est-ce pas par l'analyse des faits étudiés et des questions qu'il sera possible d'identifier ce qu'est l'activité philosophique dans cette culture? Ce livre souhaite contribuer à cette méthodologie "vive" (9), celle qui montre les oppositions, les conflits et les alternatives. Deux axes caractériseront ce parcours 1. présenter les sources chinoises de l'antiquité en montrant ce que furent les débats et 2. illustrer l'exercice du jugement qui anime toute explication du monde. Ce travail se concentre sur un corpus qui s'est constitué avant l'arrivée du bouddhisme en Chine et qui introduit des notions comme l'accidentel, l'incertitude, l'inutilité des rites... Et déjà, la philosophie chinoise n'est plus seulement une théodicée, une éthique pragmatique mais bien une invitation à penser. Une autre question se pose: y a-t-il une référence (10) spécifique de l'histoire chinoise? Oui, dans le sens où 10

celle-ci renvoie bien à un contexte politique et social précis et qui peut être expliqué. Mais cela n'est pas l'objet de ce livre. La lecture des textes qui n'appartiennent pas au corpus des Classiques donne paradoxalement les moyens au lecteur de reconnaître rapidement les repères . particuliers de cette culture comme par exemple: les noms propres, ceux des lieux géographiques, la narration d'événements historiques ou imaginés. Il est donc bien proposé une cohérence, un sens. Nous commencerons par une description générale du contexte intellectuel dans lequel ces idées critiques ont pu se développer. Ceci permettra ensuite d'étudier le "Monde chinois" à travers des questions et des faits et non plus seulement au niveau d'un discours formel. Cela conduira à une interrogation sur la place de la rationalité dans cette culture et en conclusion à des questions sur l'unité de la philosophie dans la diversité des cultures.

1. J. Gernet, Le Monde chinois, Paris, Armand Colin, 1972. 2. M. Bloch, Les Rois Thaumaturges. Etude sur le caractère surnaturel attribué à la puissance royale particulièrement en France et en Angleterre. Publication de la faculté des lettres de l'université de Strasbourg. 1924. 3. I. Calvino, Pourquoi lire les Classiques? Paris, Seuil, 1993. 4. M.Loewe, Early Chinese Texts: A Bibliographical Guide. Dniversity of California. Berkeley. 1993. 5. The Cambridge History of China.. V.l. The Ch'in and Han Empires edited by D.Twitchett and M.Loewe. C.U.P.l986. Notamment, pp 7381 et pp.756-57. De Rotours, Le Traité des Examens. Paris. Librairie E. Leroux. 1932. 6. E. Said, Orientalism, Routledge and Kegan Paul. London, 1978.

11

7. A.C. Graham, Disputers of the Tao. Philosophical Argumemt in Ancient China. Open Court.Illinois. 1989. 8. Agnès Chalier : Error as a scientific idea in early China. Paper for the Seventh International Conference on the history of Science in East Asia. August 7 th, 1993, Kyoto, Japan. 9. P. Ricoeur, La Métaphore Vive, Paris, Seuil, 1975. 10. M. Dummet, The interpretation of Frege 's Philosophy, Duckworth, 1981.

12

CHAPITRE

PREMIER

Une réalité contradictoire

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