IDENTITE ET DONATION

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Véritable " phénomène saturé ", l'identité de chacun n'est pas seulement une ouverture à l'autre ; de manière plus essentielle, l'altérité est la donation constitutive de l'identité " personnelle. En ce sens, l'identité du sujet se comprend comme déjà donnée depuis toujours par et pour l'autre.

Publié le : vendredi 1 janvier 1999
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EAN13 : 9782296383166
Nombre de pages : 192
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~ L'Hannatlan, 1999 ISBN: 2-7384-7613-9

IDENTITÉ ET DONATION

Collection La Philosophie en commun dirigée par S. Douailler, J. Poulain et P. Vermeren
Renzo RAGGHIANTI, Alain. Apprentissage philosophique et genèse de la Revue de Métaphysique et de Morale. Philippe DESPOIX,Ethiques du désenchantement FrancesNETHERCOrr, Une rencontre philosophique, Bergson en Russie (1907-1917). Jean-Marie LARDIC,L'infini et sa logique. Etude sur Hegel. Patrice VERMEREN, Victor COUSIN.Le jeu de la philosophie et de ['Etat. Jean-Ernest Joos, Kant et la question de l'autorité. Stanislas BRETON,Vers l'originel. Hélène V ANCAMP,En deuil de Kafka. François ROUGER,Existence-Monde-Origine. Collectif, Jean BORREIL, a raison de l'autre. L Christian MIQUEL,Philosophie de l'exil. Christian MIQUEL,La Quête de l'exil. Ruy FAUSTO,Sur le concept de capital. Idée d'une logique dialectique. Augusto PONZIO,Sujet et altérité sur Emmanuel Lévinas. Anne STAQUET, Introduction à la pensée faible de Vattimo et Rouatti. Hélène VAN CAMP, ChenÛn faisant avec Jacques Derrida. Danielle COHEN-LEVINAS,Des notations musicales. Frontières et singularités. Alessandro PANDOLFI, Généalogie et dialectique de la raison mercantilistes Slavoj ZIZEK, Essai sur Schelling. Le reste qui n'éclôt jamais. Humberto GIANNINI, ierre-François MOREAU,Patrice VERMEREN P (Sous la direction de), Spinoza et la politique. Rada IVEKOVIC, sexe de la philosophie Le Ernesto Mayz V ALLENILLA, Fondements de la méta-technique Juan Diego BLANCO,Initiation à la pensée de François Laruelle. Monica M. JARAMILLO-MAHUT, HUSSERL M. PROUSTA la recherche E. et du moi perdu. Rada IVEKOVIC, Jacques POULAIN (resp.), Guérir de la guerre et juger la paix. Juliette SIMONT,Essai sur la quantité, la qualité, la relation chez Kant, Hegel, Deleuze. Les "Fleurs noires" de la logique philosophique. Serge V ALDINOCI, science première, une pensée pour le présent et La l'avenir.

LA PHILOSOPHIE EN COMMUN Collection dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain et Patrice Vermerel1

SeclU1doBONGIOVANNI

IDENTITÉ ET DONATION
L'événement du «je»

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADAH2YIK9

Collection La Philosophie en commun dirigée par S. Douailler, J. Poulain et P. Vermeren
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À Pierre-Jean Labarrière en profonde amitié et reconnaissance

PRÉSENTATION

« Je dis "je" en sachant que ce n'est pas moi» 1.

Les deux études que nous présentons sont intimement liées par la même recherche et analyse du "lien" qui unit l'identité de chacun à l'autre. Ce lien peut se formuler de multiples manières. Nous choisissons de l'interpréter comme "donation" qui ne nous donne pas à nous-mêmes sans nous ouvrir de manière constitutive et originaire à l'altérité. Cette ouverture est sans limite: notre identité personnelle ne cesse pas de devenir pour autant qu'elle se reconnaît donnée par et pour l'autre. Inséparablement. C'est en ce sens que l'on peut parler de soi-même par/pour l'autre. Cette formule signifie que l'authenticité de l'identité personnelle est une radicale et "constituante" ouverture à l'Autre. Celui-ci - écrit avec une majuscule - doit être compris comme l'espace (et le temps) du devenir de toute altérité et, donc, de toute identité. Le moment venu, nous l'écrirons comme l'A/autre, en signifiant ainsi que le respect de l'altérité en nous et dans les autres ne s'arrête jamais à une figure figée (ou représentée) de l'autre. L'écriture de l'A/autre ne signifie pas immédiatement le renvoi à une altérité "divine", mais évoque plutôt le mouvement de l'inépuisable devenir de l'altérité et de l'identité. En dialogue avec P. Ricœur, dans la première étude l'altérité est reconnue comme la donation structurelle et constitutive de

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l'identité personnelle. Dans la deuxième étude, le moment du parvenir à soi de l'identité personnelle (le je) sera reconnu comme le véritable instant donateur de toute possible expérience religieuse en l'homme, qu'elle soit explicite ou non. On parlera alors d'expérience religieuse originaire, sans pourtant l'identifier à l'expérience possible dans les pratiques religieuses confessionnelles. À ce moment, l'expérience de l'A/autre ne se comprend plus seulement comme ouverture à l'Autre, mais comme l'ouverture de l'Autre lui-même. Ce qui met en lumière le caractère inséparable du je et de l'autre, de l'autre et de l'Autre, de l'homme et de Dieu. À partir d'une réflexion générale sur la problématique du "phénomène", l'avènement duje est identifié à ce qu'il a de plus surprenant et en même temps de plus évident: ce qui est aussi le lieu originaire du sens de toute possible expérience religieuse - explicite ou non - dans l'homme. Le lien commun aux deux études est représenté par le problème de la donation (Selbstgegebenheit). Cet événement est considéré en dehors de toute extériorité. Il est reconnu dans le "laisser-être" originaire qui donne le monde comme événement d'une solidarité sans borne. C'est justement dans cet instant que tout peut apparaître pour la première fois...

- Première

étude

-

SOI-MÊME PARlPOURL'AUTRE.

L'identité du sujet entre attestation et témoignage: en dialogue avec P. Ricœur

INTRODUCTION

« La philosophie:

sagesse de l'amour au service de l'amour. » (E. Levinas)

La question de la donation (Gegebenheit) - notamment reprise par J.-L. Marion2 - semble permettre de considérer à nouveau le statut phénoménologique de l'ego et d'autrui en vue d'une identification du sujet qui le destitue de toute présence absolue (ou "impérialiste"). Notre perspective, qui se caractérise comme phénoménologie herméneutique et spéculative, déploie le sens essentiel du "sujet" à partir de son lien constitutif à l'autre. « L'étant-donné désigne l'étant tel que, pour lui, son être n'équivaut pas d'abord à posséder son fonds propre (avala), mais à se recevoir dans l'être, à recevoir l'être ou plutôt à recevoir d'être. »3 Le renversement du regard opéré par la question de la donation renvoie au mode d'être du sujet comme "étant-donné". Sans reprendre l'ensemble du discours de la donation, il est ici important de préciser les éléments qui concernent la question du rapport entre donation et sujet: ce qui rendra possible une discussion sur le statut de l'identité. Sur un fond commun de donation originaire, ego et autrui
deux figures du "sujet"

- sont

-

constitués et donnés dans l'unité

d'une donation. Ils sont depuis toujours déjà traversés par une altérité-différence, au sens qu'ils ne se donnent pas à eux-mêmes. La donation est à la fois et constitutivement un événement d'identité et de différence. Elle est le plus intime, le plus propre

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de chacun, au sens qu'elle est le ce-sans-quoi il n'y aurait ni ego ni autrui. Mais en même temps, elle est le "propre" d'une désappropriation radicale. La donation demeure une "présence" étrange dont l'essence n'est jamais d'être présente (polir soi), mais de "rendre présent" (l'autre). Elle est le non-propre, le plus étranger au sujet même, justement parce qu'elle n'est pas afin que l'étant-donné soit; mais, en même temps, la donation est aussi le plus propre puisqu'elle est tout entière dans le "se recevoir" de l'étant-donné. La donation est le lien profond, abyssal, de l'identité du sujet comme étant-donné. "Lien" qui est peut-être l'identité la plus profonde du sujet, jamais définissable comme un en soi, puisque le sujet est depuis toujours déjà dans un rapport qui est un renvoi constitutif et constituant à l'autre. Dans cette première étude nous articulons ces réflexions dans un dialogue critique avec P. Ricœur duquel sera notamment analysé le livre Soi-même comme un autre. À partir de la donation - question que cet auteur, semble-t-il, n'a pas spécialement privilégiée - on essaiera d'interpréter l'identité personnelle comme attestatioll de soi et témoignage pour l'autre en rejoignant ainsi en partie les résultats des recherches sur la question de l'identité du sujet que Ricœur poursuit depuis longtemps4. Avant d'entrer directement dans la problématique, il est utile
de rappeler les deux grands acquis de la phénoménologie qui

-

tout en se liant plus ou moins directement au thème de la donation -, rendent compte de la déstabilisation opérée par rapport au sujet cons titllan t. Il s'agit d'abord de la découverte (propre des Recherches Logiques husserliennes) du "se montrer" du champ phénoménal comme le fond (l'arrière-plan) à partir duquel les étants peuvent apparaître. Comme conséquence, dans cette perspective l'ego aussi apparaît comme dérivé et son hégémonie ne p~ut plus s'affirmer. Ensuite, on peut rappeler encore que pour le célèbre 'fprincipe des principes"

L'EXPÉRIENCE' RELIGIEUSE ORIGINAIRE

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husserlien5, ce n'est plus à l'ego de déterminer le phénomène en le réduisant à la certitude d'une présence, mais c'est le phénomène qui impose à l'ego de se laisser déterminer par les conditions et les modes de la donation6.

1. Attestation et témoignage

"Soltanto questo oggi so, cio che non siamo, cio che non sappiamo,,7.

La donation permet une interprétation du sujet qui rejette la figure du fondement selon l'efficience, pour le laisser apparaître d'après son être donné (ens in quantum datum)8. Dans le fait et dans le mode de son être le sujet ne peut qu'attester ce qu'il n'est pas: à savoir, qu'il ne peut pas se donner à soi-même9. En même temps, le sujet est cette donation libre et définitive à soi-même sous la forme de l'attestation. Le fait d'être-donné caractérise toujours d'avance de manière positive le statut du sujet, et interdit à la pensée de se taire sur son identité. Notre thèse consiste en ce que le dire fondamental du sujet sur lui-même est la convergence d'une interprétation qui a la double forme de l'attestation de soi et du témoignage pour l'autre. Les deux, dans leur indépassable et réciproque lien, constituent l'unité même de l'être-sujet. Attestation de soi et témoignage pour l'autre empêchent la réduction de l'identité-en-devenir du sujet à la conceptualisation d'une ontologie formelle. Attestation et témoignage renvoient à une vérification qui s'accomplit uniquement dans et par l'agir du sujet lui-même. Attestation et témoignage font signe vers le lien existentiel qui noue la réflexion et l'action et qui empêche tout oubli de l'une au profit de l'autre. On doit penser à un équilibre dynamique et tensionnel qui signifie le déplacement constant de l'identité en direction de possibilités toujours encore à libérer. Attestation et

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témoignage dessinent deux modalités interdépendantes dans l'advenir du sujet à sa propre identité. Ils impliquent une référence constitutive à son action (du sujet) par le lien structurel et structurant à l'autre que lui-même. Attestation et témoignage manifestent ensemble un sujet qui ne se définit pas lui-même, mais laisse se-dire par l'autre, dans son lien pour/par l'autre. L'attestation (de soi-même) se vérifie dans le témoignage (pour-autrui). La réflexion mobilise l'action, l'action authentifie (ou bien conteste) la réflexion. Attestation et témoignage s'inscrivent dans un cercle herméneutique qui ne se referme pas sur une identité réflexive, mais s'ouvre à l'altérité d'une action qui vérifie l'authenticité du discours même. En ce sens, on pourrait parler d'un « avènement du je dans le témoignage »10. L'attestation de soi et le témoignage pour l'autre se donnent comme deux modalités existentielles qu'il est impossible de considérer séparément: c'est le moment même de l'analyse de l'attestation qui découvre cette exigence. S'articule ainsi une interprétation (de l'identité) du sujet qui, se posant dans l'affirmation de soi, ne peut être "vérifiée" que par la responsabilité du sujet même pour l'autrell. L'attestation de soi ne devient vraie que dans et par le témoignage pour l'autre. L'énoncé "constatif' sur soi ne peut être vérifié et produire son sens que par l'énoncé "performatif', l'effectuation d'un agir pour l'autre. Le dévoilement de l'identité du sujet se déploie à l'intérieur de la relation ego - autrui. Ce qui donne lieu à un sujet originairement affecté par l'autre dans la totalité d'une existence qui n'est authentique que dans le risque assumé du pour-autrui. En paraphrasant une réflexion de Maître Eckhart appliquée à Dieul2, on peut dire alors que l'homme ne doit pas se donner pour satisfait avec une idée de lui-même: lorsque l'idée disparaît, I'homme aussi disparaît. Il s'agit de refuser toute séparation arbitraire et abstraite entre réflexion et action. On doit plutôt vérifier la consistance et la cohérence de la réflexion sur I'homme

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dans le témoignage de l'homme pour l'autre homme. Seul l'agir pour l'autre rend authentique mon dire sur/de moi. S'ouvre ainsi le chemin difficile d'une parole soumise à l'histoire d'une relation, où la totalité du sujet est remise enjeu. Seule une parole incarnée - c'est-à-direune parole risquée, qui montre et habite le lieu et le temps de son incarnation -, peut frayer le chemin incertain d'un sens pour l'homme. C'est toute la.force et l'intérêt du témoignage.

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