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Kant et le problème du transcendantalisme

De
124 pages
Le problème de l'instauration du transcendantalisme criticiste comme épochè pose d'une manière radicale le problème du penser en son pouvoir d'effraction. L'architectonique de la raison pure est transcendant-ale, ce terme désignant l'essence de la réflexion transcendantale, soit la liberté comme pouvoir propre au transcendantal d'être, en tant que principe du mouvement architectonique, à la fois immanent à et au-delà de tout contenu. La liberté d'être transcendant-ale doit donc aussi bien se comprendre comme trans-cendantale, c'est-à-dire pouvoir d'être et de mettre à distance.
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Kant et le problème du transcendantalisme

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr iÇ)L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-00924-7 EAN : 9782296009240

Pascal Gaudet

Kant et le problème du transcendantalisme

L'Harmattan 5-7, me de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE

L'Hannaltan

Hongrie

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de Kinshasa

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DU MÊME AUTEUR

L'expérience kantienne de la pensée. Réflexion et architectonique dans la Critique de la ralson pure. L'Harmattan, Paris, 2001. Phénoménologie de la réflexion dans la pensée critique de Kant. L'Harmattan, Paris, 2002. Qu'est-ce que penser? L'Harmattan, Paris, 2003.

A mes parents

Ouverture Philosophique Collection dirigée par Dominique Chateau, Agnès Lontrade et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches. et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Déjà parus Stefano MASO, Le regard de la vérité, cinq études sur Sénèque, 2006. Eric HERVIEU, Encyclopédisme et poétique, 2006. J.-F. GAUDEAUX, Sartre, l'aventure de l'engagement, 2006. Pasquine ALBERTINI, Sade et la république, 2006. Sabine AINOUX, Après l'utopie,' qu'est-ce que vivre ensemble ?, 2006. Antonio GONZALEZ, Philosophie de la religion et théologie chez Xavier Zubiri, 2006. Miklos VETO, Philosophie et religion, 2006. Petre MARE~, Jean-Paul Sartre ou les chemins de l'existentialisme, 2006. Alfredo GOMEZ-MULLER (dir.), Sartre et la culture de l'autre, 2006 Laszl6 TENGEL YI, L'expérience retrouvée, Essais philosophiques l, 2006. Naceur Ben CHEIKH, Peindre à Tunis, 2005. Martin MOSCHELL, Nous pensons toujours ailleurs, 2006. Antonia RIGAUD, John Cage, théoricien de l'utopie, 2006. François Dagognet, médecin et philosophe, 2006. Jean-Marc LACHAUD (dir.), Art et politique, 2006. Jean-Louis CHERLONNEIX, L'esprit matériel, 2006. Michèle AUMONT, Ignace de Loyola et Gaston Fessard, 2006. Sylvain GULLO, Théodore de Cyrène, dit l'athée, puis le divin, 2006.

INTRODUCTION
La pensée de Kant ne s'auto-instituerait-elle pas en son essence même!, telle l'œuvre de génie, «exemplaire de son originalité même» (O. Chédin)2 ? Non que nous sous-estimions la détermination qu'exerce l'essence du penser sur l'acte pensant et son expression architectonique écrite ou conçue dans l'effectivité de la Vorzeichnung3 (expression que F. Pierobon traduit par «tracé topologique »\ précisant que «l'écriture, c'est-à-dire la simple rédaction d'un texte, n'est pas l'unique moyen, ni même le principal moyen dont Kant use pour former et formuler sa pensée », lui qui a «constamment recours à une Vorzeichnung pour s'aménager un point de vue de surplomb sur sa propre pensée »5), l'essence du penser pouvant être conçue, d'un certain point de vue, comme relevant de ce que M. Richir nomme 1'« institution symbolique »6. Mais l'expérience kantienne de la pensée est indissociable d'une pratique réflexive? auto-fondationnelle incessante, puisqu'il s'agit de constituer la métaphysique comme architectoniqueS, c'est-à-dire comme science9. « [...] [Dans] toute théorie particulière de la nature, écrit Kant, il n'y a de science proprement dite qu'autant qu'il s'y trouve de mathématique »10,«Dès lors, propose F. Pierobon, le statut même d'une science, et par là de la métaphysique comme science [.. .], dépend directement de la conception que Kant se

fait de la mathématique »11. Une réflexion sur l'essence de la
connaissance mathématique est donc requise, lorsqu'il s'agit de penser la fondation architectonique. Or, « la mathématique, écrit Kant, fournit l'exemple le plus brillant d'une raison s'étendant d'elle-même avec bonheur, sans l'aide de l'expérience »12. Ainsi, « nous dirions volontiers, écrit F. Pierobon, que Kant se réfère à des mathématiques dont il considère qu'elles existent par ellesmêmes, d'une manière que l'on pourrait bien qualifier dans une immanence (la construction in concreto dans l'intuition), [...] n'est pas loin de constituer un simulacre de 7

d'absolue »13 : la mathématique,en effet, « oeuvrant en vase clos

connaissance absolue pour un entendement intuitif» (F. Pierobon)14, Tout se passe donc comme si la mathématique était la construction réaliste-transcendantaleI5 d'une intuition intellectuelle. Mais, à la vérité, l'idée de la mathématique comme savoir absolu est une illusion que constitue l'oubli de l'effectivité (phénoménologique, c'est-à-dire constituante, de la réflexion idéaliste) transcendantale16. «[Il] [...] est impossible [à la mathématique], écrit Kant, de faire un pas tant qu'il lui manque l'intuition pure [fondation de l'intuition phénoménale] qui seule

comporte la matière pour des jugements synthétiquesa priori »17.
Ainsi, la mathématique est une connaissance finie et son constructivisme même instruit le philosophe: il convient de « se [déprendre], écrit F. Pierobon, de la capture hypnotique du regard et de l'effet de vérité qu'il véhicule pour considérer les médiations [...] [de cette] activité constructive» qu'est la science mathématique18. Toutefois, la finitude (anhistoriqueI9 et autofondationnelle20) de la pensée philosophique transcendantale diffère essentiellement de la finitude propre à la mathématique21 : la connaissance philosophique doit se penser comme une «connaissance rationnelle par concepts» (Kant)22, soit une activité « synthétique» (F. Pierobon)23discursive24. En outre, la pensée réflexive transcendantale ne peut être caractérisée comme une «fiction », au sens où l'entend Kant à propos de la mathématique et de la poésie: «La mathématique (parce qu'elle est pure fiction) peut assez bien se réunir avec la poésie: subjectivement »25. En effet, «la mathématique, comme le note F. Marty, est pure œuvre de l'esprit humain [dans les limites d'un idéalisme transcendantal], ce que ne peut être la philosophie, pour laquelle l' OP [Opus postumum] continue, en
accord avec toutes les Critiques, à refuser le constructivisme
»26.

Il n'en est pas moins possible, nous l'avons montré ailleurs27,de penser la réflexion transcendantale comme ce qui se fonde le plus originairement dans un foyer esthétique réfléchissant. Ainsi, la réflexion transcendantale n'aurait d'autre règle, en tant que pensée, que «celle de la manière (libre)>> (Kant)28. L'architectonique, comme «méthode (contrainte)>> 8

(Kant?9, se fonderait dans la « règle» propre à la « manière» de penser, c'est-à-dire une règle qu'il faut penser, à l'instar de la règle du beau, comme «n'[apparaissant] que dans l'œuvre [« en train de naître »] » (cf. Alain)30.Or, de même que le beau «plaît universellement sans concept» (Kant)3l, de même le « sentiment transcendantal» propre à l'état de l'esprit (réflexif) s'affectant lui-même32s'éprouve comme principe du Fürwahrhalten à la fois universellement (sur le mode de l'exigence d'universalisation inscrite dans l'essence même de l'Idée du sens commun comme fondation du penser)33et sans concept (puisque ce sentiment est plus originaire que toute «méthode »). D'où l'hypothèse d'un « génie» propre à la réflexion transcendantale, lequel serait pensé sur le modèle du génie artistique. L'« objectivité» de l'architectonique en tant que «modèle qui permet d'apprécier toutes les tentatives faites pour philosopher» (Kant)34serait-elle donc fondée dans une pensée «subjective» au sens de la subjectivité du « génie» esthétique35(cf. infra II, 1) ? * La réflexion transcendantale kantienne est, par essence, une recherche (auto-) fondationnelle (la pensée recherchant la «provenance des concepts d'espace et de temps dont [...] [les mathématiciens] s'occupent» et « [explorant] l'origine [et « l'extension»] des concepts purs de l'entendement» (Kant)36) idéaliste-transcendantale (les a priori fondationnels rendent possible l'établissement de « principes certains, non pas toutefois directement par concepts, mais toujours simplement de façon indirecte à travers la relation de ces concepts à quelque chose de tout à fait contingent, à savoir l'expérience possible» (Kant)37), marquée à la fois par la finitude (la réflexion expérimente l'impossibilité, quand elle «touche [...] à l'absolu [...] [des] conditions [a priori] », de «poursuivre plus «avant»» (J.-F. Lyotard)38) et par l'ouverture à l'insondable de sa propre transcendantalité (cf. infra II, 2). Par « transcendantalisme », nous entendons l'acte transcendant-ap9 réflexif par lequel les «pouvoirs supérieurs de connaître» (<< entendement », « faculté de juger », « raison»), en tant que législateurs, se rapportent a priori aux «pouvoirs de 9

l'esprit» (<< pouvoir de connaître », « sentiment de plaisir et de déplaisir », « pouvoir de désirer» )40, acte produisant « librement» (au sens de la « liberté» du penser)41le mouvement architectonique42. Nous visons à une compréhension «phénoménologique» de l'architectonique transcendantale (d'abord en sa Théorie transcendantale des éléments dans la première Critique), « phénoménologique » désignant ici l' effecti vité transcendantale qui constitue la forme (selon des modalités qu'il conviendra de préciser) et le contenu de la représentation (laquelle «doit constitutivement éclipser sa propre condition de possibilité, autrement dit sa genèse, pour se rendre possible» (cf. F. Pierobon)43, donc qualifiant cela même qui constitue la scientificité du système. Comment l'Idée transcendantale du sens commun se rapporte-t-elle à ce qui se situe hors des limites de la transcendantalité critique, c'est-à-dire de l'architectonique, qu'il s'agisse de manifestations du dogmatisme métaphysique (l'apparence transcendantale, soit les «transgressions de la métaphysique dogmatique» - «Kant [...] [ayant choisi] d'intégrer dans l'édifice définitif de la connaissance pure [c'està-dire dans l'architectonique transcendantale] ces sciences usurpées (non fondées !) que sont la psychologie, la cosmologie et la théologie rationnelles; ne serait-ce que pour rappeler à tout moment à la raison la tentation irrépressible qu'exercent sur l'esprit de tels discours» (C. Piché)44), de manifestations dogmatiques pouvant s' originer dans des troubles mentaux (la Schwiirmerei)45, des diverses formes de la « folie» (<< désordonnée », «méthodique» et «systématique» )46, ou de cette «marge» du sublime - donc de cette «marge d'une marge» (J. Rogozinski)47 qu'est l'Ungeheuer (le « monstrueux» )48? Nous nous proposons de mettre en œuvre une auto-réflexion transcendantale de l' « anthropologie philosophique» (cf. infra II, I) de Kant et, par là, de penser la tension architectonique de la transcendantalité critique (qui peut « démasquer [...] les conditions de possibilité [de 1'« autre» de la « rationalité» critique], les rendre intelligibles» (M. Jalleyl9) 10

vers la (les) transcendantalité(s) propre(s) aux « fonnes multiples de la déraison» (M. Jalley)50.
1 Cf. nos précédents ouvrages: L'expérience kantienne de la pensée. Réflexion et architectonique dans la Critique de la raison pure, L'Harmattan, Paris, 2001 (abréviation: L'expérience kantienne de la pensée); Phénoménologie de la réflexion dans la pensée critique de Kant, L'Harmattan, Paris, 2002 ; Qu'est-ce que penser ?, L'Harmattan, Paris, 2003. 2 O. Chédin, Sur l'esthétique de Kant, Vrin, Paris, 1982, p. 280. 3 «[...] nach jener allgemeinen Vorzeichnung [nous soulignons] der Elemente der Erkenntnis [...] », Kants gesammelte Schriften, herausgegeben von der koniglich preussischen Akademie der Wissenschaften, (abréviation: AK.) X 2, Berlin, 1902-1983, p. 514 (<< [...] sur ce tableau universel des éléments de la connaissance [...] », trad. J. Rivelaygue, in Kant, Correspondance, Gallimard, Paris, 1991, «A Reinhold, 28 décembre 1787 », p. 308, cité par F. Pierobon, «L'architectonique et la faculté de juger », H. Parret (éd.), L'esthétique de Kant, de Gruyter, Berlin, 1998, p. 1). 4 F. Pierobon, Kant et les mathématiques, Vrin, Paris, 2003, p. 86: la Vorzeichnung est un procédé architectonique consistant en un «tracé topologique » nous faisant «bénéficier de l'impression rassurante de penser sur le mode du voir» ; il s'agit donc d'un« langage visuel» (ibid., p. 226). 5 F. Pierobon, «L'architectonique kantienne existe-t-elle comme méthode? (Quelques remarques sur les travaux récemment parus de Pascal Gaudet) », Kairos, n° 22, 2003, p. 314. 6 M. Richir, L'expérience du penser, Millon, Grenoble, 1996, p. 14; «Par institution symbolique [« [en] un sens dérivé, par exemple, de [...] LéviStrauss », M. Richir, Phénoménologie et institution symbolique, Millon, Grenoble, 1988, p. 28], nous entendons [...] tout d'abord, dans sa plus grande généralité, l'ensemble, qui a sa cohésion, des «systèmes» symboliques (langues, pratiques, techniques, représentations) qui «quadrillent» ou codent l'être, l'agir, les croyances et le penser des hommes, et sans que ceux-ci en aient jamais «décidé» (délibérément), ce pourquoi nous utilisons le terme, anonyme, d'institution, nécessaire pour comprendre ce qui, par l'institution, paraît comme toujours déjà« donné » d'ailleurs ». 7 Cf. notre ouvrage Qu'est-ce que penser ?, o.c., p. 14 sq.. 8 Kant, Critique de la raison pure - abréviation CRP -, trad. A. Renaut, GF Flammarion, Paris, 2001, p. 674-675. 9 Ibid. ; cf. également Kant, Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science, trad. J. Gibelin, Vrin, Paris, 1974, p. 39 (abréviation: Prolégomènes). 11

10 Kant, Premiers principes

métaphysiques

de la science de la nature, trad. J.

Gibelin, Vrin, Paris, 1990, p. Il. l1 F. Pierobon, Système et représentation, Millon, Grenoble, 1993, p. 244. 12 Kant, CRP, O.c., p. 603. 13 F. Pierobon, Kant et les mathématiques, o.c., p. 8. 14 F. Pierobon, Kant et la fondation architectonique de la métaphysique, Millon, Grenoble, 1990, p.42. 15 Kant, CRP, O.c., p. 470-471 : "Le réaliste, au sens transcendantal, ['H] transforme [. H] de simples représentations [les «modifications de notre sensibilité»] en choses en soi [« choses subsistantes en elles-mêmes »] ». 16Cf. notre ouvrage L'expérience kantienne de la pensée, o.c., p. 137-138. 17 Kant, Prolégomènes, o.c., p. 45. 18 F. Pierobon, Kant et les mathématiques, o.c., p. 84. 19 Cf. nos ouvrages L'expérience kantienne de la pensée, o.c., p. 122-123, et Phénoménologie de la réflexion dans la pensée critique de Kant, o.c., p. 103104. 20Cf. notre ouvrage L'expérience kantienne de la pensée, o.c., p. 124-125. 21 Cf. Kant, CRP, o.c., p. 604 sq.. 22 Ibid., p. 604. 23 F. Pierobon, Kant et les mathématiques, o.c., p. 84. 24 Est discursive l'activité qui opère «par concepts », Kant, Prolégomènes, o.c., p.114. 25 Kant, Opus postumum (abréviation: Opus), trad. F. Marty, PUF, Paris, 1986, p.282. 26 F. Marty, in Kant, Opus, o.c., note 695, p. 367. 27 Cf L'expérience kantienne de la pensée, o.c., p. 146-150. 28 Kant, Logique, trad. L. Guillermit, Vrin, Paris, 1982, p. 149. 29 Ib id.. 30 Alain, Système des beaux-arts, Gallimard, Paris, 1978, p. 38-39. 31 Kant, Critique de la faculté de juger - abréviation Cl -, trad. A. Renaut, GF Flammarion, Paris, 2000, p. 198. 32 Cf nos ouvrages L'expérience Phénoménologie kantienne de la pensée, o.c., p. 191;

de la réflexion dans la pensée critique de Kant, o.c., p. 41 sq. ;

Qu'est-ce que penser ?, O.c., p.19. 33 Cf. notre ouvrage Qu'est-ce que penser ?, o.c., p. 73 sq.. 34 Kant, CRP, O.c., p. 677. 35 Cf. notre ouvrage Qu'est-ce que penser ?, O.c., p. 81-82. 36 Kant, CRP, o.c., p. 611. 37 Ibid., p. 618.

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