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L'Arche du temps

De
290 pages
Le temps est, pour la pensée qui s'y affronte, une énigme. Condition de toute réalité phénoménale comme de tout acte réflexif, il ne peut être saisi par l'esprit sans que l'esprit ne se trouve par lui déjà saisi. Que peut alors signifier l'entreprise consistant à penser le temps philosophiquement, s'il ne peut s'agir par là d'objectiver un phénomène pour s'en rendre le maître ?
Voir plus Voir moins

































LA

RCHE


D

UTEMPS

Ouverture philosophique
Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau,
Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot

Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux
sans exclusive d'écoles ou de thématiques.
Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles
soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc
pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait
de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de
philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou
polisseurs de verres de lunettes astronomiques.



Dernières parutions

François HEIDSIECK,Simon Weil, 2011.
Guy VINCENT,Des substitutions comme principe de la pensée, 2011.
Marco BELANGER,Existe-t-il des dilemmes moraux insolubles ?2011.
Paul AÏM,Vivre et exister,2011.
Franck JEDRZEJEWSKI,Ontologie des catégories, 2011.
Michel FATTAL,et actes chez Héraclite. Sur les fondementsParoles
théoriques de laction morale, 2011.
Nadia BOCCARA et Francesca CRISI,Émotions et philosophie. Des images du
récit aux mots de la philosophie, 2011.
Paul DAWALIBI,Lidentité abandonnée. Essai sur la phénoménologie de la
souffrance, 2011.
Firmin Marius TOMBOUE, deJürgen Habermas et le défi intersubjectif la
philosophie. La crise de la métaphysique de la subjectivité dans la philosophie
politique et la philosophie morale habermassiennes, 2011.
Firmin Marius TOMBOUE,Jürgen Habermas et le tournant délibératif de la
philosophie. La crise de la métaphysique de la subjectivité dans la philosophie
politique et la philosophie morale habermassiennes, 2011.
Vinicio BUSACCHI,Ricur vs. Freud. Métamorphose dune nouvelle
compréhension de l homme, 2011.

Christophe PACIFIC,Consensus / Dissensus. Principe du conflit nécessaire,
2011.
Jacques STEIWER,Une morale sans dieu, 2011.
Sandrine MORSILLO (dir.), Hervé BACQUET, Béatrice MARTIN, Diane
WATTEAU,Lécole dans lart, 2011.
Blaise ORIET,Héraclite ou la philosophie,2011.
Roberto MIGUELEZ,Rationalisation et moralité, 2011.





























Pierre Dulau








LARCHE DU TEMPS


Lessens de lessence du temps
Essai sur la structure harmonique de la temporalité

Préface de Martin Steffens

Du même auteur



Invitation à la philosophie, commentaire duProtreptique dAristote, Paris, Gallimard,
Folioplus, 2006.
LesPenséesde Marc-Aurèle (annotateur), Paris, Gallimard, Folioplus, 2008.
Heidegger, Pas à Pas, Paris, Ellipses, 2008.
LeManueldEpictète (annotateur), Paris, Gallimard, Folioplus, 2009.
En collaboration avec Martin Steffens et Thierry Formet,Une journée de philosophie,
Paris, Ellipses, 2010.

Ouvrages collectifs
« Martin Heidegger, la Parole et la Terre », inLe territoire des philosophes,sous la
direction de Thierry Paquot et de Chris Younès, Paris, Editions de la Découverte, 2010.
« Espace et lieu dans la pensée stoïcienne de lempereur Marc Aurèle », inEspace et
lieu dans la pensée occidentale de Platon à Nietzsche,sous la direction de Thierry
Paquot, Paris, Editions de la Découverte, à paraître en mai 2012.





















© LHarmattan, 2011
5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-55875-5
EAN : 9782296558755





 Partout, le temps, dans son ampleur plus vaste que le
nombre déclot linapparent pour reprendre en lui
l apparu.

Rien qui soit hors dattente et pris de court au contraire,
tant les serments fatals que les curs à lécorce durcie 1
Sophocle,Ajax, Episode II (645 sq).


 Tout part en quête du contraire qui le sauvera de lui-
ê2
m me 
Clive Barker,Hellraiser.


1Traduction inédite de J. Beaufret. Entretiens radiophoniques avec F. de Towarnicki.
2Trad. Fazi. Paris, Bragelonne, 2006. p. 37.

Préface
La clarté et la distinction
par Martin Steffens



Quel regard nous précède donc pour que nous ouvrions les yeux ?
(Première partie,  7,  La Merveille de ltre )



Sil nest pas impudique douvrir par une confidence un ouvrage qui, par
sa docilité au Logos, brille de nêtre pas un essai personnel, je confesserais
linaptitude qui est la mienne à endurer longtemps un livre de philosophie –
inaptitude qui fait de moi un médiocre lecteur. Cela mest surtout vrai des
livres denses et profonds, qui ont laudace de dérouler, au fil de la lecture,
quelque chose du sens du monde. Quand en effet jai sous les yeux un écrit
qui déchiffre sans disséquer, qui met au jour sans mettre à nu, qui, en un
mot, honore lénigme de notre présence aux choses en la rendant non moins
mystérieuse mais plus habitable, me viennent alors lenvie de me lever,
lenvie de chanter ou de me mettre à genoux. Médiocre lecteur, oui, dont la
lecture sinterrompt à mesure quelle sintensifie. Pressentant quici ou là
une vérité trouve à se dire, mon premier mouvement nest pas de
mappliquer : il est de gratitude. Le génie du mot suscite lunisson de mon
corps, en une insoutenable impatience. Le corps trépigne à mesure que lâme
sature.
Tout grand livre donne en effet à entendre ceci : que le mystère tient non
dun défaut mais dun excès de compréhension. Le miracle dun essai de
métaphysiqueréussi, cest de laisser pressentir que notre raison nest pas en
ce monde hors-sens ou hors-sujet : les prémices de sa prise sur les choses lui
découvrent une trame quelle peut suivre, fidèlement, faute de pouvoir
lembrasser, immédiatement. On se découvreau milieudu Sens, au cur de
lessentiel : parlé, plutôt que parlant. Toujours déjà redevable dun Verbe
qui, en ce balbutiement, a trouvé un peu de chair. Or la manière adéquate à
limmensité du Sens est la révérence. Et toute révérence est par le corps : il
ploie, sélève ou danse, devient le signe de ce quune âme a confié à une âme
des choses importantes.
Tel fut sur moi limpact physique deLArche du temps. Chose
remarquable, le livre en prévoyait leffet : si, comme le montre avec patience
et dévouement luvre que vous tenez dans les mains, lessence du temps est
musicale, si toute conscience, se déployant dans le temps en même temps
quelle le déploie, est harmonique, il nest alors nulle bizarrerie de vibrer à
ce qui le fait entendre. Cest en effet cela qui advient : le livre de Pierre

9

chedonnaàcetreem.)Siloctnifctau(ensnésitaguqfiNeszteolémgepquiiquereinaraénedrcALe,teudhetsespmarvuonueecqiurpcoehdnotresdonneàuosdicnadelspirsluseeentemétfrertevrueourstoujest,cteetufér,etsefecveae,drcarec,xrtnootecsusaiaiàrmeeuminoàmpéires,rmavoirmatièrenigaslIdiciarteurue.oifsaessnosnvgi,asrsuéjourrerteimnt).esplsiusnoseltiuqsuoncellesncerparà(cmoemcohessesuttormeaiésmedtralsnadseaîtresmristosttnnuferuqiuexoutr:elsarvedétrebienusnaleurmeilnsonecoaevnaectuoceltesssauobir,éiytéolomuqignemetob-oedire,tnerdelroiellsnad,evitalucépouvueqaissel:oilerelzslarlertpapeunne.ertlIedtlqusneuynpaatnmelptapratocdisonssive,oucsir,idtniimansyivresinedessessapmiuqitarplàtecisleeltersnasytêertdutoutdelt.éuqnUtravedtoutiencervoonierenttoutantceveesrs:feiotrldeequnimorahecruosaledauprescfouvresercpiitse.eLdlnauttodiigorcevAcectpir.fion.latimodusaeéstîlnoannOcletedecèrépleemmocetissecénlamusiqSanseisreiaeu,alvhoapsmriisdutancszt:ehedeeiNtudpras-nennonotsdeumanrehreenut.ruereuctduSéilrcaraftuàlhmoemlamusique,commeétimmocdefnutaiquac:islieétilaéraL.elabrtpoupsmeorfuenahsouacnneidoequvoilunllebasepsosulessndenlaleobertneàidnfiéfdit-on,stdure,(insoalnsSaD.)étebelùoBeaice,Piéuté,taoipsriuJtssn(durihummcoémunC.saletseojuaenrobagedesenumisuqe)dnulirsseécDvrouinomeuqecnerahcestadutempsàlaabffriem,rentiaursoerbtsitneicssed3iennsrtsaeselueredfieiasrcirrueugédrsnomattre,ivueqlrtensetapsérductibleàcequtidneneicsaltL.cestenrecepsalleundpartnulontrtiaer,,uacnoartmaisnalaptseenupertrantdootnTuntouorofsup,lpioern,vatioicippartneicsnoC.noititarpneut,enémndreflétant,touteecrféélhceiett,esilinnfquirapeiteuqellelleque,l-mêmuorvillpsueàsundoiquseneemmohhcéltse,trounei,qunoitarépO.tnemeuprésansentlleminevunicetssucraîtroonsievdl:ulliqilpeéuréciproqité,etallcudieraevc,noitarénatuadeund)opellteetsleelspapulusvtplquaineouqemnerusuottenmiadss,saneo(uelcmoqieujoursletragiquicétprabraeb,isdansdeuxfo

.lecervifaisionunteàeedettxretRboLl,siMunciescatiruoseassnadcédentde3ullAsensaumierpreéfoceteecdnddoulaDuenàennlerdnet,spmeterPfécae10enredrusplamfailiselcrapuqeemoinsfamilièrse.nEetdner,ctoreeircuxaure,sesohimraptsauelleps,temdefanilseonsuALehcrual.ertasloseudmptetterpmenomiectudefaièrevereteredte,trofaspneroupe,nuiocàsiuerrdédeditiseequnecqiucehcrehsacompréhensiosneetuorinfelsàdieeredtxolaradarood,dundanse,pgestavededraprecnmeceannninaf,ntselaissentiràetscnouoet,rchoc,sedetneuelrcesreseridigentelllinansrednErteb.vreEc.erutcoélstec,spmetudec
Préface

lexpérience humaine. Gustave Thibon écrivait en 1975 :  Civilisation
placée sous le signe de lamortisseur (confort, sécurité, distractions, usage
permanent des analgésiques, des anxiolytiques, euthanasie, etc.), cest-à-dire
de tout ce quinous (au sens denvahissement par la mort) dans la amortit
mesure où elle nous soustrait aux chocs vivifiants du destin4
Rien de cela chez Pierre Dulau : lenquête patiente quil mène sur le
temps et sur la mécompréhension croissante de sa nature corrige la sentence
nietzschéenne. La musique nest pas cette couche quon surajoute au réel
pour sauver son apparence et faire que la vie soit autre chose quune erreur.
La musique est lessence du réel. Voilà ce que désormais il faudra dire :
parce que la vieest musique, elle ne saurait être une erreur. Si elle lest
parfois, cest en tant que tout accord, pour être harmonieux, se risque à la
discorde. Si elle lest, cest à la faveur de ce que Pierre Dulau nomme la
 liberté sidérante de lhomme5 lharmonie de lêtre suscite une :
résonnance quelle ne détermine pas. Son appel est une invitation, qui oblige
sans contraindre. Mais pour celui qui répond, ou se sait être la réponse à un
appel qui le précède et dont la musique, par son originelle familiarité, sonne
le rappel, la vie apparaît digne dêtre pensée, aimée et vécue. Sa pleine vérité
nest pas de dureté : elle est un accord possible dont il faut prendre le beau
risque.
Cest là ce qui fait de ce livre, comme de lhomme qui le signe, un être
clair et distingué.Clarté sècheresse formelle dune : la démonstration de
démarche qui a, comme contrepoint, la richesse et la beauté de ce quelle
découvre. Etdistinction, non pas seulement au sens cartésien de ce qui
épouse les contours du réel pour donner à voir ses articulations, mais au sens
plus commun de ce qui est distingué, noble, admirable : la clarté du propos a
pour effet, comme une conséquencede surcroît, qui ne fut pas dabord
recherchée, de mettre lhomme debout, dattiser en son cur lappétit de
luniversel, libéré de la honte et des fausses modesties. Cest en effet cela :
ce livre est habité par rien moins que lafausse modestie. Il a la modestie
parfaite, qui est lorgueil de la vérité : sil la veut toute, il ne veut pourtant
quelle. Il rivalise par là avec les grands livres de métaphysiques, plus ou
moins connus et reconnus, qui jalonnent notre histoire. Par son souffle et
lampleur, voire laudace, de son projet (penser le temps à nouveaux frais,
après Aristote, Saint Augustin, Kant et Heidegger),LArche du temps se
distingue de tout ce qui se fait aujourdhui de travail minutieux, spécialisé,
analytique jusquau fourmillement, tout comme des grandes déclarations
apophatiques, fières de ne dire que limpossibilité de dire.

4Gustave Thibon,mirages ou La décadence dun monde chrétien. Notes inéditesParodies et
(1935-1978)Editions du Rocher, 2011.
5I,  6.

11

Préface

Harmonia nen finit jamais de commencer et de se donner à
entendre6 lobjet du propos, lharmonie, parce quelle en devient peu à :
peu aussi le sujet (non seulement ce dont on parle mais ce qui ici trouve à se
dire), fait de ce livre une expérience moins conclusive quinaugurale. Son
dernier mouvement est de donner à son lecteur la parole après en avoir
emprunté la force au Logos lui-même. Mais entendons-nous bien. Si
LArche du tempsest un ouvrage ouvert, ce nest pas à lindéfini quil ouvre,
mais à la vérité : cest à un champ de réflexion, non à tout-va, en
dinterminables points de suspension. Rien de moins posé et engagé quun
tel livre. Mais cet engagement est aussi un envoi : il a ceci de rare que, sans
jamais laisser son lecteur sur sa faim, il lui ouvre lappétit.
En un mot, il y a donc beaucoup à dire, à partir ce texte. Lappétit de
que, pour ma petite part, il ouvrit en moi fut délucider ce quil y a
dharmonique, de musical, dans ltre entendu et révéré comme Trinité.
Rien qui me soit seulement propre : le temps se trouve compris dans la
Trinité comme un Devenir éternel, ou une Eternité qui dure. Le livre de
Pierre Dulau esquisse sans les confisquer mille voies vers un tel
rapprochement. Et il est à remarquer que cest sous la forme de trois notes de
musique ( trois touches dorgue ) que la Trinité se révèle pour la première
fois dans sa pleine clarté à S. Ignace de Loyola7. De même, aimer Dieu, pour
Saint Augustin, auteur dunDe Musica étreinte , cest aimer cette 
(amplexum) qui fait à lhomme une intériorité où chante ce que le temps ne
peut ravir (ubi sonat, quod non rapit tempus8). Enfin, pour rendre un dernier
écho à la parole que Pierre Dulau, par son livre, délivre, si le Dieu trinitaire
nétait point par là musique, quelle profondeur auraient les mots de la
Quatrième Préface liturgique pour le Temps ordinaire :
n as pa e,
 Tu  s besoin de notre louang
et pourtant cest Toi qui nous inspires de Te rendre grâce ;
nos chants najoutent rien à ce que Tu es,
mais ils nous rapprochent de Toi. 

Nos chants najoutent rien à Celui qui, déjà, est chant, mais aussi nous
permettent-ils dêtre plus proches de Lui. Aussi ltre que Pierre Dulau
révèle en sa richesse et en sa paradoxale proximité, entre émerveillement et
angoisse, pourrait bien être ce Dieu trois fois Personne que le chrétien
confesse : non plus seulement, comme il est écrit avec une grande justesse

6IV,  2.
7
Autobiographie, Chapitre Troisième.
8Je cite ici le livre X desConfessionsen VI, 8.

12

Préface

logique9,  le Principe comme Possibilité infinie , mais aussi, pour citer
encore une foisLArche du temps, ce quelquun qui  nous nomme et fait
ainsi advenir notre conscience à elle-même10. Ce  quelquun  qui,
comme le Bon Pasteur de lEvangile de Jean, appelle ses créatures une à une,
par leur nom, tandis que, à la faveur de ce que Pierre Dulau nomme  la
mémoire prophétique  et quil identifie comme le risque de la nostalgie,
celles-cireconnaissent sa voix.
Sitôt le savoir rendu à sa puissance spéculative apparaît donc son
étonnante conjonction avec cette foi qui parle à lhomme de lui-même. Mais
dy penser seulement suscite déjà limpulsion que je confessais au début de
cette Préface : il ne sagit plus alors que de se réjouir, se recueillir et mêler
son chant à celui du Logos. Pierre, cet ami, parle à ce propos de  la
nécessité morale de la louange , laquelle  assume , dit-il, lexcès de ltre
en son i tellige11
n nce .


9I,  7.
10I,  8.

11I,  7.

13

Introduction

Le temps au seuil de ltre



 1. La tétrade du temps

Lon a coutume de présenter le problème du temps en posant que la
question consiste à savoir quel sens ultime doit unir contradictoirement12 le
passé, le présent et lavenir. De là, lon sinterroge principalement sur trois
sous-problèmes eux-mêmes généralement structurés par la dualité du sujet et
de lobjet : la direction du temps, la continuité du temps et la mensurabilité
du temps. Ces questions ne sont pourtant, en dernier recours, que des
questions dérivées, cest-à-dire secondaires. La question principielle du
temps nest pas celle du lien entre ces trois instances (ou dimensions) que
sont le passé, le présent et lavenir, mais celle du lien entre quatre
déterminations conceptuelles possibles de la notion de temps. Commençons
par distinguer ces quatre déterminations en nous élevant de celle qui est
ontologiquement la plus basse pour remonter vers la plus haute afin
dentamer ensuite la réflexion sur lessence de la temporalité. Nous
observerons en chemin que ces quatre déterminations contiennent chacune
un cercle théorique dont il nous faudra tenter dinterpréter la signification.
1 -Le temps peut dabord être compris au sens de laDurée. Cette
compréhension nous renvoie au plan principalement physique du calcul du
mouvement. Cette première détermination dévoile le temps comme
intervalle mesurable ancré dans la considération du changement qui affecte
les phénomènes physiques. Saisi comme durée, le temps paraît
consubstantiel au mouvement si bien que lon peut poser leur réciproque
conditionnalité : sans temps, pas de mouvement, sans mouvement pas de
temps. Un premier cercle apparaît donc déjà. La durée est la dimension où
devient possible le calcul physique dun intervalle, dun changement de
position spatiale et nous pouvons affirmer que sil ny avait aucun
changement de position spatiale, la catégorie de la durée cesserait dêtre
signifiante, tandis que dun autre côté sil ny avait aucune durée, aucun
changement ne deviendrait observable ni pensable. Ajoutons provisoirement
en nous référant à Aristote (dont nous parlerons en détail plus loin) que,
compris comme durée, le temps est nombrable et nombrant : le fait quil
formalise le rapport entre la vitesse et la distance se traduit par un chiffre. Au

12 contradictoirement : ce qui signifie en surmontant rationnellement lopposition entre Unir
ces trois dimensions de la temporalité.

15

sieinmorbeéduramètredelasadepemeerusaP.uetcenairttynlleroeiepmruqiinattermfactionsirpmocédemmocemtle,aerspslescasanstousecqeudofdnpraurseltenenriirtsmetcahcegntneisenativrelnelbeituosineutolbsaleslleuq,tnemevuomelàtcsasuontabsaitnétiladcevumoinsouquelelsafssnetrdioslesueisaltipasniatneosulpiue).ntiqcesQueroeitéhsyqishproéhdeiuclat(ltéviuaqlaerageuidnfi,éperqsanslecférentdtneminifnielleitalréedtetipeuàvrne,apoceréchainecertunetnatneelleuqdeequhievialanilàifaprésetoujestdéjoursatonnemmuatalpnuisounvreeoiixtsneitleetténontologique,ensra(teblsierévrrieuqigolonorhesqtoiradicontrstcéat)edtivieiristdLeenevrud.eécsuemmoessioncmmesuccnerdeocicàetnpsptemdeuxeutemtnèiemeniêrttérérpteDmeomcerinevelpnontestleprincipeedlaocpmérehsnnioraduvetiudpmet.31s2eL-sed,apmespsntSansnt.vememousap,tnemevuomellTe.psemtdeattnquérleenraverséilesttcorpusserapsedesquSa.dysminaedèmrtaparlequeêtreànuitdérel)noitasiliaatspebllaéaprentneaditnoduanifestae-mêmemeuqillenoisyhpmeriatnteunpéexce,etepostloinudtcofdn16rontIs(moyennantsaudaritevduetpmntipreratétniotniesseeitnl,lisnernoemmomidbiucentoewon)pulsavréneitleàunréfelativepsertuadneibndrempcoiquestnnebei,uoie)ninsts(Eètrearamteesmpdutiracseecnoeénrl,sconçucommedimefopruarêrtelusoabtqelqueohnoisneenègomeffelàr(NctueioteuslaucelcecompréacteurdedlaodehsnoinqusiqueéennhyptemraluliepidutionpriapproéatedlnieodamsletanivSu.ntuqisyhpseiroéhtcneovoltniaer.CetempsquidurseeeltmetqspluenosumeereeltuqdnmeneetquientoitconçnéhpselrsenèmocotoieçfunemmoumntvaeéeletaLsnepposo.eihprephilesaprocdaerddnaselntmeleeusteanfiingis,eérudaledeoposnprrgsoeeBeuqilrèniug

36..p1620qs.,LaPléiade,19étuaevuosiraP.sroerntnindeumpllsijiatniesemdur,Laommeéecniu,alefn,tl,laanceilleviebomel,il,elie,ilobmmurjoeleltmespetslélémentdelavieess.ctemoCsirpomcdmeenev,irautotdulandéroisenuqtaoin-géprnudnsseua-éluorédsussecopossibiltiondenudmuotié–onètamureletarpcalidnomitl–eontiicadùoarpedevitrtnocalveeectibjectsurotalmojbf(nierétnamiontiounife.)inteCdettifieentantquelfniisuahtnerosiam(inifédnintmeemarppausecsspormoemspctemelevoilsdéaltromal,eivtuuc:réntmetrsidtcioertoctnartsurtouienté)eeétrapsalcurtretuêmmdeealocsnicneeccmoemsuccessioncontiotcidaratédersipo(tspp-oontioi-nsotiprsousepnditios,didéetce,.)ffatsec,sepedésneN13rtnesnottemsuoslahèserentepanosneisrphécmotrictdunphénoevemtnauessnssihye,quaimdesenèmuesemelptnmêmelle-don,etocsnlaeceicnenesiaisensunuomudcstnemevvuealmnorteorique.Lmétaphysrudeeéeuqertnocpréiteêmciréiaisalsuqeros:alentuvemtmoissecénertêtîaarpirenevddue
Introduction
démotions, cest inversement cette succession contradictoire détats qui
paraît nécessiter le devenir. Sans conscience de la contradiction (comme
opposition qualitative détats), plus rien ne devient ; et sans devenir, il ne
peut plus y avoir de conscience de la contradiction. Autrement dit, nous
voyons là quun deuxième cercle apparaît qui lie et relie temps et conscience
qui paraissent être simultanément cause et effet lun de lautre14; réflexivité
infinie de lesprit et du devenir sur laquelle nous reviendrons dans le chapitre
consacré à cette question.
Notons encore que le temps entendu comme devenir est en un sens lui-
même vivant en tant que ce processus même dauto-négation devenant
indéfiniment autre que ce quil est. Ce temps qui devient est le temps où
nous vivons, par lequel nous prenons conscience de nous et il est lui-même,
principe systématique de vie : tout ce qui vit devient, tout ce qui devient vit.
Sa saisie nest pas le fait de lentendement scientifique calculateur mais le
fait de la plus élémentaire des attentionsréflexivesconscientes.
Ici, il est encore bien question de mesure, mais de manière plus
fondamentale quavec la durée. Nous sommes moins sur un terrain physique
que sur un terrain ontologique et tandis que la durée ne détermine que des
quantités (plus et moins), le devenir ne détermine (bien quil présuppose en
un sens la durée) que des qualités (vivant et mort ; identique et différent ;
avant et après ; jour et nuit, etc.). La succession irréversible indique une
orientation, et pose le problème du changement de nature. Le devenir est
bien comme laffirma Hegel  unité de lêtre et du non-être 15. Changement,
non pas de position spatiale, mais de qualité existentielle : lhomme grandit,
vieillit et meurt.Lénantiodromie du devenir définit tout du long notre
existence consciente.
3 -Troisièmement, le temps peut être interprété au sens de lHistoire qui
nous renvoie notamment au plan psychologique et épistémologique du
problème de lévénement et de la finalité. Cette détermination historique
nous dévoile le temps comme articulation de léternité originelle (sens 4), du
devenir (sens 2) et de la durée (sens 1). Compris comme histoire, le temps
est mémorable, racontable, interprétable, signifiant, symbolique : il est le
paramètre de laction et de lévénement comme composition significative
(finalisée donc indexée sur léternité) de faits diachroniques (successifs,
insignifiants comme tels). Cest en tant quemémoireque le temps se délivre

14Cest ce que Kant indique à sa manière lorsquil énonce que le temps est à la fois condition
de saisie et condition de donation des phénomènes. Cest aussi ce que Husserl affirmera de
façon expresse dans une lettre à Ingarden de 1917 :  Les vécus temporels sont intentionnels,
mais les vécus intentionnels sont eux-mêmes temporels . Autrement dit, la perception
consciente du temps présuppose elle-même déjà un temps de la perception.
15 Hegel, G.W.FScience de la logique in Encyclopédie des Sciences philosophiques (1830),
trad. Bourgeois, Paris, Vrin, 1994.  88, page 351.

17

eriassecneptnemil,ertrnétaufllnosuamnoselne,rigienocommlonoqugide)

euqee(tonnhcorserunfaitlogitesiquniosscecusenu,ecapsee.Lfinieinsencpérno:seisusccdenOlcerlap.einuSnieifédprésencanéité:eisumtleredevunmultesitédanéinuqiunvdneeuaueqsteslaedoisseccuunevednmporanéitéquinetspsaecnroe.irOrLinigesenutupeceretnoqiuêmemul-icaerepocontleestitecA.tnemeuqspelstece,trenetnalrOginiespacentqueleuqieltnisyhpdéraedusplégdminepxrésueeonequr)cvoialeinorhcaidtetneemivssceucsnstopmroiaenercnoetdemanièaccordeemmvnotnoc,iqonmeue(rmhalevquietlisehtoéoinuqeéritouslaeiquercmetnocemmocelpêmevivable.Ilmserubael,inmnsdaneuédmatitseniltérveuqtesnsmpteel,tcirtssnesua,niableémornim,inbaeltstacnosenlderotsistilarpéetaropm.CompriédéfinisrOgini,esocmmeucitrapsésiralntsoequsspaelerp,élttesénevenilalesretmuasniolàatédetospbisitéli,edvriutlati)élestroistempslen(eleitnetnquncoimediionssocmmeleetpmdévoileinenousgirOledecnadncensratteetCe.imrèpereteinrèdermenttanéimulceeettisrasonàumélnenidecventleurêtreqeisrsnesendiotrsceeemprsoiselleneuqsiup,antnfusoutpartssbisopneielstions,léterminaottufeiosernedmouendoimdnsortdsisnadsecui,teqndannscerelobilsaassnUe.irmoméaldeartnoisnemidenoindxereicecdelalibertéetcsnaednehlotsieirmmcodiensmeduisnoio)rovluquietntrenfirapemmodertèmaullccauesprex(menetalotoliguqationondéterminnoleasifédsinêinetritdonfeecllaprésepuopprésentalemmentadnoftseiuqelelce,uthaslupationestcelle.eCtteédetmrnidnsdéermteerinqseneusuoonevanmuplhysiétapsurnoneianeovtedéettioatinrmirOledeC.enigeirldeste-d-ànonmetsseecneroblèmequedupnrti,écedléetsthiuontmevetiretédtnemeuqiroonol(chrlleporeudartn,euemgoqiiuqnartnecsleddeenivecoremmimén)eduetpms;unedimensionq,etnensnartiulaendcecéeurdnetléméaocedldictntraimmaiontêtiarruopeneirmoméeunucareensriesiotlhoiremémsansre,ésonavleertêpusquisaierpatecdunepmrnaneanslimuiraitduqntiaesncuaurinevedfingisniàmêluseremednerptitipesardpslesthireoiieucrilleL.metelonpense,raetsleetpmsuqlle,appee,rcontniovel,eulirceoust,eslIe.qusnocerugifassMémoireciente,neitifeuqiuahtdtéaesllaeribsomé)enysetcnM(suo,tefgisasincoureentensciérnon,,evixelfntiesDeeniqutslappraneetnégation(Moïra,éméN)sis4.L-teesmputpetenihsnoiqieutsrodans18dimesaortnInoitcudposicomtlaeesiruqsiotsphtmeLe.onticafiniigsasnerisiasemetdeloireperralmmémenetapleénévueecdileuqrelap,ecrfaarpussdeeittissecéntec;sédesaitetingconsvaneecalpcelldephéèrémde,aleulpmisfraptionénigmatiquedelbaosuletsidnat:spmetuoisthisansueqertsrlaolorsnledcercèmeoisitrebI.élelilaenrntco,ciusnoisitno,etcmoopsappelenacte,
Introduction
démultiplication réflexive et contradictoire qui seul permet de décrire le
passage à lacte des trois premiers sens du temps et la démultiplication, dans
et par la conscience, du passé, du présent et de lavenir.
Résumons ce dernier point en disant que compris comme Origine, le
temps est le nud par lequel senroulent les dimensions que nous pensons
être déroulées. Le quatrième cercle est donc le suivant : lOrigine présuppose
la possibilité dune temporalité chronologique durative-devenante-historique
qui en est pourtant la négation actuelle (sinon, elle ne serait Origine de rien,
ce qui est absurde), et la temporalité chronologique durative-devenante-
historique présuppose une Origine radicale qui est pourtant sa négation
stricte. Autrement dit : sans Origine atemporelle de la possibilité du temps,
pas dessence actuelle du temps ; mais sans essence actuelle du temps, pas
dOrigine atemporelle de la possibilité du temps.
Voici donc les quatre déterminations nécessaires du temps :
Le Temps est, en son être propre, lascissionfondamentale dune tétrade
physique (durée), ontologique (devenir), existentielle (histoire) et supra-
physique (éternité-Origine).

- Interprétation des quatre cercles : un premier acquis
Opérer ces distinctions, en soi, ne résout strictement rien. Cest seulement
le point de départ du problème puisque ces déterminations rendent compte
de lentièreté du phénomène. La question est alors de savoir quel est le lien
rationnel qui les unit et quelle hiérarchie il faut effectuer entre ces différents
sens. Notons dabord un premier acquis. Cette tétrade comprend comme
nous lavons dit quatre cercles spéculatifs que nous résumons comme suit :
le temps est à la fois cause et effet du mouvement, cause et effet de la
conscience réflexive, cause et effet de la mémoire, cause et effet de lorigine.
Sa quadruple détermination est aussi une quadruple circularité entre des
termes dont les définitions semblent infiniment se chevaucher et se
comprendre les unes les autres. Cette effrayante confusion causale nous
indique précisément une chose : cest que la catégorie même de la causalité
est tout simplement inapte à rendre compte de lessence du temps et quen
chemin dans la détermination de cette essence, il nous faudra reconnaître la
valeur dune autre catégorie qui, elle, ne présuppose pas la chronologie pour
faire sens. Ce point sera traité dans le développement sur le temps et lêtre
qui envisage la question de léternité originelle de la possibilité du temps.

- Les deux régimes de signification, Mesure et Sens : un second acquis
Ajoutons encore que spéculativement cette tétrade est elle-même
réductible à unedyade : lerégie par les catégories de la mesure et du sens
temps est problème demesure, quantitative et qualitative (durée, devenir),

19

pmetrosnigitlensrandcetanth;oéolig)eetedcequinestparuuqiossopmocnevddeéteirener(dtêsudetpmit;récstémépiduieuredqceruseelbamet(mspque),de;physiedivnetceuqiievlaedpsem(td,)eigolotno;euredemquiecetn(elemnrleéetcequiaeulieuffréneitleeldeeeudeteciqued,eciuqilaplubienlemtôtleiuaarias,umérffdinleeltienderètsyoinulebaosuleirrotiéuneAntéementàenig.ellnoisirodlaenimiqutesapssetsnetpmletre,etiAcidnoinuledertèysmledorabdeêmsalnesemsonctenfdutionsectraidsiortnsionsmepntonvue;teleapssémythiquenedéarrecniecnoeutpoùlolsenrotnsssdatemplerhnotncreasnovnesensisroteseuqtnessinifédtificatenel-idenatuerpru,tedua-dsaliogolueiqnonretéruettescinnsonioptrieevuorpesneptconslaceécienalmnaseùoseruds,neuarpct,henotsi.eriiaMunedurée,ouuadsnunedevin,rselleutibahsnoinsmedisoitrsLe)e.oligcyoh,spoirehistie,ologmetdspapselrpesseriospblsisofmrsetuqeelsnesondutempeirtoiceuntes

snebaentsaueqruseltiafedlarrachementdudvenericnortda,questùilseotoèhhpysnl(adne?)stéiéprropsestnosselleouunnounêtree(tsi-luetpmsprereopnsauratuo)edtê-n?erpmernoceupdnqc.AeetloinsiraleddétilaéalerosontiesqueessnduapssésignepaslemêmuqisedealrreTequpleséashyp20aonqueinsinIcuitrtdomunaerhetnoptrrapedublèmproelesopsnesedieorégatclaequifindusnesnifiniette(sensecsnnadnétilartncriiaipéitpetlasourdeuiteesaruoselpuittiis-dusnontinc.)spmetosetteCiondutempsobluqeuqealqeutselunlesoudiinxelésoprapqecatqusLe.ueiqogspmetudsneserstor,hisensdetalosehcetqieuuxdeatcàtsceaLétacrogé.seiductiblesontréeirumene,setxréledemèitalerarenteonsienxteeedogiremuslaosereprobllepespuqttilaedéemt),psantsdinoetnietsnoin(quantitédetemnoisrepsaled,paapreudientreensonèmelcuqelitétotaphédesdrieceuqsertaospqeràurtpatocpmet,adsnlsensquirendendaspncdotesnspmetudemginéondlatiaredelmgeéindrlaobevdirendu:e,réuoceervecnortpgine.Lnité-Orier,tére,ihtsioléencee?nigmitnouQsedennoitaluscasaimé,noitseuqsnesedigeàcomposerSnesteMseruedeunnimaeèrédin.eti-ùOmmoctuqcseer,niiandustioqueelartuepenspmetsetenemusreouigseru.eetedmontreenCequemetteérptuocerprnimélntseioat,érlfcéihed(venombrée(durée)tnatuqelletseospritér,euneréeiatntudrueaprdeldelès,aledntetnavtedéalioatinrmrelativsensqueenfiateosti,quellentsellieuopser)erite,istot(hsprileeneliilceeuterectaenevéoupréneibuo,)rinestuenioridéevésteisbuiaidqerquestionnestuafnoduquenqmeomCr.lsounidsnovaettec,tsséuparéseduptedtneevinla.ertnEppaîaraerts,meaudestrcteetttnlaeùoionpeutripartitsnemidenuàeérmedaonfusplnioorvututeepiunréféqueensers
Introduction
entreprise vouée à léchec. Il faut, contre lapparence, partir dautre chose
que du fait du devenir chronologique et de la succession et envisager au
contraire celui-ci comme un aspect possible dune réalité plus vaste, sans
quoi, lon ne fait que reconduire, partout dans lexposé, la contradiction
propre du devenir. En résumé, penser lunité différentielle du passé, du
présent et de lavenir ne permettrait, au mieux et même si cest intéressant,
que de définir la nature profonde et les modes dexpression de la chronologie
qui elle-même, comme nous allons le rappeler, sancre nécessairement
ailleurs que dans la chronologie.
Il est toutefois bien vrai quempiriquement, lénigme du temps
commence sûrement parce que lon est instinctivement porté à croire que la
question est de savoir si passé, présent et avenir sont des faits objectifs ou
subjectifs, sils sont nécessairement référables et explicables par le
mouvement des corps, si la mémoire et lhabitude sont des facteurs
déterminants de leur essence etc. Mais pour ne prendre quun seul exemple,
que le temps passe en soi indépendamment de nous ou que notre passage
suscite un besoin dextériorisation (la projection relative dun élément qui
nous environnerait), est une alternative qui ne fait sens que si lon a déjà
compris le temps comme succession chronologique et lon se demande alors
si cette succession a une référence objective ou si elle est la manifestation du
cours de nos pensées. Autrement dit, soit lon intériorise cette succession
(comme Kant par exemple16lon en fait la condition de son déploiement) et
apparemment objectif (pour lui rester fidèle lon dira transcendantalement
objectif), soit on fait dun déploiement supposé objectif de cette succession
la condition (voire la cause) de son développement conscientiel subjectif.
Soit encore lon médite, à la manière de Leibniz, sur le mystère dune
conjointure si parfaite17 comme on Maisle voit grâce à cette première
...
élucidation qui manifeste le caractère tétradique du temps, cette question est
déjà bien trop précise et resserrée ; elle omet de mettre en perspective
larticulation par laquelle il se trouve que le devenir, la durée et lhistoire
procèdent dune essence non temporelle de la temporalité qui les contient en
elle au moins au titre de virtualités, de puissances que seul lacte réflexif de
la conscience est à même de faire passer à lacte. Essence non temporelle
qui, loin de déporter des questions de la nature et de la réalité du temps, y
reconduit en toute nécessité. Bref, si lon veut penser lessence du temps, il


16Kant,Critique de la raison pure,trad. T. et P. Paris, PUF, 1944.Le temps forme a priori de
la sensibilité définie comme intériorité et succession, corrélé à lespace, extériorité et
alignement.Esthétique transcendantale, deuxième section,  4. p. 61.
17Leibniz,Discours de métaphysique,trad. Bouquiaux, Paris, Gallimard, 1995. Notamment le

 15. p. 53.

21

noqiahmrtareuequent,ienunl.esonéL.2lneontimpcosleéinmgeudtmespigmedutempsLcevllecedealomcncmedoeancreaifutfa22noitcudortnIèretédeàlentiebméledortidsaesemirr,ieécntesrapsesnesaivrtonthau,esseuqitnengisteativificellees,vnioserottunet,esitsouàrneilaéoétresblbaveempiriquementd(rueéetedevined,noitalucitretnioaticplimlcrihéiaralhdeffeconeelequeleuqseutrtnednsinéfreatlapqaurtesi:cseationssdéterminnesertauqsec,itdntmereutA).igenoirétenrti(éteresautdessyhpeuqiepiatémplencritinsetuelleocapcreuqsable18indispenneontiratenemlltisoppustsenoidonsionprétlaàuostimineendtenis(hirto,e)speohcyigolmeuqéaliténécessair)r,ostiàuenrtingdisvonsusaiéposcuapréusuaqesCs.reaissoneuq,sneserteffetspanssesneténecsoislbmeonsouc,lensdafitduoesrceffosrusacéseecnemensairssibtpopxeledecneiréelormptensda,leahucnàelrumnaièrelaréalitéudsnoctpecedmpteréslevècntircnpieimieteptionintarticulaèlbodeml,trpeulseenemellequcàdnoetstecs;utreesaarlruelednoitseuqlaà,ntoipceenmêmetempsostnbeinrviasieiflntuespnsi,ssltuatnehsoi,dectiofoniguqadoglav,eiernscoesIl.veoptnenndtnatruatulnioateicrtsteeciila,uensionesttedimemêeosmutleelm-seponolSiegmednoitseuqalquelansirdsavocteisnomineeldtneheuqitnemybaalss.Qu-quelseaopirse:fiaredroitàlénispmeturtêtuepesépoeliquteldérèvdrsaobaraconcauttèreerutsigeérateldeduaenxtfsiigtseretnauerultanémenantsimetrappa,xuedselrenteontiiaédedmnetmmotelerairesstoilhialmodétrnsioatelssujifit:resmaintenantsan8oNsulaavçnno1tnneeriedisfpossiblmensionsreinétise.Ltéoictmerentcodiraessidsttnetuotansentempduiatnuriiltuqérvlataiersirenèmonéhpudétinaegemtnqauilattif)tandisqueeeénetxevisteanqufitileabch(ticilardacinortementoirdurtenevisnetnuqniteabfitianboasleyailruqveioconcorddabaittsec,rinevededrtpoaprunrelepsrteuonrsemblentuellespnorruo.emêLlre-muitrintcoistolhetlirelétnerti,éetnr,nsseeenevdle,eérudacneteadictionprocessà-d-rieedcnorteteriotéenee,lleurpeergovissleelormptestélitnemelbalaérpsest,cniesdéfimgeéineulàlqévrsiereisar(pertêà)pno-tuelautreluneourteomaddseqauexeseuqedselpmmpiescapsseasmmneaperarittrillesonneceqendorptiujuotsruonufeefdetidsrétaoi.nDnoonsnrapidementquelaunlrau,ienetuotireueugd,ranslepremiercahiprt.e

Introduction
léternité. Ce schéma est apparemment satisfaisant. Mais il suppose de
distinguer un devenir immanent qui est celui que nous expérimentons tous
dans la vie consciente (la succession contradictoire détats quintériorise la
conscience et qui présuppose la durée) et un devenir supra-temporel qui
renverrait, lui, au processus par lequel léternité sabolit toujours et déjà en
historicité. Autrement dit, dans ce cas, le devenir serait cause de lui-même,
comme effet dune projection de léternité hors delle-même. Sans plus
dexplication, lon est ici plongé dans lobscurité. Et cette obscurité, on le
constate, confine à labsurdité19.
Autre exemple : lon pourrait tout aussi bien affirmer quil y a un rapport
dedurée le devenir et léternité et quau fond, passé un certain seuil entre
critique et quantifiable de mouvements physiques contradictoires, le courant
des choses devrait se fixer définitivement dans une dimension ultime,
temporelle-éternelle, mais non plus chronologique. Passé un instant T final,
la durée sabsoudrait delle-même en léternité. Ainsi, la durée serait la
vérité du phénomène du temps puisquelle serait le lien différentiel par
lequel les sens du temps trouveraient à saccorder. Mais tout se complique
encore davantage puisque lon pourrait tout à fait concevoir que ces deux
modèles darticulations que nous venons dévoquer sont en réalité
contemporains les uns des autres ou bien successifs et qualors léternité en
laquelle se cristallise la durée engage delle-même le premier processus que
nous avons décrit.
On le voit clairement : avec le temps nous ne nous trouvons pas
simplement face au problème dune régression à linfini, mais face au
problème dunerégressionqui est aussi uneinterversioninfinie des sens du
concept de temps ; interversion naturelle et inévitable par laquelle chaque
sens du temps est à la fois contemporain logique et effet chronologique des
autres. Le devenir ramené à son essence présuppose léternité, qui elle-même
suppose la durée, qui elle-même suppose lhistoire, qui elle-même suppose
le devenir et ainsi de suite ; lasuite étant bien entendu une autre
manifestation du problème évoqué.
Illustrons ce phénomène dinterversion contradictoire de la manière la
plus simple : si je réfléchis sur le temps qui passe, je vais nécessairement être
conduit à la considération dune dimension qui sabsout de la durée, qui ne
passe pas et où une telle réflexion devient instantanément possible. Et ce
faisant, jaurais pourtant authentifié contradictoirement que pour
 percevoir  cette dimension éternelle, il aura fallu que ma conscience
éprouve le mouvement contradictoire dun devenir. En cherchant lessence

19Nous verrons toutefois dans le premier chapitre quil y a bien quelque chose de vrai dans un
tel schéma, mais qui ne sélucide que moyennant la compréhension de la structure
harmonique de la conscience et de ltre.

23

férhcélessinecuedeeiernseruahtneituqetefnousdemanièrexenesu,)eriartjnsrournosaiametpmleniqsfarepnoteetensérendde,rrcopoesafterioc,nemmusnepoisquenoeiru(uplitnréngeerssailusnosnasenèmonéhpmentactesexPluiu?ralripoltu

e?dilèuv,eenbamîunquiritrendlepop,tsepselru:eosmppsemtlebeinocnneusir.Laconclusionlupielbalàisiotetorhéueiqanmobjmplensimeucmomespeltisraisitraurpoelleùotniopuasalestpellenecseicn,eetscnotonleelàedcenecstnadsrunartusnos-onenpromcselerdudecnessignêmeatifificmmne.oCruirtoparéseméceténdemeuetnltsm-iunigmedutempsliasselserptiditluméderètcaraéldereuaticpl,soêmemel-snleCecns.nsenturpse?tiuepltseases,esCmpi.ePsnre.e3s-Queletempniféoitiuotdetdteonémetnoutcnoecnrtsaritnoempssaantletnetetiafne,dénso,peciinprédàjnetppmeevolant,Partné.dondonlepohyèsthdeenuesseecnatemporelledutmespetuqeejmpa,revèretunarssopmi,I.elbisemenversijnt,siaeafcaitsbrtcestlensible,ocpmérehlarosniimsemplessuttoejeiupiafuqtdimrsatsuemeneslurtecnneeoctenvideiquec,evitarudnoisnetsnitcduédevolpourpartie,di.eérueSecliuqempptenldeduaqsupiulfcéyéryréenthir,flécassecén,tnemerit,ansshiissuejctiorodu4atn2erllmeoptmeeudtnIsundesiaislaedemêmnoitidnacontlétaempseltti,tndereme.quutAnorogilocneshceosesenttestédlementaarsisuesp,juasruojuotàjédtesurépentanosppuliecqquetssaisleourirpeniuepajtsiamiesce,ncelc-cleostipuoralcnoens,quelquilli,sneîarapensaspatblsaisisrtmeeuauqenetunedansersirévqnomiuttetuonsseesdssussdeuo.soLsruqeonusparlionsdeqduslercceetruatiatéc,spmetièremanunedéjàuqeeurdnqidiudmpteénlmeignéeemgisesnutessencequipartlpiileseédumntàcédaintdesm-mêleelporenetondnscresdlaoisrevreesedsnertainementlenpiitnodpésaescPo.survruienednetnemeuhtniamisnovrrenietttescetourconsesircsedenutiardaufil,ieinnfitsbeintsliefinie.Eptioninttsojuoneiceecalnscoaivrueqassieicnocseitneduphénomènepuepeltulpepslutmoes.inaLdjésteart,àlendaanscdunncesoppusérledtnae,êm-mleurjooutlatifdetespécu.tBerflepsirniooùddiensmeeltsegorpneivnfiracojelps,cehnalteeem,tealntianen:metudétilaropmeonérxturieete.tneaLiféditine...Nécessairemcrahtn,ejlainluesquismpteeopmitnepelbissoncredremmappaceitojbaèvevseicsecnalenocmènodneleehépsroginiemdoùémentmêestlélsudteecneicsncoaldeencteislxedeêmemoinndit.Coantepens
Introduction
Rappelons dabord une chose élémentaire qui est que si nous pouvons ne
serait-ce que  nommer  ce phénomène temporel, cest que, de plein droit,
nous exerçons sur lui une forme de saisie. Cette saisie, nous lavons vu,
implique il est vrai un phénomène de réversion puisque pour saisir le temps
il faut déjà être compris en lui et quainsi toute définition unilatérale du
temps présupposera le temps, lobjet à définir, comme déjà connu. Mais
cette caractéristique vaut aussi bien pour toute autre notion ultime : lêtre, la
parole, la vérité etc. Est-ce à dire que lon ne peut rien en dire ? Répétons
alors avec Pascal quil faudrait être bien grand pour pouvoir en juger et que
dire quon ne peut rien dire, cest déjà affirmer beaucoup.
Il est bien exact quil faut déjà savoir ce quil en est du vrai pour pouvoir
le chercher, encore exact que toute tentative pour dire la parole ne peut en un
sens que reconduire sa puissance, toujours exact que lentreprise qui vise à
penser lêtre est peut-être réduite au plus décevant des apophatismes. Tout
cela, pour être exact, nempêche pas la pensée de sexercer. Cela nous
indique seulement que ce à quoi il faut renoncer cest à une définition de
type objectif qui permettrait de réduire la chose aux caprices de notre
volonté. Le temps nest pas un objet de pensée commun au sens où
effectivement, lon ne peut pas en produire une définition qui permettrait de
le produire ou de le reproduire comme un objet, de le détruire, de lutiliser,
de sen séparer, bref, den faire ce quon veut20. Mais cela ne signifie en
aucun cas que la réflexion est impossible ou bien que lentreprise spéculative
est vaine. En tant quil implique la reconnaissance dune Antériorité absolue,
le temps néchappe pas tout à fait à la pensée ; il renverse et intervertit
simplement les termes de la relation qui lie habituellement la conscience et
ses objets visés. Le temps, tout comme lêtre, est un terme de pensée qui
réfléchit la transcendance même qui caractérise la conscience et qui, pour
cette raison, semble la mettre en échec si auparavant lon a réduit la
conscience à nêtre quune conscience subjective dobjets. Cela montre que,
comme pour toute autre questionultime, la question du temps suppose un
phénomène de réversion par lequel sinterroger sur lui, cest médiatement
sinterroger sur nous, dans notre essence la plus intime : exactement comme
avec lêtre, la parole, la vérité ou Dieu.la mesure où le temps est uneDans
question totale, ce quil met ultimement en jeu cest la conscience elle-même
comme faculté de totalisation et duniversalisation. En ce sens, aller vers le
temps, cest bien sûr aller vers nous-mêmes puisque ce qui est en question,
cest rien moins que le fondement de notre mode de manifestation, dêtre au
monde : une pensée qui, spontanément, universalise lexpérience. De ce fait,
leffet de sidération produit par lénigme du temps se réfléchit lui-même


20Pour être précis : au sens de la propriété que confère le droit dabusus.

25

tiraneonemlltenpelonéhenèmmetporelnontpoursuelub,tpralusnoequensvoaeéutceffniol,srétedepperndreerdemttelriossetauqselrtsenmmettleelnosentn,uqdtéreimparerledepréuqemêmemrofaenstfenimasleelqurdnaeac,tlent,ssinsdeellesetuqeadsnuenonscience.Cencépstaluevieuqurpréeexflnioeastnlciercfiqueogosennamoyetnavitccaledvialdejeobeséetitre,hec.AceàlcééleovéuoiatsreprsarépcnitnoitselsidîtreparasapnoueptucneseesosnmbedsteheocprpaertuaetuoT.naisconedusancsp,tmeneonsuontivatifinilap.ruetacertoneDreunquelconquepuoovridojbcecàqueceeettsiasleiciuèfnoempfrotalmeneceslleaquearlersuoN.seuqifiulsesontraînncolomueedetrelvsscientssavoireiruqneritsnorauaengmviidrentuaetuooitonermmco,ueturpoenoctudreqapirésumEnrlfaé,iemgiudpmet.sflaceoredénlevrnievtsiaprespritàsetrouisfoteouterncnoerednoitidnocàlast,uieceqisrsiaovripuoioitdenentosprutaseeednasaitmêmeit,duf,lserpnluitemààéjdrsouujtoetnerappaL.iultéqbiliossiimpféniàdyaulismpesnlirteerimriouqteledelimpinverséétqeunsoisibilorpésuoàsnovuéfdusnoounirinems-sêmlo;teritébscunimquilebocaiannnassdcenoeetreniditétetslaêmemquinimbelacoadsn26oinudtcntroIsuoN.ecneicsnocaldeegmniéllàuqeiderpraonspasnevoulcejbfiteffeuststenutlepsemconnaure,traiepsedlbeiir,tspalueioatulécuessiamqtnemelittenircomptenuqielvsieodqueluireaeliludneimrahqinodesaisteformeatrieboeivlonollpreslarueeqàecuotrtinoneredrendrépissell-eemenégieleus;teanivctjealesedneyomlel,ottusmilpmeentparcequeriemêmeL.metnspsteaspndiibiceftsamindnabaelélémslduLentlennelI.tsecetesntanndpeiusapsnejelesjesaieCequilét:tmeoparcedelannaissananevitalucépsheâctLa12spaiaselsnesejsuiejeequs,coutcetuiqsteam,,simmocneeossibleaprioridnocirnedipmntcedéepntmerenutrapdtroffegedexitreenoneitessleelle,ssuipdeLa.ceanétilauqovasudserlaisendrdéprlaeedtnéovolvouoiulsirecnredreidengiséir,àsonméprisduopvuiortedL.selbissoptnelaedseeschrianeenedivrisasovllemipierincntpapacéticàeralàaesuqleeloinématmdétitasemesuphysiquespofeioastnrpsedemeiontouture.etcatseuqaLvealdeldeurtnocaptrripuorùnousfaut-ildoseuln:exoddueaifmêtdmelaègnelerseucI,iud.idivlniedreaitrbiarecirpaceleuqenmotetéritédudealvffréneetpatdisiquesneguetsuaebdétnsonauto-déterimanitnoessneitleel?nAeg21léSisluLe,ussinirelèpiburéhcrptipiuuqelseaissercsseseludemetrpmordneinsrrcoepsaitiu?àldnerseoptpenceplcoQueiugsuoncnodtumiheclersurdeopntniifnieemnnoeunoschue,

tuncercle.iéifPe.nsdeodm.darroJuqint.ep.32:.I.5.fr,9149rasi,eCenje,issuejiuqsiaseneJethosenec:uassijeqiuussi
Introduction


 4. La scission du Temps

- Une approche symbolique : tétrade du concept et tétrade sacrée
Ici, cest le mot quil faut tâcher dentendre et auquel il faut obéir, prêter
simplement loreille. Le vocable seul peut nous guider au point où nous
sommes maintenant rendus, car si lon ne suppose pas que lessubstantifs
manifestent en quelque manière, au moins symboliquement, les choses quils
signifient, cest que définitivement, nous navons aucun accès au sens du
réel et quaucun discours na de signification. Rappelons donc cette chose
bien connue qui est que le mot  temps  vient du latintempus.Tempusest
lui-même le décalque du verbe grectemneïn, temno.Ce verbe signifie :
couper, fendre, scinder, trancher, séparer. LeDictionnaire étymologique
2
grec2 Chantraine nous apprend que ce terme donne lieu à des emplois de
extrêmement divers comme  abattre un arbre ,  ravager un territoire ,
 castrer , ou encore  sacrifier . Sur cette base, un dérivé très ancien est
temenos, qui désigne un domaine réservé, au propre, comme au figuré, une
prérogative ou bien un sanctuaire ; dans cet emploi, letemenos devient
lépithète dune divinité. La racine indo-européenne de ces termes esttem23
qui indique aussi généralement lidée de scission, de séparation, bref de
passage du simple au duel, acte instantané par lequel lidentique sapparaît
à lui-même différentiellementcomme nous lanalyserons en détail plus loin.
Mais avant den venir là, comment comprendre cette idée que le temps
est séparé et séparateur ?
Au sens le plus simple, et compris sous la forme active (séparatrice), cela
nous indiquerait que le concept de temps signifie une division périodique de
lexpérience : jour/nuit ; hiver/été etc. Quil serait donc principe de
séparation qualitative et quantitative de la durée et du devenir. La séparation
primordiale de lavant et de laprès jouant ici le rôle central. Le temps serait
le principe par lequel lunité du réel se trouverait bornée, finie, limitée et
orientée. La séparation induit delle-même lidée de direction et dordre
(donc de mesure) puisque, compris en ce sens, la séparation de lavant et de
laprès a pour corollaire lirréversibilité.
En un autre sens (toujours actif), psychologique, cela pourrait indiquer
que le temps désunit ceux qui se côtoient et quainsi, la mort séparatrice est
son signe manifeste. Division dans lexpérience physique, division dans
lexpérience morale, le temps oriente parce quil découpe la présence

22 Chantraine, PierreDictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, Klincksieck,
1968. Page 1104.
23 Pokorny, Dictionnaire étymologique indo-européen, Berne, Francke, 1959, p. 1062, Julius
1063.

27

répasésanplsdeanaepicnirp;scdedonque,lytilaredtcuetsurductionIntroiaeren28nuti
24Marc Aurèle,Les Penséestrad. Meunier. Paris, G.F, 1964. VII. 21, .

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Introduction
côté et subsistant dans léternel, sans devenir possible de lautre côté. Le
temps nest en ce sens pas autre chose que linauguration de la présence dans
sa dimension sacrée et révélation par soi-même de son acte de scission. Une
partition harmonique originaire qui nest pas sans évoquer leGeviert ou
Quadriparti chiasmatique heideggérien : le ciel,la terre, les hommes, les
dieux.
Si lon doit maintenant parier sur la connivence souterraine des symboles
et des concepts, il nest donc pas étonnant que déterminant les sens du temps
nous parvenions à la définition de quatre sens qui ne sont, symboliquement
définis, pas autre chose que les membres de la tétrade sacrée primordiale :
- Au dieu revient la dimension de lOrigine éternelle où tout subsiste, sans
rien devenir. Le plan du divin est celui qui transcende toute chronologie
possible et qui entretient, au minimum, une relation dantériorité logique vis-
à-vis de la conscience humaine.
- A lhomme revient la dimension de lhistoire où tout existe, cest-à-dire
devient et simultanément subsiste dans un jeu où la liberté dagir semble être
le principe déterminant. Le lieu temporel de lhomme, au sens le plus
authentique, cest lhistoire, parce que cest dans le mouvement culturel
dune appropriation du devenir (mémoire) que se décide ce quil en est de
son identité.
- A la terre revient la dimension du devenir, car toute vie terrestre est frappée
par le mouvement de la contradiction. Comme lindiqua Platon, la Terre est
 la gardienne et louvrière de la nuit et du jour25, cest-à-dire de la
distinction primordiale par laquelle lidée même dune opposition consciente
peut naître : la lumière, la ténèbre. Sa vie est tout entière régie par la
succession contradictoire des états de lêtre : quatre saisons, jour et nuit, vie
et mort, croissance et déclin.
- Au ciel revient enfin la dimension de la durée car cest par le changement
observable dans le rayonnement solaire, au cur du ciel, que devient
possible (grâce augnomon) le premier calcul du temps. Le ciel comme
champ de dispersion de la lumière, et comme siège dobscurité où paraissent
les étoiles rend possible la mesure physique et nombrée du mouvement des
corps et permet ainsi lorientation pratique de lesprit dans le monde.
Ainsi lon voit que les quatre sens du temps ne sont,
symboliquement définis, que les quatre membres de la tétrade sacrée
fondamentale par laquelle lexpérience de la présence, ancestralement, sest
donnée à penser. Les symboles ici rencontrent les concepts et les quatre sens
du temps trouvent figure dans les quatre membres de la tétrade. Et même sil
serait peut-être vain de chercher une correspondance parfaitement rationnelle

25Platon,Timée, uvres,trad. Robin, Paris, La Pléiade, 1950. p. 456. 40. c.

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