L'ÉPISTÉMOLOGIE SCIENTIFIQUE DES LUMIÈRES

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Ce livre commence par définir " l'épistémologie scientifique " en général. La première partie s'intéresse fondamentalement à la mécanique et à la cosmologie. Maupertuis, Voltaire, Euler et d'Alembert y sont des repères essentiels. La seconde partie traite de l'infini mathématique en précisant ses origines, sa contrepartie moderne, et en donnant un exemple de la situation dans la philosophie de l'époque. Leibniz, Newton, d'Alembert et Rousseau y trouvent leur place.
Publié le : dimanche 1 juillet 2001
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EAN13 : 9782296218918
Nombre de pages : 203
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L'ÉPISTÉMOLOGIE SCIENTIFIQUE DES LUMIÈRES

Collection Épistémologie et Philosophie des Sciences dirigée par Angèle Kremer-Marietti

La collection Épistémologie et Philosophie des Sciences réunit les ouvrages se donnant pour tâche de clarifier les concepts et les théories scientifiques, et offrant le travail de préciser la signification des termes scientifiques utilisés par les chercheurs dans le cadre des connaissances qui sont les leurs, et tels que "force", "vitesse", "accélération", "particule", "onde", etc. Elle incorpore alors certains énoncés au bénéfice d'une réflexion capable de répondre, pour tout système scientifique, aux questions qui se posent dans leur contexte conceptuel-historique, de façon à déterminer ce qu'est théoriquement et pratiquement la recherche scientifique considérée. 1) Quelles sont les procédures, les conditions théoriques et pratiques des théories invoquées, débouchant sur des résultats? 2) Quel est, pour le système considéré, le statut cognitif des principes, lois et théories, assurant la validité des concepts?

Déjà parus

Angèle KREMER-MARlETTI,Nietzsche: L'homme et ses labyrinthes, 1999. Angèle KREMER-MARIETTI, L'anthropologie positiviste d'Auguste Comte, 1999. Angèle KREMER-MARIETTI, Le projet anthropologique d'Auguste Comte, 1999. Serge LATOUCHE, Fouad NOHRA, Hassan ZAOUAL, Critique de la raison économique, 1999. Jean-Charles SACCHI, Sur le développement des théories scientifiques, 1999. Angèle KREMER-MARIETTI (dir.), Éthique et épistémologie autour de Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont, 2000. Angèle KREMER-MARlETTI,La symbolicité, 2001. Jean CAZENOBE,Technogenèse de la télévision, 2001.

Abdelkader BACHT A

L'ÉPISTÉMOLOGIE

SCIENTIFIQUE

DES LUMIÈRES

Préface d'Angèle KREMER MARlETT!

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(Ç)L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0771-8

SOMMAIRE
Pages
Préface. .. ... ... ... ... ... ... ... ... . .. ... ... ... ... . .. .. . ...

7 Il

Avertissement

de l'auteur....................................

Introduction , . 1) D e l ". " eplstemo 1 ogle en genera.. 1 . .. . . . . . . . . .. . .. . . .

13 16 19

2) L'épistémologie scientifique et le siècle des
Lumières. . . ... ... ... ... ... ... ... ... ... .. . .. . ... ... ... .... 3) Objet et plan de l'ouvrage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

Premier chapitre L'épistémologie de la science de la nature Introduction 1) D'Alembert et la mécanique newtonienne:

.. ...
.

21 22 38 54 63

une attitude nuancée et critique
2) Voltaire: conciliation entre Aristote et Newton L'exemple de la physique du feu.......................... 3) Maupertuis: au-delà de la cosmologie
newtonienne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .......

4) Une autre attitude:
de la science naturelle.

L'épistémologie

néopositiviste

..........................................

Chapitre II L'épistémologie des mathématiques ....... Introduction 1) Les origines............................................................. 2) Rencontre des deux épistémologies antagonistes: l'infini comme processus....................................... 3) Épistémologie et philosophie: L'exemple de
Rousseau. .. ... ... ... . .. .. . ... ... ... ... ... ... ... ... .. . ...

75 76 90 106

Chapitre III Choix de textes
Introduction. ......................... ... ................................. .. ....

125

AI L'épistémologie de l'attraction I. L'exemple de Maupertuis II. L'exemple de Voltaire BI La certitude mathématique I. L'exemple de d'Alembert II. L' exemple d'Euler En guise de conclusion L'épistémologie scientifique des Lumières comme continuité et comme différence Appendices 1 - Le newtonianisme cartésien de d'Alembert
dans le Traité de Dynamique. .. ... ... ... ... ... ... ... . .. ... .. .

127 136 141 145

149

157

2 - D'Alembert précurseur de Comte
Bibliographie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

179
193

PRÉFACE

Angèle KREMER MARlETT!

L'épistémologie des Lumières est l'objet auquel s'est attaché Abdelkader Bachta, poursuivant au plus loin la connaissance de l'épistémologie des mathématiques et des sciences de la nature au XVIIIè siècle. Les principaux travaux de M. Bachta ont porté sur la mécanique, la mathématique du continu, sur Newton et Kant, mais encore sur Euler, Maupertuis, d'Alembert et Voltaire. La publication de sa thèse de Doctorat d'Etat soutenue en Sorbonne - L'espace et le temps chez Newton et chez Kant. Essai d'explication de l'idéalisme kantien à partir de Newton1 - a témoigné de l'effort d'élucidation qui a été le sien dans le domaine de l'histoire et de la philosophie des sciences. M. Bachta y a défini l'hétérogénéité des méthodes propres à Kant et à Newton dans une analyse mettant en lumière les positions respectives du philosophe et du physicien.

M. Bachta a exhumé l'épistémologie kantienne; il lui a fallu distinguer entre l'idéalisme transcendantal et la philosophie transcendantale ou la «critique» : le premier est avant tout une théorie de la connaissance des phénomènes. L'idéalisme
Abdelkader Bachta. L'espace et le temps chez Newton et chez Kant. Essai d'explication de l'idéalisme kantien à partir de Newton. Préface de J. Merleau-Ponty. Publication de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis. 1991. 377 pages. 7
1

transcendantal, une position en équilibre entre le rationalisme et l'empirisme, est opposé à l'idéalisme empirique de Descartes ou de Berkeley qu'il réfute; il concerne l' idéalité des phénomènes n'existant «en tant que tels que par et pour le sujet»2 ; c'est «une doctrine qui plaide en faveur du rôle déterminant et constructeur de l'esprit»3, une théorie de la connaissance des phénomènes. C'est ainsi que M. Bachta n'a pas manqué de mettre en relation aux résultats newtoniens les principes mathématiques kantiens énoncés dans l'Analytique des principes (Critique de la raison pure). En effet, Kant avait lu les lemmes des Principia de Newton - lemmes qui sont, d'après M. Bachta, «autant de principes qui fondent la nouvelle mathématique», tandis que les principes kantiens, à leur tour, tendraient à renouveler ces mêmes principes. L'auteur a fait les rapprochements qui s'imposaient avec d'Alembert, Maupertuis, Berkeley, Locke.

* * * *

L'originalité du présent ouvrage consiste à distinguer entre une épistémologie philosophique, comme celle de Kant ou de Bachelard, et une épistémologie scientifique, qui est celle que pourraient écrire les hommes de science. Or, cette épistémologie originale, quand elle n'a pas été dégagée de la science par le scientifique lui-même, doit l'être par un observateur critique ou un épistémologue averti. Passant
2 Op. cil. p. 34 3 Op. cil. p. 40.

8

de la physique à la mathématique, M. Bachta s'intéresse particulièrement à l'infini mathématique dont il esquisse une épistémologie. Dans ces divers domaines, l'auteur distingue entre les apports originaux de d'Alembert, Voltaire, Maupertuis, avec, à chaque fois, un newtonianisme différent. Toujours pour mettre en valeur l'épistémologie scientifique relativement à l'épistémologie philosophique, M. Bachta oppose une «rationalité fondée» - directement liée à une «philosophie scientifique» - à la «rationalité fondatrice», rejetée ou partiellement rejetée par les spécialistes. Le problème de la «raison absolue» est ainsi dégagé des positions et discussions de Reichenbach. M. Bachta le souligne bien: la raison absolue a «craqué» et, avec elle, ont également craqué la nécessité, la certitude absolue et définitive... A travers l'épistémologie des mathématiques, M. Bachta peut insister sur la différence essentielle établie entre Leibniz et Newton dès la création du calcul infinitésimal: il signale à ce propos, l'anti-newtonianisme de d'Alembert et d'Euler et leur leibnizianisme. Newton était resté un géomètre, tandis que Leibniz soulignait l'importance du calcul. Le XVlllè siècle a suivi Leibniz. Plus près de nous, on retrouve la même tendance chez Frege, Cantor, Russell. Toutefois, avec Brouwer, les intuitionnistes retournent à Kant (à son «infini improprement dit», selon Cantor) et à Newton; Cantor lui-même a fait, sans le citer, un certain retour à Kant. Mais, aussi bien pour Newton que pour Leibniz, l'infini mathématique n'est autre qu'un processus, ce qu'il n'est pas pour Cantor. Les philosophies mathématiques sont, il est vrai, nombreuses et variées. Enfin, appliquant - non pas démonstrativement mais subrepticement - cette philosophie du processus, Rousseau est présenté par M. Bachta comme un lecteur intelligent de l'épistémologie newtono-Ieibnizienne. Il en est ainsi, du moins au niveau de la notion de différentielle, dans le second Discours. 9

Quant au Contrat social, il est manifestement le résultat de l'application de la notion d'intégrale, en particulier dans l'idée rousseauiste de l'union civile qui est une unité, «un tout continu, non pas une somme formée d'éléments séparables». Le souci didactique a poussé M. Bachta à publier des textes de cette épistémologie des Lumières qui lui tient à coeur.

la

Avertissement de l'auteur.

Notre recherche, entreprise officiellement en 1976, sur Kant et Newton, nous a engagé pleinement dans la pensée philosophico-scientifique des Lumières. De 1980 à 1989, les congrès français des sociétés savantes et certains colloques tunisiens nous ont permis d'exposer nos idées dans ce domaine. Ce mouvement a vu naître l'idée «d'une épistémologie scientifique des Lumières» qui a donné lieu à un premier manuscrit en 1989. Mais le processus s'est poursuivi. Signalons à ce propos notamment que: 1) Lors du congrès de l' ASPLF en 1990, nous avons pu aboutir à une mise au point sur la question. 2) Deux colloques internationaux, l'un organisé par la société tunisienne de philosophie en 1993, l'autre tenu à l'académie tunisienne des sciences et des arts (Beït Al-Hikma) en 1999, nous ont conduit à mieux comprendre l'épistémologie d'alembertienne qui constitue un élément important dans notre recherche, etc... Le présent livre reprend l'ancien manuscrit tout en tenant compte des nouvelles recherches. Nous ne pouvons pas terminer sans remercier vivement Madame Angèle Kremer Marietti. Ses remarques pertinentes nous ont été d'une grande utilité; sans elle cet effort n'aurait pas pu voir le jour. Tunis le 22 Décembre 2000.

Il

INTRODUCTION

1 - DE L'ÉPISTÉMOLOGIE

EN GÉNÉRAL

1 - Du point de vue méthodologique, l'épistémologie est logos, c'est-à-dire une philosophie fondatrice de son objet, une philosophie au sens authentique du terme. En fait, Socrate a bien voulu donner à la philosophie cette fonction quand il a déclaré que tout ce qu'il sait, c'est qu'il ne sait rien. Depuis, les philosophes ont employé des concepts comme ceux de doute, de critique... qui renvoient tous, en réalité, au caractère fondateur de la philosophie, qui est l'essence du logos. C'est dans ce senslà que Kant précise, dans la Méthodologie transcendantale, que le philosophe est l'artiste par excellence de la raison 1. 2 - L'objet de l'épistémologie est source de désaccord entre les Français et les Anglais. En Angleterre, cet objet est la théorie de la connaissance en général. En France, c'est l'étude de la science au sens moderne. L'étymologie grecque donne raison aux uns et aux autres, mais on peut retenir le sens français sans nuire ni aux Grecs, ni aux Anglais, car premièrement, la position française est contenue dans l'océan britannique. Deuxièmement, la connaissance scientifique devient actuellement le prototype de toute connaissance, la vraie connaissance; et ce, de l'avis même des néopositivistes de Cambridge2.
Nous avons traité de cette définition de la philosophie à deux reprises: a) Bulletin Pédagogique de l'Enseignement Secondaire, n06 -janvier 1984, (Tunis) . b) Revue Tunisienne des Etudes Philosophiques, n05 - Juin 1985. 2 À propos de cette différence entre le sens anglais et le sens français du mot 13
1

3 - L'épistémologie est donc une philosophie des sciences et se distingue difficilement de l'histoire des sciences, car dans les deux cas, la recherche concerne l'origine et les principes de la science3. Or qu'est-ce que la science? Ainsi, la mathématique est une science, nous dit Comte, et même la science fondamentale. Nous pensons qu'il a raison, à condition de considérer les diverses théories mathématiques qui jalonnent l'histoire et de ne pas s'attacher à la fonction des mathématiques comme langage nécessaire dans les sciences naturelles et humaines (et là, nous pensons aux néopositivistes et non à Comte). Le modèle des sciences de la nature est, sans aucun doute, la physique mathématique qui se définit: 3.1. Une dimension méthodologique et technique; nous voulons parler de la mathématisation et de l'expérimentation, entendues comme deux structures se situant au-delà des éléments conjoncturels relatifs à l'évolution des sciences et à la spécificité des savants. 3.2. Une dimension théorique et intellectuelle. Là, nous voulons évoquer deux notions qui sont: a) le concept, qui nous paraît être à la base de toute théorie physique: l'histoire nous montre que le passage à la
«épistémologie», voir le Vocabulaire de Lalande et L'Encyclopédie philosophique universelle. Il faut remarquer à ce propos que les Français rejoignent les Anglais quand ils emploient l'adjectif «épistémologique». 3 Le sens du concept d'épistémologie est conforme à celui qu'on trouve dans les ouvrages comme L'épistémologie de R. Blanché, Que sais-je ?, Paris, P.D.F., 1972. Eléments d'épistémologie, de Carl. G. Hempel, traduction de Bertrand Saint-Semin, Paris, Armand Colin, 1972. Epistémologie et logique depuis Kant jusqu'à nos jours, de Raymond Bayer, Paris, P.D.F., 1954. 14

science einsteinienne a nécessité le remaniement des concepts fondamentaux de la science classique comme ceux d'espace, de temps, de masse, etc... b) l'explication comme recherche des causes et des essences. C'est là essentiellement un projet aristotélicien: la physique n'a jamais, en fait, abandonné l'essentiel de ce projet. Si les causes finales ont connu une régression sérieuse, on continue à agir dans le monde aristotélicien dans ce qu'il a de substantiel. La scientificité des autres sciences se définit par rapport à ce modèle. C'est ce que Comte a fait quand il a voulu déterminer l'esprit sociologique. Les sociologues français comme Durkheim, Mauss, etc... continuent à se définir par rapport à ce prototype. Max Weber, quant à lui, ne croyant plus à la conformité avec la physique mathématique, a banni de ces textes, le terme de «science»... 4.

4 - De toute façon, l'épistémologie apparaît comme une branche, une section de la philosophie. Elle l'est effectivement. C'est d'ailleurs ce qui justifie la signification que nous venons
d'évoquer

- quand

on revient à la pratique épistémologique.

4 Nous avons déjà explicité cette signification du concept de science dans: a) «AI Birouni entre l'ancien et le moderne» (en arabe), Archives de Beït AI-Hikma - Tunis. b) «Le concept de matière chez Ibn Rochd» (en arabe), Archives de Beït AI-Hikma - Tunis. c) «La science et le devenir» - Le temps littéraire, mercredi 21/12/1988 - Tunis. À propos du sens du concept de science, voir aussi le livre de Jacques Merleau-Ponty, Genèse des théories physiques, Paris, Vrin, 1974 (en particulier, l'introduction). 15

On a déjà parlé d'une épistémologie kantienne5. Ce qui est certain, c'est qu'on peut considérer Les premiers principes métaphysiques de la science de la nature comme un livre d'épistémologie philosophique puisque la finalité de cet ouvrage est de déterminer les fondements métaphysiques de la science physique de l'époque. L'épistémologie bachelardienne demeure un modèle de l'épistémologie philosophique.

2 - L'ÉPISTÉMOLOGIE SCIENTIFIQUE ET LE SIÈCLE DES LUMIÈRES a) L'épistémologie scientifique

Mais on peut parler, à juste titre, d'une épistémologie scientifique, par opposition à l'épistémologie philosophique de Kant, et de Bachelard etc... Les savants du 17è siècle ont, par exemple, eu leurs épistémologies, qui sont de deux catégories: 1) Elles sont implicites et il appartient aux critiques de les dégager. C'est dans ce cadre-là que s'inscrit, par exemple, La philosophie de Newton de Léon Bloch. Elles sont explicites, en ce sens que des auteurs comme Galilée et Newton se sont chargés, dans certains de leurs textes, d'expliciter les fondements de leur propre science.

2)

5

Cf. par exemple, le livre de Raymond Bayer, cité ci-dessus. 16

De nos jours, il y a deux archétypes d'épistémologie scientifique: 1) Dans les sciences de la nature en général, il faut citer l'épistémologie néopositiviste qui est pratiquée par des penseurs d'origine scientifique. Des hommes comme Carnap et Reichenbach se sont effectivement occupés de la détermination des principes et des fondements de la science naturelle6. 2) En mathématiques, le débat concerne essentiellement les assises logiques de la mathématique des ensembles dont le centre est une nouvelle conception de l'infini. Dans ce domaine précis, des noms comme ceux de Russell et de Cantor doivent nécessairement être cités7.

b) L'épistémologie scienti:fique des Lumières Mais, en fait, le siècle des Lumières est certainement plus approprié à ce genre d'épistémologie. Des raisons sérieuses laissent croire, en effet, que le XVIIIè siècle est un cadre tout à fait favorable à l'épistémologie scientifique.
À propos de l'épistémologie néopositiviste de la physique, citons trois titres importants: 1) Rudolf Carnap, Philosophical Foundations of Physics (1966), Basic Books. trad. en français par Antonia Soulez et Jean-Mathieu Luccioni, Paris, Annand Colin, 1972.
2) Hans Reichenbach, The Rise of ~')cientific Philosophy (1951)
6

- trad. en

arabe par Fouad Zakaria - trad. franç. Paris, Flammarion, 1955. 3) Carl G. Hempel, Philosophy of Natural Science (1966), Prentice Hall Englewood Cliffs N.l - trad. franç. Paris, A. Colin, 1972.
7

-

À propos de cette épistémologie scientifique de l'infini, citons surtout le

document de Cantor, Fondements d'une théorie générale des ensembles, dans les Cahiers pour l'Analyse, La Formalisation, nOlO.Nous citons ce texte, car il est moins connu que les autres. 17

1) D'abord, l'usage de la raison fondatrice est l'une de ses caractéristiques les plus importantes et l'on n'a pas manqué de le souligner avec force. 2) Ensuite, les sciences mathématiques et naturelles ont constitué un centre d'intérêt fondamental à cette époque positiviste et anti-métaphysique. 3) Enfin, ce n'est pas un siècle véritablement créateur dans le domaine scientifique en ce sens qu'il n'a apporté aucune révolution scientifique digne de ce nom. Les hommes de science à l'époque des Lumières se sont surtout occupés d'étayer et d'approfondir «des sciences paradigmes», pour reprendre une expression chère à Thomas Kuhn, qui sont celles du siècle 8 prece d ent .
r r

Effectivement, des hommes de science comme Voltaire, Maupertuis, d'Alembert, Euler, etc. ont été des épistémologues. En science de la nature, et après la défaite des cartésiens, le modèle tant admiré et vénéré était le newtonianisme dont on a essayé de déterminer les assises. En mathématiques, le centre d'intérêt essentiel était le calcul de l'infini (ou calcul infinitésimal) qu'on a tenté de perfectionner, mais sans dépasser la substance avancée au XVllè siècle, et sans franchir le seuil classique. Ce seuil ne sera, d'ailleurs, véritablement franchi qu'à la fin du XIXè siècle, au sein des mathématiques des ensembles. Mais ce qu'il faut noter, c'est qu'en s'occupant de l'infini dixseptièmiste, les savants des Lumières se sont accrochés à l'un des fondements de la science mathématique, dont la métamorphose changera, avec Cantor, le visage de cette science.

8

Cf. Thomas S. Kuhn, La structure des révolutions scientifiques, traduction
1983

française, Paris, Flammarion,

18

3 - OBJET ET PLAN DE L'OUVRAGE

Nous nous proposons donc, dans le présent ouvrage, d'apporter quelques éclaircissements sur cette double épistémologie scientifique du dix-huitième siècle, dont nous nous sommes déjà occupé pendant plusieurs années, essentiellement au sein du Congrès annuel des Sociétés savantes9 . Dans le cadre de cet essai, nous comptons suivre le plan suivant: 1) Nous nous occuperons, dans un premier chapitre, de l'épistémologie scientifique relative à la science de la nature inerte, en montrant sur des exemples précis certaines positions (explicites ou implicites) adoptées à l'égard du newtonianisme, sans oublier de marquer la différence entre ces regards dixhuitièmistes et l'attitude néopositiviste en la matière; ce qui permettra de mieux comprendre cette épistémologie scientifique des Lumières. 2) Le second chapitre sera consacré à l'infini mathématique, l'un des objets privilégiés de l'épistémologie scientifique des Lumières. Nous essaierons de déterminer sa signification chez les savants du XVIIIè siècle, ce qui nous permettra d'approcher leur épistémologie en la matière. 3) Pour permettre aux chercheurs d'approfondir ce concept d'épistémologie scientifique des Lumières, nous présenterons des textes qui leur permettront d'avancer dans cette tâche.
9

C'est un congrès qui se tient annuellement, en France; nous y avons
la

participé depuis 1980. Le contenu du présent ouvrage est essentiellement substance remaniée et complétée de nos participations à ce congrès.

19

Notre conclusion sera une courte étude qui portera le titre suivant: « L'épistémologie scientifique des Lumières comme continuité et comme différence». Nous finirons par un appendice sur d'Alembert; ce qui permettra au lecteur de mieux saisir l'épistémologie de ce savant. Il semble, en effet, que cette recherche peut clarifier la teneur des chapitres précédents.

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