L'HOMME PRECAIRE

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La souffrance, la maladie, les atteintes de la vieillesse, l'idée de la mort inéluctable, autant de " passivités " de l'existence humaine qui nous renvoient à un double mystère : être né et se découvrir sujet conscient. Cette réflexion conduit à rechercher une sagesse dans la vie qui s'achèverait dans la difficile perspective d'un savoir-mourir.
Publié le : samedi 1 avril 2000
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EAN13 : 9782296407589
Nombre de pages : 96
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L'HOMME PRÉCAIRE
Essais sur le mal-être

Collection L'Ouverture Philosophique dirigée par Dominique Chateau et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronomiques.

Dernières parutions
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Marcel DESCHOUX

L'HOMME PRÉCAIRE
Essais sur le mal-être

Préface du Recteur Pierre

MAGNIN

"Le sçavoir mourir nous affranchit de toute subjection et contrainte" MONTAIGNE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

Du même auteur Essai sur la personnalité, 1949 La philosophie de Léon Brunschvicg, 1949 Initiation à la philosophie, 1951 (3 rééditions)
Itinéraire philosophique, (1956

- 1970)

I. Philosophie anthropologique II. Philosophie du savoir scientifique III. Philosophie morale. L'action. La conscience IV. Philosophie dernière Léon Brunschvicg ou l'idéalisme à hauteur d'homme Platon ou le jeu philosophique (Les Belles Lettres, 1980) Comprendre Platon (Les Belles Lettres, 1981) Visages de Platon (LHarmattan, 1998)

PREFACE

La souffrance est à ce point inhérente à notre vie et intégrée à son déroulement que l'homme la reçoit et la vit comme une évidence sans échappatoire. Certains seulement l'assument; tous les autres la subissent. Curieusement les plaintes qu'elle suscite ne sont ni protestations véhémentes ni blasphèmes ostentatoires, sans doute parce que la souffrance fait partie de la vie, qu'elle est perçue comme une de ses composantes, majeure et inéluctable. L'homme n'est jamais étonné ni vraiment surpris d'être confronté à la souffrance, comme s'il s'y attendait, alors que le bonheur lui est si imprévu, si inattendu, que quand il en est envahi, il exulte, le crie, le proclame comme un miracle.

La vie elle-même est un miracle et les générations n'ont pas fini de s'émouvoir et de s'ébaudir à chaque irruption sur cette planète d'un nouveau-né, surgi de nulle part, arrivé là sur programme rigoureux, presque à l'heure convenue, tandis que la mort, elle, surprend toujours. Elle nous étonne et nous préoccupe;
elle nous inquiète comme un accident redouté et parfois pressenti; mais elle n'est jamais incluse au centre de notre conscience au point d'accompagner les pensées et les automatismes, de meubler les replis de notre intellect. La mort est probablement l'événement le plus authentique et le plus dramatique de l'existence, le plus assuré aussi mais qui, pourtant, n'est jamais intégré. Si la naissance crée des bonheurs épisodiques, la mort ravage nos illusions; elle laisse derrière elle des sillages de désolation et d'affreux désespoirs. A son passage le monde bascule, les formes livrent d'autres reliefs et se révèlent sur d'autres miroirs. Les joies, s'il en reste, ne la laissent filtrer que d'amères saveurs, tandis que les bonheurs ne sont plus jamais "Le Bonheur". La mort existe en plénitude, multiple et ubiquitaire, et pourtant nous ne la voyons pas. Des récits, des phrases, des noms nous l'évoquent comme un drame réservé aux autres puisque la vie est notre affaire!

Durant cette vie l'homme poursuit son chemin accompagné d'un valet qui porte son bagage mais sans afficher jamais le même masque. Il est garde du corps en même temps qu'usurier; il est ange en même temps que démon; il est la face cachée des choses tandis qu'il est aussi révélation; ce geôlier, qui est aussi le confident, c'est la souffrance. C'est de tout cela que Marcel Deschoux nous entretient dans ce livre. Il parle de la souffrance qu'il a bien connue et souvent; elle fut sa compagne au quotidien pendant de longues années. Il parle de la mort parce qu'il fait partie de ces hommes rares qui savent qu'elle existe pour nous et qu'elle est notre seul destin. Il en parle avec le souci constant de ne pas dissocier la réflexion philosophique (nourrie de larges références) de son expériences vécue. La compétence ici ne relève pas seulement du métier. Si tel était le cas, il y a bien longtemps que la mort et la souffrance ne poseraient plus problèmes, car les amis de la sagesse en débattent depuis la nuit des temps. Les philosophes et les professeurs de philosophie ont depuis longtemps épuisé ces sujets sans pour autant résoudre les problèmes qu'ils posent. L'essentiel a-t-il été esquissé? Abordé? Le médecin, le praticien, lui, en parle peu, parce que des événements relèvent de son pain quotidien, de ce que l'on appelle "le colloque singulier". Aussi évoquerai-je seulement cet homme qui s'assied près d'une couche de souffrance, qui prend une main tremblante et épuisée, qui, dans l'ombre du silence, infuse des parcelles d'espoir. Ne retenez que ces regards éteints qui s'allument, ces lèvres qui esquissent le sourire, ce besoin grandissant de l'un par l'autre, de l'un pour l'autre; mesurez, si vous pouvez, cette confiance illimitée qui remplit l'espoir, cette générosité inépuisable qui comble le temps, et vous connaîtrez peut-être, au-delà du remède et du geste, l'émergence d'une communauté de destin, d'une communion, plus grande que le désespoir et que la souffrance, qui les dépasse sans les effacer, et qui inscrit le malade et son médecin dans une réalité nouvelle. Tout cela, fort simple, n'est qu'une expression de la vie; nul autre don n'est demandé que la mise en oeuvre de ressources (de grâces?) données à l'être humain.

10

La souffrance est inacceptable, mais quels que soient les palliatifs qu'on peut lui opposer, elle s'impose et se vit. La mort est révoltante, mais inéluctable.
Toutes deux valent qu'on s'y arrête et qu'on y réfléchisse. Sait-on vraiment mourir? Marcel Deschoux s'interroge et nous interroge; il ne parle pas en dialecticien, pas plus qu'en sophiste ou en rhéteur mais en homme qui sait que souffrance, maladie, vieillissement et mort sont essentiels à la vie, qu'il est inévitable de les redouter et salutaire peut-être de les affronter consciemment. Puisse-t-il communiquer cette connaissance et cette compréhension à tous les lecteurs pour que s'interrogeant à leur tour, ils puissent s'ouvrir davantage, dans toutes les situations de la vie, à leur vérité d'homme. Pierre Magnin

Il

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