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L'universalité des questions philosophiques

De
203 pages
Cet ouvrage entend redonner à la philosophie sa signification universelle, laquelle a souvent été dévoyée par la thèse dogmatique de l'exclusivité européenne et occidentale de la rationalité. La philosophie naît dans le foyer égypto-nubien où se sont formés les futurs penseurs grecs. Dans le prolongement des travaux de Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, Grégoire Biyogo et de l'auteur de Black Athena, Léon Mbou Yembi soutient que la philosophie est l'affaire de tous les foyers de civilisation, tous les hommes disposant à égale valeur de la capacité de philosopher.
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L'Universalité

des questions

philosophiques

Recherche et pédagogie Collection dirigée par Grégoire Biyogo

Cette collection entend promouvoir la recherche dans les lettres et les sciences humaines, en priorité en Afrique, en insistant sur « le retour au texte », en vue de produire des analyses d'intérêt pédagogique. Et tente ainsi un nouveau partage entre deux grandes orientations heuristiques souvent demeurées sans médiation, en valorisant l'examen interne et patient des textes et la nécessité d'en restituer méthodologiquement les connaIssances. Le dessein de cette collection est donc d'accueillir des productions originales pour la publication des ouvrages attentifs aussi bien au contrôle des connaissances tirées des textes eux-mêmes qu'à la clarté de leur exposition, pour fournir aux Universités africaines - et à celles d'ailleurs comme aux grandes écoles un ensemble de travaux de référence. Dernières parutions * Grégoire Biyogo, Histoire de la philosophie africaine, 4 volumes, 2006. - vol. 1. Le berceau égyptien de la philosophie. vol. 2. La philosophie africaine moderne et contemporaine. - vol. 3. Les courants de pensée et les livres de synthèse. - vol. 4. Entre la postmodernité et le néo-pragmatisme. Auguy Makey, L 'Homme, le sublime zéro, 2008.

Léon Mbou Yembi de Biborat

L'V niversalité des questions philosophiques

Préface

de Grégoire

Bryogo

L'HarlTIattan Gabon

@ L'HARMATTAN, 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

2008 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.&
ISBN: 978-2-296-05326-7 EAN : 9782296053267

Je dédie ce livre à mes regrettés parents: Jean YEMBI et Célestine NDEMBI MBOUMBA, puis aux membres du Cercle d'Etude et de Recherches sur le capitalisme, le socialisme et l'Afrique (CERCSA), ensuite à tous les opprimés de cinq continents.

Philosopher autrement, par delà la misère, les illusions et les dogmes d'une rationalité unilatérale et uniformisante Préface de Grégoire Biyogo La philosophie est une forme de pensée éminemment critique, prenant appui sur l'évolution de la science et défend l'universalité de la vérité. Plutôt que de développer une pensée autoritaire et close, fondée sur des affirmations spécieuses et sectaires, la véritable philosophie discute rigoureusement les arguments, les hypothèses et les théories, par delà tout dualisme et toute forme d'évaluation arbitraire. Elle n'entérine les positions inexplicables, mais fournir la preuve de ses affirmations. Le dogmatisme exclue à l'avance la possibilité même de la philosophie. L'universalité des questions philosophiques, l'ouvrage de Léon Mbou Yembi, que viennent de publier les éditions l'Harmattan, entend aller au-delà de tels accommodements avec les préjugés et les paralogismes d'une certaine façon de philosopher, qui cantonnerait encore les questions philosophiques aux frontières géographiques et les arrimerait aux intérêts idéologiques des nations. Une telle conception n'est pas seulement une dégradation de la philosophie et la dé-figuration de son discours, du fait de son instrumentalisation, mais encore l'achèvement même de l'idée première de la philosophie, envisagée comme science élaborant l'universalité de la méthode, des questions et de leurs résolutions. Ce qui en effet assurait la singularité et la valeur du discours philosophique depuis les Anciens Egyptiens qui l'ont nommée la «Sia» et les premiers penseurs grecs, c'était sa capacité à produire des explications sereines, la détermination rigoureuse des causes satisfaisantes et démontrables des phénomènes, afin d'échapper à 7

l'arbitraire et à la tyrannie de l'inexplicable. Sept grandes révolutions ont eu lieu depuis dans l'histoire de la philosophie et des sciences, qui ont consolidé l'évolution de l'argumentation logique et philosophique. 1. Le rejet de l'explication cosmogonique, ésotérique et théologique comme scientifique. 2. La contestation de l'explication mythique. 3. La contestation de l'explication métaphysique (la Grèce résiste à l'explication magique, mythologique et théologique avant de créer trois grandes traditions, ellesmêmes fondatrices de la modernité philosophique: le pragmatisme avec Socrate qui en est l'ancêtre, l'idéalisme avec Platon et la logique avec Aristote. Socrate met en œuvre l'ironie, Platon articule sa pensée à la dialectique, tandis qu'Aristote élabore la logique formelle. L'effort de l'esprit grec a atteint ici son apogée. Mais la persistance du dualisme, de l'essentialisme et le poids de la métaphysique obstruent encore cette épopée grecque). 4. Le tournant de la physique einsteinienne avec la découverte de la relativité qui introduit un nouvel esprit scientifique (Bachelard). 5. Les avancées de la nouvelle physique et de la nouvelle science, vont s'attacher à rendre compte d'une réalité autrement plus complexe, qui s'appuient sur la structure

chaotique - irrégulière - de la matière et de son évolution.
La fuite des galaxies (Hubble), l'électromagnétisme de Maxwell, l'univers en expansion (Lemaître), les quanta de Planck, la mécanique ondulatoire (De Broglie), les relations d'incertitude de Heisenberg, la physique atomique de Gauss, Ampère et Weber, la théorie du chaos de Gleick... 6. Les avancées des mathématiques et de la logique avec l'incomplétude de Godel, les mathématiques fractales de Mandelbrot, les catastrophes de René Thom. 7. Philosopher, aujourd'hui, c'est prendre acte de ce nouveau paradigme chaologique de l'univers qui a introduit 8

une grande relativité et une grande prudence dans la recherche scientifique. Le néo-pragmatisme de Richard Rorty et la déconstruction de Jacques Derrida me semblent participer de cette nouvelle exigence de la pensée scientifique, qui invite à se déprendre des illusions et des préjugés féroces de notre temps et de la philosophie ellemême. Philosopher, c'est dès lors prendre des distances avec les propos convenus, différentialistes, et cependant considérés comme vrais. C'est aussi rompre avec le raisonnement magique, plus affirmatif que démonstratif. D'aucuns pourront objecter en disant que Léon Mbou Yembi répète un propos vieilli, suranné, qu'il ressasse et n'invente rien, mais qu'il reconduit le discours bien connu de Diop et des diopiens avec la thèse d'une Egypte mère des sciences et de la philosophie. A y regarder de près, on ne se défendra pas de l'idée que le philosophe gabonais ait raison d'inviter les philosophes et les historiens de la philosophie à aller au-delà de tout obstructionnisme, qui a tendance à confisquer la philosophie et à l' essentialiser en confinant son discours à une occidentalité intrinsèque (Towa). Il convenait de désensorceler la philosophie de cette misère. Le mérite de son ouvrage est la thèse de l'universalité des questions philosophiques. Questions qui sont autant d'interrogations précaires qu'intenses, où la pensée ne prétend plus connaître à l'avance sa direction ni son arrivée, mais questionne et se questionne sur les chemins imprévisibles de la vérité; pour se débarrasser des illusions et des vérités tronquées. L'enjeu actuel de la philosophie est de se déprendre d'elle-même, de déconstruire les spectres de son histoire et de renoncer au mythe de la résolution définitive des problèmes, au profit d'un modèle problématologique et irrésolu des problèmes. Il convient d'aller au-delà de la vieille opposition du particulier et de l'universel. Le particulier est inséparable de l'universel. Le 9

véritable péril est ailleurs, dans le culte des Absolus, la conception exclusive et close du vrai, le sot refus d'abandonner des hypothèses jugées fausses et l'inféodation de la philosophie aux intérêts marchands des Etats-nations, dans un contexte international qui appelle de plus en plus à leur dépassement, à travers l'ouverture des frontières et des échanges. Le droit à la philosophie n'est plus à revendiquer, mais à exercer librement afm de fossiliser les outrages de la Raison, dont l'imposture actuelle est l'héroïsation d'une rationalité uniformisante, avec sa pauvreté, sa faiblesse, ses errements et ses nouveaux fantômes. Léon Mbou Yembi soutient que la philosophie est l'affaire de tous. Qu'elle soit historiquement située en Egypte, là n'est pas l'essentiel: son objet est de dire l'universalité des questions, du sens et de la méthode, en pensant l'être même des choses. Ce que les choses sont et veulent dire concerne tous les hommes, qui disposent à égale valeur de la capacité de philosopher. L'aberration est d'affirmer le contraire. Et de ne point y renoncer une violence qui procède de la paresse et de la sottise. L'apport décisif du philosophe gabonais est sa relecture des thèmes de la matière, la métaphysique, l'ontologie, la mort, l'éternité de l'âme, l'espace et le temps, la science et la logique, l'organisation de la société, l'art, la morale et l'éthique à partir de la pensée philosophique de la vieille Egypte, en en montrant l'universalité, la noblesse de la pensée. Bien souvent, ces questions vont être reprises, réorientées ou réaménagées par la postérité. L'Universalité des questions philosophiques témoigne en un sens de la déconstruction des unilatéralités de la rationalité, à condition de se déprendre totalement des résidus de la langue misérable du sectarisme, au-delà de laquelle solidarité et tolérance se conquièrent à travers l'universalité de la philosophie, qui pourfend tout obscurantisme. 10

AVANT-PROPOS

Par cette œuvre philosophique, nous avons voulu rectifier une idée plurimillénaire des philosophes grecs, défendue aujourd'hui par les philosophes européens, selon laquelle, la philosophie serait exclusive à l'Europe. Parce que continuateurs des présocratiques, penseurs et savants de la Grèce antique, qui eux ont reçu leur formation en Egypte pharaonique, une telle affirmation était devenue historiquement intenable. Nous avons voulu démontrer que la Grèce et l'Europe ont une dette envers l'Egypte pharaonique qui est l'initiatrice de la «sia »1, c'est-à-dire cette philosophie qui se déployait sous une forme encore ésotérique dans les temples ou « maisons de vie» des prêtres.
En outre, nous voulons éviter à la philosophie - à la vérité - d'être étiquetée. Car pour nous, elle est universelle

parce que connue et pratiquée par les élites de tous les continents, malgré les différences culturelles et sociales qui les caractérisent. En effet, en abordant les questions philosophiques, nous nous rendons compte qu'elles sont universelles, bien que traitées selon les matériaux cognitifs, des réalités culturelles et sociales de chaque foyer de civilisation composant la planète terre. Enfin, nous réfutons les préjugés de certains philosophes et penseurs tels que HEGEL, HEIDEGGER, GOBINEAU, LEVY-BRUHL qui ont nié la philosophie à
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La notion de «sia» par laquelle les Egyptiens désignaient la philosophie apparaît en premier dans l'ouvrage de. Grégoire Biyogo, Origine égyptienne de la philosophie, Au-delà d'une amnésie millénaire: le Nil comme berceau universel de la philosophie, Paris, ClREF/ICAD, 2000. Il

d'autres peuples du globe, comme l'Afrique et l'Orient, pour en faire une exclusivité gréco-européenne. Le savant, le théoricien digne de ce nom doit se débarrasser de préjugés et viser uniquement l'objectivité des faits et des événements. Or ces philosophes, ces penseurs imbus de préjugés et de chauvinisme d'européocentrisme - ne connaissaient ni l'Afrique, ni l'Asie, ni l'Amérique indienne, ni l'Océanie endogène, ni les langues, les cultures, les civilisations, et les sociétés de ces parties de la planète terre, pour pouvoir s'arroger des titres d'exclusivité et se prononcer sur elles La philosophie, au lieu d'être une discipline qui étiquette la vérité, est au contraire constamment invitée à favoriser l'universalité de son questionnement, de son étonnement. Les philosophes doivent cesser de spéculer sur des bases sectaires. Pour cela, ils doivent avoir l'impérieux souci de vérifier la matérialité et l'objectivité des théories qu'ils défendent s'ils veulent être reconnus comme des hommes et des femmes ayant les pieds sur terre, selon l'acception marxienne, dans sa critique de l'idéalisme hégélien. Les philosophes, pour être crédibles, doivent conformer leurs théories, leurs systèmes ou leurs doctrines à leur pratique quotidienne, faute de quoi, ils vont étioler leur crédibilité, leur rayonnement, la puissance de leur pensée, leur flambeau, leur soleil qui éclairait l'humanité hier encore. Cette contribution philosophique al' ambition de faire de la philosophie une voie idéelle encline à continuer à éclairer l'humanité pour faire reculer l'ignorance, les préjugés, le racisme, l'esprit de clocher, le sectarisme qui sont des entraves manifestes à l'épanouissement de l'intelligence, de la spiritualité et des relations humaines, et pas seulement entre les philosophes et les savants.

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Si l'auteur de cet ouvrage s'est appuyé abondamment sur la réflexion philosophique en Afrique, en Europe, et pas suffisamment sur l'Asie, l'Amérique indienne et l'Océanie, c'est pour des raisons purement linguistiques, car il ne maîtrise pas les différentes langues de l'Asie, des Indes et de l'Australie Océanie. En dépit de ses limites linguistiques, l'auteur a eu la chance de voyager dans une bonne partie de ces pays et il possède des livres sur ces parties du monde. Ce qui l'a autorisé à écrire ce livre sur l'universalité des questions philosophiques.
Pour nous en effet, le monde - et principalement la planète terre - est un et multipolaire dans ses cultures, dans

ses foyers de civilisations, en dépit de leur nécessaire variation. En aucun cas, l'Europe et l'Amérique du Nord ne doivent dominer, imposer, inférioriser et déshumaniser les autres foyers de civilisations sous le prétexte fallacieux du devoir de mondialisation des échanges, véhiculé par l'ultra et le néo-libéralisme. La planète terre est composée de cinq continents aux cultures, aux mœurs, aux sociétés différentes, mais avec un fond commun reposant sur l'humanité commune, la liberté, la justice, la dignité, le respect, la foi, la charité, l'espérance, le bonheur, le bienêtre, le caractère sacré de la vie, l'équité, 1'harmonie, l'amour, la paix, l'interdépendance des hommes et des peuples, l'épanouissement personnel et collectif etc. L'essence de l'homme sui generis à travers l'espace et le temps est de penser.

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I - Introduction

Par universalité, il faut entendre selon le dictionnaire Larousse, le caractère de ce qui est universel, c'est-à-dire de ce qui est général, de ce qui s'étend à tout ou à tous. En philosophie, l'universel est ce qui convient à tous sans exception. L'adjectif universel qualifie au sens propre ce qui s'étend à l'univers entier et relativement à une collectivité et à l'ensemble des hommes et des femmes la composant. Or l'univers est composé des Noirs, des Jaunes, des Peaux Rouges, des Blancs et des Métis qui sont le composé des Noirs, des Jaunes, des Peaux Rouges et des Blancs. En logique formelle, on dit qu'une proposition est universelle lorsque le sujet, pris dans toute son extension, s'applique à tous les individus. Par exemple le syllogisme, qui énonce que tous les hommes sont mortels, veut signifier clairement que Socrate étant un homme, il ne peut être que mortel. Autrement dit, aucun homme, soit-il Socrate, n'est immortel. Chez Hegel, l'universel concret désigne l'unité « finale» qui s'instaure au terme du mouvement dialectique qui est finalisé par la synthèse qui est souvent donnée par le concept. Par interrogation philosophique, il faut entendre l'ensemble des questions, des étonnements que se posent les philosophes depuis l'origine de cette discipline éminemment théorique jusqu'aujourd'hui. Il s'agit en clair d'expliciter les principales questions qui fondent la philosophie et qui concourent à son déploiement à travers l'espace et le temps. Les principales questions philosophiques, qui sont connues et débattues par toutes les élites des cinq continents, portent pour l'essentiel sur des 15

questions métaphysiques, gnoséologiques, logiques, épistémologiques, sociales, politiques, morales, éthiques, axiologiques, esthétiques, spatio-temporelles. Les questions métaphysiques celles-ci essentiellement: et ontologiques sont

l-L'univers est-il créé? 2-L'univers est-il éternel? Est-il non éternel? 3-L'univers est-il fini ? Est-il infini? 4-L'âme est-elle la même chose que le corps? Est-elle une chose et le corps une autre chose? 5-Pourquoi la souffrance est-elle une réalité de la vie humaine? D'où vient-elle? 6-Y a-t-il une vie après la mort ? 7-Le paradis existe-t-il ? N'existe-t-il pas? 8-Dieu existe-t-il ? N'existe-t-il pas? 9-D'où vient l'Homme? La philosophie (philos et sophia) qui est l'amour de la sagesse, la recherche de la vérité, n'a pas d'étiquette dans la mesure où la vérité n'est le monopole de personne. L'Europe occidentale ne peut s'arroger le monopole de la vérité. La vérité n'est ni africaine, ni asiatique ou orientale, ni amérindienne, ni européenne, ni australienne, ni nordaméricaine. Elle est universelle. Les étiquettes sectaires, chauvines, péjoratives, égocentristes, méprisantes, infériorisantes et teintées de préjugés de tous ordres que certains philosophes, savants européens et occidentaux ont véhiculées et soutenues sont sans fondement, de ce point de vue. Elles pourraient être comparables en gravité juridique, s'il fallait les qualifier au crime contre la science par ce qu'elles constituent un véritable obstacle à la vérité et à la libre réflexion philosophique, à la vérité dans la mesure où elles ont introduit dans les esprits des peuples de l'Europe 16

et de l'Occident ainsi que des peuples d'Afrique, d'Asie, d'Amérique du Nord, du Centre, du Sud et d'Australie, des préjugés, nuisibles tant en matière intellectuelle, spirituelle que dans les relations humaines. La philosophie, au lieu d'unir les peuples et les Nations de différents continents de la planète terre, les a au contraire divisés alors qu'ils doivent être considérés comme des êtres humains ayant la même valeur d'Homme d'une part, et d'autre part, comme des Nations enclines à l'indépendance, au progrès, au bonheur, au bien-être, à la grandeur, à la prospérité, à la stabilité, à la paix, à la sécurité, à la justice, à la dignité. Le but de notre ouvrage est de démystifier la prétendue exclusivité du déploiement philosophique par la seule Grèce présocratique, socratique, post-socratique et par l'Europe policée. Pour nous, et c'est notre certitude inébranlable, la philosophie n'est pas grecque et, par voie de conséquence, européenne; elle ne parle pas grec bien que le mot philosophie soit sémantiquement d'origine grecque. Pourquoi? Parce que, I'histoire de la philosophie nous enseigne que les premiers grands Philosophies grecs sont allés s'abreuver au bord du Nil du savoir des Prêtres Philosophes, des savants égyptiens de la période pharaonique. C'est dire sans craindre d'être contre dit que le déploiement de la sia, c'est-à-dire de la philosophie, est antérieur à la Grèce des présocratiques, des socratiques, des post-socratiques. En effet, la philosophie ou la sia en Egypte pharaonique a commencé dès 2780 jusqu'à 330 avant Jésus-Christ. La tradition occidentale fait commencer la science philosophie en Ionie, notamment à Milet avec le premier des sages grecs à savoir: Thalès qui était tenu au moins depuis Plutarque et plus encore par Aristote pour le premier des philosophes. Or, nous savons que Thalès, le premier philosophe grec, a été formé en Egypte pharaonique. Cette thèse qui énonce que Thalès est le 17

premier des sages grecs est confirmée par les Historiens de la philosophie de Diogène Laërce à Emile Bréhier, par les philosophes eux-mêmes de Platon à Nietzsche et de Hegel à Heidegger lorsqu'ils localisaient le moment de maturité de la discipline philosophique avec Platon et celui de sa formalisation avec Aristote2. Si les Grecs se sont posés la question érudite et à la vérité plurimillénaire de la philosophie, il convient ici de souligner qu'elle était déjà soulevée par les prêtres astronomes de Thèbes qui passaient à la fois pour être les plus anciens des hommes et pour les pères de la philosophie et des sciences. Les rives du Nil, c'est-à-dire l'Egypte pharaonique, sont donc créditées par les Historiens d'avoir vu naître la « sia », la philosophie avec l'école de Thèbes avant que cette activité théorique se perpétue dans les quatre autres grandes écoles de pensée égyptienne que sont: l'Ecole d'Héliopolis, l'Ecole de Tell-el-amarna et l'Ecole de Saïs. Le commerce de l'Égypte et des cités d'Ionie, qui se faisait souvent par la Crète, a facilité le séjour en Egypte des premiers penseurs grecs tels que Solon le sage, Thalès le Milésien, Pythagore de Somas, Archimède, Erastothène, Euclide, Démocrite, Platon... Ces mêmes penseurs grecs ont été initiés aux sciences astronomiques, géométriques, médicales et philosophiques par leurs Maîtres égyptiens avant d'apporter ces sciences à leur tour en Grèce en les laïcisant sans toujours au demeurant signaler leurs sources ou leurs origines égyptienne. Ici, il est manifeste ou évident d'arguer que le contentieux des héritages est né. La philosophie a-t-elle pour origine l'Egypte pharaonique qui a formé les savants et philosophes grecs ou bien d'origine grecque? Aucun
2 Grégoire Biyogo, Origine égyptienne de la philosophie, Au-delà d'une amnésie millénaire: le Nil comme berceau universel de la philosophie, Paris, CIREF fICAD, 2000, pp. 15-16. 18

savant, aucun philosophe honnête intellectuellement ne peut raisonnablement accréditer "le miracle grec". Pour nous, l'histoire de la philosophie « doit s'écrire en mettant en épochè la souche nilotique qui l'a naguère enfantée mais que la philosophie occidentale a résolument occultée par un geste infiniment oedipien »3 à savoir: le meurtre du père égyptien par le fils Grec. Ce meurtre du père égyptien par le fils grec a laissé, selon nous, la question de la naissance de la philosophie au seuil d'une fâcheuse indétermination. La thèse du berceau nilotique et thébain de la philosophie a requis une historicité qui s'appuie sur des faits observables et sur des textes irréfutables. La pseudo naissance de la philosophie en Grèce antique faisait prendre conscience aux Présocratiques que leur cité était un espace dans lequel la croyance aux mythologies et à la multitude de dieux était très forte au niveau du peuple grec. La pression mythico théologique de la cité grecque antique n'a pas empêche l'émergence de la critique des penseurs présocratiques quand bien même ils avaient conscience de la domination de la cité par le polythéisme. L'Afrique, donc l'Egypte, est à la fois le berceau de l'Humanité et le berceau de la Science comme l'aff1ffi1e le professeur Cheikh Anta Diop4. C'est dire que la pensée philosophique y était connue, développée. Les questions métaphysiques et ontologiques ainsi que les questions physiques, sociales, morales, axiologiques, esthétiques étaient débattues avec brillance. Les égyptiens de la période pharaonique étaient très en avance en Médecine, en Géométrie, en Astrologie, en Astronomie.

3 Biyogo (Grégoire), Origine égyptienne de la philosophie, op. cit. p. 17. 4 Anta Diop (C), Antériorité des civilisations nègres. Mythe ou réalité, Paris, Présence africaine, 1993.

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C'est cette avance qui A poussé les Grecs à aller s'abreuver du savoir des égyptiens Le mensonge et la falsification de 1'Histoire par certains d'Occident s'expliquent pour l'Europe et, partant, pour l'Amérique du Nord, du fait que le christianisme, qui n'a que deux mille ans et une dizaine d'années d'existence environ, est la référence ultime de la civilisation tandis que les autres foyers ne sont regardés que comme des lieux par excellence du paganisme, de l'idolâtrie, du satanisme, de la barbarie, de la sauvagerie etc. Pour notre part, tous les peuples du monde, tous les foyers de civilisation, qu'il s'agisse de l'Afrique, de l'Orient ou de l'Asie, de l'Amérique indienne, de l'Australie Océanie ou de l'Europe, ont pensé et répondu aux exigences de leurs milieux respectifs. En termes clairs, les questions de l'origine du monde, de l' Etre, de la vie après la mort de la temporalité, de la spatialité, de l'esthétique, de l'organisation de la société, de la justice, de la morale, de la connaissance etc. sont des préoccupations qui ont été maîtrisées depuis fort longtemps par les élites des cinq continents. Tous les peuples des cinq continents savaient organiser la société en mettant en place un ensemble de valeurs permettant aux hommes et aux femmes de vivre en communauté, en société. L'approche du soleil, de Dieu est un fait connu des élites des cinq continents. La lucidité étant la lumière la plus proche du soleil, donc la préoccupation principielle du philosophe, comment l'Europe, l'Occident judéo-chrétiens peuvent-ils nier cela aux autres foyers de civilisations? Philosopher ne veut pas dire ternir les autres foyers de civilisations en les noircissant, en travestissant leurs cultures, leurs mœurs, leurs sagesses, leurs spiritualités comme l'ont fait des philosophes et penseurs européens, occidentaux racistes. 20