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La République est-elle soluble dans le care ?

De
148 pages
Le Care dénonce un républicanisme libéral, une injustice masquée par l'affirmation de l'égalité. Il donne à contester les stéréotypes de l'homme mondialisé, proposant de retrouver un lien dans une sensibilité aux besoins de chacun, différents et mutuels. À la fragilité de ce fondement s'ajoute un oubli, fréquent aujourd'hui : une sensibilité doit être cultivée pour être source d'un lien authentique, d'une liberté sans laquelle l'homme est insignifiant.
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es Simon Perrier tionscontemporaines QÀ chacun selon ses besoins ? LA RÉPUBLIQUE ESTELLE SOLUBLE DANS LECARE?
Questions contemporaines
LA RÉPUBLIQUE EST-ELLE SOLUBLE DANS LECARE?
Questions contemporaines Collection dirigŽe par B. PŽquignot , D. Rolland et Jean-Paul Chagnollaud
Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.
Dernières parutions
Alain RENAUD, La France, un destin, 2016. J.Fidel CORCUERA, Antonio GASPAR, Mónica DJIAN,Javier VICENTE et Chesús BERNAL (Coord.), Lesdiscours politiques. Regards croisés, 2016. Nathalie DROAL,Emploi. Le Royaume-Uni, un modlepour la France ?,2016. Daniel ARNAUD,rŽpublicaine.La Corse et l’idŽe Nouvelle Ždition revue et augmentŽe, 2016. Francis CHOISEL,Comprendre le Gaullisme, A propos dequelques contresens sur la pensŽe et l’acti on du gŽnŽralde Gaulle,2016. Daniel LAGOT,Le droit international et les guerres denotre temps,2016 Zéphirin ROMANOVSKI,Les rŽseaux de migrantsha•tiano-guyanais dans l’espace amŽricain, 2016.Frédéric GOBERT,Žducatif franais ˆ l’re desLe systme perversions idŽologiques, 2016. Corentin BULTEZ,Zygmunt Bauman. La nouvelle questionŽthique, 2016. Nicolas TANTI-HARDOUIN,SantŽ et grande prŽcaritŽ,L’exclusion par le soin des populations roms, 2016.
Simon PERRIER
LA RÉPUBLIQUE EST-ELLE SOLUBLE DANS LECARE?
À chacun selon ses besoins ?
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10843-8 EAN : 9782343108438
PRÉAMBULE
« [Le héros des contemporains] éprouve mieux qu’on ne l’a jamais fait la contingence de l’avenir et la liberté de l’homme. Tout bien considéré, rien n’est sûr :nila victoire, encore si lointaine, ni les autres, qui ont souvent trahi. Jamais les hommes n’ont mieux vérifié que le cours des choses est sinueux, qu’il est beaucoup demandéàl’audace, qu’ils sont seuls au monde et seuls l’un devant l’autre. Mais quelquefois, dans l’amour, dans l’action, ils s’accordent entre eux et les événements répondentàleur volonté. » M. Merleau-Ponty.
• Faute de lien, faute d’une sensibilitŽ.
Que faisons-nous ensemble ? Qu’est-ce qui nous lie ? Le cœur, l’âme, de nos républiques se dit tout entier « valeurs universelles ». N’est-ce pas cela qui nous lie, d’abord en nous reconnaissant chacun égaux par nature, égaux en autonomie, en faculté de nous autodéterminer ? Cette reconnaissance d’une égale dignité n’est pas rien. Nous voilà des personnes, douées de raison et conscience,
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comme le précise laDŽclaration des droits de l’hommede 1948. En même temps nous devenonssujets de droit, et bientôt concitoyens, bardés de droits, qui sont des devoirs de la société envers nous, et de devoirs nécessaires aux droits d’autrui. Ils sont les mêmes que ceux dont chacun bénéficie, pour une parfaite égalité. Voilà semble-t-il un lien qui n’est pas mince, lieu commun de toute pensée qui se dit républicaine,socle des sociétés démocratiques. L’égalité en droit institue l’égalité naturelle, lui donne concrètement une existence, jusque dans des lois. L’idée de république dit qu’il s’agit d’un bien commun, commun à tous les hommes, d’un autre ordre que celui de leurs particularités, ce qui définit l’universel. Même si sa connaissance et sa reconnaissance ont beaucoup tardé, on ne saurait donc dire que l’universel est français sans le reconnaître aussi éthiopien ou chinois, puisqu’il n’est ni français, ni éthiopien, ni chinois. L’universel n’est d’aucun temps, ni d’aucun lieu, d’aucune culture particulière, si partagée serait-elle devenue en fait. Il est bien plus que le fait du plus grand nombre. Il vaut pour toutes et tous, a priori. Il ordonne nos vies sans être partisan, sans même être le fait du plus grand nombre. Que peut-on vouloir de plus, rêver de mieux ? Bien des gens dans le monde n’en bénéficient pas et pourraient en rêver. Qu’est-ce qui nous manque ? Sans doute cela ne suffit pas, ou plus, à faire une société, à un lien qui ne serait pas seulement statique mais dynamique. L’amour de l’universel a perdu de son charme. L’égalité devant les lois, sous le règne du droit, qui a porté si haut les cœurs, ne suffit plus à transcender les antagonismes, à dépasser les égoïsmes. La citoyenneté républicaine n’est plus un motif mais un fait. Il faut de bien lourds événements pour qu’on se mobilise encore autour des « valeurs républicaines », pour qu’elles nous associent. Au reste, elles sont devenues aussi évidentes
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qu’insuffisantes pour ce qui concerne l’ordinaire de nos vies. Les sociétés démocratiques ont un côté famille en incessante tentative de recomposition et plus encore quand elles sont traversées de frontières. Elles veulent se convaincre que malgré les divisions, un mystérieux lien les gardera toujours unies au milieu même des conflits, pour le meilleur et même le pire. Mais lequel ? Pas un lien du sang tout de même ? Remarquons pourtant que, sans faire de bruit, il persiste étonnamment en bien trop d’esprits. Voilà qui vaut symptôme, d’un temps, d’une fragilité. Mais quoi d’autre ? Pas un idéal révolutionnaire ! Nous sommes devenus démocrates. Le progrès ? Lui soudait, commençant par le bien-être, voire promettant de finir par des jours meilleurs, peut-être même justice et bonheur, liberté. Mais le progressisme ne peut plus croire à un sens de l’histoire, auquel il a trop sacrifié. Il ne sait même plus dire ce qui serait assurément progrès, passé quelques revendications minimales, certes légitimes. Désormais, ce qui reste de progressisme attend qu’un fait impose qu’on s’adapte à lui pour conclure qu’il est la priorité du moment Pendant ce temps, le cœur a des raisons auxquelles la « loi du marché » est mécaniquement indifférente. Reste Dieu, si l’on veut croire à quelque chose de cet ordre. Mais il ne semble pas vraiment nous espérer au ciel. Ceux mêmes qui y croient préféreraient souvent qu’il s’occupe de la terre. Un regain de croyances religieuses est pourtant tout ce qui se propose et quelquefois déborde, dans sa faculté de lier, voire de dynamiser, les « valeurs républicaines » et leur consécration dans la laïcité. C’est pour certains la promesse d’un salut qui semble retrouver un charme et permettre de surmonter la difficulté de vivre, ce qui là aussi vaut symptôme. Maurice Merleau-Ponty écrivait, en 1948, que le héros des contemporains « a l’expérience du hasard, du désordre
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