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Le concept d'être-au-monde chez Heidegger

De
118 pages
Ce livre explore le Dasein, qui est essentiellement être-au-monde. Cette définition évite à Heidegger d'utiliser l'expression "homme". L'être-au-monde porte en lui une propension qui tend vers le monde. L'ennui qu'il éprouve devant l'inexistence de la réalité ou la réalité de l'inexistence provoque en lui une frayeur, et devient le seul phénomène significatif à ses yeux.
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Le concept de l'être-au-monde chez Heidegger

Ouverture philosophique Collection dirigée par Dominique Chateau, Agnès Lontrade et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronomiques.

Déjà parus
Bertrand DEJARDIN, L'art et la vie. Éthique et esthétique chez Nietzsche,2008. Christian MERV AUD et Jean-Marie SEILLAN (Textes rassemblés par), Philosophie des Lumières et valeurs chrétiennes. Hommage à Marie-Hélène Cotoni, 2008. Bertrand DEJARDIN, L'art et la raison. Éthique et esthétique chez Hegel, 2008. Guillaume PENISSON, Le vivant et l'épistémologie des concepts, 2008. Bertrand DEJARDIN, L'art et le sentiment. Éthique et esthétique chez Kant, 2008. Ridha CRAIBI, Liberté et Paternalisme chez John Stuart Mill, 2007.
A. NEDEL, Husserl ou la phénoménologie de l'immortalité, 2008.

S. CALIANDRO, Images d'images, le métavisuel dans l'art
visuel, 2008. M. VETO, La Pensée de Jonathan M. VERRET, Théorie et politique, Edwards, 2008. 2007.

J.-R.-E. EYENE MBA, L'État et le marché dans les théories
politiques de Hayek et de Hegel, 2007. J.-R.-E. EYENE MBA, Le libéralisme philosophie sociale de Hegel, 2007. de Hayek au prisme de la

J.-B. de BEAUVAIS, Voir Dieu. Essai sur le visible et le christianisme, 2007. C. MARQUE, L'u-topie du féminin, une lecture féministe d'Emmanuel Lévinas, 2007.

VINCENT

TROV A TO

Le concept de !'être-au-monde chez Heidegger

L 'HARMATTAN

Du même auteur Aux éditions L'Harmattan

L'enfant philosophe, 2005. L 'œuvre du philosophe Sénèque dans la culture européenne, Être et spiritualité, 2006.

2005.

(Ç) L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com harmattan l@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-05249-9 EAN:9782296052499

Qui d'autre pose la question de savoir ce qu'est l'homme, qui d'autre y répond, si ce n'est l'homme lui-même?

HEIDEGGER,

Nietzsche I, GA 6.1, p. 322.

INTRODUCTION

De l'Être

La concentration sur la question de l'être laisse apparaître la pensée de Heidegger extrêmement abstraite et lointaine à l'égard des difficultés réelles de la vie. En réalité, derrière cette consécration à la question ontologique, Heidegger manifeste un empressell1ent assez tangible pour les bouleversements radicaux du monde contemporain. Il suffit de penser aux phénomènes tels que la dévaluation des valeurs familiales, la perte de sens, les crises d'identité et toutes les expressions de souffra11ce qui lacèrent la société. De ce poÜ1t de vue, on rencontre chez Heidegger, à côté de l'attention portée sur le problème de l'être, une vigilance sensible pour les manifestations pathologiques de la contemporanéité. Il

propose

-

en tant que penseur

-

de les analyser et de les

résoudre. En effet, pour Heidegger, dès que l'on touche aux maladies du monde contemporain, on doit égalell1ent être en mesure de trouver les Inotifs qui les ont provoquées et parvenir à remédier ou assainir les impacts occasion11és. Plus radicale sera la recherche, plus efficace sera la thérapie. Heidegger explore l'origine profonde du Inal-être et du destin pathologique de la simultanéité d'existence. Il reconnaît ce trouble intense à travers une série d'expériences qui expliqueraient la Inise à l' écali 1nênle de l'être. L'épaisse couche qu'il dessine avec le 1not être souligne une absence et un manque dans l'individu. C'est dans cet espace que 1'homme moderne prend conscience de sa finitude, de sa limite et donc de la précarité de son projet technique d'accaparer le connaître de la réalité; il a 1nodifié ses dilnensions pour concentrer toute son énergie vers une entreprise absolue de possession. L'oubli de l'être est

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probablement la cause métaphysique des pathologies de l'époque actuelle. La pensée de Heidegger est une méditation ontologique et une réflexion sur l'être que la philosophie, dans sa tradition métaphysique, aurait oubliées et masquées. Heidegger propose l'histoire de la métaphysique comme un destin. Il individualise ou suit fondamentalement deux chemins pour identifier ces principes. D'abord, dans l'action de la première phase de sa pensée, notamment les cours professés à l'Université de Fribourg, au début des années vingt, et puis successivement, entre 1923 et 1928, à Marbourg. Dans le parcours de son cheminement, il cherche ensuite à démontrer comment la métaphysique et son concept représentent pour l'homme le fruit d'une dynaInique enroulée dans la trajectoire extraordinaire du Inonde. La vie humaine possède en elle un mouvement qui l'oriente et la dirige vers des Inodalités de réalisations fictives, car le cl10ix authentique est toujours plus compliqué et plus harassant que l'inauthentique. Lorsqu'on souhaite réussir une carrière professionnelle, la concrétisation s'avère parfois pénible. De là, dérive la facilité à se trolnper et la difficulté à s'épanouir. Pour Heidegger, la vie 11uInaÏ11eest quelque chose d'analogue, c'est un projet. La réussite peut provenir uniquement d'un modèle, Inais l'erreur peut être causée par de multiples processus. La faillite de l'existence est facile, par contre sa réussite est plus complexe. Il y a donc dans la vie des dispositions pour l'altérer. Ces résolutions ne représentent pas un cl10ix éminent d'autl1enticité. La métaphysique est bien pour Heidegger un destin, une erreur dans laquelle l'histoire hUInaine est tombée. À l'intérieur de cette erreur Inétaphysique se reflète, sur le plan destinaI, une tendance que cl1acun peut constater: choisir entre l'authentique et l'inautl1entique. La Métaphysique, c'est l'interrogation qui dépasse l'eo/yistantsur lequel elle questionne, qfin de le recouvrer

Il

comme tel et dans son ensemble pour en actuer le conceptI. De Platon à Descartes, en passant par Thomas d'Aquin, un même acte se répète: on s'interroge sur les choses, on situe leur essence au-delà des apparences, puis sur ces essences, on s'interroge à nouveau. Pourquoi? Afin d'appréhender leur substance qui seule demeure par-delà le mouvement trompeur des apparences sensibles. Heidegger constate que ce dépassement n'est pas fidèle à son impulsion originaire. Il s'arrête dans la contemplation de réalités plus concrètes, ce qui permet de certifier de toutes qu'elles existent. Quel que puisse être leur rang, ces réalités ne sont en fait que des étants; elles participent de l'être, mais ne représentent pas l'être lui-même. Pour une pensée habituée à ne saisir que des étants, qui ne se donnent que sur le Inode de la présence immédiate, l'être se révèle plutôt être un rien d'étant, dont il est difficile d' affillner autre chose. Dieu est l' exelnple privilégié de ce fondement absolu, cause de soi, qui se dOl1ne radicalement autre, et qui n'est pouliant qu'un étal1t panni les autres. Dieu ne signifie-t-il pas l'autre de l'être? Il est l'être le plus parfait, mais du lnême genre de perfection et de réalité que celui de la trop 11umaine quotidienl1eté: présence, substance, objectivité. Lorsqu'on se pose la question «Qu'est-ce que l'Être? » on est renvoyé à soi-même. Mais quand, renvoyé à soi-même, on demande «Qui est l'homlne? », c'est l'Être, au contraire, qui occupe le premier plan, qui se révèle et qui ordonne à I'homme de pel1ser2. La question de l'être pOlie sur les catégories lnêlnes que la Inétap11ysique se donne pour ultimes et qu'elle propose à leur tour de les dépasser. En outre, elle pense ce dépasselnel1t COlnme radical, excluant toute réponse qui ne soit pas à la hauteur de cette question:

I

Martin

HEIDEGGER,

Qu'est-ce

que la 171étaphysiqlle, in Questions

I et Il, tr8d.

H. Corbin et R. Munier, Paris, Editions Gallilnard, call. «Tel », 1968, p. 67. 2 Hannah ARENDT, La Volol1té-de-ne-pas-vollloir de Heidegger, in La )lie de l'esprit, Paris, Editions PUF, coll.« Quadrige »,1981, p. 489.

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qu'est -ce que l'être? On ne peut répondre: tel étant3. La réponse ne consistera pas dans la désignation d'une instance particulière, fut-elle suprême, mais s'appliquera dans l'analyse de la structure qui rend possible toute dénomination d'instance. Non pas: pourquoi y a-t-il telle chose? Mais pourquoi donc y a-t-ill 'étant et non pas plutôt rien? Hamlet s'interroge: Être ou ne pas être, voilà la question... La réponse peut être celle d ' Avicenne: Le bien ne se trouve en 4 toutes c h oses qu 'avec 1 etre en acte. La mort est insignifiante. À moins d'emporter dans la mort la totalité de
'/'1

l'être

-

comme l'envisageait

Macbeth à l'heure de son

dernier affrontement. Dès lors, l'être serait insignifiant et ridicule jusque dans l'ironie pour soi à laquelle on pourrait à la rigueur l' assimiler5. Cette question doit saisir en retour le fait l11êl11e la de tonalité de l'étant dans l'énigme de sa présence, et non pas, dans son ensemble, énoncer un concept de l'étant. La question de l'être est précisélllent la question du sens de l'être, admise comme sensibilité particulière à Ull certain type de regard et d'interrogation. Il s'agit d'avoir le sens de l'être plus encore que de se delllander quelle est la signification du mot être. Sens de l'être signifie «vérité de l'être », ce que confirme Heidegger au séminaire du Thor: Pour garder au projet la sign(fication dans laquelle il est pris (celle d'ouverture ouvrante), la pensée, après Être et Ten1ps, remplace la locution de « sens de l'être» par celle de « vérité

3 On a souvent critiqué le langage de Heidegger et celui de ses traducteurs français. En ce qui concerne le tenne étant pour traduire dos Scicnde, la critiquc
tort. Un poète COITIITIe Hopil elTIploie

a

4

tout étant, in Pierre TROTIGNON,

: Quel est donc Heidegger, Paris, Editions
le nlot

AlTIélie-Marie GOICHON, Introduction à A\'icenne (son Paris, Editions Oesclée de Brouwer, 1933. 5 Cf. ElTIlTIanuel LEVINAS, Autrenlent {fU 'être ou (lu-delà Matiinus Nijhof( 1974, rééd. Paris, Le Livre de Poche, 2004, p. 14.

ESlre ? Il est sur PUF, 1965, p.S. épÎtre des d~/initions),
cet

de l'essence, colI. «biblio

La Haye,
essais »,

13

de l'être »6. Au cœur du sens, l'être s'ouvre. Le sens de l'être est donc la vérité de l'être. C'est uniquement à partir de la vérité de l'être qu'on peut comprendre l'être. L'être-au-monde porte en lui une propension qui tend vers le monde. Heidegger s'embarrasse de ce qui, dans l'êtreau-monde, suscite une frayeur et provoque l'ennui. Dans l'ennui, on éprouve l'inexistence de la réalité ou la réalité de l'inexistence. Les choses échappent à l'être et le néant de l'ennui devient le seul phénomène qui pour lui demeure significatif. Les choses apparaissent comme vides. Que restet-il alors? Rien que l'être. Même dans l'inexistence, l'êtreau-monde continue de diffuser de l'être. L'ennui compose un phénomène partiel de l' être-au-monde. Heidegger édifie un ennui magistral qui réfère au sens global de l'existence humaine et dirige un renverselnel1t vers une Inanière d'être propre à l'être. Parmi l' ensel11ble des étants, il existe un lieu où ce sens de l'être est plus apparent ou l110ins dissiInulé qu'ailleurs. Il s'y trouve, plutôt que connu, vécu, réalisé sous la forme d'une disposition qui n'est ni un instrul11ent subjectif ni une intuition rationnelle. La l11étapl1ysique voit I'1101nlne (animal rationnel), cet être à part qui se distingue précisél11ent par la faculté de s'interroger. Pour Heidegger, ce qui est originaire, ce n'est pas le regard porté, Inais la disposition particulière qui le COl1stitueet le rend possible. Être, pour Kant, c'est être un objet. C'est dans une perspective très kantienne et dans un pur rappoli de conl1aissance désintéressé que Heidegger refuse cette substantialisation d'un sujet face à l'être C0111111e objet. La notion du caractère ekstatique du Dasein est un reflet fidèle de cette position. Il 11'y va plus d'une conscience et de la pensée des objets Inais d'un là (Da-sein) paradoxal. Repoussant toute subjectivité, il n0111111e être-Là (Dasein) ce
6 Sénlinaire

dl! Thor 1969, in Ql!C.')'lioJ7s // el/V, trac!. F. Fédicr, J. Lallxerois, C. 1 Roëls, J. Bealltl"et, Paris, Editions GalliJnard, 1976, p. 424.