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Le libéralisme de Hayek au prisme de la philosophie sociale de Hegel

De
264 pages
La pensée de Hayek vise à ériger le marché en macro-ordre-social favorisant l'accumulation des richesses, engendrant et renforçant la cohésion sociale. Cependant, la structuration de l'ordre social sur certains principes d'action ne suppose-t-elle pas, comme le pensait Hegel, une certaine connaissance des fins politiques, économiques et sociales à atteindre ou à accomplir ?
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LE LIBERALISME DE HAYEK AU PRISME DE LA PHILOSOPHIE SOCIALE DE HEGEL

Economie,

Dialectique et Société

Ouverture philosophique Collection dirigée par Dominique Chateau, Agnès Lontrade et Bruno Péquignot
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Déjà parus

J.-R.-E. EYENE MEA, L'État et le marché dans les théories
politiques de Hayek et de Hegel, 2007.

l-B. de BEADY AIS, Voir Dieu. Essai sur le visible et le christianisme, 2007. C. MARQUE, L'u-topie du féminin, une lecture féministe d'Emmanuel Lévinas, 2007. l DE MONLÉON, Personne et Société, 2007. P. DUPOUEY et l BRUNET (publié par), Roland Brunet, un
itinéraire philosophique, 2007. Dominique CHATEAU, l'autonomie de l'esthétique. Shaftesbury, Kant, Alison, Hegel et quelques autres, 2007. Alain DELIGNE (dir.), Éric WEIL, Ficin et Plotin, 2007. Laurent DÉCHERY, Le premier regard, essai d'anatomie métaphysique, 2007. Alain MARLIAC, L'interdisciplinarité en question, 2007. Raphaël et Olivier SAINT-VINCENT, Manifeste du philosphevoyou, 2007. Magali PAILLIER, La colère selon Platon, 2007. Hugues RABAUL T, L'État entre théologie et technologie, 2007. Fernando REY PUENTE, Simone Weil et la Grèce, 2007. Sophie LACROIX, Ce que nous disent les ruines, 2007. Alain MARLIAC, L'interdisciplinarité en question, 2007. Serge BOTET, La philosophie de Nietzsche, une philosophie « en actes », 2007.

Jean-Rodrigue-Elisée

EYENE MBA

LE LIBERALISME DE HAYEK AU PRISME DE LA PHILOSOPHIE SOCIALE DE HEGEL

Economie, Dialectique et Société

Préface de Jean-François KERVEGAN

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-04641-2 EAN : 9782296046412

A mon oncle MARC MVE BEKALE

Du même auteur:

- Démocratie et développement en Afrique face au libéralisme. Essai sur la refondation politique, Paris, L'Harmattan/Points de vue, 2001, 142p.
-

L'Afrique sur le chemin de la croissance et de l'évolution 1 : Les défis du NEP AD, préface de Philippe Hugon, Paris, Etudes L'Harmattan/Africaines, 2003, 247p.

-

L'Etat et le marché dans les théories politiques de Hayek et de

Hegel. Convergences et contradictions, Paris, L'Harmattan/Ouverture Philosophique, 2007, 283p. - Richard Rorty, la fin de la métaphysique et la pragmatique de la science (coauteure : Irma Julienne Angue Medoux), Paris, Philosophie en commun/L'Harmattan, 2007, 237p.

Liste des abréviations
ŒUVRES DE HEGEL

DN. : Encycl. III :
Ency. [1830] : LDN.:

Des manières de traiter scientifiquement du droit naturel, trad. Bourgeois Encyclopédie des sciences philosophiques, t. III : La philosophie de l'Esprit, trad. Bourgeois Encyclopédie des sciences philosophiques en abrégé Leçons sur le droit naturel et la science de l'Etat [1817-1818], trad. Deranty.
Principes de la philosophie Ecrits politiques, du droit, trad. Kervégan, 2e édition.

PhD. : Pol. : RH.: VE. :

trad. Jacob et Quillet.

La raison dans l 'histoire, trad. Papaioannou. Système de la vie éthique, trad. Taminaux.

ŒUVRES

DE HAYEK

PP. : EC. : SSS. : RS. : CL. : NS.: DLLI. : DLL2. : DLL3. : PF. :

Prix et production, trad. TRADECOM traductions d'ouvrages économiques).

(Association

de

"Economie et connaissance", trad. Cahiers d'économie politique, n° 43, L'Harmattan. Scientisme et sciences sociales. Essai sur le mauvais usage de la raison, trad. Raymond Barre.
La route de la servitude, trad. Blumberg. La constitution de la liberté, trad. Audouin, Garello et Millière.

Studies in Philosophy, Politics, Economics and the History of Ideas, Routledge and Kegan Paul Droit, législation et liberté, t. I, Règles et ordre, trad. Audouin. Droit, législation et liberté, t. II, Le mirage de lajustice sociale, trad. Audouin.
Droit, législation et liberté, t. III, L'ordre politique d'un peuple libre, trad. Audouin. La présomption trad. Audouin. fatale. Les erreurs du socialisme,

ŒUVRES

D'AUTRES

AUTEURS

HOBBES, Léviathan

Léviathan. Traité de la matière, de laforme et du pouvoir de la république ecclésiastique et civile, texte traduit de l'anglais, annoté et comparé avec le texte latin par François Tricaud, Editions Sirey, 1971.
civil: Le second traité du gouvernement civil, trad. J.-F. Spitz.

LOCKE, Gouvernement
ROUSSEAU,

DSI. :

Discours sur l'inégalité, dans Œuvres complètes, t. II, Editions du seuil, 1971. Du contrat social, dans Œuvres complètes, t. II, Editions du seuil, 1971. Article « Economie politique », dans Œuvres complètes, t. II, Editions du seuil, 1971. Manuscrit de Genève, dans Œuvres complètes, t. II, Editions du seuil, 1971.

CS. :

EP.:

MG.:

SMITH TSM. .'

Théorie des sentiments moraux , trad. M. Bizou, C. Gautier, J.F. Pradeau.

RN.:

Recherches sur la nature et les causes de La richesse des nations, t. 1 et 2, trad. du Comte Germain Garnier, entièrement revue et corrigée, et précédée d'une notice biographique par M. Blanqui, avec les commentaires de Buchanan, G. Garnier, Malthus, J. Mill, Ricardo, Sismondi; augmentée de notes inédites de Jean-Baptiste Say et d'éclaircissement historiques par B. Blanqui, Paris, Guillaumin, Libraire, 1843.
Théorie générale de l'emploi, de la monnaie, et de l'intérêt, trad. Jean de Largentaye.

KEYNES, Théorie générale:

Préface
J'ai fait connaissance de M. Eyene Mba il y a quelques années, lorsque, après avoir obtenu un DEA à l'Université de Paris X, il me demanda de prendre la direction d'une thèse de doctorat en philosophie portant sur le rapport entre les pensées de Hegel et de Hayek. Le sujet a été relativement peu étudié en langue française, si ce n'est dans un bref essai de Renato Cristi et, épisodiquement, dans un article que j'avais publié il y a une quinzaine d'annéesl. J'acceptai donc volontiers de diriger ce travail, et n'eus point à le regretter. Dans un délai tout à fait raisonnable, et après m'avoir soumis très régulièrement des ébauches de la thèse et accepté sans barguigner mes observations, M. Eyene Mba a pu soutenir devant un jury composé de philosophes et d'un économiste2, une thèse de doctorat intitulée « L'Etat et le marché. Lecture hégélienne du libéralisme de Hayek », qui lui a valu la mention la plus élevée et les compliments du jury. C'est de cette thèse, remaniée et resserrée, que sont tirés le présent ouvrage, ainsi que celui qui lui fait suite3. Par ailleurs, M. Eyene Mba est fortement impliqué dans la réflexion collective entreprise par beaucoup d'intellectuels africains pour tenter d'infléchir, malgré l'accumulation des difficultés politiques, économiques, écologiques et sanitaires auxquelles se heurtent leurs pays, le diagnostic pessimiste formulé dans les années 1960 par René Dumont. Il a déjà publié deux ouvrages qui sont des contributions généreuses à la discussion de ces problèmes: Démocratie et développement en Afrique face au libéralisme (2001) et L'Afrique sur le chemin de la croissance et de l'évolution: les défis du NEPAD (2003). Néanmoins, c'est dans le domaine de la philosophie économique et politique qu'il souhaite œuvrer à l'émergence sinon d'une pensée africaine _ car la pensée authentique n'a pas de « lieu naturel» _, du moins d'une pensée permettant aux Africains de prendre en main leur destin. Le propos du diptyque dont le présent livre est le premier volet est conforme au sous-titre de celui qui lui fait suite: il s'agit de mettre en lumière les « convergences et contradictions» qui existent entre la pensée de Hayek et celle de Hegel, non pour rectifier la pensée du premier à partir de celle du second (ce serait vain), mais pour faire apparaître certaines zones d'ombre de la philosophie politique libérale ou, comme on le disait à une
1

R. Cristi, Le libéralisme conservateur. Trois essais sur Schmitt, Hayek, Hegel, Kimé,

1993 ; I.-F. Kervégan, « Y a-t-il une philosophie libérale? Remarques sur les oeuvres de I. Rawls et de F. A. Hayek », Rue Descartes, 3 (1992), p. 51-77. 2 Ce jury se composait des professeurs André Lapidus (Paris I, président du jury), Jacques Bidet (Paris X), Norbert Waszek (Paris VIII), et de moi-même. 3 I.-R.-E. Eyene Mba, L'Etat et le marché dans les théories politiques de Hayek et de Hegel. Convergences et contradictions, L'Harmattan/Ouverture Philosophique, 2007, 284p.

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DE HEGEL

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certaine époque, son « impensé ». La confrontation se développe sur deux plans: celui de la philosophie économique et sociale, dans le présent livre ; celui de la philosophie politique, dans celui qui lui fait suite. Ce choix est judicieux, tant il est vrai que, chez Hayek comme déjà (pour la première fois) chez Hegel, le social et le politique sont tout aussi nécessairement distincts qu'étroitement et dialectiquement articulés. Après une substantielle introduction destinée, notamment, à préciser la problématique et la méthodologie mise en œuvre, le présent ouvrage est donc consacré à la pensée économique et à la philosophie sociale des deux auteurs. Il s'agit de montrer, sur la base d'un exposé détaillé de la théorie économique hayékienne, que la « philosophie économique» de Hegel, qui se situe comme on le sait « dans le sillage» des fondateurs de l'économie classique, outrepasse le cadre retenu par Hayek pour ses propres analyses en ce qu'elle prend en compte « des paramètres extra-économiques capables de provoquer, catalyser et amplifier les mécanismes marchands ». Déjà sur le plan de la seule théorie sociale, Hegel nous montre, explique notre auteur, la nécessité de remettre de la politique dans l'économie, ce qui serait un moyen d'absorber (ou de lever) les « paradoxes catallactiques» de longue date repérés et analysés par la science économique. S'agit-il de faire de Hegel « le juge de Hayek» ? En un sens, oui. Mais pas au sens où il s'agirait simplement de valoriser les positions du premier au détriment de celles du second; le but de M. Eyene
Mba est plutôt de montrer

_ et

il y parvient

brillamment

_ que

la philosophie

économique et sociale de Hegel, articulée qu'elle est à une théorie de l'Etat, contraint à penser la « médiation dialectique de l'économie et de la politique» que la philosophie et la théorie économique libérales, parfaitement illustrées par l' œuvre de Hayek, s'interdisent de prendre en considération, encore moins de penser. On le voit: la méthode qui est mise en œuvre dans ce livre et dans celui qui fait diptyque avec lui est féconde en ce qu'elle cherche surtout à porter à l'expression les problèmes qui se révèlent en confrontant deux univers de pensée que tout, à première vue, sépare. Travailler sur les points de tension au lieu de chercher à aplanir le différend: c'est ainsi que la philosophie est à son meilleur.
Jean-François Kervégan Professeur à l'Université

Paris l/Panthéon-Sorbonne

INTRODUCTION

GENERALE

SECTION l PROBLEMA TIQUE GENERALE

9 1. -

POINT D'ANCRAGE

CONCEPTUEL

DU SUJET

Cette étude part d'une conviction intellectuelle: d'un point de vue formel, la convergence entre la théorie politique de Hegel et celle de Hayek est nette en ce qui concerne leur volonté d'élucider les erreurs du contrac-

tualisme ou du constructivisme.Venus d'horizons culturels très différents Hegel de l'idéalisme postkantien\ Hayek de l'école économique autrichienne2 -, ils proposent, chacun à sa manière, une réflexion sur les principes de fonctionnement d'une société libre en faisant appel aux ressources de l'histoire. Leurs démarches apparaissent opposées à celles des philosophes du contrat. Dans la Philosophie du droit, Hegel met en question la philosophie du contrat social au motif qu'elle aboutit à une conception abstraite des institutions. Le contractualisme en reste en effet à l'idée de l'Etat comme contrat. Il paraît incapable de comprendre que le contrat n'est qu'un composant du droit abstrait, « le pressentiment d'uneforme plus haute et plus concrète de la volontë ». Le modèle du contrat est celui du droit privé, des relations entre un nombre limité d'individus qui, tout en ayant des intérêts
1 Ce mouvement de pensée postkantien cherche à appréhender la réflexion philosophique sous un angle systématique. Il a subi des oppositions rudes de la part des penseurs comme Jacobi, Schleiermacher ou Schopenhauer. Ces oppositions furent relayées par celles des antiidéalistes: Feuerbach, Kierkegaard, Marx et Nietzsche. D'après Jean-Louis Vieillard-Baron, « l'idéalisme allemand est d'abord une appellation commode pour renvoyer à ceux que Victor Delbos nommait les "postkantiens", à savoir les grands philosophes de la génération après Kant, Fichte, Schelling et Hegel. Ce terme désigne ainsi une période de la pensée qu'on peut caractériser comme celle de l'idéalisme spéculatif, et qui irait de la première Assise fondamentale de la doctrine de la science de Fichte en 1794 à la mort de Hegel en 183l, en réservant le problème historique des derniers cours de Schelling, non publié par lui, sur la Philosophie de la mythologie et la Philosophie de la révélation» (Jean-Louis Vieillard-Baron, Hegel et l'idéalisme allemand, Paris, Vrin, 1999, p. 13). 2 Cf. Stéphane Longuet, Hayek et l'école autrichienne, Paris, Nathan, 1998. 3 Jean Hyppolite, in Hegel, PhD. [A. Kaan], notice, p. 19.

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SOCIALE

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spécifiques, ont cependant un intérêt plus important à s'entendre. En cela, il comporte un élément nécessaire: le principe de l'autodétermination et de la prise de possession, c'est-à-dire le transfert de la volonté dans la chose. Pour Hegel, loin d'être un postulat valable pouvant servir de base solide à l'Etat, la théorie du contrat constitue plutôt le fondement d'une société de droit privé qui légitime l'échange direct (ou les rapports purement contractuels). Elle renvoie par conséquent à l'ensemble des règles qui fixent les conditions de jouissance de la liberté individuelle. Contrairement aux penseurs qui érigent l'Etat sur le contrat, Hegel, lui, le rattache à la culture, à la tradition et à l'histoire en général. Il écrit en ce sens:
L'Etat a immédiatement son existence, c'est-à-dire son droit dans quelque chose de concret et non pas abstrait. Seule cette existence concrète et non pas de nombreuses idées générales tenues pour des commandements moraux subjectifs, peut être prise par l'Etat comme le principe de sa conduitel.

Vue sous cet angle conceptuel, la condamnation par Hegel du contractualisme, pourrait-on supposer à ce stade de la réflexion, vaut tout autant que la lecture que fera Hayek du constructivisme social, le rationalisme constructiviste. En effet, l'économiste autrichien considère qu'i! est erroné de penser qu'on peut construire, pour la matérialisation des droits de l'homme, un ordre social légitime en faisant abstraction de la tradition et des coutumes. Pour lui, le contractualisme s'inscrit en vérité dans le cadre du rationalisme constructiviste qui entend reconstruire les institutions sur la base d'un ordre désiré par la volonté humaine. Une telle conception constitue une menace fondamentale pour la civilisation de la liberté, parce qu'elle conduirait à l'accroissement délibéré du pouvoir de l'Etat, le totalitarisme. Contre le constructivisme social, Hayek propose un rationalisme évolutionniste2 qui soutient que les ordres sociaux (fabriqués et non fabriqués), en l'occurrence l'Etat et le marché, loin de résulter d'une construction artificielle, sont plutôt le fruit d'un processus évolutif, historique ou spontané qui ne présuppose aucun ordonnateur ni une organisation voulue:
En dépit de l'interprétation constructiviste naïve sur l'origine des institutions humaines, l'idée a priori que les règles de droit sont forcément le produit d'une volonté est contraire au processus réel, et c'est un mythe au même titre que celui qui place à l'origine de la société un contrat sociae.
1 Hegel,

2 Hayek, DLL 1, chap. 1, p. 34. 3 Hayek, DLL 2, chap. 8, pp. 48-49.

PhD.,

me partie,

section

3,

~ 257,

p. 333.

INTRODUCTION

GENERALE

13

Dès lors, se pose une question capitale: Y a-t-il une parenté d'intention entre la philosophie sociale de Hayek et celle de Hegel si le schème hégélien de la critique du contractualisme semble se retrouver au centre de la problématique hayékienne, et cela d'autant plus que Hayek comme Hegel, prenant le contre-pied des théories du contrat social, enracine les institutions politiques et économiques dans une perspective historique? En d'autres termes: quels sont les postulats philosophiques et les motivations réelles de la pensée sociale de Hayek? La critique hégélienne du contractualisme peutelle tenir lieu de justification de la théorie hayékienne de l'Etat et du marché, vice versa? Si l'on se fonde sur la pensée politique hégélienne peut-on dire que l'ordre d'ensemble de la société procède d'une «nécessité inconsciente! » qui présuppose une intervention minimale de l'Etat dans les activités marchandes comme le laisse entendre la théorie de l'échange dans son versant hayékien? Autrement dit, peut-on, philosophiquement parlant, soutenir que l'empire d'un ordre établissant et garantissant le respect des règles de juste conduite va de pair avec une théorie sociale qui place l'Etat sous l'emprise des mécanismes autorégulateurs du marché? Ces interrogations préliminaires invitent à une analyse des théories sociales hégélienne et hayékienne, avec cette précision importante que, partant de l'idée d'une convergence formelle entre Hegel et Hayek sur la critique du contractualisme, je focaliserai ma réflexion sur deux concepts à la fois anciens, complexes et actuels: l'Etat et le marché. Plus précisément, j'établirai, à partir de la démarche dialectique hégélienne, que le consensus régnant, en économie, depuis le début des années 70 sur l'effritement de l'Etat-providence - et qui marque d'une certaine manière le triomphe de la philosophie politique et économique libérale auquel Hayek n'a cessé d'en appeler de tous ses vœux depuis la première publication de Prix et production (1931) - devrait être relativisé au moins pour une raison essentielle. D'un point de vue spéculatif, le regain du libéralisme, dans son versant ultralibéral ou hayékien, se fonde sur l'idée de l'inadéquation des politiques entièrement libérales et des politiques publiques: il repose sur la césure radicale du marché d'une part et de l'Etat d'autre part. Or, comme nous allons le voir, une telle démarche, en tant qu'elle consiste dans l'opposition (mais aussi dans la simplification du rapport) de l'Etat et du
1 Hegel, PhD., Ille partie, section 2, ~ 236, p. 319. Notons que le termc « nécessité inconsciente» renvoie ici, par commodité, à ce que les économistes, surtout les néo ou ultralibéraux, ont pris l'habitude de subsumer sous la théorie de main invisible: l'idée que la cohésion sociale et le progrès s'effectuent par la médiation d'un ordre d'actions humaines spontané et régulé par ses mécanismes propres, lesquels supposent que l'esprit agissant n'a pas une connaissance claire de l'issue exacte de ses transactions dans le jeu de l'offre et la demande.

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marché, paraît obsolète, du moins selon la logique immanente à la Philosophie du droit de Hegel, qui permet de comprendre que penser que le marché se détermine en lui-même, c'est du même coup omettre la fonction positive de l'Etat dans le marché et écarter que l'Etat et le marché sont unis comme le pilote et son navire. Dès lors, partant des résultats de la philosophie sociale hégélienne, j'expliciterai qu'il est logiquement inadéquat de déduire des hypothèses relatives à l'ajustement mutuel des intérêts dans le système marchand l'impossibilité d'intervention de l'Etat dans la catallaxie. Mais un tel projet, semble-t-il, se heurte de prime abord à une difficulté majeure: la critique, sinon, la condamnation par Hayek de l'hégélianisme -

dans sa dimension politique surtout - prétendumentantilibéral,totalitaire ou
irrationnel.

92.

-

HAYEK CONTRE HEGEL

Les premières critiques hayékiennes de la pensée politique de Hegel se trouvent contenues dans La route de la servitude, dont l'objet est de démontrer que chaque fois que l'on s'écarte, si peu que ce soit, des principes d'une société libre, l'on se dirige inéluctablement vers un système totalitaire. D'abord dans le chapitre premier, « La route abandonnée », où Hayek s'emploie à montrer que depuis un quart de siècle, du moins avant le temps où le spectre du totalitarisme est devenu une menace immédiate pour la civilisation de la liberté, l'humanité s'est progressivement écartée des principes essentiels sur lesquels le libéralisme et l'individualisme fondamental sont fondés, et explique à cet égard la genèse du déclin des doctrines susdites par l'importation en Angleterre des idées socialistes allemandes: «Qu'il s'agisse de Hegel ou de Marx, de List ou de Schmoller, de Sombart ou de Mannheim, d'un socialisme extrémiste ou de simple organisation ou de planisme moins radical, partout on importait avec empressement les idées allemandes et l'on imitait les institutions allemandes! ». Ensuite dans les chapitres XII et XIII où il examine tour à tour les «racines socialistes du nazisme» et les différentes formes de totalitarisme « parmi nous2 ». Cette critique se retrouve également dans Scientisme et sciences sociales, où, entreprenant de définir le totalitarisme et l'historicisme scientistes, Hayek établit un pont conceptuel entre positivisme et hégélianisme3, et fait dériver de ce dernier ce que

1 Hayek,
2

RS., chap.

1, p. 23.

Hayek, RS., chap. 12, pp. 124, 128; chap. 13, pp. 135, 137. 3 Hayek, SSS., chap. 6, p. 89. Sur ce sujet lire aussi « Comte and Hegel », in Measure, .Tuly 1951.

INTRODUCTION

GENERALE

!5

Brunschvicg qualifiait de « péché mignon! » du XIXe siècle, le point de vue naïf selon lequel «l'histoire humaine, qui résulte de l'interaction d'innombrables esprits humains, [doit] être soumise à de simples lois accessibles à des esprits2 ». La critique hayékienne du hégélianisme se prolonge et se précise dans Règles et ordre, premier tome de son écrit encyclopédique, Droit, législation et liberté, notamment lorsque, s'attelant à révéler «pourquoi les formes extrêmes du rationalisme constructiviste mènent régulièrement à une révolte contre la raison », il qualifie Hegel de père de régimes irrationalistes et totalitaires:
Personne peut-être n'a vu ce lien, entre le libéralisme et la compréhension des pouvoirs limités de la pensée abstraite, plus clairement que cet ultra-rationaliste qui est devenu la source maîtresse de la plus grande part de l'irrationalisme moderne et du totalitarisme, G. W. F. Hegel. Lorsqu'il écrivit que "la conception qui se tient ferme à l'abstrait est le libéralisme, sur lequel le concret l'emporte toujours et qui succombe dans sa lutte contre le concret,,3.

Donc, Hayek considère Hegel comme un penseur exemplaire dont la philosophie culminerait dans la tragédie de la pensée collective reposant sur « une conception qui met la raison au-dessus de tout et aboutit à la dégradation de la raison parce qu'elle méconnaît le processus dont dépend l'intelligencé ». Il analyse le hégélianisme comme un système d'idées qui a fait en Allemagne et ailleurs le lit du totalitarisme, et qui a exercé une fascination grandissante au XXe siècle. Par là même, il met presque sur le même pied la pensée politique de Hegel et celle des théoriciens du contrat social. Plus précisément, il présente la pensée politique de Hegel comme l'aboutissement suprême de la mentalité constructiviste déjà opératoire dans le contractualisme rousseauiste et hobbesien, mentalité qui consisterait à réduire le droit et la liberté à un ordre prétendument rationnel parce qu'il résulte de la volonté rationnelle. Ainsi, Hayek rejette la philosophie politique hégélienne hors l'optique évolutionniste libérale des institutions; du fait de sa soi-disant tendance à surestimer les pouvoirs de la raison, la théorie politique de Hegel culminerait dans un modèle de pensée anthropomorphique, animiste, intentionnaliste et artificialiste, elle conduirait à la révolte contre l'obéissance aux règles abstraites des ordres spontanés. Car, étant l'expression de la négation du contrôle de la raison ou de l'affirmation de son déploiement indéfini,
l

L. Brunschvicg,« Philosophyand History», in Essayspresentedto E. Cassirer,ed. by R.

Klibansky and RI. Paxton, Oxford, 1936, p. 36, cité par Hayek dans SSS., chap. 7, p. 117 . 2 Hayek, SSS., chap. 7, p. 116 et 117. 3 Hayek, DLL 1, chap. l, pp. 37-38.
4

Hayek, RS., chap. Il, p. 120.

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illimité, elle préfèrerait le concret à l'abstrait et s'imaginerait que celle-ci (la raison) peut s'assurer de tous les détails des faits. Une telle approche déboucherait inéluctablement sur l'emploi abusif du mot « Etat» : le penseur autrichien attribue à Hegel l'erreur d'avoir, dans la philosophie politique moderne, introduit une confusion entre gouvernement et Etat. D'après lui, c'est fondamentalement sous l'influence de Hegel, « qu'au cours des cent dernières années l'on a de plus en plus généralement pris l'habitude de parler de l'Etat (de préférence avec un E majuscule), là où le mot« gouvernement» est plus approprié et plus précis! ». A ses yeux, cet habitus conduirait inévitablement à une conception de la souveraineté illimitée: l'Etat hégélien achèverait la croyance idéaliste magique d'un Etat rationnel dont les pouvoirs seraient « totaux », infinis, indéfinis ou illimités parce que seul lui sait ce qu'il veut et veut ce qu'il sait, autrement dit a conscience de ce qui est réalisable dans l'ordre social. Hegel, parlant de l'Etat, aurait donc omis l'idée de bornage des pouvoirs publics, magistralement développée par Montesquieu dans De l'esprit des lois. Le philosophe allemand ne serait pas parvenu à comprendre que la matérialisation de l'ordre social suppose une subordination de l'Etat à la législation, dont l'existence exige la théorie de la séparation des pouvoirs. Hayek critique Hegel parce qu'il pense que la théorie politique de ce dernier subordonnerait la fonction représentative à la fonction gouvernementale, en accréditant notamment l'idée que les institutions représentatives existantes ont été façonnées par les exigences du gouvernement et non par la législation. L'erreur de Hegel aurait été de soutenir que la tâche de la représentation « consiste non dans la formulation et la ratification des règles générales de conduite, mais dans la direction des décisions de gouvernement concernant des affaires conjoncturelles2 ». Hayek explique cette volonté hégélienne de réduire les lois à des actes d'une législature, dont le rôle consiste à donner des directives au gouvernement, par un argument: le fait de « revendiquer pour un organisme de nature principalement gouvernementale ce pouvoir indéfini et « souverain» qui, dans l'opinion traditionnelle, n'appartenait qu'au faiseur de loi au sens strice ». Bref, pour Hayek, l'obsession hégélienne d'une pensée qui soit «l'examen-approfondi du rationnel» et qui, de ce fait, est « l'appréhension du présent et de l'effectif» et non pas la formalisation d'un «idéal vide4 », oublierait quelque chose: les abstractions aident notre raison à aller plus loin qu'elle n'aurait pu en

I

Hayek, DLL 3, chap. 13, p. 2
DLL 3, chap. DLL 1, chap. 13, p. 27. 6, pp. 156-157.

2 Hayek, 3 Hayek,

4 Hegel, PhD., préface.

INTRODUCTION

GENERALE

17

essayant de maîtriser tous les événements. Cette grille de lecture du hégélianisme valorise d'une certaine manière le kantisme. Soutenant que Hegel (comme la plupart des philosophes constructivistes) n'a pas compris que la Grande Société et la civilisation qu'elle a rendue possible sont le produit de la capacité croissante de l'homme à se conformer aux règles abstraites de juste conduite, Hayek, pour asseoir son libéralisme sur des principes cohérents, opère en quelque sorte un retour à l'empirisme de David Hume et au criticisme d'Emmanuel Kant. Sur les questions concernant l'ordre de base de la société libre (où la légitimation de tout pouvoir exige une soumission de tous à des principes généraux), les analyses de Hume et Kant lui apparaissent capitales, décisives, à telle enseigne qu'il envisage de repartir du point où ils se sont arrêtés: Ce sont eux - dit Hayek
-

qui se sont approchésplus que quiconque

d'une claire reconnaissance de la position éminente des valeurs, en tant que conditions indépendantes et orientatrices de toute construction rationnelle 1.

Hayek cherche d'une ceriaine manière à réhabiliter la vision kantienne du monde, substantiellement dualiste. Illégitime une approche libérale de la société qui repose, entre autres, sur le principe kantien d'universalisation des règles de conduite. Plus précisément, Hayek, prenant à son compte le criticisme, bat en brèche les théories politiques et économiques qui voudraient retrouver dans les principes généraux de la société des propriétés concrètes. Il milite en faveur d'une philosophie sociale selon laquelle les règles d'où naissent l'ordre global et le progrès sont nécessairement générales, universelles, formelles ou abstraites et non des principes effectifs que la raison pourrait absolument contrôler. Nous sommes donc là devant une pensée qui affirme l'importance, sinon, la nécessité « des règles abstraites comme guides dans un monde où la plupart des faits précis sont inconnus2 ». Cette position conduit Hayek à séparer:
les ordres spontanés du marché et les ordres fabriqués, ou organisations ; les règles des ordres spontanés et celles des organisations; l'ordre des fins et celui des moyens; la société nomocratique et la société téléocratique ; le secteur privé et le secteur public.

1 Hayek, 2 Hayek,

DLL 1, introduction, p. 7. DLL 2, chap. 7, p. 12.

18

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DE HAYEK

AU PRISME

DE LA PHILOSOPHIE

SOCIALE

DE HEGEL

Si, comme le dit Hayek, c'est effectivement Kant (mais aussi Hume) qui est parvenu plus que quiconque, en l'occurrence mieux que Hegel, à cerner clairement les conditions de possibilité de l'ordre social, alors la critique hégélienne du formalisme kantien apparaît comme vaine. Dit autrement, l'interprétation que donne Hayek du kantisme invalide les insuffisances théoriques que Hegel a crues déceler dans la vision morale kantienne du monde. Et dans la mesure où Hayek présente la philosophie politique hégélienne comme l'accomplissement triomphal du rationalisme constructiviste, en ce sens que Hegel lui apparaît comme un penseur ultra-rationaliste - ceci voulant simplement dire plus rationaliste et plus constructiviste que Descartes, Rousseau et Hobbes -, alors on peut penser qu'il invalide simultanément la critique hégélienne du contractualisme. D'autre part, la réduction par Hayek du hégélianisme au rationalisme constructiviste a un autre corollaire: l'identification de la pensée politique hégélienne à une vision holiste. Cette idée, déjà développée dans Scientisme et sciences sociales, se retrouve dans le chapitre premier de Règles et ordre, où, à propos de la définition du «développement de l'optique évolutionniste », Hayek entreprend de montrer que sa démarche repose sur « des conceptions radicalement différentes de l'historicisme de Comte, Hegel et Marx, et de leur vision holiste du mondel » - dans laquelle les lois de l'évolution affirmeraient «une nécessité purement mystique, poussant l'évolution dans un certain sens prédéterminé 2 ». Ainsi, Hayek considère Hegel comme un penseur holiste, le précurseur sinon la racine du totalitarisme ou d'un « dirigisme3 » qui, parce qu'il résiderait dans « les aspirations présomptueuses selon lesquelles la raison devrait diriger sa propre croissance4 », serait « une sorte de supra-rationalisme» qui non seulement exigerait que « la direction générale soit remise aux mains d'un super-espritS », mais également conduirait les principes sur lesquels reposent la civilisation de la liberté à un stade extrême d'autodestruction. En réalité, cette analyse ne perçoit pas la démarcation entre le hégélianisme d'une part et le rationalisme constructiviste ou le holisme d'autre part, pas plus qu'elle ne souligne la critique pertinente dirigée par Hegel à l'encontre des tenants de l'absolutisme, du despotisme et du libéralisme extrême. En d'autres termes: Hayek ne se méprend-il pas au sujet du hégélianisme? Ne verse-t-il pas dans une critique stérile en réduisant la pensée politique de Hegel à un ultra-constructivisme? Ne sous-estime-t-il pas l'apport de Hegel
1 Hayek, 2 Hayek, 3 Hayek, 4 Hayek, 5 Hayek,

DLL DLL SSS., SSS., SSS.,

1, chap. 1, chap. chap. 9, chap. 9, chap. 9,

1, p. 27. 1, p. 27. p. 141. p. 145. p. 144.

INTRODUCTION

GENERALE

19

au développement du libéralisme? Et l'interprétation qu'il donne du hégélianisme n'est-elle pas sous-tendue par l'idéologie d'un libéralisme radical?

SECTION II L'OBJET PRINCIPAL DE LA DEMARCHE HAYEKIENNE

«Avons-nous fourni une explication de l'Etat selon le principe de la main invisible? » Cette interrogation que pose Robert Nozick dans Anarchie, Etat et utopie (1974)\ constitue, sans conteste, le noyau de pensée commun aux Libéraux contemporains. Ceux-ci considèrent en effet l'économie politique d'Adam Smith comme la matrice du néo-libéralisme, enracinant ainsi les institutions sociales dans la théorie de la «main invisible2 ». C'est certainement sur cette doctrine que se fonde Hayek en écrivant que le droit et le commerce sont, l'un et l'autre, plus anciens que la législation3 et l'Etat4. La même idée l'amène à établir une dichotomie non seulement entre les ordres spontanés et les ordres fabriqués d'une part, mais aussi entre les règles abstraites et les commandements d'autre part (s 1). Il en vient par là même à accorder une primauté inconditionnelle aux mécanismes du marché (s 2) et à prôner la supériorité du libéralisme sur les autres systèmes politicoéconomiques CS 3).

9 1. ORDRE SPONTANE REGLE ABSTRAITE

LA DOUBLE DICHOTOMIE (COMOS)//ORDRE FABRIQUE (NOMOS)//COMMANDEMENT

(TAXIS), (THESIS)

Dans la diversité de ses thèmes, la posture hayékienne vise un objet unique: la reformulation philosophique, politique et économique du libéra-

Trad. par E. D'Auzac de Lamartine, Paris, PUF, 1988, chap. 2, p. 36 ; chap. 5, p. 150. 2 Hayek, PF., chap. 1, p. 23 : « L'économie depuis ses origines s'est essentiellement posée les questions de savoir comment un ordre étendu d'interrelations humaines a pu venir à être, et comment il est venu à être au travers d'un processus de variations et d'évaluations surpassant de loin notre capacité de voir et de concevoir. Adam Smith a été le premier à discerner que nous étions confrontés là à des modes d'ordonnancement de la coopération humaine qui excèdent notre perception et notre capacité de connaître. Mieux aurait valu décrire peut-être sa "main invisible" comme modèle invisible ou inobservable ». 3 Hayek, DLL I, chap. 4, p. 87. 4 Hayek, PF., chap.3, p. 62.

1

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lisme classique dans une radicalité1 des valeurs en lesquelles l'ordre spontané2 du marché et les règles formelles qui en assurent le fonctionnement ont une prééminence sur l'ordre fabriqué ou taxis3 et les commandements. Son objet primordial est de démontrer que le système du marché constitue un macro-ordre-social parce que, bien que l'intérêt pousse parfois chacun à la violation des commandements des organisations, la cohésion sociale provient en principe de l'observation des règles de juste conduite, que Hayek appelle également nomos4 pour souligner qu'elles constituent le cœur du droit. Ces règles sont le fondement du système d'action de l'ordre spontané ou kosmoss, qui a ici un contenu polysémique: c'est un «ordre étendu» de la solidarité, de l'altruisme, de la « coopération humaine» ou de la prospérité, résultant de l'histoire, et non pas d'une décision intentionnelle de l'esprit pensanë. C'est également un «ordre émergene » qui surgit graduellement de et dans l'histoire à partir de la «sélection évolutive8» ou grâce à un processus d'adaptation, de diffusion et d'apprentissage de pratiques sociales acquises non seulement par essais et erreurs9 mais aussi par « des décisions séparées de nombreux individus prises sur la base de différentes infor-

1

Le radicalisme du paradigme de Hayek a été établi par de nombreuses études dont celles

menées par P. Pasquier [1995], « L'information, source d'inefficacité de l'action de l'Etat », in Analyses des sociétés contemporaines, Paris, Armand Colin, chap. 6, pp. 222-223 ; L. Ferry & A. Renaut [1992], Philosophie politique 3: Des droits de l 'homme à l'idée républicaine, Paris, PUF, Section II, chap. 2, ~ 3: « La dissolution historiciste des droits-libertés: l'évolutionnisme hayékien », p. 142,153; I-F. Kervégan, [1992], « Y a-t-il une philosophie libérale », in Rue Descartes, n° 3, p. 52, 53 ; I. Bidet [1990], La théorie de la modernité suivi de Marx et le marché, Paris, PUF, 1ère partie, chap. 1, Il: « La « solution» libérale du libéralisme au néo-libéralisme », p. 29-30 ; J. Ferry [1990], Friedrich A. Hayek: Les éléments d'un libéralisme radical, Nancy, Press Universitaire de Nancy; B Manin [1983], « FriedrichAugust Hayek et la question du libéralisme », Revue française de science politique, Vol. 33, n° l, p. 42. 2 Sur le concept « ordre », lire entre autres P. Nemo, La société de droit selon Hayek, p. 70. 3 Hayek, DLL 1, chap. 2, p. 49. 4 Indépendantes de tout objectif, ces règles concourent à la formation d'un ordre spontané, par opposition aux règles d'organisation. Elles sont appelées nomos parce qu'elles sont le fondement d'une « société de droit privé », et parce qu'elles rendent possible « une Société Ouverte », la Grande Société (Hayek, DLL 2, chap. 8, pp. 37, 180-181; PF., chap. 4, p. 88 ; chap. 5, p. 102). 5 Hayek, DLL 1, chap. 2, p. 45.
6 7

Hayek,PF., pp. Il,45, 100, 112.
Hayek, PF., chap. l, p. 25 ; chap. 5, p. 109.

8 La pensée hayékienne est fortement empreinte des idées de l'école anglo-écossaise fondamentalement évolutionniste, conduite par David Hume, Bernard Mandeville, Adam Ferguson et Adam Smith. Elle reconnaît à ces penseurs le mérite d'avoir favoriser « l'émergence graduelle des concepts jumeaux de formation d'ordre spontané et de sélection évolutive» (Cf. PF., appendice A, p. 199; DLL 1, chap. 1, p. 25 et 26). 9 Hayek, DLL 2, chap. 10, p. 150.

INTRODUCTION

GENERALE

21

mations! ». Le primat de l'ordre spontané et des règles formelles qui en président l'évolution résulte du fait qu'ils sont consacrés par la tradition et les coutumes2. Dans Studies in Philosophy, Politics and Economics, Hayek formule clairement cette idée selon laquelle le libéralisme (politique et économique) se fonde sur les règles coutumières qui ont permis et favorisent l'émergence d'un système auto-organisé:
Le libéralisme a hérité des théories du droit coutumier et des théories plus anciennes (pré-rationalistes) du droit naturel; il présuppose également une conception de la justice qui nous permet d'établir une distinction entre des règles comme celles de juste conduite individuelle, lesquelles sont indissociables de la conception de la ' 'règle de droit" et sont requises pour la formation d'un ordre spontané d'une part, et, d'autre part, tous les commandements particuliers émis par une autorité à des fins d' organisation3.

Cette approche qui s'oppose au principe du planisme inhérent au socialisme et à l'interventionnisme postule que les règles qui assurent la liberté individuelle et le fonctionnement du marché ne sont pas des principes monocentristes, mais des règles de prohibition de conduites injustes. Car elles «opèrent comme valeurs suprêmes [et] servent des fins privées inconnues4 ». De telles règles favorisent l'accord mutuel, la résolution pacifique des différends. Elles ne sont pas délibérément édictées, ni contrôlées par l'autorité centrale (l'Etat). En effet Hayek est convaincu que c'est par la participation de chacun aux ordres spontanés que la liberté de l'individu est assurée, alors que les relations hiérarchiques qui fondent l'ordre fabriqué ou les organisations constituent une restriction de cette liberté. Autrement dit, le principe général qui gouverne l'ordre global ne saurait être identique à celui des ordres arrangés. Car si tel était le cas, la liberté serait annihilée et la relation de subordination serait le mode de coordination fondamental des interactions individuelles. Ce qui empêcherait simultanément les individus d'employer leurs connaissances particulières dans la recherche du bien-être personnel, et les découragerait par conséquent de rechercher les informations indispensables à la coordination interpersonnelle. Se trouverait ainsi entravé le ressort du système économique capitalistique. Manifestement, l'intention principale de Hayek est de montrer que les éléments fondamentaux des ordres organisés sont incompatibles avec le fonctionnement général de la
1 Hayek, PF., chap. 5, p. 109. 2 Hayek, PF., chap. 9, p. 187. 3 Hayek, Studies in Philosophy, Chicago Press, 1967, p. 166. 4 Hayek, DLL 2, chap. 7, p. 17.

Politics and Economics, Chicago, The University of

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Grande Société, nécessairement ouverte par sa capacité d'adaptation aux changements imprévus de la mécanique sociale. Ceci revient à affirmer la primauté inconditionnelle du marché.

9 2.

- LA PRIMAUTE

INCONDITIONNELLE

DU MARCHE

Si Hayek prend pour cible le rationalisme constructiviste, le hégélianisme présumé ultra-rationaliste et totalitaire, c'est fondamentalement parce qu'il veut élaborer une philosophie libérale cohérente. A travers son œuvre, l'économiste autrichien manifeste une volonté de penser autrement la société en accordant la préséance du marché sur l'Etat. Le radicalisme de son analyse confère une prééminence inconditionnelle au marché, dont les mécanismes impersonnels et les forces spontanées concourraient à l'évolution économique et sociale. Ici, nous avons affaire à une théorie sociale qui critique le schème constructiviste du rationalisme aussi bien en philosophie qu'en économie, en droit, en sociologie et dans le domaine de la psychologie. Afin de permettre à chacun de se faire une idée exacte de cette approche qui considère que le fonctionnement du marché libre et l'accroissement des ressources indispensables à l'amélioration du sort de la société dans l'ensemble dépendent des «forces impersonnelles », nous citerons un passage de La route de la servitudel, repris par Droit, législation et liberté2 :
C'est la soumission de l'homme aux forces impersonnelles du marché qui, dans le passé, a rendu possible le développement d'une civilisation qui sans cela n'aurait pu se développer; c'est par cette soumission quotidienne que nous contribuons à construire quelque chose qui est plus grand que nous pouvons le comprendre.

Donc, la clé de voûte du libéralisme hayékien est que la survivance, le devenir de la civilisation de la liberté, procède d'un processus praxéologique qui, parce qu'il obéit au principe de la « main invisible3 », conduit les acteurs sociaux à adapter leurs comportements à des changements importants dont ils ne peuvent « saisir ni la cause ni la nature» pour la simple raison qu'il existe « des faits qui, dans la multiplicité des efforts individuels exercés au sein d'une société complexe, interviennent sans qu'un individu puisse les surveiller4 ». En conséquence, le refus de se soumettre aux mécanismes impersonnels du marché, a priori inconnaissables et inexplicables en tant que
1 Hayek, 2 Hayek, 3 Hayek, 4 Hayek, RS., chap. 14, p. 148. DLL 3, chap. 15, pp. 111-112. DLL 1, chap. 2, p. 44. RS., chap. 14, p. 147 et 148.

INTRODUCTION

GENERALE

23

produits de desseins humains, ne peut que causer des transformations inopportunes. Car seul le système du marché, auto-formé structurellement, constitue le facteur fondamental, le moyen efficace et dynamique de création, d'acquisition et de transmission des informations et connaissances nécessaires à l'évolution économique et sociale. Se pose alors la question du «jeu de catallaxie », que Hayek considère nécessairement comme un élément «créateur de richesse », parce qu'il conduit à « un accroissement du flux de biens et des chances pour tous les participants de satisfaire leurs besoinsI ». Cette grille de lecture du marché, qui se fonde sur la théorie des jeux2, procède de la dichotomie formelle de « l'économie de marché» et de « l'économie de prélèvement3 », la première étant, pour l'essentiel, axée sur les rapports interindividuels et le mécanisme de prix, alors que la deuxième se caractérise par la planification des ressources par une autorité en fonction des objectifs de la collectivité. Hayek pense que cette deuxième forme d'organisation des richesses est fondée sur un système fabriqué (taxis) dont la limite résulte, entre autres choses, du degré de complexité des ordres spontanés qu'elle pourrait prétendre gouverner. Pour mettre en évidence les limites d'un tel ordre organisé, il s'appuie sur le concept de « catallaxie ». Faisant écho à l'idée que toute société humaine est confrontée à la nécessité de concilier la rareté naturelle des ressources au caractère illimité des besoins, Hayek considère que cette forme de conciliation ne peut s'effectuer que sur la base d'un système qui conduit les individus à se spécialiser dans leur production afin d'échanger le surplus obtenu contre les biens dont ils sont dépourvus. La procédure de ces échanges volontaires suppose que les participants soient des individus rationnels, des êtres calculateurs, dans l'usage des moyens rares qu'ils utilisent et engagent pour transformer la nature. Ainsi conçues, les procédures de l'échange ne sont pas fondées sur une décision politique, parce que se déployant elles-mêmes. Cette conception du marché comme type d'organisation de la société libre, fondée sur la tendance naturelle des hommes à échanger, aboutit à la surévaluation des mécanismes du marché à créer l'équilibre. Elle procède de l'idée que le marché est un champ abstrait basé sur la loi de l'offre et de la demande. Plus exactement, elle découle de la croyance que le marché repose sur
un processus impersonnel au sein duquel des individus agissant en vue de leurs propres fins (elles-mêmes souvent plutôt vagues) littéralement

1
2

Hayek, DLL 2, chap. JO,p. 139.
Hayek, PF., appendice E, p. 209.
Gérard Thoris, Analyse économique des systèmes, Paris, Armand Colin, 1997, pp. 23-25.

3

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ne savent pas et ne peuvent pas savoir ce que sera le résultat net de
leurs interactions
1.

Cette approche du marché constitue le noyau du libéralisme de Hayek. Elle établit une relation de dualité entre la « morale évoluée2 » (qui permet « la reproduction de l'ordre étendu» en cela qu'elle amène les individus à se conduire comme des épargnants, des propriétaires, des honnêtes marchands, etc.) et la « morale traditionnelle3 », propre à des sociétés closes ou tribales, où les individus sont en permanence à la poursuite de fins communes4. Elle considère le marché comme un système auto-organisé des « relations interpersonnelles », avec cette précision que la communication à l'intérieur dudit système «requiert en pratique que l'information dispersée soit utilisée par différents individus qui ne se connaissent pas les uns les autres5 ». Ainsi conçu, le marché est un ordre dans lequel l'économie existe comme sphère de pratiques sociales singulières. Plus précisément, il est appréhendé comme une économie au sens strict du terme: il désigne un mode abstrait de transactions interindividuelles dans lequel émergent des prix; une forme d'organisation sociétale dans laquelle les individus réalisent leurs transactions, ou échangent naturellement leurs biens et services pour parvenir à leurs fins propres. La procédure de cet échange est simple: dans le marché, pense Hayek, le système du prix véhicule l'information par le jeu de l'offre et de la demande, «jeu créateur de richesse» au sens où il rend effective « la satisfaction d'une gamme de besoins plus large », « apporte à chaque joueur de l'information lui permettant de subvenir à des besoins dont il n'a pas la connaissance directe, et de le faire grâce à des moyens dont l'existence lui resterait inconnue si ce jeu n'intervenait6 ». Bien qu'un tel jeu implique que l'information disponible « est inéluctablement partielle» parce que, a priori, la combinaison des signaux abstraits du marché est toujours imparfaite, Hayek admet néanmoins que cela n'entrave pas le mécanisme d'autoajustement des intérêts: « la structure entière des activités tend à s'adapter, par le biais de ces signaux partiels etfragmentaires, à des conditions qui ne sont prévues ou connues par personne? ». Par conséquent, chacun répond à l'information en fonction de ses calculs personnels: en poursuivant ses buts propres, l'individu reçoit du marché certaines informations sur l'intégration,
1 Hayek,
2

PF., chap.

5, p. 99.

3 Hayek, PF., chap. 5, 4Hayek,DLL2,chap. 5 Hayek, PF., chap. 5, 6 Hayek, DLL 2, chap.
7

Hayek, PF., chap. 5, p. 98.
p. 99. 11,pp. 177-179. p. 116. 10, p. 139.

Hayek, PF., chap. 5, p. 106.

INTRODUCTION

GENERALE

25

possible ou non, de ses projets dans l'ordre social. Ce schéma du marché repose sur une conception cybernétique! de la société. Elle postule qu'en réagissant spontanément aux signaux de son environnement immédiat, chaque individu est amené à contribuer au fonctionnement d'un vaste système autorégulateur d'interactions sociales) :
Dans la Grande Société
tous en fait, - écrit Hayek -, nous contribuons non seulement à la satisfaction de besoins que nous ignorons, mais parfois même à la réussite de desseins que nous désapprouverions si . . 2 nous en aVIOns connaIssance.

Il y a donc là une approche qui vise non seulement à démontrer comment des individus qui agissent chacun pour soi engendrent un ordre efficace - au sein duquel il existe la cohésion sociale, une « collaboration pacifique»

sans « buts communs3» -, mais également à soutenir qu'une société fondée

sur l'individualisme s'autogouverne : en travaillant pour son intérêt personnel, l'individu est amené à contribuer au bon fonctionnement de la mécanique sociale. Ce qui, de ce point de vue, signifie que la société peut fonctionner sans pouvoir central et que l'intérêt individuel tient lieu de mécanisme régulateur. Un passage de La présomption fatale, où Hayek entreprend d'établir que l'ordre global provient de ce que « la plupart des finalités des actions ne sont ni conscientes ni choisies4 », exprime parfaitement cette approche du marché:
La morale du marché nous conduit à agir de façon bénéfique envers les autres non pas parce que telle est notre intention, mais parce que le marché nous conduit à agir d'une manière qui aura très précisément cet effet. L'ordre étendu circonvient l'ignorance des individus (et de cette manière leur permet aussi de s'adapter à l'inconnu, comme nous

Hayek s'inspire de la cybernétique pour montrer que l'ordre spontané du marché connaît une constante circulation de force centripète et pour affirmer la supériorité du marché. En effet, selon un principe fondamental de la cybernétique, les sphères les plus riches en information exercent un contrôle sur les sphères les plus riches en énergie. Par conséquent, il existe dans toute sphère d'action une série de contrôles successifs et cumulatifs, qui s'ordonnent entre eux d'une manière hiérarchique. A la base de la hiérarchie, les parties les plus riches en énergies, qui jouent le rôle de facteurs de conditionnement de l'action. Au sommet, les parties les plus riches en information, qui y servent de facteurs de contrôle (Cf. Roger-Gérard Schwartzenberg [1994, p. 87]). Or si les ordres spontanés de marché sont plus riches en information que les ordres organisés, riches en énergie, alors le marché serait un macro-ordre autostructurel dont les mécanismes de fonctionnement échappent aux règles des organisations, en particulier l'Etat. 2 Hayek, DLL 2, chap. JO,p. 132. 3 Hayek, DLL 2, chap. JO,p. 131. 4 Hayek, PF., chap. 5, p. J04.

I

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l'avons noté plus haut) d'une façon telle que les bonnes intentions seules ne pourraient parvenir au même résultat, et donne ainsi un effet 1 altruiste à nos efforts .

En conséquence, la coordination marchande, mieux, le marché est une « catallaxie2 », que Hayek appelle aussi « système étendu de coopération3 », parce que procédant d'un « échange productif! » qui accroît spontanément « la satisfaction que les ressources disponibles peuvent apporter aux besoins humains5 ». Il désigne la seule méthode de transmission d'informations qui permette aux individus d'évaluer les avantages comparatifs des différents usages dont ils ont une connaissance immédiate et grâce à laquelle ils servent, qu'ils le veuillent ou non, les besoins d'individus inconnus et éloignés. Cette méthode, qui engendre le processus de croissance, « bénéficie beaucoup plus au plus grand nombre des pauvres qu'au petit nombre des riches6 ». De là, s'ensuit l'idée de supériorité incontestable du libéralisme.

9 3.

-

LA SUPERIORITE

PRAXEOLOGIQUE

DU LIBERALISME

C'est la conviction fondamentale de Hayek, conviction qu'il n'a cessé d'affirmer à travers l'ensemble de ses écrits, et qui a conduit certains commentateurs à le qualifier de libéral-conservateur? Tenter de substituer le « planisme économique8 » à l'initiative privée se présente en fait comme une méthode hasardeuse et fausse, caractérisée inévitablement par un manque de connaissances (knowledge deficit) et susceptible de produire des conséquences périlleuses pour la civilisation de la liberté. Pour cette raison, dans La constitution de la liberté et La présomption fatale, Hayek ne se montre pas tendre à l'égard de la plupart des penseurs qui, accrochés au planisme, croient posséder la connaissance indispensable à la promotion du progrès

1 Hayek, PF., chap. 5, p. 112. 2 La« catallaxie» désigne ici une « espèce d'ordre spontané produit par le marché à travers les actes des gens qui se conforment aux règles juridiques concernant la propriété, les dommages et les contrats» (DLL. 2., chap. 10, p.131). 3

4 Le concept d'« échange productif» se réfère au principe de partage mutuel des bénéfices dans des transactions (volontaires). Robert Nozick également lui consacre des développements dans Anarchie, Etat et utopie (1975), Paris, PUF, 1988, pp. 87-89, 111-115. 5 Hayek, PF., chap. 6, p. 132. 6 Hayek, chap. 8, p. 170. Avec un ton ironique, Hayek prend à son compte le propos Karl Marx: le capitalisme a créé le prolétariat: il lui a donné et lui donne la vie (PF, p. 180). 7 Cf. Renato Cristi, Le libéralisme conservateur: trois essais sur Schmitt, Hayek et Hegel, Trad. ft. par Noëlle Burgi, Paris, Editions Kimé, 1993, chap. 2, p. 57-58 8 Hayek, RS., chap. 3, p. 31.

Hayek, PF., chap. 7, p. 163.