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Le temps des philosophes

De
272 pages
Le temps, source de réflexion et d'inspiration, intervient en toute chose, rien de ce qui concerne l'homme ne lui est étranger -son essence, son existence, sa mort. Il n'est pas surprenant que la mythologie s'en soit emparé, que les civilisations l'ait divinisé et glorifié tant il est présent dans les consciences angoissées par la finitude de l'existence. Naturel donc pour le philosophe de s'interroger à son tour.
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Jean PIWNICA
LE TEMPS DES PHILOS
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
OP
HES
Le temps des philosophes
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Robert PUJADE,Fantastique et Photographie, Essai sur les limites de la représentation photographique, 2015. Nassim EL KABLI,La Rupture. Philosophie d’une expérience ordinaire, 2015. Laurent CHERLONNEIX,De la volonté de vérité à la Mort de dieu, 2015. Paul DUBOUCHET,De Georg Wilhem Friedrich Hegel à René Girard. Violence du droit, religion et science, 2015. Oscar BRENIFIER,Apologie de la métaphysique. Ou l’art de la conversion, 2015. Reza ROKOEE,L’attitude phénoménologique comparée, de Husserl à Avicenne, 2015. François BESSET,L’âme de la guerre. Petite métaphysique de la Nation, 2015. Philippe FLEURY,Hegel et l’école de Francfort, 2015. Pierre ZIADE, Généalogie de la mondialisation, analyse de la crise identitaire actuelle, 2015. Hamdi NABLI,: la fin du pouvoirFoucault et Baudrillard , 2015 Richard GROULX, Michel Foucault, la politique comme guerre continuée. De la guerre des races au racisme d’État, 2015.Miklos VETÖ,De Whitehead à Marion. Éclats de philosophie contemporaine,2015.
JeanPIWNICA
LETEMPSDESPHILOSOPHES
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IntroductionTe me what you think of time 1 and I sha know what to think of you .
Demander ce qu’est e temps n’est apparemment pas une bonne questîon, car trop subjectîve, chacun ayant sa propre notîon du temps quî varîe seon ’objet vers eque a pensée se tourne. ï va du temps quî passe à un temps de ’exîstence, au temps quî exprîme a durée d’une expérîence ou ’occurrence d’un évènement. Rechercher e dénomînateur commun à ces dîférents empoîsdu tempsest une manîère d’appréhender e débat sur ce quî constîtue son essence. Se demander ce qu’est e temps, de quee manîère î est împîqué dans ce quî entoure notre exîstence, dans son dérouement, ou bîen vouoîr exporer es processus mentaux mîs en œuvre, nous dît peu de choses du symboetdes physîcîens. Cherchant ce que peuvent avoîr en commun sur ce sujet es scîences, a psychoogîe et es croyances reîgîeuses, nous examînerons ce que nous parat être a nature du temps, d’où nous vîent notre sentîment du devenîr contînue dans a permanence et notre compréhensîon
1 (Dîtes-moî ce que vous pensez du temps et je sauraî quoî penser de vous.) J.T. Fraser,he Voîces of Tîme, Experîmenta support în psycoogy, Wesleyan Unîversîty, Connectîcut, 1958.
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de ’îdentîté dans e changement. ï est ort probabe que nous serons aors orîentés vers a phîosophîe, a « scîence a pus générae », et sa contrîbutîon à a carîicatîon du probème du temps. e temps est une réaîté quî nous obsède, à a mesure des aporîes et des paradoxes qu’î aît surgîr, et quî nous entrane natureement à attendre des réponses d’une quête menée à travers es sîèces, es écoes de pensée, es partîes du monde quî ont eu à en débattre. e temps c’est aussî un mythe, ceuî du dîeu Chronos, quî personnîie e Temps et a Destînée. C’est en mythoogîe un être îmmatérîe, représenté sous es traîts d’un serpent à troîs têtes (cees de ’homme, du îon et du taureau), enacé à a déesse de a Nécessîté et de a Fataîté, censés entraner e monde céeste dans sa rotatîon éternee. e mythe d’Orphée, dont ’épîsode e pus céèbre est a descente aux Eners du héros à a recherche de son épouse Eurydîce, donne naîssance à a doctrîne orphîque : ’âme est condamnée à un cyce de réîncarnatîons dont seue ’înîtîatîon pourra ’en aîre sortîr et a conduîre vers une survîe bîenheureuse où ’humaîn rejoînt e dîvîn. ’înterprétatîon mythîque du temps est ’expressîon naturee du besoîn qu’a ’être humaîn d’une représentatîon de a inîtude de son exîstence, jaonnée par des évènements quî sont perçus d’une manîère essentîeement subjectîve. a vîe, ’exîstence dans e monde, a un commencement et une in quî donnent a mesure du temps prenant a orme d’un pérîpe, pus ou moîns ong, d’un parcours de a naîssance à a mort. Sî e processus parat sîmpe, î a servî à ’éaboratîon de théorîes souvent compexes, dont on pourraît croîre navement que e aît d’y être înîtîé protège ’îndîvîdu de ’angoîsse înexorabement éprouvée devant sa inîtude însurmontabe. e temps passé se mesure de dîérentes açons, quî varîent seon e champ de nos préoccupatîons. Aors que e temps écoué se mesure de manîère certaîne, e temps à venîr est aéatoîre, et c’est précîsément ce quî est însupportabe à ’esprît humaîn, constamment à a recherche de tous es moyens propres à dîssîper e mystère. e temps et ’espace s’înterpénètrent, se déînîssant ’un par rapport à ’autre. e temps nécessaîre pour parcourîr une
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dîstance quî se sîtue dans ’espace, ’înînî de ’espace quî rejoînt ’înînî du temps. C’est e temps de a rotatîon de a Terre, a vîtesse de a umîère, autant de phénomènes quî se rattachent à a notîon d’espace. Contraîrement à ’espace, e temps n’est pas dîrectement accessîbe nî représentabe. Nous n’en avons qu’une expérîence îndîrecte grâce aux sîgnes sensîbes. Pour évoquer e temps, nous recourons au vocabuaîre de ’espace – nous parons du ux ou du champ tempore, du mouvement cycîque ou înéaîre du temps. Tandîs qu’on peut parcourîr es troîs dîmensîons de ’espace, hauteur, argeur, proondeur, a trîpartîtîon du temps, entre passé, présent et utur, est d’une tout autre nature : ’enchanement des troîs moments est îrréversîbe bîen que présentant a même structure ternaîre. ’exîstence de toute chose ou de tout être n’a de réaîté qu’au travers du temps, des séquences quî en ont a trame, des mémoratîons du passé et des espérances du utur, e passé quî a été vécu et ’avenîr qu’on espère vîvre. ï y a un temps vîrtue, théorîque, îndîqué par es horoges, es agendas, es hîstorîens, c’est e temps vécu, mesuré seon une norme mathématîque varîabe en onctîon de a rotatîon de a Terre. ï y a un temps psychoogîque, e temps spécîîque à chaque îndîvîdu, par conséquent un temps reatî, quî paratra ong ou court, seon es quaîtés de ’înstant ou de a pérîode vécue. e sabîer est ’aégorîe du temps a pus connue, ee renvoîe à a représentatîon d’un lux ou d’un écouement încessant. ï est censé représenter a vanîté de toutes choses humaînes, dont e caractère transîtoîre est assocîé au « passage du temps ». e temps uî-même est passage, c’est-à-dîre transîtîvîté pure quî se conond avec a contînuîté de notre vîe întérîeure – a contînuîté d’un écouement, d’un passage quî est une suîte înînterrompue de « maîntenant ». a centraîté du temps, ses contradîctîons quî e pacent au cœur de a condîtîon humaîne, c’est ce que Votaîre décrît : « Quee est de toutes es choses du monde, demanda e Grand Mage, a pus ongue et a pus courte, a pus prompte et a pus ente, a moîns dîvîsîbe et a pus étendue, a pus négîgée et a pus
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regrettée, sans quî rîen ne peut se aîre, quî décore tout ce quî est petît et quî vîvîie tout ce quî est grand ? Zadîg répond que c’est e temps. Rîen n’est pus ong puîsqu’î est a mesure de ’éternîté ; rîen n’est pus court, puîsqu’î manque à tous nos projets ; rîen n’est pus ent pour quî attend, rîen de pus rapîde pour quî jouît…Tous es hommes e négîgent, tous en regrettent a perte ; rîen ne se aît sans uî ; î aît oubîer tout ce quî est îndîgne de a postérîté et î îmmortaîse es grandes 2 choses ». Nous avons, sembe-t-î, moîns pensé e temps pour uî-même, que pour servîr d’autres objets phîosophîques quî ne ont que e traverser. Pensé à a suîte de ’espace, d’Arîstote à Kant, aussî bîen qu’îndépendamment de uî avec Augustîn, et à son encontre avec Bergson. e temps convoqué pour penser e mouvement (Arîstote) ou son envers, ’Un, ’ïnteîgîbe, Dîeu (Potîn, Augustîn). Kant a pensé e temps pour étabîr des jugements synthétîquesa prîorî, reposant sur cette întuîtîon préaabe à toute expérîence qu’est a orme de notre sensîbîîté et à partîr de à, ’objectîvîté possîbe des phénomènes de a scîence. Husser a pensé e temps comme accès, à travers ’unîté d’întentîon, à ’întentîonnaîté quî constîtue e temps et à a subjectîvîté absoue de a conscîence. e temps quî ouvre a voîe aussî bîen à ’ « întuîtîon », comme vîsîon dîrecte de ’esprît par ’esprît (cee de a durée pure chez Bergson), qu’à ’ « être » (à partîr de ’înterprétatîon duDaseîn chez Heîdegger). Pus révéatrîce de ’humaîn est ’étrangeté de ’avenîr de a mort quî ouvre un abme entre e présent et a mort, entre e moî et ’atérîté du mystère, qu’écaîre a îberté de ’exîstant dans es écrîts de evînas. e temps, au îeu de se aîsser constîtuer en objet propre, est bîen putôt ’objet quî îbère de nouvees înîtîatîves phîosophîques.
2Zadîg,chap. IX.
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La nature du temps Le temps est a substance dont je suis fait. Le temps est un leuve qui m’entraîne, mais je suis e leuve ; e temps est un tigre qui me déchire, mais je suis e tigre ; c’est un feu qui me consume, mais je suis e feu.
Borges, œuvres complètes.
Ce quî caractérîse e temps de a açon a pus évîdente, c’est qu’î est reatî à des évènements ou à des choses sîtuées dans e temps. Nous connaîssons e temps par e aît du changement qu’opèrent es évènements ou par a durabîîté des objets quî entourent notre vîe quotîdîenne. Nous constatons que e temps mesuré en termes d’évènements sembe s’ « accéérer », et en d’autres occasîons « raentîr », ce quî nous conduît à penser qu’î doît exîster un temps objectî, îndépendant de ce quî estdanse temps, quî s’écoue de açon réguîère et à partîr duque nous reconnaîssons ces varîatîons. Deux autres caractérîstîques du temps apparaîssent. Pour ’une, sous a orme de a reatîon «avant-après » quî se tîent entre deux înstants, de açon compètement îndépendante du temps, sachant que sî des évènements peuvent être sîmutanés, es înstants ne peuvent ’être. Pour ’autre, à travers a reatîon ternaîrepassé-présent-futur. e présent doît toujours se tenîr
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