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Les échelons de l'être

De
190 pages
Cet ouvrage est une théorie du vivant et de la conscience. L’auteur essaie principalement de répondre à la question : « qu’est-ce que la vie, ou plus concrètement, qu’est-ce qu’un vivant ? ». Cette notion est présentée comme un système dont l’originalité est de posséder une structure ambivalente, avec deux faces complémentaires : l’une, extérieure, composée de multiples parties observables ; l’autre, intérieure, voilée. Apparue chez les premiers vivants, cette structure est allée en se développant avec la complexification croissante de la matière. C’est avec l’homme que le saut est le plus important : qu’est-ce qui fait que le fonctionnement du cerveau humain, dans ce qu’il a de plus spécifique, est la recherche du vrai, d’une quête de la justice, ou encore d’une création de beauté ?
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LES ÉCHELONS DE L'ÊTRE De la molécule à l'esprit

Collection L'ouverture philosophique dirigée par Gérard Da Silva et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou ... polisseurs de verres de lunettes astronoffilques.

François NOUDELMANN,Sartre: l'incarnation Ùnaginaire, 1996. Jacques SCHLANGER, Un art, des idées, 1996. Ami BOUGANIM, La rinte et le rite. Essai sur le prêche philosophique, 1996. Denis COLLIN, La th,éorie de la connaissance chez Marx, 1996. Frédéric GUERRIN, Pierre MONTEBELLO, L'art, une théologie moderne, 1997. Régine PIETRA, Lesfenlmesphilosophes de l'Antiquité gréco-ronlaine. Françoise D'EAUBONNE, Fémini'1 et philosophie (ul1e allergie historique), 1997.

(Ç) 'Harmattan, 1997 L

ISBN: 2-7384-5177-2

Michel LEFEUVRE

LES ÉCHELONS DE L'ÊTRE
De la molécule à l'esprit

Editions L'Harmattan 5-7, nIe de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan INC 55, nIe Saint Jacques
Montréal (Qc)

- C311ada

H2Y

Oeuvres du même auteur

"Merleau-Ponty au-delà de la phénoménologie" Klincksieck - 1976
"Nature et cerveau" - Klincksieck - 1991

à Jean Gouriou

PRÉFACE

Comment le cerveau humain qui est un organe matériel peut-il produire de la pensée immatérielle? Une telle question aurait pu paraître sans solution, il y a encore peu de temps. Les travaux d'un Türing, d'un Wiener, d'un von Neumann ont changé les perspectives; aujourd'hui, les capacités de calcul d'un robot dépassent largement celles d'un cerveau humain; ce qui prendrait des heures, des jours, des semaines pour ce dernier, est résolu en quelques secondes par une bonne machine infonnatique. La seule différence est que la machine ne sait pas ce qu'elle fait tandis que le cerveau humain le sait. La conscience est une propriété du fonctionnement cérébral de l'homme. D'un côté, dans la machine, la pensée, si l'on peut ainsi s'exprimer, est inconsciente; de l'autre, chez l'homme, la pensée est consciente. Mais quelle est exactement l'importance de la conscience dans les processus de la pensée? Nous ne sommes plus au temps de Descartes pour qui la pensée était entièrement consciente. Freud est passé par là ; dans l'appareil psychique, la conscience n'est qu'un élément parmi d'autres; elle n'est que la partie émergée d'un immense iceberg inconscient qui fonctionne par endessous. Ainsi Freud aura-t-il préparé aussi à sa façon l'ère du cognitivisme : des phénomènes tels que l'image ou le souvenir 7

sont des phénomènes conscients; ils se trouvent en liaison avec une certaine activité cérébrale qui, elle, est inconsciente; l'ambition des cognitivistes est de proposer des modèles qui rendent compte de cette émergence de la conscience dans des processus qui ne sont pas conscients. Tâche ardue, impossible à notre avis. C'est ce que voudrait démontrer ce livre. Notre intention n'est pas d'essayer de prouver que tout est conscient de part en part dans le conscient; que savons-nous des mécanismes physiologiques du rappel quand nous nous souvenons, ou du fonctionnement asymétrique de notre cerveau quand nous pensons? Quelque chose fonctionne dans le conscient dont celui-ci ne sait rien. Ce quelque chose est-il assimilable à du "câblé", à des processus informatiques et électroniques ou à une activité spécifique en liaison étroite avec l'organisme tout entier, indétachable de ce dernier? Si l'activité cérébrale est tellement dépendante des corps avec lequel elle vit inséparablement dans sa manière de se situer face au monde, il apparaît évident qu'une réflexion sur le cerveau ne peut faire l'économie d'une réflexion sur le vital, le physiologique, dont il assure l'élévation. Tel est l'objet d'étude de notre premier chapitre. Nous n'avons pas voulu passer entièrement sous silence le problème des origines du vivant tellement la question est débattue de nos jours dans le contexte du "chaos déterministe". Nous nous sommes cependant attardés davantage à la question de 8

la nature: qu'est-ce que la vie ou plus concrètement qu'est-ce qu'un vivant? Tout vivant, et donc tout animal, se présente comme une chose matérielle, étendue, possédant une certaine configuration externe et interne, c'est-à-dire des parties reliées fonctionnellement les unes aux autres; il s'agit donc plus précisément d'un système matériel, mais à la différence des autres systèmes de la nature ou fabriqués main d'homme, ce système est un système subjectif, c'est-à-dire un système qui assume son existence, un système qui est aussi un (j') existe, même s'il n'en est pas conscient.. Habitué aux manipulations sur la matière vivante, le biologiste n'en a généralement pas cure; cet aspect de l'animal n'entre pas dans ses schémas de pensée; au mieux, il lui paraît tout à fait secondaire; sans doute parle-t-il à l'occasion de la spontanéité du vivant pour l'opposer à l'inertie des autres systèmes de la matière non-vivante mais sans se rendre compte suffisamment de ce qu'une telle spécificité implique. TIest vrai qu'il s'agit davantage du rôle du philosophe qui travaille à un autre niveau d'abstraction et de réalité que le scientifique. L'affirnlation de sa spontanéité est pour le vivant celle de sa pernlanence, de sa durée dans un monde mouvant qui ne cesse de bouger. Ce qui s'atteste au cœur du vivant est un principe actif que l'on pourrait appeler l'émergence dans le temps d'un "contretemps", le pouvoir de résister à la puissance désagrégatrice du deve11irtemporel dans lequel il est inséré, en s' affmnant comme un soi permanent, de la naissance à la mort. On pourrait dire les choses autrement en affirmant que le vivant résulte d'un avatar ontologique et programmé du temps puisqu'il a fallu des milliards 9

d'années pour que se forme la complexité des molécules prébiotiques dans laquelle les premiers vivants, c'est-à-dire les premiers micro-organismes unicellulaires, ont pu surgir à
l'existence.

Il s'agit d'une révolution considérable dans le cosmos, lourde de signification et d'avenir: avec les premiers vivants, l'intériorité fait son entrée dans L'univers; là où jusqu'alors - au
moins à notre échelle, peut-être pas à celle de la microphysique

-

il n'y avait qu'extériorité.

Intériorité dans la succession des

instants: le passé et l'avenir s'ordonnent autour d'un présent mouvant qui les lie intérieurement à lui, intériorité dans la simultanéité des parties, ces deux aspects de l'intériorité fondant ce que Cuvier trouvait de plus original et de plus fondamental dans le vivant: ULaforme des corps est plus essentielle que leur matière parce que celle-ci change sans cesse tandis que l'autre se conserve" . Loin d'être seulement un phénomène intime sans importance, l'intériorité tient à la structure ontologique de la matière animée. L'intériorité de l'être et son extériorité ne font qu'un seul et unique individu, le vivant, mais elles introduisent en lui de la dissymétrie qui contraste avec l'équilibre des forces dont résultent les systèmes matériels inanimés; l'animal n'est ni une pure matérialité visible ni une pure subjectivité invisible. Cette dissymétrie, comparée au "calme règne des lois" de la nature ou à la mélodie secrète du système astral, n'est qu'une faiblesse en apparence; elle est riche de potentialité; très timidement apparue chez les premiers vivants unicellulaires, 10

l'intériorité qui en est le pivot, commence avec eux une carrière brillante dont la liberté

- étape

ultime de l'intériorité

- chez

l'homme, vis-à-vis des agents extérieurs et même vis-à-vis de son propre corps, sera le couronnement; c'est dire qu'au cours de ce travail, nous aurons à montrer ses conquêtes successives dans l'affirmation progressive du noyau principal qui constitue son essence, mais il est de la plus haute importance de souligner dès le départ, à l'encontre de la myopie quasi générale sur la question, que la matière vivante se distingue radicalement de la matière inerte en ce sens qu'elle se présente comme une refonte des structures organisationnelles minéral. d'espace-temps du monde

C'est parce qu'il y a subjectivité

-

au sens fort,

ontologique,où nous l'entendons - dans la matièrevivante que le
biologique est Î11.éductibleau moléculaire; il s'enracine en lui mais s'en distingue; il constitue un niveau d'être hiérarchiquement supélieur par son organisation. L'animal s'exprime dans un comportement qui est comme la projection du vital, du physiologique, sur la scène extérieure du monde où il rencontre d'autres vivants. On a tendance aujourd'hui à faire de l'éthologie un département de la biologie moléculaire; tout comportement ne serait que l'expression pure et simple du génome de l'animal ; cette proposition n'est que très partiellement vraie parce qu'elle ignore une notion capitale que nous introduisons ici dans l'enchaînement de notre réflexion, à savoir le sensible; la structure moléculaire des gènes lui sert de soubassement mais ne Il

saurait s'identifier à lui. Un papillon attiré par l'odeur de sa femelle, à plusieurs kilomètres de distance, a un comportement que l'on ne saurait réduire à une simple expression chimique au fond d'une éprouvette; dans celle-ci, il n'y a que du chimique; chez le papillon il y a quelque chose de plus; il Ya du sensible; en lui nous trouvons un exemple frappant de ce que nous avons écrit précédemment à propos de la dissymétrie comme caractéristique de la matière vivante; le papillon sent la femelle; autrement dit, il est un sentant; mais d'autre part, c'est dans sa chair de papillon qu'il sent les substances chimiques, les phéromones, produites par la femelle; il est donc aussi un senti. Il est un sentant/senti; c'est cette structure dissymétrique du vivant, vécue dans et par sa subjectivité, qui rend compte du retournement de la matière animée sur elle-même pour se saisir comme sensible. La carte génétique de l'insecte n'est que l'inscription à un moment donné de l'évolution, sur un embranchement et une souche particulière de la vie, d'un mouvement, d'un déploiement général qui tient à l'essence même de la Vie. C'est par le relais de l'espèce que tout vivant communique indirectement avec cette puissance dynamique, évolutive, autoconstructive,de la Vie. Nous voulons dire par là que si le vivant est un système qui se distingue radicalement de son environnement, il ne cesse d'être en liaison, en échange, en interactivité avec lui. C'est évident au niveau de l'espèce; par ses cellules germinatives, il reproduit le modèle au cours de 12

l'ontogenèse; à travers l'espèce à laquelle il appartient, il se greffe par son œuf sur des mécanismes encore plus fondamentaux. Sans pouvoir descendre ici dans le détail, ce que nous tenons à souligner c'est que le système organique qu'est tout vivant/animal se comporte comme une interface entre l'être subjectif qu'il est et la Nature en général auflanc de laquelle la vie

est née.
Nous avons ainsi choisi à la fin du second chapitre de nous situer au point ultime où le comportement prend un aspect spécifiquement humain, dans lequel, grâce au langage comme comportement supérieur de l'être humain dans ses relations avec ses semblables, la nature biologique débouche dans la culture, dans l'esprit. Se demander si la flèche du temps qui conduit de l'amibe au cerveau humain est orientée vers ce but, n'est pas nécessairement une question dépourvue de sens et de valeur scientifique parce qu'elle serait frappée d'anthropomorphisme. TI n'est pas en effet obligatoire de supposer une intention qui relèverait d'un Être supérieur pour concevoir l'opération; dès le
départ, un "telos", un projet

- l'homme - peut

être contenu

potentiellement dans les premières cellules vivantes et même dans les lois générales du cosmos qui ont permis leur émergence. Le principe anthropique bien compris ne relève pas d'un anthroponlorphisme. Le langage est un comportement humain mais il est aussi l'instrument de la pensée. Or la pensée, rompant avec le "phylo13

génétiquement adapté" aux circonstances des comportements de l'animal selon son espèce, se meut dans l'universel; elle pennet d'atteindre l'être en tant que tel et non plus seulement sous l'aspect où il s'avère pour l'animal physiologiquement adapté à ses fonctions vitales. En outre, tandis que tous les autres comportements uniquement absorbés dans leur fonction synergique - les informations parviennent par différents canaux sensoriels mais sont vécues unitairement par l'émergence en elles de la subjectivité - ne reviennent pas sur la cause qui les a produits, le langage, lui, comme instrument de la pensée, parle; entre autres, il peut se retourner sur lui-même pour parler de ce qui l'a amené à l'être. Telme et fils de l'évolution, de la nature, il peut se retourner vers elles pour les comprendre symboliquement, conceptuellement, en des chaînes de mots. Le langage permet ainsi de pénétrer dans l'atelier de la Nature; d'une part, il en est le produit, le stade suprême de son déploiement dans le temps, dans l'évolution; d'autre part, il possède la possibilité de se retourner sur la genèse qui l'a conçu. Pourtant n'existe-t-il pas là un cercle vicieux. dans notre désir de connaissance du foyer d'être d'où tout s'est originé puisque c'est toujours avec du langage que nous pourrons en parler; le langage n'est-il pas comme le serpent qui se mord la queue? Impossible de sortir du langage pour parler de ce qui l'a produit, pour connaître le secret ultime de la Nature. Cette impuissance est pourtant riche d'enseignement; elle nOllSrévèle un trait fondantelztal de l'Être,. l'Être se donne 14

(dans la production du langage comme instrument de connaissance) en se retirant. Il y a excès de l'absoluité de l'Être sur la puissance de connaissance des intelligences humaines. C'est ce retrait et cette Transcendance de l'Être qui rend compte de l'inconscient dans lequel baigne notre activité spirituelle,. il ne s'agit pas seulement d'ailleurs de l'inconscient freudien ou psychologique mais aussi de l'inconscient des processus naturels, spécialement physiologiques, sur lesquels s'édifie la conscience. Limitée dans ses projets de connaissance, la pensée humaine qui ne s'atteint pleinement qu'à travers le langage, n'en a pas moins pour dessein fondamental la recherche de l'objectivité. C'est alors qu'apparaissent dans le champ de la pensée des valeurs qui ne peuvent avoir qu'un statut transcendantal; il s'agit avant tout du Vrai; c'est par rapport à la norme du Vrai que la communauté humaine, et tout spécialement celle des scientifiques et des chercheurs, dépassant le statut matériel de l'inter-corporéité, devient une communauté des esprits. Toutes ces indications seront approfondies dans le dernier chapitre mais 'ce que nous nous apprêtons à faire ressortir maintenant en abordant la troisième partie du livre, c'est que c'est ce même Principe qui, à travers la norme médiatisante du Vrai, comme d'ailleurs du Beau et du Juste ou du Bien, suscite des esplits dans la matière organique, oriente le devenir de l'évolution vers cette étape ultime; encore une fois pour éviter tout soupçon d'anthropomorphisme, de projection sur le déploiement cosmique d'une manière de faire humaine, nous évitons de parler d'intention. 15

Précédemment nous nous sommes efforcés de maintenir un écart ilTéductible entre le moléculaire et le biologique. Nous tentons maintenant le même type d'opération entre le psychologique et le biologique, car si le psychologique s'enracine profondément dans le physiologique, il ne s'y réduit pas; disons, en un mot, qu'il y a introduit la dimension de l'imaginaire. A un certain niveau de développement de la vie, peut-être uniquement sur la branche des vertébrés, l'animal vit son corps comme un moi, c'est-à-dire comnle une formation psychique imaginaire qui double sa réalité concrète, physique et physiologique; c'est à travers ce moi imaginaire qu'il commence, même si c'est encore timidement, ses relations avec le monde extérieur; le jeu peut s'introduire dans la vie de l'animal; le rêve également; nous en avons l'expérience chez nos animaux domestiques, le chat comme le chien. Aux automatismes brutaux, instantanés, des animaux insuffisamment évolués, se superposent des constructions mentales qui supposent que l'animal vit son corps non plus seulement dans l'instant mais dans la durée comme un moi permanent capable d'unir le passé au présent en vue d'une action à entreprendre; la subjectivité atteint ainsi le niveau de la conscience vécue de soi; elle se fait conscience. Ce passage des simples automatismes à la conscience, au mental, ne peut se faire chez l'animal sans de profonds remaniements neurophysiologiques, physiologiques et même génétiques. Dans le règne animal, seuls les mammifères et sans doute certaines espèces d'oiseaux, semblent capables de rêver; or chez eux, on 16

constate que la neurogenèse cesse peu de temps après la naissance; c'est comme s'il s'agissait d'un relâchement des contraintes génétiques, l'entretien du génome étant confié à des mécanismes neurophysiologiques qui se déclenchent durant le sommeil au cours du rêve. C'est donc un commencement d'indépendance vis-à-vis du patrimoine héréditaire qui se produit auquel le rêve et le jeu sont liés; il Y a un renforcement de l'intériorité chez l'animal par son accession à la conscience. Ce renforcement s'exerce aussi vis-à-vis du milieu; les animaux qui rêvent et qui jouent, qui possèdent un moi, sont aussi des animaux homéothermes, c'est-à-dire à température intérieure constante quelles que soient les conditions climatiques du milieu extérieur. La question importante est de connaître le rôle que jouent ces modifications dans le vécu psychique de l'animal. Jouentelles comme cause ou comnle condition? Un matérialiste est partisan de la première solution; l' atomisation de l'appareil nerveux en modules séparés, chacun exécutant pour son compte propre le travail dont il est chargé, ne rend pas compte de l'unité du moi ni de sa continuité et de sa permanence dans le changement des événements; dans cette perspective, l'assemblage des éléments en un tout intégré, vivant, paraît une entreprise impossible. Pour nous ces modifications correspondent à un changement dans les conditions d'exercice de la subjectivité; elles lui pelmettent de développer des potentialités apparues en même temps que la vie, de leur donner forme. Il 17

convient de rappeler le caractère existentiel de tout vivant; mais le vivant ne peut assumer son être comme existen.ce que dans la mesure où il se présente aussi comme une globalité; l'organisme est cette globalité et c'est elle qui s'atteste unitairement à travers les rythmes diurnes et nocturnes, d'éveil et de sommeil ainsi que des rêves, en jouant sur des claviers de neurones situés dans des sites différents. Ceux-ci ne sont donc qu'au service d'une subjectivité en voie d'affirmation d'elle-même; les importants remaniements constatés dans l'expression du génome ainsi que la formation dans le tronc cérébral d'aires spécifiques n'ont donc d'autres fonctions que d'offrir une base concrète à une dynamique mise en route avec l'apparition sur terre des tout premiers vivants. Ce que nous avons voulu montrer en terminant ce chapitre, c'est que ces nouvelles formations bio- et neurobiologiques qui sous-tendent le rêve, le jeu, le moi, les motivations individuelles, la vie psychologique en général, s'insèrent dans un plan d'ensemble dont l'objectif est la création du cerveau humain, l'architecture neurale de ce dernier étant exigée pour que le mental chez 1'homme soit esprit. Il reste à montrer avec le dernier chapitre en quoi le mental chez l'homme diffère de celui de l'animal supérieur. Ce dernier sait déjà adapter dans certaines circonstances des moyens à une fill ; nous sommes loin de l'enchaînement automatique des conditionnements tel qu'il se manifeste dans les comportements instinctuels des animaux inférieurs; encore plus loin de la conception de l'animal! machine de Descartes. Pourtant là encore 18

un écart iITéductible sépare 1'humain de l'animal et cet écart réside dalls l'émergence du symbolique dans le mental de l' homme; l'animal même le plus évolué est encore un être de la nature tandis

que l' homme est un être des possibles. Sa nature, en son principe, n'est pas matérielle, même si elle est intimement liée à la matière organisée; elle est spirituelle. Mais il reste à comprendre comment. Le moi de l'animal supérieur comme formation d'une instance psychologique imaginaire est toujours lié intrinsèquement à son corps réel; c'est à travers les puissances de ce dernier que comme (j' ) existe, comme instance d'existence, il vit ses relations au monde extérieur et à ses semblables. Che z l' homnze c'est ce lien qui se distend avec l'apparition, en place du corps réel, d'une chafne syntaxique de signes, tout particulièrement de mots. Cela suppose évidemment de profonds remaniements du cerveau animal; il faut dire lesquels et surtout car il nous est impossible de descendre jusqu'au fond du puits silencieux où s'élaborent les projets de la Nature.- à quel principe ils obéissent. Il nous est apparu que l'excès de complexité de la matière cérébrale chez I'homme par rapport à celle de l'animal ne répondait pas à un renforcement des contraintes matérielles mais au contraire à un jeu plus grand et plus délié des possibles. Le développement de la zone préfrontale permet entre autres de nouvelles combinaisons qu'un cerveau plus fruste, ayant moins d'aires de liaison, ne peut posséder. C'est dans cette architecture complexe que peut prench.e dynamiquement racine une syntaxe grammaticale.

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