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Les enjeux mimétiques de la vérité

De
240 pages
Ce texte scrute les enjeux mimétiques de la vérité, qui depuis Platon prétend dévoiler sans retrait le réel. Cette quête du sens aboutit à deux problématiques contemporaines totalement différentes. Celle de Derrida avec la dé-construction. Ou bien, la dé-suturation dans l'œuvre d'Alain Badiou. Notre propos n'est pas d'ouvrir une polémique personnelle entre ces deux systématiques conceptuelles mais de marquer leurs convergences et leurs divergences pour un à-venir toujours plus problématique.
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Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes « professionnels »ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Pascal GAUDET,Philosophie et existence, 2014. Pascal GAUDET,Penser la politique avec Kant, 2014. Pascal GAUDET,Penser la liberté et le temps avec Kant, 2014. Aklesso ADJI,Ethique, politique et philosophie, 2014. Christian MIQUEL,Apologie de l’instant et de la docte ignorance, 2014.Paul-Emmanuel STRADDA,L’Etre et l’Unité, 2 volumes, 2014. Carlo TAMAGNONE,La philosophie et la théologie philosophale, 2014.Jacques POLLAK-LEDERER,L’Ontologie écartelée de Georges Lukács, 2014.Tahir KARAKAŞ,Nietzsche et William James, Réformer la philosophie, 2013. Mounkaila Abdo Laouli SERKI,Rationalité esthétique et modernité en Afrique, 2013. Olivier DUCHARME,Michel Henry et le problème de la communauté. Pour une communauté d’habitus, 2013. Simon HAGEMANN,Penser les médias au théâtre. Des avant-gardes historiques aux scènes contemporaines, 2013. Alain SAGER,? De Cicéron à Marc-L’Homme sans dieu Aurèle, 2013.
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Des mêmes auteurs Naceur Khemiri Problématiques de l’image. (In)esthétique des arts de l’Islam ? Thèse de Doctorat en philosophie, Lille, éd. ANRT, 2013. Bachelard, le recto / verso de l’image, éd. Bookelis, 2013. Djamel Benkrid Nietzsche et Heidegger : la question de la fin de la métaphysique. Thèse de Doctorat en philosophie, Lille, éd. ANRT, 2011.
Introduction.
Discours sur le peu de réalité, écrivait André Breton, l'introduction d'une mimésis problématique dans son rapport constitutif avec la Vérité est bien l'objet en question dans notre questionnement. La meilleure ma-nière d'échapper à la vérité ne serait-elle pas de se soumettre à son simu-lacre, si l'on admet avec Gilles Deleuze qu'en finir avec le platonisme signifie que le modèle bascule avec la copie? Mais, comment être sûr qu'il s'agit bien d'un simulacre et de plus un bon simulacre, car il y en a peut-être de mauvais, mécrits d'une « mauvaise écriture » et d'une mauvaise mimésis, qui ne leurrent personne ? Cet objet dont la vérité serait en question n'est pas si clair et distinct, puisque d'emblée, il se trouve entamé par la question de la traduction d'une langue à une autre et plus généralement cadré du point de vue de l'observateur. Ici des traductions du Grec au Français, où cette relation se formule dans la philosophie platonicienne entrealéthéiaetmimésis, dont l'interface, opaque porte empreinte, serait laKhôra oule nom : « Khôra » . Il y a donc « toujours plus d'une langue » à l'œuvre, dans ce processus que Jacques Derrida appelle dé-construction. Dans le même sens, Philippe Lacoue-Labarthe présente une méthode de la dé-3 construction mimétique dansLa vraie semblancequi s’est confrontée à la problématique de ladé-suturationmise en œuvre par Alain Badiou, lors des Conférences du Perroquet, publiée dansHeidegger. La politique 4 du poème.Un accord fut obtenu sur la convergence du mythème et de la suture dans la lecture de Hölderlin, que je mets en scène primitive dans ce tra-vail, pour mieux en revenir. L’esthétique doit être considérée comme le terrain même de l’enjeu et consultée de manière privilégiée comme mise en scène de la (re)semblance, comme essence frictionnant de la raison (Dichtung), al-lant jusqu’à proposer l’exemple de la « vraie semblance » .
3 Philippe Lacoue-Labarthe, La vraie semblance, Paris, éd. Galilée, 2009. 4 Philippe Lacoue-Labarthe, Heidegger. La politique du poème, Paris, éd. Galilée, 2002.
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Certes, il y a du vrai dans l’histoire, ce qui est indéniable comme tel ou tel massacre. Mais, le facteur de la vérité doit délivrer son sens, qui est double, et revient doubler ce double, avec un accusé de réception qui doit faire retour en temps voulu avec le cachet de la Poste en garantie. La vérité d’une carte postale n’est jamais délivrée ni donnée comme présence contemporaine de soi, qui s’avère toujours différée, avec une différance de double principe, différée, reportée et remise à plus tard, après Visa de la censure en temps de guerre;et espacée selon une cer-taine distance entre les lettres, les timbres insuffisants à une telle distance géographique, la langue du pays de l’expéditeur, qui peut exiger un tra-ducteur habilité. Elle doit engendrer un Dieu, un témoin absolu, elle doit provenir d’un père, qui en garantit la logique. D’autre part, sa norme est la présence du présent. Elle ne peut se dévoiler que dans la présence vivante de la voix. En l’absence de référent, on la soupçonne de duplicité ou de mimésis. Avec la clôture de la représentation, « ère de la métaphysique » , succède un autre âge, celui du jeu de la trace, qui est plus vieux que la vérité de l’Être comme dé-voilement (Aléthéia). Il n’y a nulle part de lieu propre de la Vérité, même pas de ses concepts. La vérité, on ne la dévoile pas (comme chez Freud) ; on ne la fait pas revenir (Lacan). Soit on la promet sans la dire (Cézanne) ; soit on ne la dit que du bout des lèvres, en la dé-construisant. Le sens ne s’accorde ni à la lettre, ni à la chose, ni au réfé-rent, il est errance, destin errance. A certains concepts, comme la lettre, on ne peut associer aucune véri-té. A d’autres, Derrida associe une adresse, un destinal ou le facteur de la vérité. Laquelle ne peut être que supplémentaire, voire suppléante, ce qui fonctionne comme indice de la vérité. Par exception, la vérité nous fait clin d’œil dans l’œuvre d’art:hymen ou parergon. Un tournant dit éthique s’est manifesté dans les écrits de Derrida, vers 1990. Il se récon-cilie, d’un certain point de vue avec la vérité, car il reconnaît la valeur éthique du politique: « Ilfaut la vérité, c’est la loi» ,sans en être la dupe. En sens différent d’une telle rhétorique que bien des lecteurs qualifie-ront de sophistique, l’exigence s’impose de confronter ici cette méthode de scrutation à la théorie d’Alain Badiou, qui confirme et affirme le dia-gnostic de Platon sur l’Idée avec son ontologie mathématique du Mul-tiple, et les quatre procédures génériques de vérité qu’il a défini pour
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saisir le Vrai, l’Idée de la Vérité, par les forces de l’art, de la Science, de la Politique et de l’Amour. 5 Comparant sonSecond manifeste pour la philosophieauPremier 6 Manifeste:daté de 1989, Badiou rappelait, vingt ans après « Je l’ai déjà dit, la position philosophique que je combattais il y a vingt ans était principalement la position heideggérienne dans ses va-riantes françaises (Derrida, Lacoue-Labarthe, Nancy, mais, aussi Lyo-tard), à savoir l’annonce de la fin de la philosophie sous sa forme méta-physique, et la considération des arts, poème, peinture, théâtre, comme recours suprême pour la pensée. Mon geste platonicien était de réaffir-mer la possibilité de la philosophie en son sens originaire, soit l’articulation d’un triplet catégoriel majeur, celui de l’être, du sujet et de la vérité […]. Il s’agissait de la construction d’un nouveau concept de la vérité, ou des vérités.Je m’opposais en somme à l’idéal critique de la déconstruc-7 tion» . D’après les renseignements deLogiques des mondes, il affirme bien, à propos de Kierkegaard, « le plus bavard des antiphilosophes, qui le sont tous en raison de la nécessité où ils se trouvent, de faire valoir les détails de leur existence comme preuves de la dé-construction à laquelle ils soumettent les grands édifices philosophiques… Pour venir à bout de Hegel, Kierkegaard dut transformer les piteux épisodes de ses fiançailles avec Régine en feuilleton existentiel…Mais, Kierkegaard sur le choix, 8 l’angoisse, la répétition, est un maître insurpassable ». On sait qu’il s’agit pour Badiou d’un critère discriminant très impor-tant, puisqu’il félicite« Deleuzede s’être débarrassé de tout l’appareillage dé-constructif moderne » . En lisant entre les lignes, on comprend tout de même que l’accord avec l’auteur deDifférence et répétitionétait limité, puisque pour Ba-diou, « la vérité est indifférente aux différences » . Qu’en est-il maintenant de ce différend, dont on voit qu’il impliquait l’image même de la lecture mise en scène par un lecteur en situation dramaturgique inquiétante ? 5 Alain Badiou, Second manifeste pour la philosophie, Paris, éd. Fayard, 2009, p.131. 6 Alain Badiou, Manifeste pour la Philosophie, Paris, éd. Seuil, 1989. 7 Alain Badiou, Second manifeste pour la philosophie, Paris, éd. Fayard, 2009, p.132. 8 Alain Badiou, Logiques des mondes, Paris, éd. Seuil, 2006, p.582.
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