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Les métaphores du corps

De
176 pages
Les recherches en histoire des sciences, en médecine, en philosophie, en sciences humaines ont montré la richesse d'un discours sur le corps dans la quête toujours renouvelée de notre humanité. Comment penser cette présence du corps ? Il s'agit de comprendre ce qu'il y a de décisif dans le choix des métaphores du corps dans des perspectives aussi différentes que: la philosophie cartésienne, l'histoire des mathématiques, l'anatomie et ses mesures, le véritable feuilleton de la découverte des anesthésiques, mais encore les sciences cognitives, la plastination, la figure du chef en politique.
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Les métaphores du corps

Ouverture Philosophique Collection dirigée par Bruno Péquignot et Dominique Chateau
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Déjà parus

Pierrette BONET, De la raison à l'ordre. Genèse de la philosophie de Malebranche, 2004. Caroline GUIBET LAFA YE et Jean-Louis VIEILLARDBARON, L'esthétique dans le système hégélien, 2004. Loïcl( ROCHE, La volonté. Approche philosophique et analytique, 2004. Salloum SARKIS, Les échelles de l'intelligence, 2004. Jocelyne LE BLANC, L'archéologie du savoir de Michel Foucault pour penser le corps sexué autrement, 2004. Monique CASTILLO (Sous la dir.), Criticisme et religion, 2004. Régis DEFURNAUX, Les cathédrales sauvages, 2004. Benjamin DELANNOY, Burke et I(ant interprètes de la Révolution française, 2004. Christophe COLERA, Individualité et subjectivité chez Nietzsche, 2004. Samuel DUBOSSON, L'imagination légitimée. La conscience imaginative dans la phénoménologie proto-transcendantale de Husserl, 2004. Pierre V. ZIMA, Critique littéraire et esthétique, 2004. Magali PAIL LIER, La katharsis chez Aristote, 2004. Philippe LAURIA, Cantor et le transfini, 2003. Caroline GUIBET LAF AYE, I(ant. Logique du jugement esthétique,2003.

~f

1èxtes réunis

par
Christian Salomon

Les ll1étaphores ciil corps
Préface de

François Dagognet

~t~

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

@ L'Harmattan,

2004

ISBN: 2-7475-6365-0 EAN : 9782747563659

~~~

Jean-Claude

Beaune

Mehdi Benkhadra

Gérard Chazal

Nicolas Cheynel

François Dagognet

Robert DanlÎen

Pascal Dunl0n t

l)aniel Parrochia

Jean-Luc Petit

Christian Salomon

Pierre Trouilloud

~x~

C

ET

0 U V RAG E constitueles actes du colloque Les métapJwres «
2003 à l'amphithéâtre des Lettres de Bourgogne. Il a été organisé par l'adrm de la Recherche MorpJwlogi£jue), en collaet La de

du CDlpS »qui s'est tenu les 14 et 15 février
de l'Université

Bianquis

(Association pour le Développement

boration avec le Centre Gaston Bachelard de Recherche sur l'Imaginaire Rationalité. Ont égakment participé le Laboratoire d'Anatomie Médecine de Dijon (associé à l'unité INSERM (Association pour le DocumentAnatomique ERlTM et Médical). de l'U.ER

0207) et I~AM

Ce colloque s'inscrit dans la continuité des travaux déjà entamés par l'adrm qui ont pour principal objet la représentation du corps. Cette association sefixe pour but d'aider les travaux ayant le corps comme objet d'étude et cela, dans les pmpectives lesplus la~
(anthropologie, médecine, art, philosophie. . .). !!.association

a étéfondée en 2001 par Christian Salomon (professeur de philosophie à Besaf1{on) et Pierre 7Youilloud (professeur d'Anatomie chirurgien des hôpitaux). Nous tenons à remercier pour l'organisation de ces deux journées à l'U.ER. de médecine de Dijon et

M leprofesseurJean-MarieAutissier Maryvonne

de fU.ER

de Médecine de Dijon, Madame

Perrot du Centre Gaston B(l[hRlard.

.
Comité scientifique du colloque

JEAN-CLAUDE BEAUNE (adrm, Université Lyon III) GÉRARD CHAZAL U.F.R. des Sciences de Dijon)

(adrm,

(président

CHRISTIAN SALOMON de l'adrm, lycée Jules Haag,

Besançon)

(adrm,

PIERRE TROUILLOUD U.F.R. de Médecine de Dijon)

.

Préface

FRANÇOIS

DAGOGNET

Ladrm (Association Morphologique)

pour le Développelnent

de la Recherche

non seulen1ent difriche un terrain plein de ressources)

rnais O1;~anise es colloques qui vont loin dans r exploration du vivant. Le d dernier qui portait sur les Métaphores du Corps s)estpassionné pour riconographie corporelle et a Inontré cornn1ent celle-ci s)était renouvelée.

Le thèlne a été si brûlant que nous ne résistons pas à ajouter deux ou trois modestes pierres à l'Architecture de l'ensemble, particulièrement original. Nous voudrions montrer que l'organisme, par lui-même, parvient à se renouveler et à nous offrir une image inattendue. La pathologie modifie notre Inorphologie. Ainsi l'atrophie musculaire progressive spinale ou la Maladie d'Aran-Duchenne se caractérise par des modifications corporelles significatives. C:ette affection débute aux extrémités, plus particulièrement par la main. Après une période de maladresse, le pouce, peu à peu, se n1et sur le Inême plan que les autres doigts, d'où les difficultés de la préhension. Cet aplatissement des éminences thénar et hypothénar, cette atrophie nous vaut ce qui est nOlnmé« la main de singe ». Engels avait mentionné que l'humanité se reconnaissait dans l'opposition du pouce aux autres doigts. Ici, cesse cette disposition si avantageuse. Par la suite, la première phalange se Inet en extension, les deux autres en flexion, d'où« la griffe» qui compromet encore plus « la prise». Lamyotrophie se poursuit, l'avant-bras est, à son tour, envahi; les fléchisseurs les premiers frappés, les extenseurs ]'emportent, d'où l'attitude dite« en main de prédicateur ». 11

D'autres territoires seront atteints (une 111yopathieà marche lente) 111aisseuls les 111usclesde la face ou les respiratoires ne seront pas concernés par cette dégénérescence. Finalelnent, tout le corps en sort révolutionné, nous retenons surtout le signe du début, la main qui s'horizontalise, « la 111ainde singe », le mOlnent physioanatolnique où l'holTIlTIeperd ce qui le singularisait. Mais il n'est pas de signe plus révélateur que le Babinski: il consiste en une élévation« lente et majestueuse» du gros orteil, lorsqu'on gratte, avec une aiguille, la partie externe de la plante des pieds. Les autres doigts se rnettent tous en abduction (d'où une sorte de 111icro-éventail). 'Un tel signe confir111el'atteinte cérébrale (hélll.iplégie, lésion trans111isepar la voie pyra111idale). Nous en soulignons deux caractères: l-Le haut (le cortex) se signale en bas (la plante des pieds), tous les territoires les plus opposés s'avèrent inséparables. 2- C:ertains philosophes ont cru que le n1alade régressait du fait de l'atteinte cérébrale et s'abandonnait au n10nde (l'extension l'emporte, alors que la flexion suppose la prise, sinon l'avidité). Ce qui gêne cette interprétation, c'est que -dans une épreuve voisine- nous assistions à une flexion. Ce réflexe dit de Rossolimo consiste bien en cette flexion des orteils sur l'avant-pied lorsqu'on percute la base de ces orteils (réflexe qui indique une hél11iplégie cérébrale ancienne). Peu Î111portel'interprétation, il reste que le pied aide à préciser l'état du cerveau. Enfin - pour con1pléter notre présentation d'un corps à la 1110rphologievariée - rappelons l'importance qui s'attache à la bilatéralité. La partie droite ne reCOl11mencepas la gauche. récart entre elles ne doit pas excéder un certain seuil, sinon le sujet porteur de l'asymétrie verse dans le dysfonctionnement (la maladresse, du fait de mouvements éventuellement discordants) et risque de glisser dans le psychiatrique (la fracture, le début même de la dissociation).

12

InVerSe1llent, une nette égalité, l'absence de la différence, non seulernent rend le visage plus qu'étrange (il est voué à la 1llécanisation) 1llaisentraîne aussi l'inadaptation, parce qu'il nous f;lUttoujours à la fois unir et séparer ou, rnieux, séparer afin d'unir. Cindividu se caractérise d'ailleurs par ce qu'il peut supporter en lui-1llê1lle de non-superposable, tant dans lejeu sensoriel (les deux yeux ne voient pas de la nlênle fàçon) qu'à travers le si1llple apparaître qui vivifie la variation. La nlorphologie - discipline cardinale qui se soucie de la lTIanièredont les élélnents C01l1positionnels s'offrent directenlent à nous et se disposent entre eux - non seulernent promeut la pathologie 1llais nous aide aussi à 1l1ieuxconcevoir l'originalité de tel ou tel. On ne le sait pas assez, l'identification d'un sujet demande parfois moins encore, parce que la signature de la personne s'inscrit dans l'ultra 111ini111e, dessin des e111preintesdigitales. À nouveau le l'extrélTIité s'avère fructueuse; plus, ici, le sujet dépose les indices de sa présence dans des traces e:x1:érieures.Bre( le corps ne cesse pas d'aflicher ouvertelTIent sa caractérisation. La morphologie a donc de bealL'{ jours devant elle.

CS' FRANÇOIS

DAGOGNET

Introduction
Le corps, sa représentation, ses métaphores: séduction et trahison, Ambroise Paré, Nietzsche

CHRISTIAN

SALOMON

Il existe de multiples représentations du corps: la peinture, la gravure, le récit. À chaque fois ses représentations sont l'occasion pour leurs auteurs d'apporter un point de vue particulier. Ces perspectives modèlent tout à la fois le corps et l'être mêrne de celui qui est représenté. c.:e corps devient le lieu où s'entrecroisent de multiples significations, il est alors le confluent de tous les possibles. Il prend sens en prenant chair, en se découvrant, en se dévoilant, en exposant ses mécanisnles et ses grimaces. rhOlTIme ainsi exposé est le support de nos réflexions, les lTIOts plaisent à retrouse ver les contours et les plis cachés de ce corps s'offrant au regard, à l'onirisme ou au froid constat technique et nlédical. Les métaphores ne peuvent manquer d'effectuer leurs transports, de jouer avec les significations. D'un mot à l'autre, d'une in1age à l'autre, on s'accomrnode des sens. C:elui qui rnontre, celui qui observe, celui qui rêve, celui qui déjà oublie, tous se laissent bercer par les comparaisons, les sous-entendus. La séduction opère. La voilà donc la belle affaire, la grande affàire: la rnise à nu du corps. C:'est, par exemple, AMBROISEPARÉ qui positionne le cadavre sur la table de dissection, fait face au public et présente la dissection du Maître barbier-chirurgien. Présentation et représentation de la pièce anatomique afin que tout le monde ait bien vu, bien compris. Présentation et représentation, 15

au sens théâtral du terll1e cette fois, du barbier défiant les pontifes de l'université dont les discours latins ne sont plus que vaines joutes verbales. Alors que Paré explore la ll1atière corporelle, ils s'occupent de rhétorique et construisent la longue lignée des Diafoirus. La science se présente et se représente sur cette table. Séduction et déjà trahison. Trahison: ce corps censé être celui de l'holnme n'est que le corps d'un hOl1llne panni d'autres. Ambroise Paré n'est d'ailleurs pas dupe, tout en louant l'architecture divine se révélant au scalpel, il sait que la tache est plus cOInpliquée. La mise à plat de ce corps ne suffit pas pour en saisir toute sa ditnension. Il faut imaginer, voir une« cornem.use»où est l'estomac, un « églantierpiquant» où il y a la colonne vertébrale 1. D'autres, comme Vinci, préféreront la géométrisassions de ce corps se prêtant si bien à la mesure. La mesure, si séduisante, si traîtresse. Nous savons qu'elle est aussi variée que les objets à In.esurer. Avec le corps, elle se trouve un fantastique objet. Les géomètres qui somlneillent en chaque hOll1me de science s'en donnent à cceur joie, rnesurant à l'envie tout ce qui est mesurable,jusqu'au plus Îlnprobable. Le corps devient le support des instrlunents les plus sophistiqués pour assouvir ce besoin de savoir. La connaissance par la n1esure: séduisant. Ce corps n'aura plus de secret. Lui qui ne voulait pas se trahir est désormais convoqué au tribunal de la raison le plus aigu, celui qui mesure, comptabilise, ordonne. La mesure n'est pas un acte gratuit. Son étymologie nous apprend que la tâche est d'importance. Sérieuse. Mensura. C'est une question d'intendance. C'est Inesurer la distribution du blé aux soldats. Lintendance doit suivre. Le sort de la guerre est dans ce boisseau, ce deuxièIne nerf de la guerre. Metior.Le blé n'est pas loin. C'est l'arpentage de la terre cultivable. Indication déterminante: au pas de son propriétaire. C'est lui qui donne le la. Larpenteur est porteur de sa propre unité de mesure. Elle l'attache plus sûrement à sa terre, plus que toute autre chose. Chaque foulée grandit en lui sa fierté de propriétaire, du travail bien fait. Les
1. Comme pour l'ensemble de l'ouvrage, les notes ici, en page 23. ou la bibliographie sont situées

en fin de chapitre,

16

pas s'enchaînent les uns aux autres, ils sont pron1esse de richesse, d'hiver à l'abri du besoin, de ressources pour les soldats engagés sur les charnps de batailles. Là bas, sur les chanlps de bataille du Piénlont, du Roussillon, de Bret1gne, il y a An1broise Paré. Il s'active auprès des corps 111eUrtris. Avec cette chirurgie de can1pagne naît une approche du corps se voulant plus directe, plus proche de la réalité. Rien de séduisant derrière les 1110usquetset les dagues. La douleur s'inlpose. La trahison reste un art. C:elui de la politique. rart du l11édecinest ici celui de la fidélité à la nature, à la l11atière. Et puis il y aura le ternps de la réflexion, de la leçon. A111broise Paré dans son anlphithéâtre, sur ses feuillets, devra composer avec ce qu'il a vu ou cru voir. La réalité est représentée plus que présentée. Si trahison il ya désornlais, elle est plus subie que désirée. C'est ce qui est séduisant dans son travail: il montre ses doutes, ses certitudes, ses espoirs. Nul souci de la 111eSUre dans sa manière de dire le corps, de le représenter. Son empirisme a les qualités de ses faiblesses et la velVe d'une langue pour le porter. À propos de
la luette,
des l/ioles

il écrit:
pour

« ()n

peut

cOl11parer

cette structure lui donnant

à l'archet

ou plectre de

l'qffertnissernent

de la voL"(, »2

de l'a/11plitude,

la puissance

et de l'élégance.

1but cela est encore littéraire. Dans son premier ouvrage d'anatomie, laB~1iJe
collection de l'ad,ninistration anatornique,

publié en 1550,

Arnbroise Paré n'a rnê111epas recours à l'image pour illustrer son exploration. C'est le récit d'une dissection, dans le temps de la dissection. Le lecteur est placé devant la table où se révèle l'organisation des parties. Nul souci esthétique chez Paré, nous somnles très loin de l'iconographie de la Fabrica3 d'André Vésale qui paraît en 1543. C:e n'est pas encore un corps réfléchi et pensé con1n1epourra l'être celui de l'anatomiste hollandais. Mênle lorsque Paré ira chercher chez Vésale des représentations pour illustrer son Anat01nie universelle4 1561, il ne retiendra pas leur caractère spectaculaire, en leur mise en scène. Finalenlent, les images de Paré et surtout ses mots veulent le moins trahir possible ce qui reste le guide de son travail: l'œil. Une esthétique soignée, une géométrisation du corps ne sont pas le quotidien de l'expérience vécue de la dissection et 17