LES RAISONS DE L'ESCLAVAGE

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Pourquoi l'esclavage ? Comment cette forme de domination de l'homme par l'homme a-t-elle réussi à s'imposer à certains moments de l'histoire ? Quelle en fut l'origine, et quel en est le fondement. Un fondement autre que le rapport de forces est-il seulement pensable ? La pensée occidentale a parfois justifié l'esclavage, elle l'a rarement condamné, son attitude la plus fréquente fut le mutisme. Néanmoins, certains philosophes parmi lesquels : Aristote, Montesquieu, Marx, chacun à leur façon, n'ont pas hésité à rendre raison de cette déraison qu'est l'esclavage.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296281998
Nombre de pages : 128
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LES RAISONS DE L'ESCLAVAGE

Collection Économie et Innovation
dirigée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis
Dans cette collection sont publiés des ouvrages d'économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l'accent sur les transformations économiques et sociales suite à l'introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L'innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles. Ces ouvrages s'adressent aux étudiants de troisième cycle, aux chercheurs et enseignants chercheurs. Les séries Krisis, Clichés et Cours Principaux font partie de la collection. La série Krisis a été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d'aujourd'hui liés aux métamorphoses de l'organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d'ouvrages anciens et de compilations de textes autour des mêmes questions. La série Clichés a été créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d'une situation donnée. Le premier thème directeur est: mémoire et actualité du travail et de l'industrie; le second: histoire et impacts économiques et sociaux des innovations (responsable: Blandine Laperche) La série Cours Principaux comprend des ouvrages simples et fondamentaux qui s'adressent aux étudiants des premiers et deuxièmes cycles universitaires en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l'application du vieil adage chinois: « le plus long voyage commence par le premier pas ».

Bruno GUI GUE

LES RAISONS DE L'ESCLAVAGE

21, Quai de la Citadelle 59140 Dunkerque, France
L'Harmattan 5-7, nie de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

INNOVAL

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan !talia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du même auteur: Aux origines du conflit israélo-arabe L'invisible remords de l'Occident

L'Harmattan,

1998

Faut-il brûler Lénine? L'Harmattan, 2001

L'économie solidaire Alternative ou palliatif ? L'Harmattan, 2002

(Ç:)L'Harmattan,2001 ISBN: 2-7475-2119-2

« La découverte des contrées argentifères et aurifères de l'Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines 'ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l'Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d'accumulation primitive qui signalent l'ère capitaliste à son aurore. » Karl Marx

Avant-propos Abolition de l'esclavage: les équivoques d'une commémoration

1998 fut l'année du 15ûèmeanniversaire de l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises par la Deuxième République. L'événement eut suffisamment d'importance pour donner lieu à une commémoration officielle en métropole et dans les départements d'outre-mer. Comme à l'accoutumée, les plus hautes autorités de l'Etat participèrent aux cérémonies que règle le rituel républicain. «Célébrant l'abolition de l'esclavage, M Chirac vante le modèle français d'intégration », titre «Le Monde» qui rapporte, le 24 avril 1998, les propos tenus par le président lors du lancement officiel des cérémonies commémoratives: « C'est le 27 avril 1948, il Y a cent cinquante ans, que la llème République parachevait l'œuvre interrompue de la Première. S'engageant résolument dans la voie tracée par les conventionnels un demi-siècle plus tôt, le gouvernement provisoire décidait d'abolir l'esclavage dans toutes les colonies et les possessions françaises ... La llème République afait progresser la France sur la voie de la liberté et de la dignité. Avec le suffrage universel, c'est l'une de ses plus belles conquêtes...En 1848, la France a fait le choix juste et courageux d'une émancipation immédiate et absolue. Les anciens esclaves deviennent, dès qu'ils sont qffranchis, des citoyens à part entière. La démarche retenue pour l'abolition est une démarche d'intégration. Elle contribue à renforcer l'unité de la nation... La France s'est efforcée, au cours du siècle écoulé, de conserver cette attitude ouverte et généreuse. Elle a su accueillir et intégrer dans la communauté nationale les générations successives d'hommes et de femmes qui ont choisi de s'installer définitivement sur notre sol. »
L'auto-célébration de la république

Comment ne pas voir, dans ces propos, l'auto-célébration d'une république fière d'avoir mis fin, il y a cent cinquante ans, à une forme de domination héritée de l'Ancien Régime? Il est frappant de constater à quel point le discours présidentiel, ici, reproduit le schéma de pensée qui fut celui de l'abolitionnisme républicain. Sitôt resurgie de ses cendres, la république n'a-telle pas su, avec la suppression de l'esclavagisme aux colonies, offrir à la nation «l'une de ses plus belles conquêtes» ? Consubstantielle à la révolution qui, au même moment, rétablit le suffrage universel, l'abolition lave l'opprobre d'une servitude ancestrale dont l'indignité ravalait ses victimes en deçà de J'humain. L'esclavage? C'est le résidu d'une préhistoire de l'humanité dont l'avènement des droits de l'homme a signifié le

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dépassement. Sa disparition est inscrite dans le changement radical qu'amène avec lui l'ordre nouveau fondé sur le contrat et non sur l'appartenance, sur le salaire et non sur la ration, sur la liberté et non sur la servitude. La citoyenneté du travailleur libre, tel est le véritable horizon de l'esclave, que l'obscurantisme des temps anciens avait attaché à son maître comme du bétail. Et cet horizon, il appartenait à la république d'y projeter les lumières de son message émancipateur. «Les esclaves ne sont point ignorants parce qu'ils sont noirs, mais parce qu'ils sont esclaves », disait Victor Schœlcher. Il suffira donc de les éduquer pour en faire des citoyens. Il conviendra de leur apprendre à quels devoirs les expose la reconnaissance de leurs droits. M. Chirac, lui, parle d'une intégration à la communauté nationale dont la France peut se montrer fière. N'a-t-elle pas réussi à assimiler des générations d'immigrés, ces nouveaux affranchis que l'on a admis à la table citoyenne pour leur faire partager les fruits de la générosité républicaine? C'est par des expressions similaires, à cent cinquante ans de distance, que se perpétue ainsi l'image d'une république magnanime avec ses enfants d'adoption. Bénéficiaire immédiat de la citoyenneté par un effet de droit, l'affranchi contracte sans le savoir une dette qui s'inscrit définitivement à son passif. Devenu citoyen français par la grâce de la mère patrie, il n'en finira jamais de remercier sa bienfaitrice. Car les droits qui sont désormais les siens, il ne les a pas conquis de haute lutte. Parce qu'il s'agit de droits généreusement octroyés, ils génèrent en contrepartie l'obligation du travail. Le travail servile, c'était la malédiction de l'esclave. Le « travail libre », c'est sa rédemption. « Travaillez, vous que la patrie admet au rang de ses fils ; c'est par le travail que vous conquerrez l'estime de vos concitoyens d'Europe », exhorta Schœlcher. Pour être admis au saint des saints de l'égalité républicaine, encore faut-il s'en montrer digne. Lors de sa tournée à La Réunion, le commissaire Sarda Garriga voulut persuader les futurs affranchis que «la liberté ne peut se passer de l'ordre et du travail et que le titre de citoyen français impose des obligations ». Son premier décret, en date du 24 octobre 1848, stipula que « toutes les personnes non libres (les esclaves) sont tenues de contracter un engagement de travail avant le 20 décembre» qui sera, comme on le sait, la date d'application du décret d'abolition dans l'île. L'obligation du travail, tel fut l'alpha et l'oméga d'un nouvel ordre social qui s'assignait pourtant comme horizon l'éradication de la servitude. Tout concourt, dans ces conditions, à mettre en évidence le mirage d'une abolition ayant eu pour effet de substituer à

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